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Voilà ce qu'il y a d'incomplet et même d'obscur dans le travail de M. Van Lair.

D'autre part, ce mémoire est fort bien fait, c'est le travail d'un observateur exercé et d'un praticien de beaucoup de mérite. Comme celui de M. Hambursin, il appelle l'attention sur des faits qui n'avaient pas été signalés jusqu'ici dans les annales de la science, faits obscurs, et qui réclament des études ultérieures.

La Commission a donc cru devoir vous proposer d'accorder à chacun de ces mémoires une médaille de 300 francs. (1)

2. ABCÈS de la rale. – Guérison ; par M. le docteur GLUGE,

membre titulaire.

Mme N. N..., née en 1818, d'une bonne constitution, quoique d'apparence anémique faible et nerveuse, douée d'une grande force intellectuelle, réglée à 12 ans, s'est mariée à 17 ans; elle a eu quatre enfants, dont trois sont vivants et bien portants. Depuis 1839, cette dame a souffert de bronchites répétées, qui me faisaient un instant craindre des altérations plus graves des poumons. Cependant, l'usage des eaux d’Ems, suivi de celui des bains de mer, rétablirent, en peu d'années, complètement sa santé. Vers la fin de novembre 1855, cette dame fit un voyage à Paris, fut prise d'un refroidissement et devint souffrante à un tel point que le médecin traitant, très-distingué, me transmit, sur la demande du mari, la note suivante, datée du 24 janvier 1856 :

« Mme N. N... souffrait; il y a six semaines, d'une douleur rhumatismale, qui rayonnait de l'épaule gauche et vers le côté gauche ; vers la droite, la douleur se répandait environ jusqu'à 3 centimètres au delà de la pointe du cæur. Après s'être traitée elle-même par des frictions camphrées, la malade me fit appeler le 9 janvier. Excepté la paleur des muqueuses, les voies de la (1) Voir plus loin : Comité secret.

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digestion n'offrent rien d'anormal. Mme N... se plaignit, dans un espace de 4 centimètres carrés au-dessous du sein gauche, de douleurs vives, surtout dans une inspiration profonde. Les douleurs augmentent vers le soir. La percussion, l'auscultation ne révélaient rien d'anormal ni dans le cæur ni dans les poumons. J'employai des frictions à l'huile de jusquiame et de l'eau de Seltz comme boisson. Les douleurs diminuèrent du côté gauche el disparurent dans l'épaule avec ce traitement, qui fut, en conséquence, suspendu. Dans la nuit du 15 janvier, Mme N... fut subitement prise d'une nouvelle attaque, de douleurs violentes dans le côté gauche de la poitrine; un médecin appelé appliqua de la teinture d'opium en friction et prescrivit de l'éther à l'intérieur. Le matin, je trouvais la malade avec le système nerveux et sanguin très-excité, avec douleurs violentes, et je trouvais, correspondant aux articulations des vraies cotes inférieures, une tumefaction de la largeur de la main, très-douloureuse au toucher, élastique et rougeatre, des palpitations au cậur, le goût altéré, des éructations acides, l'urine en petite quantité, avec besoin fréquent, riche en sédiments rouges briquetés; continuation des frictions d'opium et soda powder; les douleurs de coté dirr. in uèrent le lendemain, mais augmentèrent dans l'articulation de l'épaule, augmentant par le mouvement et se répandant jusque dans l'occiput. Friction calmante. Aconit et ensuite nitre à l'intérieur. La famille étant très-inquiète, je fis une consultation avec un collègue qui, tout en étant d'accord sur la nature rhumatismale du mal, se prononçait pour une combinaison d'affection du huitième nerf intercostal. Le résultat de la consultation fut la continuation des frictions à l'épaule, action thérapeutique sur la sécrétion urinaire; onguent de morphine sur la poitrine. L'application endermique par vésicatoire fut refusée par la malade. Avec ce traitement, les symptômes diminuerent peu à peu ; la tumefaction et les douleurs sont restées, mais ont diminué sous l'influence du quinquina et du gayac. L'appétit est bon, et la malade, quoique anémique, peut passer une bonne partie du jour hors du lit. )

