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tôt en marche, et bientôt atteignit Paris (a), puis Vincennes (6).

Le moment était venu pour Thibaut de montrer de l'audace. Une bataille rangée entre le roi et lui semblait sur le point de se livrer, mais le courage lui manqua. Il envoya en ambassade plusieurs de ses conseillers au monarque français pour lui demander la paix (c). Des personnages importants, la reine Blanche et sans doute des membres du clergé s'interposèrent comme médiateurs (d). Enfin, les négociations semblent avoir duré assez longtemps pour permettre à la voix du pape d'arriver jusqu'à saint Louis.

Thibaut, par un acte récent, s'était placé sous la protection toute spéciale de l'Eglise. Une des clauses du traité de paix conclu entre lui et ses ennemis vers la fin de l'année 1230 lui imposait l'obligation de se croiser et d'aller, avec cent chevaliers, combattre en Terre-Sainte les ennemis du nom chrétien (<?). Thibaut paraît s'être peu pressé d'exécuter celte promesse. Il n'avait pas encore tenu sa parole quand, à la fin de l'année 123/j, Grégoire IX entreprit d'organiser une croisade. Ce pape adressa, le 6 novembre, une bulle à Louis IX pour l'inviter à prendre la croix (/"); puis, le 17 novembre, parut uneencycli

fa) Gesta S. Ludovici, ap. D. Bouquet, XX, 322 D.

(b) Gesta S. Ludovici. ap. D. Bouquet, XX, 522 D.

(c) Chroniques de Saint-Denis, ap. D Bouquet, XXI, 111 G H. ((/) Albéric, ap. D. Bouquet, XXI, 616 D; La chronique de

Iluins, édit. Louis Paris, p. 192. (a) Mathieu Paris, édit. de Paris, 1614, p. 252, col. 1 F G. (/") Cette bulle a été publiée par Raynaldi, XIII, 4-50, col. 1.

que par laquelle la jeunesse chrétienne et les hommes exercés au maniement des armes étaient convoqués à la guerre sainte (a). Thibaut fut un des princes qui répondirent à cet appel. 11 se croisa à son retour de Navarre en Champagne (6), sans doute au commencement de l'année 1235 (c).

Plusieurs faveurs récompensèrent son zèle.

Une dispense papale autorisa le mariage de sa fille Blanche avec Jean de Bretagne, qui était parent de cette jeune princesse à degré prohibé (2634).

Une bulle du 18 juin 1236 invita les évêques de Paris et deLangresetPabbéde Clairvauxà intervenir auprès de Louis IX pour le détourner d'attaquer Thibaut. Le même jour, Grégoire IX écrivait au monarque français dans le même sens : « Notre cher » fils en Jésus-Christ, le roi de Navarre, comte de » Champagne, décoré des insignes de la Croix, pro» jette de partir pour se mettre au service du Cru» cifié, el, pendant ce temps, vous voulez attaquer » sa terre! Or, du conseil de nos frères et de tous » les prélats réunis autour du siège apostolique,

(a) Un extrait de cette encyclique a été donné par Ravnaldi, XIII, 459, col. 2. (6) Albéric, ap. D. Bouquet, XXI, 615 D.

(c) La date exacte de ce grand acte de la vie de Thibaut ne nous est pas connue d'une manière certaine. L'indication chronologique que nous donnons résulte pour nous du rapprochement des paroles d'Aîbcric avec ce que nous avons dit de l'époque du retour de Thibaut on Champagne. Dnns tous les cas, celte grande démarche du roi de Navarre était connue du pape à Viterbe, le 5 décembre 1235, ainsi que l'établit une bulle de ce jour, en partie reproduite par Ravnaldi, XIII, 474, col. 2.

» nous avons ordonné que, pendant quatre ans au » moins, la paix ou des trêves seraient observées » dans le monde entier (a), et que les contempteurs >) de cette prescription seraient frappés des censures » ecclésiastiques. Nous prions donc Votre Sérénité »' royale, au nom du sang répandu par Jésus-Christ; » et, pour la rémission de vos péchés, nous vous » enjoignons de faire en sorte qu'on ne puisse vous » demander compte des désastres que votre déso» béissance pourrait (ce qu'à Dieu ne plaise!) atti» rer sur la Terre-Sainte, et, par conséquent, de ces» ser d'attaquer le roi de Navarre et les autres croi» ses, et de donner la paix à votre royaume, afin » que la grande affaire de la Croix ait une issue fa» vorable ; alors vous pourrez espérer la miséricorde » de Celui qui, pour votre salut et celui du genre » humain, a voulu que, sur un gibet de bois, son » corps souffrît de si horribles douleurs (6). »

