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langue d'un blanc grisâtre métallique, liséré gengival également d'un gris métallique, muqueuse gengivale et buccale pâle et décolorée, avec quelques plaques d'un rouge vif, salivation assez abondante pour attirer l'attention du sujet. Cette femme n'offrait aucun signe d'intolérance, il n'y avait pas non plus d'intoxication; c'étaient bien des effets physiologiques. Chez une demoiselle de 59 ans, atteinte de lichen depuis sept ans, et encore en traitement en ce moment, une douleur musculaire dans les pieds et le long des tibias s'est montrée le second jour d'un traitement par la liqueur de Fowler, à la dose d'un gramme et demi (un centigramme et demi d'acide arsénieux.) La même personne, qui est d'une famille dont plusieurs membres sont morts phthisiques, et qui, elle-même, a la poitrine faible, m'a déclaré que sa solution arsénicale la faisait tousser. Cette malade prenait sa dose d'acide arsénieux, en deux cuillers à bouche, dont chacune était mélée à un verre d'eau. Ce verre était pris en 5 ou 6 fois. Je dois ajouter que la toux est un phénomène arsénical que j'ai rencontré très-fréquemment. J'ai noté également plusieurs fois des crampes et des élancements, surtout dans les membres inférieurs. Quant à l'augmentation de l'appétit, elle a été un effet presque constant de l'emploi de l'arsenic à dose médicale. Chez la femme du sieur Julien B...., sujet d'un tempérament très-lymphatique, qui avait été longtemps en traitement pour une coxarthrocace consécutive à un accouchement et qui présentaitun eczéma de l'oreille, la liqueur de Fowler, doublement indiquée dans ce cas, continuée pendant quinze jours à la dose d'un gramme et demi par jour, a desséché l'eczéma, en même temps qu'elle a affermi la marche. Comme symptômes physiologiques, l'arsenic a produit chez cette femme de l'angine, un furoncle au front, des yeux cernés avec un peu de blépharite ciliaire, le gonflement du côté droit de la face et du cou. Tous ces faits me permettent de dire que j'ai déjà rencontré la plupart des phénomènes que les auteurs, et en particulier M. Imbert, décrivent comme constituant les effets physiologiques de l'arsenic. Un des plus communs est la toux, le moins fréquent la pseudo-fièvre. Celle-ci est attestée par d'excellents observateurs. Graves s'exprime à ce sujet de la manière suivante, dans sa Clinique médicale, trad. Jaccoud, tome II, p.487 : « Toutes les fois — écrit l'illustre clinicien de Dublin — qu'un malade prend de l'arsenic, il est essentiel de surveiller de très-près la tête et l'estomac; s'il survient de la douleur ou de la pesanteur de tête, s'il y a des douleurs gastriques ou des nausées, ou si enfin, en l'absence de tous ces accidents, vous voyez apparaître un petit mouvement fébrile ou un certain degré d'excitation nerveuse, c'est la preuve que le remède a été poussé assez loin, et vous ne devez pas hésiter à en cesser ou tout au moins à en suspendre l'emploi. » VII. — Un grand nombre d'auteurs se sont occupés de l'emploi de l'arsenic dans les névralgies. En voici le tableau, que j'ai cherché à rendre le moins incomplet possible, quoique, sans doute, il offre encore des lacunes :

