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avoir déposé Mabómet IV.ils avoient élevé sur le Trône d'Orient le Prince Charles de Lorraine, qui commandoit alors les Troupes de l'Empereur en Hongrie.

Plus cet incident estoit singulier , & plus devoit-il estre marqué dans l'Histoire de l'Empire: on n'y en dit pas neanmoins un seul mot. C'estoit dans un temps où l'on estoit à Rome dans des défian€es continuelles des Generaux d'Armées, sur tout des Armées des Gaules. Toutes leurs démarches estoient fufpectes. Aëtius Prédé- Priscus Rhos sesseur du Comte Gilles avoit esté poignardé lur le foupçon de in Chronics quelque intelligence qu'il avoit avec les Vandales. D'autres avant lui avoient eu un sort pareil pour de semblables raisons. Le Comte Gilles estoit Gaulois de Nation, aimé des Peuples, & Capitaine experimenté. Quel plus grand sujet de défiance euft pû donner ce General, que d'unir en sa personne au commandement des Armées des Gaules, qu'on suppose qu'il garda toûjours, l'autorité Royale fur un Peuple belliqueux, redoutable depuis long-temps à l’Empire, & qui commandé & discipliné par un Chef de cette importance, feroit devenu invincible? Le Tyran Magnence, qui avec le fecours des Saxons & des François-, avoit voulu envahir l'Empire du temps de l'Empereur Constance, estoit un exemple qu'on ne devoit pas avoir encore oublié.

Cette démarche estoit extrémement délicate pour ce Comte,fupposé qu'il voulust demeurer dans le devoir. C'estoit sous la cyrannie du Patriçe Ricimer, qui créoit & faisoit périr les Empereurs les uns après les autres, selon qu'il s'en accommodoit, ou qu'il s'en ennuyoit. Et certainement au cas que le Comte Gilles eult efté tenté de monter sur le Trône de l’Empire, il avoit par là la plus belle occasion du monde de se faire proclamer Empereur. Eft-il donc polli-ble qu’un évenement li surprenant & en même-temps fi public, qui devoit naturellement causer tant d'inquietude,faire naistre tant de soupçons, donner lieu à tant d'intrigues, tenir toute la Cour en suspens, eust échapé à tous ceux qui ont écrit l'Histoire de l'Empire de ce temps-là?

Le regne de ce General Romain fut un regne de huit ans, autre circonstance remarquable. Pendant ce temps-là il commanda tolljours les Armées de l'Empire.. Enfin au bout de ces huit ans les François se revolterent contre lui, l'abandonnerent; & le voilà réduit à la seule qualité de General de l'Armée Romaine dans les Gaules.. Voilà encore de grandes révolutions & des avantures bien extraora dinaires, pour avoir esté oubliées par tous les Historiens contem. porains ou voisins de ce temps-lào.

pij

Ma seconde réféxion sur ce fait, c'est que le Comte Gilles n'est pas un homme obscur & inconnu aux Historiens : plusieurs en ont parlé ; mais ils ne l'ont jamais traité que de Comte ou de General de l'Armée Romaine dans les Gaules ; & aucun d'eux n'a fait la moindre allusion à sa qualité de Roy.

Dans la Vie de Saint Martin écrite en Vers par Paulin, ( qui n'est pas Saint Paulin de Nole, comme quelques-uns l'ont crû; mais un

autre de même nom & de même siecle, ) on voit le Comte Gilles 1. 6.

soustenir avec courage le siege d'Arles contre Théodoric Roy des Visigots, & le lui faire lever après une vigoureuse sortie & une grande défaite. On n'en fait honneur ni aux François, ni au Roy des François.

Peut-estre dira-t-on , ne l'estoit-il pas encore; cette action ne s'étant faite qu’un an après que Childeric fut monté sur le Trône. Il

est pourtant impossible sans cela , & même avec cela , de trouver les Lilacis in huit ans de regne que lui donne Gregoire de Tours: car Childéric

commença à regner en 458. & le Comte Gilles mourut en 463.

* Mais il devoit estre Roy au moins lorsqu'il accompagna l'Empereur An. 400. Majorien en Espagne pour l'expedition d'Afrique , que l'incendie

des Vaisleaux fit manquer. Cependant Sidoine Apollinaire faisant un long dénombrement des diverses Nations que Majorien avoiç alors dans son Armée, ne nomme ni les François , ni le Roy des François. On n'y voit ni le nom de Franci, ni ceux de Bruiteri, de Charii, de Sicambri, ni aucun des autres que cet Ecrivain & les Hiftoriens de ce temps-là ont coustume de donner aux François.

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Si le Comte Gilles estoit alors Roy, n'auroit-il pas eu une Armée entiere de François sous son commandement ? Et auroit-il quitté son Royaume, sans amener avec lui les principaux Capitaines & les meilleures Troupes, dans un temps où il devoit tout appréhender de l'inconstance de la Nation ?

Prisque, le Rhéteur , que j'ai déja cité en une autre occasion, où il nous apprend des particularitez si importantes des enfans de Clodion que nul autre n'avoit rapportées, nous marque encore une

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chose bien considerable du Comte Gilles dont nous parlons ; il l'appelle en Grec Nogidios, au lieu de Asyidios. Il dit que ce Comte irrité contre les Romains d'Italie , c'est-à-dire, contre Ricimer qui avoit fait périr l'Empereur Majorien , lui donna de grandes inquietudes: parce, dit-il, que ce Capitaine estoit à la teste d'une grosse Armée qui avoit suivi Majorien en Espagne, & dont il eust vengé la mort, si les Gots n'eussent fait diversion dans les Gaules , & ne l'eussent obligé à venir défendre la frontiere de l'Empire contre eux, où ce General fir des merveilles. On ne voit en tout cela qu'un General Romain, & pas la moindre apparence d'un Roy des François : c'étoit cependant là un endroit tout propre à marquer cette circonitance.

Mais le Comte Gilles estoit Roy des François, si jamais il l'a este, in Chronica) lorsque , selon Idace , il remporta'sur les Gots une grande Victoir

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ans après , qu'on prétend qu'il s'est passé. Enfin les Epoques ne s'accordent point du tout avec la Chronologie des Auteurs contemporains.

Je finis par une reflexion que je supplie les Lecteurs de faire avec moi, que quand il s'agit de faits pareils à ceux que je viens de traiter, on doit moins regler son jugement sur la force de chaque preu. ve prise en particulier, que sur l'assemblage de toutes ces mêmes preuves. En des inatieres de cette nature les argumens pris séparé. ment n'ont pour la plûpart que de la probabilité ; mais tous ramasfez ensemble , & solltenus les uns par les autres font un autre effer sur l'esprit, & forment une démonstration morale , capable de convaincre ceux qui sans prévention cherchent la verité de bonne foi, & sont bien aises de la voir, quand elle se presente.

ARTICLE TROISI E' M E.

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