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mauvaise intention contre le Roy d'Angleterre, que pour l'embarrasser par

la jalousie de la grandeur de V. M. qui est naturellement dàns les esprits des Anglois. On a parlé dans une de ces conférences de faire une adresse pour prier sa Majesté Britannique de s'employer à conserver le repos à l'Europe: cette proposition a été trouvée trop générale, et sujette à interprétation : on a même cru qu'elle pourroit donner lieu à sa Majesté Britannique de s'unir plus étroitement avec V. M., sous prétexte de la conservation de la paix.

Le Roy d'Angleterre vient de me dire qu'il est arrivé un courier exprès d'Ecosse, parti d’Edinbourg le 4. de ce mois ; que le Comte d'Argile est entré dans le pays de Cantir, qui lui appartient: c'est une langue de terre qui s'étend devers l'Irlande. Il s'est avancé jusques au pays qui porte le nom d'Argile, pour aller au-devant des troupes du Marquis d'Atol, et empêcher qu'elles ne se joignent"avec les autres royalistes. Les lettres portent que le Comte d'Argile a trois mille hommes avec lui. L'opinion de sa Majesté Britannique est que ses troupes grossiront encore. Son fils est dans le pays de Lorn, et il leur est aisé de se joindre,' Toutes les lettres qui viennent d'Ecosse font juger que le Comte d'Argile s'attendoit que M. le Duc de Monmouth se mettroit en devoir d'exciter une révolte en Angleterre. Je suis avec le profond respect que je dois, &c.

Le Roy à M. Barillon.

à Versailles, le 15 Juin, 1685. Monsieur

onsieur Barillon, j'ai reçu par la voie ordinaire vos lettres des 4 et 7 de ce mois, et par le courier que vous m'avez dépêché, celle du 10€, qui ne contient rien de plus considérable que les précédentes, sinon les raisons que vous avez de croire qu'il est du bien de mon service que je vous donne pouvoir de faire payer au Roy d'Angleterre la somme de cent mille écus, outre et par-dessus ce qui lui reste dû, à cause du subside promis au feu Roy son frère. Mais il me paroit, au contraire, par tout ce que contiennent vos dernières lettres, que ce Prince a moins de besoin de mon assistance à-présent, qu'il en a eu depuis qu'il est parvenu à la couronne.

Et en effet je vois premièrement que toutes les remontrances que le Sieur Seymer a faites dans la Chambre Basse, et tout ce qu'il a dit pour attaquer la validité des élections, n'a servi qu'à déterminer plus promptement le Parlement à continuer au Roy les mêmes revenus dont jouissoit le feu Roy son frère ; que d'ailleurs le bruit que fait le débarquement du Comte d'Argile en Ecosse avec une petite suite de rébelles mal pourvus de toutes choses, et peu capables d'une grande entreprise, a fait prendre aussi la résolution au Parlement d'accorder encore au dit Roy jusqu'à la somme de seize cent mille livres sterling, qui feront plus de vingt millions de livres; qu'enfin ce Prince n'a pas plutôt témoigné combien lui seroit dèsagréable la proposition que toute la Chambre des Communes avoit résolu de faire d'une proclamation pour

l'exécution des loix contre tous les Nonconformistes, qu'elle a rejetté d'un commun consentement la délibération des commissaires ; ensorte qu'on peut dire que jamais Roy d'Angleterre n'a agi avec plus d'autorité dans son Parlement que ce Prince fait à-présent, et qu'il n'y a rien qu'il ne s'en doive promettre pour l'affermissement de son autorité, et pour la punition du petit nombre de rébelles qui ont osé paroître. Ainsi j'ai sujet de me promettre que non seulement il ne désirera point de moi, dans la conjoncture présente, d'autre assistance que celle que je vous ai promis de lui donner, c'est-à-dire, le payement de ce qui reste dû de subsides, mais même qu'il demeurera persuadé que les témoignages publics de mon amitié, et la crainte des secours que je n'aurois pas manqué de lui donner, s'il en avoit eu besoin, ont beaucoup contribué à maintenir ses sujets dans le devoir, et à lui faire obtenir de son Parlement tout ce qu'il en a désiré jusqu'à-présent.

