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avec un pinceau ordinaire est suivie d'un sentiment de chaleur et même de brûlure, qui dure pendant une ou deux heures. Il faut faire attention de ne pas toucher les parties gercées ou ulcérées, car la douleur devient alors trèsvive. Ce médecin fait appliquer deux fois par jour la teinture, si le malade la supporte; mais il se règle d'après la sensibilité de la peau. On voit survenir de temps en temps de petites vésicules. Après quelques jours de traitement, il conseille de ramollir la peau avec de l'eau tiède pour détacher les croûtes produites par l'application de l'iode ; on voit ordinairement, après la chute de ces croûtes, la peau apparaître saine. Les gerçures qui se déclarent pendant l'emploi trop énergique de la teinture disparaissent plus tard en continuant le remède. Le traitement est achevé lorsque la peau est devenue lisse et rouge. M. Hoffbauer assure n'avoir jamais vu de récidive ni de métastase ; il n'a essayé l'iode à l'intérieur que dans les cas d'indication spéciale par la constitution du malade.—Parmi les observations citées à l'appui de l'efficacité de cette méthode, on remarque un cas de psoriasis guttata, deux cas de pityriasis, un cas d'ichtyose pour lequel un grand nombre de traitements avaient été subis sans succès, enfin plusieurs cas d'acné de la face, qui tous cédèrent également en un temps variable, aux applications extérieures de teinture d'iode. Il n'est question, dans aucun de ces cas, de médication interne. D'après une note insérée dans le British American journal, la teinture d'iode aurait, comme les préparations mercurielles, l'avantage de faire avorter les pustules varioliques; il suffirait d'étendre cette teinture àl'aide d'un pinceau sur toutes les parties qu'on tient à préserver de cicatrices indélébiles. On peut, dit-on, se borner à une application par jour ; mais le traitement doit être répété jusqu'au cinquième ou sixième jour. On voit alors, sous l'influence incontestable de ce topique, le gonflement de la peau diminuer, les pustules s'aplatir sans suppuration préalable, et les croûtes qui les remplacent tomber sans laisser de trace. Il faut seulement être prévenu que la teinture d'iode, ainsi appliquée, détermine d'abord de la douleur qui est passagère et entraîne avec elle la sensation pénible de tension et de brûlure que produit, surtout à la face, l'apparition de pustules varioliques. Nous ne mentionnerons que pour mémoire l'application locale qu'on a voulu faire de la teinture d'iode contre l'érysipèle. Quoique le docteur Lanyon ait cité en faveur de ce moyen, en 1840, neuf observations qui semblent confirmatives de son utilité, nous croyons que, contre cette maladie qui tient à une cause interne, les médications topiques ne doivent pas inspirer de confiance. Nous venons de parcourir le cadre des diverses applications qui peuvent être faites des injections iodées et d'apprécier le degré d'importance pratique qui leur est dévolu. Il ne nous reste plus qu'à ajouter quelques réflexions complémentaires sur ce moyen thérapeutique. La composition du liquide à injecter ne saurait être toujours la même. On adopte généralement aujourd'hui, depuis les travaux de M. Velpeau, la teinture d'iode au tiers dans les hydrocèles, les hydarthroses, les adénites syphilitiques, etc. Mais une infraction est souvent faite à cette loi du maître : ainsi nous avons vu, que parfois on a injecté la teinture d'iode pure, d'autres fois mêlée d'eau à moitié, au quart, etc. ; que certaines fois enfin on avait préféré les proportions plus faibles des formules Lugol. Tout cela est subordonné au tact pratique du chirurgien, à l'effet énergique ou lent, rapidement modificateur ou seulement détersif qu'il se propose de déterminer.—Quelques praticiens croient aussi devoir ajouter une certaine proportion d'iodure de potassium à la solution d'iode, un grain par trente grammes. Cette pratique nous parait avantageuse, en ce que l'iodure potassique saturant la solution, on est moins exposé aux pertes résultant de la volatilisation de l'iode sous l'influence de la lumière atmosphérique. Deux ordres de phénomènes sont observés après les injections iodées, savoir des phénomènes primitifs et des phénomènes consécutifs. Les premiers sont une douleur plus ou moins vive, un gonflement phlegmasique de la partie, la fièvre, l'agitation, etc. ; ils résultent de l'action directe du médicament, et, quoique souvent qualifiés du nom d'accidents, ils sont généralement de bon augure, et se calment d'ailleurs facilement sous l'influence de quelques applications émollientes. Les seconds sont le travail modificateur et adhésif qui succède à ce mouvement phlogistique. Si quelquefois, le plus souvent peut-être, les injections iodées provoquent une inflammation adhésive, d'autres fois elles ne paraissent déterminer qu'une inflammation qui, sans provoquer des adhérences, modifie et les fonctions perverties des surfaces sécrétantes et leur texture altérée soit primitivement soit consécutivement à l'épanchement. Ainsi des autopsies ont-elles démontré que la guérison de