1. Chorée : Macleod (1), Salter (2), Martin, Gregory, Latter, Girdlestone, Babington, Hughes, Begbie, Guersant père (5), Romberg (de Berlin) (4), Dieudonné (de Bruxelles) (5), Rayer (6), Aran, Rice (7), Gillette (8). 2. Toux convulsive des enfants : Ferriar (Medical facts and observ.). 5. Céphalées périodiques, névralgies siégeant à la face : Hoffmann, Boudin, Dieudonné (9), Delioux (10), Teissier (de Lyon). 4. Angine de poitrine : Alexander, Teissier. 5. Épilepsie : Alexander, Duncan, Hoffmann, Harles, Biett, Boudin. Des six épileptiques traités par M. Biett à l'aide des préparations arsénicales, aucun n'a été complétement guéri : il y a eu seulement une amélioration remarquable, caractérisée par l'éloignement des accès. 6. Gastralgie : Teissier, Puttaert (11). 7. Asthme : Dioscoride, Pline, Galien, les Arabistes, Georges Weith, 1605 ; Ettmuller, Foderé, Koepl, Trousseau, le médecin hongrois Pserhofer (12). 8. Dyspepsies : Germain (de Château-Thierry), 1860; Millet (de Tours), 1862(15). 9. Hypochondrie : Puttaert. 10. Névralgie lombaire périodique : Crocq (14). 11. Tétanos : Chapman (Elements of therapeutic, Philadelphie, 1824) rapporte un exemple de guérison de tétanos obtenue par le docteur Taylor, à l'aide de l'arsenic uni à l'opium : il faisait prendre toutes les trois heures 10 gouttes de solution de Fowler et 50 gouttes de laudanum. 12. Héméralopie : Boudin (15). Les succès obtenus par M. Teissier sont consignés dans le Journal de méde

(1) London medical Gazette, décembre 1855. — Encycl. des sciences médicales, volume de février 1856. (2) On the use of arsenic in the cure of chorea, Medico-chirurg. Transactions, vol. X. Journal général de médecine, tome 71, année 1820. (5) Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacologie, tome VI. (4) Idem, même volume. (5) Idem, tome VII. (6) Union médicale, juillet 1847. (7) Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacologie, tome XXVIII. (8) Voir dans le Bulletin général de thérapeutique du docteur Debout, à la page 547 du tome 65, année 1862, l'article consacré par M. le docteur Gellé aux essais de médication arsénicale dans la chorée entrepris par son regrettable maître M. Gillette, à l'hôpital des Enfants malades. (9) Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacologie, tome VII, p. 75. (10) Études sur les maladies périodiques, Paris, 1855. (11) Observations de médecine pratique, dans le Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacologie, tome XI, p. 297. (12) Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacologie, tome XXII, p.449. — Zeitsch. f. Natur. u. Heilkunde in Ungarn, 1856, januar. (15) Revue de thérapeut. médico-chirurg., 1862.—Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacologie, tome XXXVI. (14) Bulletin de l'Académie de médecine de Belgique, t. XIV, année 1854-55, p. 516. (15) Traité des fièvres intermittentes, suivi de rccherches sur l'emploi thérapeutique des préparations arsénicales, Paris, 1842

cine de Lyon, de mai 1848. Malgré l'autorité du nom de l'auteur, nous avouons éprouver quelque peine à admettre que les deux cures qu'il rapporte soient dues à la dose quasi-homœpathique de 5 gouttes de liqueur de Pearson. On est tenté de voir là plutôt une coïncidence heureuse que l'effet d'une médication. On le voit, de toutes ces nombreuses observations il n'en est aucune qui ait trait à la névralgie sciatique, sans doute, parce qu'il est rare de rencontrer cette affection avec l'intensité qu'elle offrait dans l'observation que j'ai recueillie, et aussi, parce qu'il se peut que l'arsenic ait déjà été employé un certain nombre de fois contre l'affection qui nous occupe sans que ces cas aient été publiés. En rédigeant cette observation, notre but a été de rappeler au praticien qui se trouve en face de névralgies graves, rebelles, vainement combattues par les arcanes ordinaires, que la médication arsénicale, convenablement maniée, est une ressource précieuse dans ces affections. Les autorités citées dans ce travail, comme aussi le succès que nous avons si promptement obtenu dans une névralgie très-grave et très-douloureuse, doivent engager les médecins à recourir avec plus d'assurance à la médication arsénicale, à braver un reste de vieux préjugés. Trop souvent, en effet, on recule devant les préventions populaires, comme si l'histoire de la thérapeutique était autre chose qu'une lutte continue contre l'ignorance et la routine ! Qui ne sait, en effet, que l'antimoine, le mercure, la ciguë, tous les médicaments actifs ont eu leurs détracteurs acharnés, et que les plus précieux agents de la matière médicale sont en même temps les plus dangereux, ce qui justifie le vieil adage : ubi virus, ibi virtus ? P. S. — Ces lignes étaient écrites, lorsque, relisant l'art. Arsenic du Dictionnaire de médecine en 51 volumes, article dû à la plume autorisée de Cazenave, nous y avons trouvé le passage suivant : « Hoffmann rapporte l'observation d'un homme de trente-six ans, qui fut guéri par l'arsenic uni à l'opium d'une sciatique grave qui revenait tous les jours à 5 heures du soir. Ces faits ont encore été confirmés par S. A. Bardeley (Rapports médicam., Londres, 1807,) et par Ben Kinson, (Edimburg med. and surg. Journal, 1809.) »