Il ne reste donc plus, tant pour ma satisfaction que pour la sienne, qu'à obtenir le révocation des loix pénales en faveur des Catholiques, et le libre exercice de notre religion dans tous ses états, et vous savez que c'est aussi le principal motif qui m'a porté à vous faire remettre avec tant de diligence des sommes si considérables.

Mais comme ce Prince ne juge pas à-propos de tenter, quant à-présent, cette demande, je ne veux pas aussi le presser

de se mettre au hazard d'un refus dans une matière si impor. tante, et pour le succès de la quelle il est de sa prudence de prendre des mesures bien justes. Je croirois néanmoins qu'à-présent que le Parlement paroît disposé à ne lui rien refuser, soit que la seule affection le fasse

agir, ou que la crainte y soit mêlée, ce Prince feroit trés-sagement d'en profiter, et d'en tirer ce qu'il désire en faveur de notre religion, sans leur donner le temps de se reconnoître, et de concerter avec ceux qui sont le plus animés contre notre religion ce qu'ils auront à faire pour en empêcher le progrès ; et si le Roy prenoit ce parti là, et qu'il trouvât quelque obstacle qu'il ne pût vaincre qu'avec mon assistance, je la lui accorderois volontiers, aussitôt que vous m'auriez informé de ses besoins. Mais jusqu'à ce qu'il prenne cette résolution, et qu'il l'exécute, mon intention n'est

pas

de rien changer aux ordres que je vous ai donnés; et je veux que vous gardiez les fonds que je vous ai fait remettre, pour n'en disposer que lorsque je le jugerai nécessaire. Cependant, si le Grand Trésorier d'Angleterre vous presse de lui faire quelque payement au-delà de l'ancien subside, vous lui direz seulement que, comme le Parlement se conduit selon mes souhaits et ceux du dit Roy, je n'ai pas sujet de croire que ce Prince puisse avoir besoin à-présent d'une assistance extraordinaire, et qu'ainsi vous n'avez pas pouvoir de disposer de ce que vous avez de fonds.

Je vous envoye la lettre de ma main que vous m'avez proposé d'écire au Roy tant sur la satisfaction que lui donne son Parlement, que sur ce qui regarde les mouvements d'Ecosse; et je désire que sur l'un et l'autre de ces points vous ne parliez qu'en conformité de ce que j'écris au Roy, et de ce que contient cette dépêche, ne jugeant pas à propos d'offrir ouverte. ment un secours de troupes à un Prince qui ne m'en demande point, et pour une affaire qu'il peut terminer par ses propres forces. .

Extrait d'une Lettre de M. Barillon au Roy.

18 Juin, 1685, à Londres, I. y a des gens ici qui voudroient faire tomber sur la France le soupçon qu'on rejette sur la ville d'Amsterdam, comme s'il y avoit assez d'intelligence entre V. M. et cette ville pour présumer que tout ce qui s'y fait est de concert avec V. M.

Le Roy d'Angleterre rejette avec aigreur et dédain ce qu'on dit en sa présence de l'intérêt qu'a V. M. d'entretenir les divisions en Angleterre. Ce Prince s'explique tout baut que les rébelles sont soutenus et aidés des

Protestants zélés des autres pays, et traite de ridicule tout ce qui se dit d'opposé à cela.

Je suis avec le profond respect que je dois, &c.

Le Roy à M. Barillon.

à Versailles, le 13 Juillet, 1685. Monsieur Barillon, j'ai reçu vos lettres des deux et cinq de ce mois, et elles m'ont donné d'autant plus de satisfaction qu'elles ne me laissent aucun lieu de douter que le Roy de la Grande Bretagne n'ait la même facilité à dissipper le peu qui reste de révoltés en Angleterre, qu'il en a eu à punir la rébellion d'Ecosse; et comme le Duc de Monmouth a déjà perdu ses vaisseaux, et n'a aucune ville considérable où il se puisse retirer, il y a bien de l'apparence qu'il aura bientôt le même sort que le Comte d'Argile, et que son attentat aura servi a rendre le Roy d'Angleterre beaucoup plus absolu dans son royaume qu'aucun de ses prédécesseurs.