l'hydrocèle et celle de l'hydarthrose avaient pu avoir lieu sans adhésion des surfaces. L'action de l'iode s'était ici bornée à activer l'absorption ou à faire renaître l'équilibre entre les forces de sécrétion et d'absorption. Quelque fois la guérison a lieu après la première injection ou si l'on veut par première intention ; d'autres fois, ce n'est qu'après des injections répétées, ou ce qu'on peut appeler par seconde intention. L'oblitération par première intention ne peut guère être obtenue et espérée quedans les cavités naturelles; tandis que dans les cavités de formation nouvelle et pathologique, dans les trajets fistuleux, l'oblitération de premier jet est si rare qu'on peut la considérer comme un fait exceptionnel. Parfois même, dans les cavités naturelles est-on obligé de répéter une ou deux fois l'injection, mais c'est toujours dans le but d'obtenir un épanchement fibrineux ou primitif, tandis que les autres cas exigent que le travail modificateur soit plus ou moins de temps continué à l'aide d'injections consécutives. Les expériences de Babault sur les chiens, qu'on avait dans le temps invoquées comme arguments contre les injections iodées, ne nous paraissent rien prouver contre elles, puisqu'elles étaient faites dans des conditions physiologiques essentiellement différentes de celles où se trouvent les individus que nous soumettons aux injections iodées. Tandis en effet que cet expérimentateur les pratiquait dans des tissus sains, partant susceptibles d'absorption et d'inflammation, nous ne les faisons que dans des cavités ou des trajets à parois denses, épaissies, tapissées d'une fausse membrane, par conséquent imperméables et peu impressionnables. C'est ainsi qu'on s'explique pourquoi, par exemple, le péritoine, qui est habituellement si irritable, peut, quand la sensibilité a été émoussée par le contact longtemps prolongé de l'épanchement séreux dans l'ascite, ou par le travail lentement phlegmasique de la péritonite chronique qui se termine par épanchement, supporter jusqu'à l'injection iodée et en ressentir même parfois une action heureusement modificatrice et curative. Tout porte donc à croire que l'application des injections iodées au traitement de diverses maladies est une heureuse conquête de la chirurgie moderne, qui par elle triomphe de certaines affections regardées souvent comme incurables, et qui trouve, dans leur emploi, une heureuse substitution à des injections auparavant usitées mais plus inefficaces et bien moins inoffensives.

PROPOSITIONS TERMINALES.

L'iode et l'intéressante famille de composés dont il est la racine ou le principe actif constituent de précieux agents thérapeutiques contre une foule d'états morbides divers. La médication iodurée a surtout pris de l'extension en ces dernières années, c'est-à-dire depuis qu'il a été reconnu que l'iodure de potassium pouvait utilement remplacer l'iode auquel naguère on s'adressait spécialement. Tandis, en effet, que l'usage de l'iode exposait à des accidents parfois graves (l'iodisme), l'iodure de potassium est d'un emploi plus facile, ne fatigue pas l'estomac, augmente le plus souvent l'appétit, active la nutrition, est doué de propriétés bien autrement curatives, et peut remplacer avec avantage l'iode dans la presque totalité des cas. C'est aussi grâces à ce médicament que les traitements iodurés sont si souvents prescrits comme anti-scrofuleux, anti-syphilitiques, fondants ou résolutifs, altérants, modificateurs enfin de l'organisme. Les affections scrofuleuses sont un des états morbides qui s'accommodent le mieux des traitements iodurés, et contre elles ont été successivement recommandés l'iode, l'iodure d'amidon, l'iodure de fer, l'iodure de potassium associé à l'iode, l'iodure de potassium seul et l'huile de foie de morue. Nous estimons toutefois que ces deux dernières substances méritent généralement la préférence, pouvant remplacer les autres dans la pluralité des cas. Nous plaçons toutefois l'iodure de potassium au premier rang de la médication anti-scrofuleuse. L'iodure de fer, sans convenir aussi généralement, peut néanmoins être préféré dans certains cas de chlorose, d'asthénie scrofuleuse, ou pour continuer un traitement commencé par l'iodure de potassium. Les huiles de foie de morue ou de raie, qui sont des huiles iodées, quoique généralement moins riches en efficacité que l'iodure potassique , sont aussi pourvues de précieuses propriétés anti-strumeuses, et on les voit parfois guérir les accidents scrofuleux qui avaient résisté à l'action de l'iodure. On se trouve bien quelquefois d'administrer en même temps les deux produits, ou de les remplacer alternativement l'un par l'autre. Nous ne voulons pas dire pourtant que les préparations iodurées soient le spécifique quand même des affections scrofuleuses ; car nous savons bien que celles-ci ne leur cèdent pas toujours, mais nous croyons être dans le vrai en soutenant que, par leur usage seul ou combinées avec l'emploi local de certaines préparations iodurées, elles constituent, dans la généralité des cas, le traitement anti-strumeux le plus efficace. Nous plaçons