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Les nouvelles d'Ecosse portent que la proclamation s'est faite à Edinbourg avec un grand concours de peuple, et sans aucune difficulté. La même chose s'est passée à York, et dans toutes les villes d'Angleterre ; on ne doute pas que ce ne soit la même chose en Irlande. Enfin, il n'y a point d'exemples qu'une si grande succession ait été recueillie plus paisiblement, et avec moins de troubles.

Le Roi d'Angleterre croit être assuré de tous les ports de mer, de toute la flotte, et de toutes les troupes. Il sait bien pourtant, qu'il y en a parmi eux de mal-intentionnés, et qui dans le fond du cœur souhaiteroient des brouilleries; mais en même temps il est persuadé quil ne se trouvera personne, qui ôse les commencer, et que tout le monde connoit que ce seroit s'exposer d'abord à une ruine certaine.

Les Compagnies des Indes Orientales, d'Afrique, et de Hambourg, ont offert de payer les droits à l'ordinaire ; tout cela durera apparemment jusque à l'assemblée du parlement; c'est alors que s'il y a de la mauvaise volonté, et des desseins formés contre sa Majesté Britannique, ceux qui les ont seront plus hardis à se découvrir, et à entreprendre quelque chose.

Le Roi d'Angleterre m'a parlé plusieurs fois sur le sujet de M. le Prince d'Orange. J'ai exécuté ce que V. M. me prescrit, et représenté à sa Majesté Britannique, combien il importe à la sûreté de sa personne, et au repos, de son état, que M. le Prince d'Orange ne vienne point présentement en ce pays ici. Je n'ai oublié aucunes des choses que j'ai cru propres à donner des soupçons légitimes, et bien fondés, de ce que peut entreprendre un Prince héritier présomptif de la couronne, par sa femme, et que les peuples regarderont comme leur libérateur, étant de leur religion. Il m'a paru que toutes ces considérations font grande impression sur l'esprit du Roi d'Angleterre, et qu'il a de lui-même pensé les mêmes choses ; mais

cependant, je ne l'ai pas trouvé résolu à refuser au Prince d'Orange la permission de venir, s'il accompagne sa demande des autres choses qui peuvent marquer sa soumission. L'opinion de sa Majesté Britannique est, qu'en l'état où sont les affaires en ce pays-ci, M. le Prince d'Orange ne réussira pas, s'il entreprend ouvertement d'y exciter des troubles. J'ai repliqué, qu'il étoit difficile de croire, que M. le Prince d'Orange changeât si tot de mesures, et de sentiments, et que les règles de la prudence ne permettent

pas, que dans le commencement d'un règne, qui n'est pas encore affermi, on ne prenne pas toutes les précautions imaginables pour ôter aux peuples tout prétexte de remuer. J'ai ajouté à cela, que la liaison que sa Majesté Britannique prétend conserver avec V. M. et les secours qu'elle en attend, ne se peuvent concilier avec les desseins qu'a M. le Prince d'Orange, et dont il se départira fort mal-aisément.

Ce que j'ai dit n'a pas été contesté par le Roi d'Angleterre; mais l'opinion qu'il a, de ne devoir témoigner aucune crainte dans le commencement, l'empêche de s'opposer ouvertement au voyage que le Prince d'Orange demandera peut-être à faire. Il y entre un peu de plaisir que sa Majesté Britannique prendra de voir ce Prince reduit à se soumettre. Je n'obmettrai aucun soin pour prévenir les inconvéniens qui peuvent arriver de ce côtélà ; je ne puis encore rien mander à V. M. de certain sur cela, jusqu'à ce que l'on ait des nouvelles de ce qui se passe en Hollande, et de la manière dont le Prince d'Orange se conduira.

On ne fait ici aucune mention de M. le Duc de Monmouth, non plus que s'il n'avoit jamais été question de lui. On a su aujourdhui que

la

proclamation s'étoit faite à Dublin avec la même tranquillité qu'en Ecosse et en Angleterre.