NoTEs sUR L'ovARioToMIE, recueillies pendant son séjour à Londres,
par le docteur FR. JoTTRAND.

Les nombreux et encourageants succès obtenus en Angleterre, pendant ces derniers temps, par la pratique de l'ovariotomie ont fait sortir celle-ci de l'état de discrédit où l'avaient jetée des tentatives trop souvent malheureuses; les accusations trop sévères que l'on avait dressées contre elle ont été reconnues exagérées; elle a enfin trouvé grâce actuellement auprès des opérateurs qui, il y a peu de temps encore, la considéraient comme si dangereuse qu'ils n'osaient la conseilser. Cette réhabilitation n'est cependant pas encore si complète, les

craintes que la gravité de l'opération devait faire naître chez ceux qui n'ont pas été témoins des résultats souvent inespérés et presque incompréhensibles qu'elle procure ne sont pas encore si dissipées, qu'il ne soit déjà plus utile de citer et de répandre, chaque fois que l'occasion s'en présente, les faits qui, parlant en sa faveur, peuvent lui faire obtenir la confiance qu'elle mérite. — Ayant, pendant un séjour de deux mois que nous venons de faire à Londres, été à même de recueillir quelques notes sur cette importante opération, nous croyons utile de les rapporter ici. Les renseignements que nous donnerons ne sont peut-être pas bien nouveaux, ils ne diffèrent guère de ceux rapportés par d'autres, avant nous; ils n'ont du reste d'autre prétention que d'appeler une fois de plus l'attention de nos praticiens sur un moyen de thérapeutique chirurgicale bien important puisque, s'adressant à des affections ordinairement incurables par les autres modes de traitement, et souvent rapidement mortelles, il donne lieu, employé dans de bonnes conditions, à des résultats aussi favorables que ceux qui suivent les autres opérations graves auxquelles il peut être comparé. Dire que pendant notre court séjour à Londres, l'ovariotomie a été tentée six fois à notre connaissance, c'est assez établir la confiance que les chirurgiens anglais ont dans ce mode de traitement; ajouter que lors de notre départ ils n'avaient, dans aucun cas, eu à se repentir de leur manière d'agir, c'est déjà, jusqu'à un certain point, justifier cette confiance. — De ces six opérations, quatre furent achevées, deux ne purent l'être à cause de la nature des tumeurs ovariques qui, pour être enlevées, eussent exposé les malades à des risques que la prudence des chirurgiens empêchait de leur faire courir. Dans un cas, l'opération était pratiquée par M. Baker-Brown dans la maison de santé (London surgical Home) à laquelle il est attaché comme chirurgien (1). La patiente, femme de 55 ans environ, présentait tout le cortége symptomatique qui permet de diagnostiquer un kyste ovarique multiloculaire, semi-solide, non ou peu adhérent aux organes voisins. La tumeur, par son volume trèsconsidérable et toujours croissant, était arrivée au point de compromettre sérieusement les jours de la malade, par l'obstacle qu'elle constituait au fonctionnement des organes digestifs et respiratoires. L'ovariotomie était, selon M. Baker-Brown, et son opinion était partagée par plusieurs de ses confrères présents, le seul moyen à employer dans l'occurrence. La malade fut soumise à l'influence du chloroforme; on mit la tumeur à découvert par une incision faite dans les parois abdominales, et qui s'étendait depuis un travers de doigt en