donc à un rang inférieur les autres agents préconisés contre les états scrofuleux, tels que les amers, les préparations de noyer, les ferrugineux, les mercuriaux, le soufre, les préparations d'or, et l'hydrochlorate de baryte. Quelquefois pourtant nous préférons ce dernier produit, savoir dans les cas que nous pourrions nommer de scrofule active, ou quand les symptômes strumeux s'accompagnent d'un état hypersthénique local et général, l'action à la fois anti-scrofuleuse et hyposthénisante du sel de baryte expliquant trèsbien cette préférence exceptionnelle. N'oublions pas, dans le traitement des états scrofuleux, que, quoique ceuxci paraissent plus spécialement localisés, tels que l'ophthalmie lymphatique, certaines adénites, certains trajets fistuleux, etc., ils sont pourtant l'indice d'une viciation générale, et qu'ils indiquent conséquemment un traitement général, sans préjudice du traitement local qui peut convenir. Avec une médication iodurée administrée avec intelligence et associée à une bonne hygiène, on triomphera fréquemment de la scrofule, et quand il aura été possible de lui faire succéder l'usage des bains de mer, on aura trèsefficacement agi pour prévenir les récidives. La syphilis est encore une des maladies qui, dans bien des cas donnés, sera très-avantageusement combattue par la médication iodurée. Celle-ci et la médication mercurielle fournissent, en effet, les agents thérapeutiques les plus utiles contre cette affection constitutionnelle. Des divers remèdes iodurés, l'iodure de potassium est celui qui l'emporte en efficacité comme anti-syphilitique ; ses propriétés curatives, dans les cas les plus graves invétérés, sont confirmées par un cortége imposant de guérisons les plus remarquables. Les mercuriaux suffisent généralement et doivent même être préférés contre les accidents dits primitifs et la plupart des accidents secondaires. Lorsque cependant les accidents secondaires, et, dans quelques cas rares, les accidents primitifs se montrent réfractaires aux mercuriaux, prescrivez alors l'iodure potassique seul ou associé au mercure. L'iodure de potassium nous a toujours paru de nul effet dans le traitement de la syphilide squameuse, quelle qu'en fut la forme, et dans celui de la syphilide papuleuse.

Rarement utile dans les syphilides exanthématique, vésiculeuse et bulleuse, il est au contraire très-efficace dans les syphilides pustuleuse, tuberculeuse et ulcéreuse. Ce médicament a été trouvé curatif des rhagades de l'anus et des orteils, après qu'elles avaient résisté au mercure, de même que des onglades syphilitiques. Très-utile pour combattre les végétations ou excroissances, qui surviennent parfois aux parties génitales, quand elles ont été précédées de chancres, il est dépourvu d'efficacité contre elles quand elles sont consécutives d'une blennorrhagie simple. Souverain contre les ulcérations profondes du gosier et du pharynx (ulcérations tertiaires), il est moins efficace dans les ulcérations superficielles de ces parties, bien qu'il puisse être utile dans ces circonstances. Il est un excellent résolutif du testicule vénérien, alors même que la maladie ressemble au sarcocèle. Plus les accidents secondaires paraissent, par leur ancienneté et leur manière d'être, se rapprocher de la catégorie des accidents tertiaires, et plus ils seront avantageusement traités par l'iodure potassique. Tandis que le mercure est généralement impuissant contre les accidents tertiaires de la syphilis, l'iodure est, au contraire, alors à l'apogée de son efficacité. Il est un agent spécifique contre eux. Les deux médicaments se complètent donc l'un par l'autre ou complètent la médication anti-syphilitique. Il résulte de là que les applications de la médication iodurée contre la syphilis comblent une lacune qui se faisait naguère péniblement sentir dans la thérapeutique de cette maladie. L'analogie que l'on comprend devoir exister entre la tuberculisation pulmonaire et la tuberculisation scrofuleuse, dont les remèdes iodurés constituent les principaux agents curatifs, a suscité l'idée d'utiliser ces derniers contre la phthisie tuberculeuse. Ont été recommandés contre cette maladie, les inhalations iodurées et le proto-iodure de fer, l'iodure de potassium et l'huile de foie de morue, administrés à l'intérieur. Mais le proto-iodure de fer et l'huile de foie de morue nous paraissent seuls mériter d'être conservés dans la thérapeutique anti-phthisique. Le proto-iodure de fer paraît surtout convenir dans les cas où la dégénérescence tuberculeuse ou la phthisie pulmonaire se développe chez des sujets préalablement en bon état de santé, issus de parents sains, et qui ont dû la grave altération de leur santé à l'influence de causes défavorables et débilitantes, tels qu'excès, alimentation insuffisante, habitations humides et insalubres, etc. Mais l'usage interne de l'huile de foie de morue, accompagné d'un régime réparateur et tonique, animalisé, et de soins hygiéniques convenables, est surtout appelé à rendre d'importants services contre la phthisie, principale

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