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danum de Rousseau et mieux encore de l'extrait gommeux d'opium, tcl que le recommande l'honorable docteur Schuermans, qui regarde aussi ce médicament comme l'agent le plus précieux contre le choléra (1). » Si M. le professeur Crocq n'a pas eu à se louer de l'emploi de l'opium dans le choléra, cela peut dépcndre de ce qu'il a employé peut-être trop tard ce médicament héroïque ou de ce qu'il a usé d'une préparation infidèle, telle que le laudanum de Sydenham, ou de ce qu'une trop forte dose a été absorbée par ses malades en un espace de temps trop restreint. M. Crocq sait d'ailleurs que le poëte a dit avec I'dlS0Il : D'un mal en sa racine arrêtez les progrès : Un remède tardif est souvent sans succès.

» Encore un mot de réponse àl'honorable M. Daumerie, qui semble le plus douter de l'exactitude de ma statistique. Si, après l'affirmation que je viens de faire dans le courant de cette note, l'honorable membre conserve ses doutes, libre alors à lui d'ouvrir une enquête pour venir constater la vérité. Dans ce cas je me ferai un véritable plaisir de le conduire chez la plupart des personnes que j'ai eu la satisfaction de voir guérir du choléra. Quant aux morts, on trouvera leurs noms sur les registres statistiques conservés dans les bureaux de l'administration communale de Herenthals.

» Herenthals, 20 mai 1860. »

M. CRocQ. D'abord, Messieurs, je n'ai nullement entendu attaquer, ni mettre en doute la véracité du praticien qui nous a adressé cette lettre ; la seule chose que j'aie fait observer c'est qu'il m'était difficile de comprendre que le choléra eût été guéri dans un aussi grand nombre de cas, par le moyen qu'il indique. Il me semble que lauteur vient en partie me donner raison, puisqu'il dit que si je n'ai pas réussi, c'est parce que les opiacés n'ont pas été employés dès le début. Nous n'employons pas les remèdes quand nous le voulons, mais quand nous sommes appelés près des malades, ce qui arrive quelquefois trop tard. Nous guérissons bien la cholérine, mais là où serait le grand mérite ce serait de découvrir un moyen pour guérir aussi certainement le choléra avancé ; et il m'a

(1) Voir dans le cahier de mai, page 465, le mrmoire De l action des maladies épidémiques *ur l'organisme , par M Schuermans. Ce travail tros-remarquable est venu corroborer mes idées sur le traitement du choléra au moyen des opiaces combinés avec la teinture de cannelle ou

semblé que les observations de notre collègue étaient de nature à faire croire que la méthode employée par lui, avait ce pouvoir. C'est à ce point de vue que j'ai critiqué les observations de M. Loneux et que j'ai dit avoir employé l'opium sans en obtenir de résultats encourageants. Quant au laudanum de Sydenham, il peut sans doute s'altérer, mais je crois que, bien préparé, il est tout aussi fidèle, tout aussi bon que le laudanum de Rousseau. Du reste, parmi les opiacés je ne me suis pas borné au laudanum, mais j'ai employé aussi l'extrait d'opium et l'acétate de morphine. Je crois que ce que j'ai dit peut être pleinement accepté et que je ne dois nullement céder devant les observations qui nous sont faites. Il y a certaines épidémies dans lesquelles les cas cèdent avec beaucoup plus de facilité que dans d'autres. Ce qui me ferait croire qu'il s'est agi ici de ces cas, c'est que M. Broeckx, à Anvers, a réussi avec un traitement analogue à celui employé par M. Loneux, beaucoup mieux qu'en 1849. Ceci vient à l'appui de ce que j'ai dit qu'il s'agissait d'une épidémie différente de celle de 1849, d'une épidémie · moins intense, qui cédait plus facilement aux remèdes employés. Je devais dire ceci

- pour prémunir les praticiens contre les dé

ceptions qu'ils pourraient se préparer en accordant trop de confiance à cette méthode, et pour expliquer les succès que dans un cas particulier elle a pu obtenir.

Personne ne demandant plus la parole sur la lettre de M. Loneux, l'Assemblée décide qu'elle sera insérée au Bulletin de la séance.