J'apprends cependant qu'outre les trois régiments Anglois qu'il fait revenir d'Hollande le Prince d'Orange a encore demandé pour lui aux Etats Généraux un secours de trois mille hommes ; que même il en a fait demander à l'Electeur de Brandebourg ; et comme il m'a paru jusqu'à-présent, par tout ce que vous m'avez écrit, que le Roy ne vouloit pas se servir de trcupes étrangères, pour ne point donner d'ombrage à ses sujets, je serai bien aise que vous me fassiez savoir si c'est par ses ordres que le Prince d'Orange a fait cette demande, celui-ci pouvant bien, pour ses fins particulières, désirer d'avoir beaucoup de troupes en Angleterre qui lui seroient dévouées, et dont il pourroit disposer ensuite contre les intérêts du dit Roy.

Continuez aussi à m'informer exactement de tout ce qui se passera au lieu où vous êtes, dans une conjoncture si importante, et donner tous vos soins à en être bien averti, et à in'en rendre un compte exact.

Comme je vois avec plaisir que le Parlement d'Angleterre fournit amplement à tous les besoins du Roy de la Grande Bretagne, et que ce Prince ne trouvera pas même d'obstacle au rétablissement de la Religion Catho. lique, lorsqu'il voudra l'entreprendre, après qu'il aura achevé de dissiper

n

le peu qui reste de révoltés, j'ai jugé à-propos de faire revenir les fonds que je vous avois fait remettre pour appuyer, en cas de besoin, les desseins que ce Prince voudroit former en faveur de notre religion. Ainsi mon intention est que, si cet argent est dans votre maison, vous le fassiez remettre à plusieurs fois entre les mains des banquiers avec le même secret qu'ils ly ont porté, et s'il se peut, d'une manière encore plus impénétrable, voulant que, soit qu'il soit demeuré entre les mains des dits banquiers ou chez vous, il soit renvoyé par les mêmes voïes, et remis en mon épargne, jusqu'à ce que je juge nécessaire de l'employer en faveur du Roy d'Angleterre.

M. de Barillon au Roy.

16 Juillet, 1685, à Londres. JE E n'ai pu, après la séparation du Parlement, différer de m'expliquer à Milord Grand Trésorier sur les instances qu'il m'a faites de continuer les payements du subside. Je lui ai dit que je ne pouvois disposer des fonds qui avoient été envoyés ici, sans avoir de nouveaux ordres ; que ces fonds étoient destinés pour les plus pressants besoins du Roy d'Angleterre, et que ce besoin pressant ne paroissoit pas présentement, après que le Parlement avoit accordé des sommes fort considérables pour l'augmentation de ses revenus pendant plusieurs années, et avoit même accordé un subside extraordinaire, dont l'avantage pouvoit être reçu dès-à-présent par emprunt.

Je me doutois bien que ce discours ne plairoit point au Grand Trésorier. Il me parût fort surpris, et me fit entendre qu'il ne pouvoit s'imaginer quelle raison V. M. avoit de faire cesser le payement de sommes envoyées ici dans le temps auquel le Roy son maître en avoit le plus de besoin, et lorsqu'il s'attendoit de recevoir plus de marques de l'amitié de V. M.; qu'il étoit vrai que le Parlement avoit accordé des droits pendant plusieurs années, outre le revenu, mais que ce qui s'en pouvoit tirer n'étoit pas présent, et que si on consumoit ces fonds par avance, le Roy son maître se trouveroit à l'avenir très-mal dans ses affaires ; ce qu'il ne pouvoit éviter avec trop de soin, connoissant en quel embarras se jette un Roy d'Angleterre qui a un grand besoin de son Parlement, qu'il ne croyoit pas que

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