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à tour. Cependant, le marquis de Montferrat, de plus en plus hostile au monarque anglais, chef du parti opposé à ce prince, se mit en relation avec Saladin, et il fut question entre eux d'un traité de paix où Richard n'aurait pas été compris; il y eut même sur le tapis un projet d'alliance offensive et défensive, entre Conrad et Saladin, contre le prince anglais qui avait quitté un des plus beaux royaumes d'Europe pour venir en Palestine se dévouer à la défense des intérêts chrétiens (a).

Sur ces entrefaites, le roi d'Angleterre ayant reçu des nouvelles qui rendaient nécessaire sa présence dans ses Etats, annonça son départ prochain; et comme il ne pouvait laisser l'armée croisée sans chef, il proposa aux principaux guerriers réunis prés de lui d'élire un successeur au roi Gui, qui, depuis sa défaite de Tibériade, n'avait plus le prestige ni l'autorité nécessaires dans ces difficiles conjonctures. Au grand étonnement de Richard, le suffrage unanime désigna Conrad de Montferrat. Une députation, dont faisait partie le comte de Champagne, alla immédiatement porter la nouvelle de cette élection à Tyr, où le marquis vivait retiré (6).

Mais cette élection n'eut pas de suite. Peu après, Conrad tomba assassiné dans les rues de Tyr, 28 avril 1192 (c). Suivant les uns, les meurtriers avaient exercé la vengeance du Vieux de la Montagne, dont

(o) BohaEddin, ap. Bibl. des Croisades, 2e éd., IV, 338-339.

(6) Vinisauf. liv. V, ch. xxm et xxiv.

(c) Roger de Hoveden, ap. D. Bouquet, XVII, 548 B, donne la date du 27; mais Raoul de Diceto, Imagines historiarum, ap. un vaisseau avait été pillé à Tyr et qui n'avait pu obtenir la réparation de cette insulte (a). C'est l'explication la plus vraisemblable. Suivant d'autres, la responsabilité de cette mort devait remonter jusqu'à Saladin (b). D'autres enfin, en accusaient le roi d'Angleterre (c), qui d'après eux comptait faire de même assassiner Philippe-Auguste (d). On reconnaît dans cette dernière version l'expression des haines que Richard avait soulevées contre lui; d'ailleurs aucun événement ne pouvait lui plaire d'avantage, et même il commit la faute de laisser voir sa joie (e).

A la nouvelle de cette mort, Henri prit la route de Tyr. Il avait déjà été question de le donner pour époux à la reine de Jérusalem, et de l'élever au trône dix-huit mois auparavant, quand les barons,

D. Bouquet, XVII, 643 C, fixe cet événement au 28, et en cela il est d'accord avec Ibn Alatir, ap. Bibl. des Croisades, 1" éd., Il, 527.

(o) Rogerusde Hoveden, ap. D. Bouquet, XVII, 548 B; L'Estoire de Eracles, empereur, liv. XXVI. ch. xm, ap. Historiens occidentaux des Croisades, II, 193.

(6) Ibn Alatir et Aboulfarage, ap. Bibl. des Croisades, 2* éd., IV, 339.

(c) L'Estoire de Eracles, empereur, liv. XXVI, chap. xiv, ap. Historiens occidentaux des Croisades, II, 194; Albéric ap. D. Bouquet, XVIII, 756 A; Boha Eddin, Emad Eddin, ap. Bibl. des Croisades, 2e éd., IV, 339; Schehab Eddin, ap. JSiW. des Croisades, 1" éd., II, 660.

(d) Rigord, ap. D. Bouquet, XVII, 37 A; cf. Richard de Devizes, sect. 96, dans les Chronicles ofthe Crusades, p. 61.

(e) Ema dEddin, ap. Bibl. des Croisades, 2e éd., IV, 339; Schehab Eddin, ap. Bibl. des Croisades, i- éd., II, 759; cf. Vinisauf, liv. V, ch. xxxiv.

ne voulant pas reconnaître Humfroi de Toron pour roi, avaient en majorité arrêté leur choix sur le marquis de Montferrat (a). Henri comptait réussir cette fois : les habitants sans chef, et heureux d'en trouver un aussi vite, lui offrirent d'eux-mêmes ce qu'il désirait ; Isabelle vint en personne présenter les clefs de la ville à son futur époux ; et le 5 mai.1192, huit jours après la mort du marquis, Henri devenait le mari de la reine de Jérusalem. Tel est le récit des historiens anglais (6).

Suivant la version répandue par les ennemis de Richard, c'est sur ce prince que doit retomber toute entière la responsabilité de ce mariage précipité, comme de la mort de Conrad. A la première nouvelle de l'assassinat, le monarque anglais serait monté à cheval et aurait gagné Tyr; ce serait lui qui aurait conduit notre comte en cette ville, ce serait lui dont l'impérieuse volonté aurait entraîné l'assentiment des habitants de Tyr et arraché le consentement d'Isabelle (c). Le nouveau mariage de la reine de Jérusalem aurait eu lieu, non pas huit jours, mais le troisième jour après la mort du

(a) Chronicon Sicardi cremonensis, ap. D. Bouquet, XIX, 242 E.