Ouvrages présentés.

1. Mémoires des concours et des savants étrangers, publiés par l'Académie royale de médecine de Belgique, premier fasci-, cule du tome V. Bruxelles, 1860. In-4°.

2. Observation de croup. Guérison ; par le docteur De Windt, Gand, 1855. In-8°.

5. Observations de fractures compliquées, suivies de considérations sur leur traitement par l'appareil ouaté, par le Dr De Windt, br. in-8°.

4. Lettre à M. le docteur Crocq touchant certaines propositions relatives à la nature et au traitement du choléra indien, par M. le docteur Bourgogne. Bruxelles, 1860, br. in-8°.

l'aqua cinnamoni hordeata. L'honorable auteur pense aussi qu'une personne parvenue à la période algide et n'ayant plus de pouls, est difficile à rétablir. Donc, principiis obsta, serô mcdicina paratur.

5. Note sur la visite des lépreux à Anvers depuis le 11 mai 1517 jusqu'au 14 mai 1524, par C. Broeckx. Anvers, 1860. In-8°. 6. Du guaco et des eupatoires, par V. Guibert. Anvers, 1860. In-8°. 7. De la galvanisation par influence appliquée au traitement des déviations de la colonne vertébrale, des maladies de la poitrine, des abaissements de l'utérus, etc., par le docteur J. Seiler. Paris, 1860. 1 vol. in-8°. 8. Note sur l'opium indigène, par M. H. Lepage, br. in-12. 9 à 50. Divers journaux de médecine et recueils scientifiques périodiques.

Le premier objet à l'ordre du jour est le rapport sur le travail de M. Cailletet, relatif à l'iodure de soufre soluble.

M. LERoY, rapporteur, donne lecture, tant en son nom qu'au nom de MM. Gripekoven et Van den Corput, du rapport suivant :

MEssIEURs,

M. Cailletet, pharmacien à Charleville (France), qui vous est déjà connu par plusieurs publications importantes, vous a fait parvenir un travail manuscrit intitulé : De l'iodure de soufre soluble (sulfure d'iode et de sodium). L'auteur commence son travail en décrivant le procédé employé pour obtenir l'iodure de soufre en usage en pharmacie; ensuite il entre dans quelques considérations où il examine l'action de la chaleur, l'action d'une solution froide d'iodure de potassium ou de sodium, celle de l'eau froide, de l'alcool et de l'éther sur l'iodure de soufre ordinaire; il en vient à cette conclusion que le composé ne peut être considéré que comme un mélange d'iode et de soufre dans lequel les quantités de ces deux corps ne sont pas proportionnelles à leurs équivalents. Cette opinion à laquelle l'auteur s'est arrêté est partagée depuis longtemps les chimistes. L'instabilité de ce composé a fait naître l'idée à M. Cailletet de rechercher un procédé pour obtenir un iodure de soufre correspondant au protochlorure S'Cl. Il a pu combiner un iodure de soufre S'I, avec le sulfure de sodium NaS, composé qui lui a paru assez intéressant sous le rapport de ses propriétés chimiques et qui pourrait être utile en thérapeutique; tel est le motif pour lequel il fait cette communication à la Société. Il a obtenu ce produit en se guidant sur les considérations qui suivent : si l'on met en présence 2 équivalents de monosulfure