(1) Ce petit hospice, admirablement situé au sommet d'une colline (notting Hill), dans une des parties les plus saines de Londres, est affecté au traitement des affections chirurgicales des femmes; il offre aux malades qui y sont traitées toutes les meilleures conditions d'hygiène et de confort que l'on puisse réunir. Ces conditions ont bien leur valeur dans les succès que l'on y obtient. J'en dirai autant à propos d'un autre petit hôpital (Samaritan Hospital), affecté exclusivement au traitement des maladies des femmes et des enfants, et dans lequel pratique comme chirurgien M. Spencer Wells; ici aussi tout ce que les lois hygiéniques peuvent prescrire pour mettre les opérées à l'abri des accidents consécutifs aux opérations, si fréquents dans les hôpitaux, est exécuté avec le plus grand soin. dessous de l'ombilic jusqu'à deux ou trois travers de doigt du pubis; puis on ponctionna la tumeur à l'aide d'un large trocart syphon. Cette ponction ne produisit l'écoulement d'aucun liquide. — Le volume de la tumeur était donc irréductible, il était d'un autre côté trop considérable pour qu'il fût possible de l'attirer au dehors par l'ouverture pratiquée; celle-ci étendue même autant que possible aurait toujours laissé l'énucléation difficile; les adhérences qui pouvaient exister entre la tumeur et les organes voisins eussent été, dans ces conditions, difficiles aussi à détruire; en un mot l'amputation du mal présentait de tels dangers qu'il parut sage à l'opérateur, le cas étant définitivement jugé incurable, de rétablir le plus possible les choses dans l'état où elles se trouvaient avant l'opération. On retira donc le trocart et comme il s'écoulait un peu de sang par la plaie qu'il avait faite, on y posa un point de suture métallique. La surface de la tumeur fut épongée, de façon à enlever le peu de sang qui la couvrait, les lèvres de la plaie abdominale furent rapprochées à l'aide de sutures de soie, de longues bandelettes de sparadrap appliquées transversalement audessus et dans l'intervalle des sutures, le tout enfin fut maintenu par un bandage de corps légèrement compressif, et la malade remise au lit. — Huit jours après, l'opérée se trouvait dans des conditions relativement bonnes; quelques vomissements et les douleurs qui avaient suivi l'opération avaient été combattus et calmés par l'ingestion de boissons glacées et de préparations d'opium; aucun autre accident ne s'était présenté. Enfin, huit jours plus tard encore, M. BakerBrown me dit que la patiente était de nouveau dans l'état où elle se trouvait avant l'opération; celle-ci n'avait agi ni en bien ni en mal. Dans l'autre cas, on avait affaire à une tumeur de l'ovaire droit nageant dans un liquide ascitique considérable, lequel résultait probablement de l'irritation péritonéale produite par le frottement prolongé de la tumeur ovarique. La malade âgée d'une trentaine d'années, d'un tempérament lymphatique, d'une constitution bonne, mais affaiblie déjà par le mal qu'elle portait, était à Samaritan hospital, dans le service de M. Spencer Wells. Une incision, comme celle indiquée plus haut, fut pratiquée et permit à la sérosité ascitique de s'écouler; la tumeur mise à nu, put être examinée. Elle était dure, solide, de nature adénoïde, du volume d'une petite tête de fœtus, unie à l'utérus par un pédicule large et court. Sa nature, son volume, relativement peu considérable, ne nécessitaient pas son ablation immédiate; d'un autre côté, les connexions étroites qu'elle avait avec l'utérus rendaient cette ablation assez grave; il fut donc décidé que l'on ne terminerait pas l'opération. On laissa la tumeur dans la cavité abdominale, on évacua tout le liquide qui l'entourait et l'on ferma la plaie à l'aide de sutures de soies et de bandelettes agglutinatives; le tout fut recouvert d'une épaisse couche d'ouate et maintenu par un large bandage de corps en flanelle. La malade fut soumise au traitement ordinaire consécutif à l'ovariotomie. L'opération avait été pratiquée le lundi, 25 février, à deux heures de relevée; je vis la malade le 25, c'est-à-dire, quarante-huit heures plus tard : elle était alors aussi bien que possible, elle ne souffrait aucunement, le ventre

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