(6) La date du 5 mai est donnée par Raoul de Diceto, Imagines Historiarum, ap. D. Bouquet, XVII, 643 C, pour les détails voir Vinisauf, liv. V, ch. Xxvii, xxxiv et xxxv. Suivant cet auteur, Richard aurait désapprouvé l'union adultérine d'Henri avec Isabelle.

- (c) L'Estoire de Eracles, empereur, liv. XXVI, ch. xiv, ap. Historiens occidentaux des Croisades, II, 194-195; Sanuto, ap Bongars, II, 200.

marquis de Montferrat (a). Un auteur prétend même qu'Henri l'aurait épousée la nuit qui suivit immédiatement le jour où Conrad avait perdu la vie (6). Ce qui paraît certain, c'est qu'Isabelle était grosse (c), et qu'il fallut recourir à une sorte de contrainte pour lui faire accepter ce troisième mari (d).

La conséquence de cette union fut de faire acquérir au comte de Champagne les droits attribués à Conrad sur le royaume de Jérusalem par la sentence du 28 juillet 1191 (e). De plus, Gui de Lusignan,qui cette année acheta du roi Richard l'île de Chypre, se laissa imposer, comme condition de cette acquisition, l'abandon de ses droits viagers sur le royaume de Jérusalem, sauf peut-être le titre de roi (/"), que le comte Henri ne prit jamais (g). Enfin, Richard

(a) Voir les textes cités dans la note précédente, plus Ibn Alatir, ap. Bibl. des Croisades, 1" éd., II, 527, et Chronicon Sicardi cremonensis, ap. D. Bouquet, XIX, 242 E. Notons que ce dernier auteur date la mort du marquis du 24 avril, au lieu du 28.

(6) Schehab Eddin, ap. Bibl. des Croisades, 1" éd., II, 659.

(c) Ibn Alatir, ap. Bibl. des Croisades, 1TM éd., II, 527, et Chronicon Sicardi cremonensis, ap. D. Bouquet, XIX, 242, E.

(d) Chronicon Sicardi cremonensis, ap. D. Bouquet, XIX, 242 E.

(e) Voir plus haut, page 39.

(/-) Guillelmus Neubrigensis, De rébus Anglicis, ap. D. Bouquet, XVIII, 32 E; Radulfus Coggeshalae, Chroniconanglicanum, ap. D. Bouquet, XVIII, 65 D; Rogerus de Hoveden, Annales, ap. D. Bouquet, XVII, 548 B. Sur la vente de l'île de Chypre à Guide Lusignan, voir Maslatrie, Hist. de Chypre, I, 37; cf. Vinisauf. liv. V, ch. xxxvu.

{g) Jacques de Vitry, II, 99, ap. Bongars, I, 1123; voir aussi qui considérait ses conquêtes en Palestine comme sa propriété, en fit abandon au nouveau chef des barons de Syrie.

Neveu du Foi de France en même temps que du roi d'Angleterre, Henri n'eut pas de peine à réunir les suffrages des deux partis, entre lesquels se divisaient les Croisés et les Chrétiens de Terre-Sainte. Son élévation au pouvoir eut le caractère d'une élection, à laquelle prirent part, non seulement le roi d'Angleterre et les barons anglais, mais aussi le duc de Bourgogne, les barons français, les Ordres du Temple et de Saint-Jean et les principaux chevaliers de Terre-Sainte (a).

En ce moment, Richard Cœur-de-Lion était campé à Ramla. Henri, accompagné du duc de Bourgogne, des autres chevaliers français et de sa nouvelle épouse, dont il ne pouvait encore se séparer, raconte un chroniqueur du temps, se mit en marche pour aller le rejoindre. Acre était sur son passage, son entrée y fut triomphale. Plus de soixante mille hommes en armes vinrent, dit-on, au-devant de lui.

notre Catalogue, n°s 436 et 441, et dans notre tome III, p, 479 et 480, pièces justificatives CLXIV et CLXV. Dans ces documents qui sont relatifs à l'administration de la Champagne, Henri prend. seulement le titre de comte palatin de Troyes; mais M. de Maslatrie, dans son Histoire de Chypre,teme I, p. 36, note 7, cite un diplôme où ce prioce se dit non seulement comte palatin de Troyes, mais en même temps seigneur de Tyr et d'Acre : Cornes trecensium pnlatinus, Tyri et Aecon dominus; ce diplôme appartient à l'année 1195.

(a) Rigord, ap. D. Bouquet, XVII, 37 E-38 A; Annales aquiànctensis monasterii, ap. D. Bouquet, XVIII, 544 A; Andréas Marcbianensis, ibid„ 557 C D.

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