de sodium cristallisé et 5 équivalents d'iode 0Il {l 2NaS, 9HO +5I= 2NaI + S'I + 18 HO. Mais en présence de l'iodure de sodium 2NaI, une partie de l'iodure de soufre Sol est décomposée, un sous-iodure de soufre peu riche en iode se sépare de la liqueur sous la forme de floconsjaunes volumineux. L'iodure de soufre S'I ne peut donc être mis en présence d'un iodure alcalin sans perdre une partie de son iode; mais s'il est combiné avec un équivalent de monosulfure de sodium, composé analogue aux sulfosels, il devient soluble dans l'eau et l'iodure de sodium même en grand excès ne lui enlève plus d'iode. Si l'on prend 5NaS, 9HO, + 5I, on a NaS, S*I + 2NaI + 27HO. En traitant la solution aqueuse de cet iodure par 1 équivalent d'acétate tribasique de plomb, il a obtenu un composé insoluble de polysulfure et d'oxyiodure de plomb; ce composé qui est rouge-brique ne s'altère pas à la lumière comme le polysulfure de plomb, qui devient noir. Si l'on ajoute de nouveau à la liqueur filtrée 1 équivalent d'acétate tribasique on obtient de l'acétate de soude sesquibasique et de l'oxyiodure de plomb; si au lieu d'acétate de plomb tribasique on ajoute 2 équivalents d'acétate de plomb neutre on obtient 2 équivalents d'iodure de plomb plus jaune que le composé (Pb0), (Pb)*, I") et 5 équivalents d'acétate de soude. Les sels de cuivre, d'argent, etc., qui forment des composés insolubles avec l'iode et le soufre, donnent d'abord un précipité de polysulfure et d'iodure dont la couleur est variable; ensuite une nouvelle quantité de sel de cuivre, d'argent, etc., produit un iodure qui se dépose. L'auteur, dans son mémoire, donne les formules rationnelles de ces réactions. Chauffé fortement dans un tube de verre fermé à une de ses extrémités, on volatilise de l'eau, ensuite du soufre qui s'attache aux parois internes du tube; on ne remarque pas de vapeurs d'iode, on peut en dégager tout le soufre ; si l'iodure a été convenablement chauffé il se forme de l'iodure de sodium et le soufre se dégage. NaS,S'I = NaI + 5S. L'iodure de soufre soluble de M. Cailletet est verdâtre, il est hygrométrique, il a un peu de l'odeur des sulfures alcalins ; il est très-soluble dans l'eau, moins soluble dans l'alcool concentré ; l'éther en dissout une faible quantité. Il est encore soluble dans les huiles grasses, principalement dans lcs huiles rances, l'huile de foie de

morue, etc.; cette dissolution a lieu avec dégagement d'acide sulfhydrique. Il prépare l'iodure de soufre soluble en prenant 5 parties de monosulfure de sodium cristallisé et 4 parties 75 centièmes d'iode; ces quantités sont proportionnelles aux équivalents des deux corps qui entrent dans cette réaction, sauf cependant que la quantité de monosulfure de sodium setrouve un peu forcée, à cause d'une certaine quantité d'eau d'interposition qui accompagne habituellement les cristaux. Le mémoire de M. Cailletet nous paraît offrir beaucoup d'intérêt sous le rapport chimique; il nous fait de plus connaître un composé nouveau de soufre et d'iode associé à un monosulfure, qui peut avoir ses applications dans la thérapeutique des maladies de la peau. Nous avons l'honneur de vous proposer l'insertion de ce travail dans le Journal de la Société et de conférer à l'auteur le titre de membre correspondant. Personne ne demandant la parole sur ce rapport, M. le président en met aux voix les conclusions. Elles sont adoptées. En conséquence, M. Cailletet, pharmacien à Charleville, est proclamé membre correspondant de la Société. M. PIGEoLET, tant au nom de MM. Bougard et de L. Martin qu'au sien, donne lecture du rapport suivant sur un travail de M. Boëns, membre correspondant à Charleroi, relatif à un nouveau procédé d'embryotomie.

MEssIEURs,

Le travail manuscrit que la Société a reçu de M. le docteur Boëns, de Charleroi, et dont elle nous a confié l'analyse, est intitulé : Remarques sur l'embryotomie, contenant quatre observations d'embryotomie praliquées d'après un nouveau procédé. Ainsi que le déclare l'auteur, exprimant l'idée de M. Jacquemier, il n'y a pas, dans la chirurgie, d'opérations qui demandent plus d'habileté et de patience que l'emomie. M. Boëns, comme M. Jacquemier, divise les divers procédés opératoires auxquels on a recours pour pratiquer l'embryotomie, d'après les indications qu'on se propose de remplir; ils ont pour but : 1° De diminuer le volume de la tête du lotus en perforant le crâne et en facilitant l'évacuation de la matière cérébrale, ou décraser et déchirer les os qui entrent dans sa composition ; 2° De faire la scction du cou dans la posentation du tronc où la version et "evolution spontanée sont impossibles ;