Milord d'Aran est arrivé aujourdhui; je n'ai pas manqué à lui rendre tous les offices que V. M. m'a ordonné. Il me paroit, par la réponse que m'a fait le Roi d'Angleterre, qu'il a beaucoup de lieu d'espérer d'être un des gentilshommes de la chambre, c'est ce qui lui convient d'avantage présentement, Je suis, &c.

BARILLON.

Sa Majesté Britannique m'a donné ce soir une lettre de sa main pour réponse à celle que j'ay eu l'honneur de lui donner de la part de votre Majesté. J'arrive présentement de Whitehall. Le Roi d'Angleterre m'a dit que les lettres de Hollande étoient arrivées, et que M. le Prince d'Orange envoyoit ici Overit; qu'ils avoient été également surpris, M. le Duc de Monmouth et lui, de la nouvelle de la mort du feu Roi d'Angleterre; qu'ils avoient été en une longue conférence, et que Monsieur le Duc de Monmouth étoit parti de la Haye, sans qu'on sut où il alloit. Sa Majesté

Britannique ne croit pas, que M. le Prince d'Orange prenne le parti de lui demander à venir ici, et je vois bien qu'il y a moins de disposition dans son esprit à lui en accorder la permission, étant persuadé que les intentions de M. le Prince d'Orange ne sont pas rectifiées à son égard. Je prendrai le soin que je dois de faire bien comprendre au Roi d'Angleterre de quelle importance il lui est, de se précautionner contre les entreprises de M. le Prince d'Orange. Chidley a mandé que ce Prince avoit donné quelque argent à M. le Duc de Monmouth.

M. Barillon au Roi.

Mars 1, 1685. Tout est ici dans une tranquillité entière. La messe se dit publiquement à Whitehall, et le Roi et la Reine d'Angleterre y assistent ensemble. La porte de la chapelle, qui est petite, demeure ouverte, et toute l'antichambre est remplie de Catholiques et de Protestans. Ces derniers se retirent à l'élévation, pour ne se pas mettre à genoux. Il ne paroit pas jusqu'àprésent que cela ait fait aucun effet dangereux dans les esprits des gens qui ont du sens, et de la raison. J'ai entendu des Protestans zélés dire, qu'il est juste que le Roi d'Angleterre ait l'exercice de sa religion, aussi bien que les deux Reines, et les ministres étrangers. Mais la populace de Londres est aigrie, de ce que le Roi d'Angleterre va publiquemeut à la messe; et comme il y a dans Londres beaucoup de Presbitériens, et de sectaires, qui ne sont point de l'église Anglicane, ils auroient voulu que le Roy d'Angleterre se fut contenté de ne point aller à la chapelle du feu Roi, et se fût comporté comme font les Non-conformistes. Sa Majesté Britannique m'a dit, que je verrois, que ce premier pas ne lui nuiroit point, et que se conduisant dans le reste avec sagesse et prudence, il n'arrivera point d'inconvénient d'une chose à la quelle il auroit tousjours fallu venir dans la suite.

Hier Milord Clarendon fut fait Garde du Sceau Privé, et la charge de Président du Conseil, qui vaque par la promotion de Milord Rochester à la charge de Grand Trésorier, fut donnée à Milord Halifax. Le Roi d'Angleterre m'a dit, qu'ayant conservé tous les grands officiers de la

maison du feu Roi son frère, il avoit voulu donner encore cette marque de modération, de ne pas laisser entièrement sans fonction Milord Halifax; qu'il le connoissoit, et ne s'y pouvoit jamais fier; qu'il ne lui donnoit aucune part dans le véritable secret des affaires, et que sa charge de Président ne serviroit qu'à montrer son peu de crédit. Ce Prince ajouta à cela, que dans ces commencements, il croyoit être de son intérêt de changer le moins de choses qu'il lui étoit possible, et de faire que ceux, qui lui ont été le plus opposés, ne se crussent pas entièrement ruinés, et sans aucune espé. rance de se pouvoir conserver.