La famille étant très-inquiète, malgré le diagnostic et le pronostic favorable des médecins, me pria de venir à Paris. Je vis la malade le matin, avant qu'elle n'eût pris aucune nourriture. Je trouvai la malade avec un teint plombé et amaigrie; la respiration normale, pas de toux, les sons du cæur nets, réguliers, le ventre non gonflé, le foie de dimension normale; mais du côté gauche, entre la huitième et la dixième côtes, se trouve antérieurement une légère voussure à peine visible, et au lieu du son creux de l'estomac, qui, à l'état de jeûne, se trouve pour ainsi dire, relégué dans l'hypochondre gauche, je remarquai à la percussion un son mat. Celle-ci est tellement douloureuse que la malade s'en ressentit encore quelques heures après. La langue est normale; il y a eu des vomituritions, mais ni vomissements ni hoquet ; l'urine normale; la plante des pieds est brûlante depuis quinze jours, tandis qu'ordinairement les pieds sont froids. La position sur le dos est la moins douloureuse, impossible sur les côtés. La malade se lève plusieurs heures par jour, mangeant sans plaisir ; quelquefois constipation, jamais diarrhée. Pendant que la douleur permanente du côté s'aggravait le soir, celle de l'épaule avait entièrement disparu, pas de fièvre. J'abandonnai immédiatement l'idée d'une névralgie rhumatismale. Prenant en considération la matité d'une étendue considérable, parce qu'elle empiétait sur l'estomac, la douleur profonde, l'absence de toute action anormale du diaphragme, je diagnostiquai une inflammation du parenchyme de la rate. Comme le médecin traitant ne voulait pas se laisser convaincre, je priai M. Rayer d'examiner la malade avec nous. Il confirma, après un examen attentif, mon diagnostic, quant à l'organe malade; seulement, il croyait à l'existence d'une inflammation à la surface de la rate et à une durée de quelques semaines de la maladie. Ce n'était pas mon avis. Les inflammations superficielles de la rate, dont nous voyons si souvent, chez les vieillards, les traces sous forme de plaques perlées, ne paraissent pas déterminer une augmentation aussi considérable de l'organe; quant aux abcès enkystés entre la surface de la rate et le diaphragme, ils doivent géner considérablement la respiration, ils paraissent s'être terminés toujours fatalement, ainsi que M. Magnus Huss me dit en avoir vu plusieurs cas par rupture à l'intérieur. Avec une respiration aussi normale, il ne fallait pas y songer. Je prévins donc la famille que la maladie serait longue et grave. La malade revint à Bruxelles le 29. Les jours suivants, je couvris l'endroit douloureux d'un vésicatoire, et le 5 février j'y fis mettre quatre sangsues pour déterminer l'affluence du sang vers l'extérieur et peut-être l'adhérence. Quinine à l'intérieur; nourriture fortifiante. Après cette application, la tumefaction devient plus considérable entre les fausses côtes gauches et on peut circonscrire la forme de la rate agrandie au moyen de la percussion. L'état général de la malade s'aggrave, apparition de frissons, fièvre, sueurs nocturnes, des douleurs atroces que calmait pour peu de temps la morphine donnée le soir. La hauteur de la tumefaction, qui présentait une sorte de fausse fluctuation, était de 10 centimètres, la longueur de 16 centimètres; la voussure était environ de 3 centimètres plus élevée que la surface de côté opposé. Quelques glandes lymphatiques du voisinage étaient gonflées ; le soulèvement du bras était devenu douloureux.

Je jugeai que le moment était arrivé où une adhérence, devenue complète, permettait l'opération, et je priai mon collègue et ami, M. De Roubaix, de la faire.

Avec une prudence qu'on ne peut trop louer dans un opérateur aussi habile, il refusa d'opérer sans avoir la preuve de

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l'existenced'un abcès, parce que, comme il le disait avec raison, la tuméfaction de l'hypochondre gauche semblait bien être le produit d'une tumeur encéphaloïde rapidement développée. La ponction exploratrice fournit, par l'observation du pus au microscope, faite près du lit de la malade même, cette preuve, et l'incision se fit le 12 février, dans l'espace intercostal, entre la neuvième et la dixième cotes, à la partie antérieure. Rien ne sortit après l'opération, et seulement une petite quantité de pus se montra le lendemain, qui augmenta encore lorsque l'ouverture fut agrandie le 19. C'était cependant toujours plutôt dans les premiers jours suivants un suintement qu'un écoulement d'un abcès qui se vide. Le pus était de couleur lie de vin, et à côté des globules de pus on voyait une quantité énorme de grandes cellules à un noyau renfermant des globules rouges de sang plus ou moins irréguliers et des cellules à pigment noir semblables à celles qu'on trouve dans la rate normale. Plus tard, la couleur du pus sortant de cette ouverture changea, il devint blanc et renfermait de petits grains blancs de la grosseur d'une tête d'épingle, composés entièrement de cristaux; ils se dissolvent dans l'acide nitrique; au microscope ils se présentent sous forme de lamelles minces et d'aiguilles incomplètement développées, ressemblant à ceux de leucine. La quantité fournie à M. Melsens n'était pas assez considérable pour que ce chimiste distingué pút me donner une assurance complète sur l'existence de leucine. Il pouvait seulement m'assurer que les cristaux renfermaient une substance azotée.

Vers le 26 février, les cellules que j'ai mentionnées commencèrent à diminuer. Depuis que l'écoulement régulier du pus se fait, les douleurs ont diminué, ainsi que l'insomnie. La fièvre est modérée ; pouls, 100 par minute; les sueurs nocturnes continuent; constipation. Les lavements produisent des évacuations quelquefois mêlées de sang. L'appétit revient et la diges

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