5° De faire des divisions dont les règles ne peuvent être fixées d'avance, mais qui sont déterminées par la difficulté d'extraire la tête ou le tronc d'un fœtus monstrueuX. Cette division ne suffit pas pour comprendre tous les procédés qui ont été proposés et mis à exécution ; ainsi l'instrument le plus admirable que la chirurgie obstétricale ait produit dans notre siècle, le forceps-scie n'y est point représenté. Il faudrait donc modifier le paragraphe 1o de la manière suivante : 1° Diminuer le volume de la tête du fœtus en divisant le crâne en deux portions ou en le perforant, et écraser et déchirer les os qui entrent dans sa composition. Il y aurait également un paragraphe à intercaler, indiquant le procédé de Davis, qui partageait le tronc en deux parties pour les extraire ensuite séparément, procédé dont, selon M. Cazeaux, le docteur Payan, d'Aix, s'attribue à tort l'idée et qu'il mit en pratique dans un cas où le tronc était fortement engagé dans l'excavation. Nous reviendrons sur le procédé de Davis, car celui que M. Boëns a employé offre une entière similitude avec celui de ce célèbre accoucheur. Avant d'indiquer le mode opératoire auquel il a eu recours, M. Boëns s'occupe de la question de la légitimité de l'embryotomie au point de vue de la religion et de la justice humaine. Lorsqu'on a la certitude qu'un fœtus est en vie, la religion et la loi permettent-elles de le tuer ? Telle est la question sur laquelle l'auteur émet les considérations qu'on a fait valoir de tout temps en faveur de l'opération césarienne ou de la symphyséotomie lorsque l'enfant est vivant et viable. Les praticiens anglais préfèrent recourir à l'embryotomie. Cazeaux, Chailly et la plupart des praticiens français se réservent de pratiquer l'opération césarienne dans quelques circonstances exceptionnelles seulement, dans les localités par exemple où elle réussit d'habitude, mais ils lui préfèrent soit l'accouchement prématuré, soit même l'avortement lorsqu'ils peuvent y recourir en temps opportun. L'auteur ne produit, au reste, sur ce . point aucun argument nouveau. Après l'énumération des procédés que l'on a appliqués sur la tête ou le cou de l'enfant lorsque ces parties sont accessibles, M. Boëns donne la description du mode opératoire qu'il a suivi dans les présentations du tronc :

1er temps. — On se débarrasse des bras qui occupent une partie du vagin et que l'on a essayé vainement de repousser dans l'utérus pendant les tentatives de version. Ce premier temps, ainsi qu'il est à peine nécessaire de le faire remarquer, n'a lieu que dans les cas où les membres supérieurs plongent dans le vagin. temps. — On réduit le volume du fœtus en le vidant par le thorax et en écrasant celui-ci sous les doigts. 5°temps.— On partage le fœtus en deux à l'aide de tractions modérées faites avec un crochet mousse et de la division des chairs, des ligaments et au besoin des os de la colonne vertébrale. 4° temps. — On extrait successivement les débris du fœtus et le délivre. Après avoir décrit les divers temps de l'opération qu'il propose et dont nous donnons le résumé, tel que l'établit l'auteur, celui-ci trace l'histoire des quatre cas d'embryotomie qu'il a eu l'occasion de pratiquer. Dans le premier fait, l'auteur, après avoir enlevé le bras, pratique la décollation, telle que M. Dubois l'a pratiquée plusieurs fois, à l'exception, cependant, que l'accoucheur français considère l'ablation du bras comme complétement inutile, sa présence ne gênant en rien la manœuvre et pouvant être fort utile pour favoriser les tractions. Dans le second cas, l'enfant présentait l'épaule droite. Par une ouverture faite audessous d'elle, M. Boëns vida la cavité thoracique, appliqua le crochet sur la colonne vertébrale, divisa celle-ci et retira le fœtus en deux portions. Ce procédé est bien celui de Davis. Dans la troisième observation les deux bras et le cordon étaient sortis de la matrice. L'autcur désarticula les deux bras à l'épaule et ne pouvant, malgré cela, amener le cou, il divisa la colonne vertébrale et amena les deux parties séparément. Dans un cas à peu près semblable, le Dr Lee, après avoir séparé le bras (un seul était procident), fixa le crochet sur la colonne vertébrale et amena le fœtus par un mécanisme analogue à celui de l'évolution spontanée. Dans le quatrième fait, l'enfant présentait l'épaule gauche avec procidence du bras et chute du cordon. Le bras fut enlevé, le thorax ouvert et la colonne vertébrale divisée. L'enfant fut également extrait en deux portions. Dans un troisième chapitre, M. le Dr Boëns examine la question de savoir si l'un ou l'autre des procédés d'embryotomie