Ce Prince est entré fort avant avec inoi dans les raisons qui l'ont obligé de laisser dans leur fonction ceux qu'on sait avoir été ses plus dangereux ennemis, pendant la vie du Roi son frère. Il sait que cela a donné de l'alarme aux Catholiques en qui il a confiance, et que leur avis étoit, que ces charges eussent été d'abord remplies de gens de qualité, et d'une fidelité éprouvée. Ceux qui ont été toujours du parti de la Cour sont fachés que les charges n'ayent pas été changées; chacun d'eux croit qu'il y auroit eu part. Au fonds, cela même ne paroit pas nuisible au Roy d'Angleterre présentement, et il lui étoit important de donner quelques marques de douceur dans le commencement, et d'ôter au monde l'opinion qui est établie, qu'il ne pardonne jamais. Le véritable motif est de ne pas désespérer des gens qu'il croit le pouvoir servir à rendre le Parlement plus traitable, et le disposer à lui accorder la continuation de tout le revenu dont il s'est mis en possession. Quoiqu'il n'y ait point d'opposition formelle sur cette jouissance, le murmure secret est fort grand, et les Anglois croient tous leurs priviléges rompus, de ce que les droits, dont la perception doit finir par la mort du feu Roi, sont levés comme ils l'étoient de son vivant. Les actes du Parlement, qui ont concedé ces droits, sont directement contraires à ce qui se fait; et beaucoup de gens soutiennent qu'on les auroit plus aisément obtenus du Parlement si on avoit eu la considération et la retenue de ne les lever que de son consentement.

Cependant, la possession fait une espèce de droit, et sa Majesté Britannique paroit fort résolue de s'y maintenir à quelque prix que ce soit, ne croyant pas se pouvoir maintenir sans cela. Il s'est fait une chose, sur la même matière, qui n'est pas de peu de conséquence. L'excise qu'on

que

appelle additionelle (ce sont des droits augmentés sur les vins, bierres, et autres boissons) a été concedée au feu Roi pour sa vie ; mais on remonstra, que si la ferme de ces droits étoit en incertitude, on ne pourroit trouver l'argent dont on avoit besoin alors ; ainsi il fut résolu, et on mit dans l'acte du Parlement, que cette ferme seroit donnée pour trois ans, et que la jouissance de ces droits continueroit pour le temps qui resteroit à expirer du bail qui auroit précédé la fin de la vie du Roi lors régnant. Pendant les derniers jours de la maladie du Roi d'Angleterre, le bail a été renouvelle et l'adjudication faite la veille de sa mort. Sa Majesté Britannique prétend,

cela s'est fait dans les formes, et aux termes de l'acte du Parlement ; et ainsi il y a une publication pour continuer la jouissance de ce droit, qui monte par an à cinq cens mille pièces. C'est une des plus considérables parties de son revenu.

Le Roi d'Angleterre a résolu de se faire couronner dans l'église de Westminster, avant l'assemblée du Parlement. Il y a aujourdhui un comité établi pour régler en quelle manière cela se fera, et qu'elles cérémonies pourront être omises, et pour mettre la conscience de sa Majesté Britannique à couvert, et ne pas laisser de faire les cérémonies essentielles du couronnement, qui est estimé en Angleterre comme une chose entièrement nécessaire, pour l'établissement de l'autorité royale, après laquelle tout ce qui peut être dit ou fait contre le Roi est reputé haute trahison. On croit trouver des expédiens pour concilier les difficultés qui se rencontrent à cause de la différence de religion.

Le Sieur Overkerque est arrivé ici ; le Roi d'Angleterre m'a dit qu'il lui avoit apporté une lettre du Prince d'Orange conçue en termes respec. tueux, et fort soumis ; qu'il ne paroissoit pas avoir aucune intention de venir ici, ny songer à en demander la permission ; que quoique dans le fonds son voyage ne put être d'aucun péril n'y inconvénient, il étoit pourtant bien aise

que cela ne fut point, ne sachant pas trop bien comment refuser une telle permission, sans témoigner une crainte mal fondée, et qui donneroit du courage à ses ennemis ; que cependant, il a connu, par ce que je lui ai

le sentiment de V. M. n'est pas qu'il donne présentement la permission à M. le Prince d'Orange de passer en Angleterre; que sa résolution est prise de se conformer, en tout, à ce qui sera plus agréeable à V. M. et

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dit, que

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