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ter de la prochaine fête de Pâques, 28 mars 1193, trois ans trois mois trois semaines trois jours et trois heures, sous prétexte, disait-on, qu'une triple corde se rompt plus difficilement qu'une autre (a); pour nous exprimer plus clairement, son terme était fixé au 22 juillet 1196, et ne devait arriver qu'au bout de trois ans dix mois et vingt jours (b).

Le député de Saladin qui vint apporter au roi Richard la copie du traité, le trouva malade : « Vous » voyez, » dit le monarque anglais, « l'état où je » suis. Pour ce qui est de moi, je consens à tout et » je donne la main en signe d'engagement; mais » adressez-vous au comte Henri et aux autres sei» gneurs, et qu'ils prennent eux-mêmes lecture du » traité. » Le député alla donc trouver Henri et les

saint Laurent, c'est-à-dire le 9 août (D. Bouquet, XVII, 643 E). Ce qui explique toutefois cette erreur, c'est qu'à partir de la bataille du 6 août les hostilités paraissent avoir été, de fait sinon de droit, suspendues.

(a) Radulfus de Diceto, ap. D. Bouquet, XVII, 643 E-644 A.

(6) Les auteurs arabes ne sont pas d'accord sur la durée de cette trève. Boha Eddin, qui sans doute n'a voulu s'exprimer qu'en nombre rond, nous parle de trois ans (Bibl. des Croisades, 2e éd., IV, 356); Aboulfeda nous parle de trois ans trois mois (Bibl. des Croisades, 1 re éd., II, 332-333); Ibn Alatir et Schehab Eddin de trois ans huit mois (Bibl. des Croisades, 1re éd., II, 531, 662). Les historiens chrétiens ne sont pas plus d'accord, ainsi d'après Roger de Hoveden (D. Bouquet, XVII, 549 B) la trêve aurait été de trois ans à partir de Pâques prochain, c'est-à-dire, pour nous exprimer plus nettement, de trois ans six mois et vingtsix jours, dont le dernier serait tombé le 27 mars 1196. La précision des détails donnés par Raoul de Diceto nous semble un indice de véracité; cf. Richard de Devizes, section 93.

autres barons qui ne firent aucune objection, et demandèrent seulement que leur serment fût remis au lendemain, attendu qu'ils n'avaient pas l'usage de jurer après avoir mangé. Le lendemain Richard refusa de jurer, parce que, suivant l'usage d'Occident, les rois ne faisaient point de serment, il se contenta de donner la main au député; mais Henri, les Hospitaliers, les Templiers et les principaux seigneurs de Terre-Sainte, jurèrent d'observer la trève. Le même jour, deux députés chrétiens reçurent, au camp musulman, une poignée de main de Saladin et le serment des principaux seigneurs de sa cour (a).

Pendant ces négociations, un des premiers barons de Terre-Sainte, parlant à l'historien Boha Eddin des pertes subies par l'armée chrétienne, évaluait à cinq ou six cent mille le nombre des hommes partis d'Europe depuis le commencement de cette croisade; l'immense majorité avait péri. Un auteur contemporain lui fait dire qu’un dixième seulement reverrait sa patrie (6). Parmi les victimes, outre de grands personnages comme l'empereur Frédéric, le duc de Souabe, son fils, le comte de Flandre, le duc de Bourgogne, le comte de Blois, le comte de Sancerre, on comptait plusieurs barons champenois comme André de Ramerupt, Barthélemi et Gui de

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de Vignory, Erard de Chassenay (a), Erard, comte de Brienne, Anseric de Montréal (6).

Dès lors Richard ne songea plus qu'au départ; il remit au comte de Champagne le commandement de l’armée chrétienne, et, regagnant Acre, s'y embarqua le 8 octobre 1192 (c). On sait quel malheur l'attendait en route. Le 4 février 1194, jour où se termina sa captivité, il écrivait à Henri II pour lui annoncer sa délivrance; il promettait de revenir en Terre-Sainte à l'expiration de la trève, si ses ennemis d'Europe lui en laissaient la possibilité, et il espérait alors délivrer la Terre-Sainte du joug des Musulmans. Mais ce projet si beau ne devait pas se réaliser (d).

Notre comte observa consciencieusement la trève. C'était, dit un historien arabe, un prince peu méchant et ami des Musulmans (e). On rapporte même qu'en témoignage de ses intentions plus que pacifiques, il écrivit à Saladin pour lui demander un présent : « Vous savez, » lui dit-il, « que chez nous le » costume de votre nation n'est pas en déshonneur,

(a) Albéric, ap. D. Bouquet, XVIII, 755 A.