antérieurement connus pourrait être employé avec plus d'avantage. Il rapporte le cas publié par la Presse médicale (1856, p. 182) d'une application du forceps-scie, faite par M. Van Huevel à la Maternité de Bruxelles, pour pratiquer l'embryotomie sur un fœtus dont les deux bras étaient procidents et dont il avait été impossible de diviser le cou par le procédé de Dubois. M. Boëns préfère le procédé qu'il a suivi à l'emploi du forceps-scie. Nous ne pouvons partager son avis et nous n'aurions certainement recours au procédé de Davis qu'après avoir essayé inutilement l'application du forceps-scie, la division des chairs par cet instrument se faisant, quoi qu'il en pense, avec la plus grande facilité. M. Chailly (Traité pratique de l'art des accouchements, 1855, page 859) dit avoir aidé une fois M. P. Dubois à pratiquer l'embryotomie par la méthode de Davis. C'est précisément le cas dont parle M. Boëns et qu'il a imité dans sa seconde, sa troisième et sa quatrième observation. Quoi qu'il en soit et malgré que la manière d'agir de l'auteur ne constitue pas un procédé nouveau, nous n'en considérons pas moins le travail de M. Boëns comme très-intéressant et digne de figurer dans le Journal de la Société.

M. le président déclare la discussion ouverte; personne ne demandant la parole, il met aux voix les conclusions qui sont adoptées à l'unanimité.

L'ordre du jour appelle ensuite le rapport sur le travail de M. le docteur Anciaux, de Jodoigne, relatif au traitement de ladyssenterie qui a régné en 1857, 1858 et 1859.

M. CRocQ, tant en son nom qu'au nom de MM. Daumerie et Janssens, donne lecture de ce rapport qui est ainsi conçu :

MEssIEURs,

L'étude des maladies épidémiques constitue l'un des problèmes les plus ardus et les plus difficiles de la médecine, tant au point de vue de la pathogénie qu'à celui du traitement. Aussi voyons-nous les médecins les plus illustres, à l'exemple d'Hippocrate et de Sydenham, s'adonner avec ardeur à cette étude ; et il serait à souhaiter que tout médecin, qui a bien observé une épidémie, recueillit ses souvenirs et les publiât.