Louis IX prenait trop à cœur les intérêts de la chrétienté pour rester sourd à cette invitation, mais il était aussi trop soucieux de sa dignité pour sacrifier les droits de la royauté. L'inconstant Thibaut dut, malgré la protection pontificale, livrer au roi, comme gage de fidélité, les deux châteaux de Bray-surSeinc et de Montereau (c). Plus tard, saint Louis,

(a) On se rappelle que le quatrième concile général de Latran avait rendu une décision de ce genre. Celte décision avait été renouvelée en 1254, comme nous l'apprend une bulle donnée à Spolète le 4 septembre de cette année, Labbc, Concil., XI, 534 A B.

(b) Raynaldi, édit. de Rome, 1646, XIII, 486.

(c) Gesta S. Ludovki, ap. D. Bouquet, XX, 522D-323A; Chroniques de Sainl-Denis, ap. D. Bouquet, XXI, 111 H ; Chro

plus satisfait de la conduite du roi de Navarre, les lui rendit. Mais ce qui fut irrévocable, fut la renonciation de Thibaut aux fiefs aliénés par ses mandataires en 1234 (a). De plus, ce prince fut obligé de payer au roi une indemnité pour les frais causés par les préparatifs de guerre (6), et même, dit-on, de prendre, à titre de pénitence, l'obligation de passer plusieurs années hors de France, tant en Navarre qu'en Terre-Sainte (c).

Lors dela conclusion définitive de ce traité, il y eut, rapporte un chroniqueur, une entrevue entre Thibaut et Blanche de f.astille : « Par Dieu, comte » Thibaut, » dit Blanche, « vous n'auriez pas dû » être contre nous et vous auriez dû vous souvenir » de la bonté qu'a eue pour vous le roi mon fils » quand il est venu à votre aide contre tous les ba» rons de France qui voulaient brûler vos Etats et » les réduire on charbon. » Le comte regarda la roync qui tant estoil sage et tant belle que de la grant biaulé de lui il fu touz esbahis (d). « Je vous le jure, Madame, »

nique de Baudoin d'Avesnes, ibid., 166 HJ; Chronicon Alber'w, ibid., 616 E. Suivant Philippe Mouskct, vers 29156, éd. Reiffenberg, II, 617, et La chronique de Rains, p. 192, le nombre des châteaux séquestrés entre les mains du roi aurait été de trois. Nous croyons que ces deux auteurs se trompent.

(a) Albéric, ap. D. Bouquet, XXI, 616 DE.

(6) Louis Paris, La chronique de Rains, p. 192.

(c) Philippe Mousket, vers 29158-29160, éd. Reiffenberg, II, 618; suivant cet auteur, celte péuilence devait durer sept ans, mais elle ne fut pas si longue.

{d) On pciit comparer en passage à des vers de Thibaut cités plus haut, p. 216.

répondit-il « mon cœur, ma personne et ma terre » sont à vos ordres; je ferai toujours avec plaisir » tout ce qui pourra vous être agréable; jamais, » s'il plaît à Dieu, je n'agirai contre vous. » Et il se retira tout pensif, continue le chroniqueur. Le doux regard de la reine et ses attraits lui venaient souvent à l'esprit, et alors un sentiment amoureux lui pénétrait dans le cœur. Mais, quand il songeait qu'elle était si grande dame et d'une vie si sage et si pure, ses tendres pensers se changeaient en tristesse. Et, comme ces réflexions engendraient la mélancolie, des hommes prudents lui conseillèrent de se distraire par les beaux sons de la vielle et par des chants doux et gracieux. Telle serait, suivant cet auteur, l'origine des chansons de Thibaut (a). Il y a, dans ce récit, une invraisemblance,car, en 4236, il y avait trente-six ans que Blanche avait épousé Louis VIII, et, depuis que Thibaut avait commencé à la connaître, on en comptait plus de trente, puisqu'il avait été, dès son bas âge, élevé près d'elle à la cour de Philippe-Auguste. On conviendra qu'il s'y serait pris un peu tard si, pour devenir amoureux de cette princesse, il avait attendu lépoque où nous sommes parvenus et où elle avait atteint l'âge d'environ cinquante ans.

La passion de Thibaut pour Blanche doit remonter plus haut, c'est-à dire au moins aux premiers temps du veuvage de cette princesse; elle est une des explications possibles de l'incroyable versatilité dont le comte de Champagne fit preuve pendant les

(a) Chroniques de Saitil-Dems, ap D. Bouquet, XXI, 111 H

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