(6) Benedictus Petroburgensis, ap. D. Bouquet, XVII, 512 C. 513 A.

(c) Rigord, ap. D. Bouquet, XVII, 37 BC; Guillelmus Armoricus, ibid., 71 BC; Rogerus de Hoveden, ibid., 549 B C; Gervasius Dorobernensis, ibid., 675 B. C'est Roger de Hoveden qui donne la date du 8 octobre, Raoul de Diceto parle du 9 (D. Bouquet), XVII, 644 B.

(d) Rogerus de Hoveden, ap. D. Bouquet, XVII, 563 C.

(e) Ibn Alatir, Bibl. des Croisades, 1re éd., II, 532; 2° éd.. IV, 358.

» si vous voulez me donner une pelisse et un turban » je m'en servirai par égard pour vous. » Saladin se rendit au désir du prince chrétien, et l'on vil, dans Acre, Henri porter les vêtements que le sultan lui avait donnés (a).

Il n'y eut pas toujours aussi bonne harmonie entre notre comte et ses nouveaux sujets. Héraclius, patriarche de Jérusalem, vint à mourir; les chanoines du Saint-Sépulcre lui élurent pour successeur Monaco, archevêque de Cesarée ; Henri déclara que, pour être valable, cette élection avait besoin d'être ratifiée par le roi de Jérusalem, mais les chanoines refusèrent d'admettre cette prétention. Le prince en colère les fit arrêter, mettre en prison, menaça même de les faire jeter à la mer; un grand scandale s'en suivit. Josce, archevêque de Tyr, et plusieurs hauts personnages lui adressèrent des représentations : « Vous faites, » lui dirent-ils, « une » faute dont vous ne tirerez aucun profit; désormais » les chanoines du Saint-Sépulcre seront vos en» nemis, et si le patriarche qu'ils ont élu est con» firmé par le pape, vous pouvez être sûr de trou» ver en lui un adversaire. » Henri céda, mit les chanoines en liberté, et, pour disposer favorablement le futur patriarche, il éleva son neveu au grade de chevalier et lui donna un fief. Bien lui en prit, car,

(a) Ibn Alatir, Bibl. des Croisades, 1re éd., II, 528; 2e éd., IV, 357. La résidence ordinaire d'Henri était Acre, nous avons deux chartes de lui datées de cette ville : l'une est du mois d'août 1195, l'autre du mois d'octobre 1196; voir notre Catalogue, nos 436, 441, et les pièces justificatives, CLXIV, CLXV, dans notre t. III, p. 479, 480.

ainsi qu'on le lui avait prédit, le pape ratifia l'élection et même lui envoya une réprimande (a), 1194.

Vers la même époque, les Pisans, mécontents de notre comte, étaient entrés en pourparlers avec Gui de Lusignan depuis peu en possession de l'île Chypre, et lui avaient proposé de lui livrer la ville de Tyr. Ils avaient, en outre, armé des corsaires qui dévastaient les côtes de Syrie. Après d'inutiles sommations, Henri répondit à ces agressions en chassant d’Acre la colonie pisane qui y était établie. Amauri de Lusignan, frère du roi Gui, connétable de Jérusalem et seigneur de Jaffa, prit devant Henri le parti des Pisans. Le comte de Champagne se mit en colère : « Vous les défen» dez contre moi, » s'écria-t-il, « parce qu'ils veu» lent livrer Tyr au roi Gui votre frère; ne croyez » pas que je l'ignore; mais je ne vous laisserai pas » sortir d'ici avant que votre frère ne m'ait aban» donné l'île de Chypre (b). » « Il ne serait pas » juste, » lui répondit Amauri, « que vous m'arrê» tassiez à cause de mon frère, je suis votre vassal » et connétable de Jérusalem. » « Il ne m'est pas » prouvé que vous soyez connétable, » dit Henri; ( celui qui vous a nommé à cette fonction n'en avait » guère le droit ; » puis il donna ordre de le jeter en prison. Alors les grands-maîtres du Temple et de l'Hôpital et d'autres barons du royaume firent des

(a) Historiens occidentaux des Croisades, II, 203 D.

(6) Henri élevait des prétentions sur le royaume de Chypre, comme étant aux droits de Richard Caur-de-Lion. Ce dernier avait vendu l'île de Chypre à Gui de Lusignan pour une somme de cent mille besans, et Gui en devait encore soixante mille.

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