C'est ce qu'a fait notre honorable confrère M. Anciaux. La contrée où il exerce a été pendant trois années consécutives, 1857, 1858 et 1859, ravagée par la dyssenterie, et dans son travail il rend compte des faits qu'il a observés. II ne se borno pas à une relation sèche, insignifiante, comme cela se fait trop souvent ; il cherche à remonter aux causes du mal, à sa pathogénie, et à en déduire un traitement rationnel. La dyssenterie observée par notre confrère appartient à la classe des dyssenteries automnales, de ces dyssenteries qui surviennent à la suite des fortes chaleurs. Aussi commence-t-il par étudier les effets de la chaleur sur l'économie animale Le premier de ces effets, c'est la diminution d'activité des poumons, et l'augmentation correspondante d'activité du foie. Il recherche ensuite les conséquences physiologiques de ce point de départ. La bile, sécrétée en excès, excite l'intestin, et par sa présence y détermine une hypersécrétion qui peut aller jusqu'à l'exsudation de sang en nature. Il répartit en deux groupes les symptômes observés dans la dyssenterie aiguë ; le groupe des éléments dominants et ceux des éléments accessoires. Les premiers sont les selles bilieuses, sanguinolentes, très-nombreuses, et la fièvre. Les seconds sont la douleur , le ténesme, l'hépatomégalie et la résorption bilieuse. Il a observé d'une manière constante l'état bilieux des garde-robes joint à l'hépatomégalie; et de cette observation il a déduit l'utilité et la rationnalité de l'emploi de la rhubarbe, qui tend à ramener à son rhythme normal l'action hépatique. Lorsque la fièvre est intense, il la combat préalablement par une application de 10 à 12 sangsues sur le trajet du colon ou sur la région hépatique. Enfin, après ces moyenslà, il met en usage le sous-nitrate de bismuth et de légers astringents, pour diminuer la sécrétion de l'intestin et ses mouvements péristaltiques. Les préparations de plantain, et surtout le mucilage de ses semences, lui ont paru jouir dans ces cas, comme dans tous les états catarrhaux de l'intestin, d'une efficacité incontestable. Tels sont les moyens indiqués par les éléments essentiels de la maladie ; et il est rare que les éléments accessoires nécessitent l'emploi d'autres moyens qui s'adressent spécialement à eux. Après ces considérations sur la dyssenterie aiguë, M. Anciaux s'occupe de la dyssenterie chronique. Celle-ci est tantôt simple, tantôt compliquée d'états trèsgraves, qui sont l'ascite, l'adynamie et la septicémie. Dans la dyssenterie chronique simple, les indications sont les mêmes que dans l'état aigu. Il rattache celle qui est "ompliquée d'ascite à la lésion du foie, et y rencontre d'autres indications qui se rap

portent à l'hépatomégalie et à l'état de l'intestin. Les moyens thérapeutiques consistent en révulsifs cutanés, purgatifs légers administrés avec persistance, et un régime doux. ll rapporte cinq observations de dyssenterie chronique avec ascite, dont trois terminées par la guérison et deux par la mort. Enfin il termine par quelques mots sur l'adynamie, la septicémie et sur le régime des dyssentériques. Comme vous le voyez, M. Anciaux rapporte la cause immédiate de la dyssenterie qu'il a observée à un flux immodéré de bile dans l'intestin, déterminant une irritation de celui-ci. Il ne s'agit pas ici d'une simple spéculation théorique comme on en crée tant, mais d'un fait pathologique très-important, susceptible de démonstration positive. L'idée émise par notre confrère a pour elle de nombreuses raisons. L'affection du foie chez certains dyssentériques n'est pas une de ces hypothèses comme l'ancienne médecine en forgeait trop souvent, pour se rendre compte des phénomènes morbides; l'hépatomégalie, constatable par la percussion, est un fait positif, et les altérations du foie avec ascite, consécutives à la dyssenterie chronique, ne le sont pas moins. Cette idée explique les succès obtenus par l'ipécacuanha, le calomel, la rhubarbe, et l'efficacité de ces moyens dans certaines épidémies, efficacité constatée par les meilleurs observateurs, par Sydenham, par Stoll, par Pringle, etc. Sydenham, entre autres, dit que le laudanum réussit fort bien dans la dyssenterie ordinaire, mais que dans la dyssenterie maligne, épidémique, souvent on est obligé de recourir aux évacuants. Or ce fait, consacré par l'expérience des siècles, trouve son explication toute rationnelle dans les considérations développées par M. Anciaux. La dyssenterie, violente inflammation du gros intestin, peut se développer sous l'influence de causes très diverses, que vous connaissez tous ; mais parmi elles il en est qui méritent une attention toute spéciale : ce sont celles qui donnent lieu aux épidémies, et dans lesquelles sans doute il faut rechercher la source des indications spéciales qu'offrent celles-ci. Les recherches de M. Anciaux jettent un jour tout nouveau sur la cause épidémique qui engendre la dyssenterieautomnale, en fixant l'attention des praticiens sur les modifications apportées dans le tissu et les fonctions du foie par les chaleurs intenses de l'été. Le travail de M. Anciaux est écrit avec clarté et précision ; il est tout à fait au

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