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livres dans le trésor de son oncle (a). Mais la reine Blanche et saint Louis qui, au moment des négociations, avaient formellement exprimé leur intention d'acquérir définitivement cette mouvance, refusèrent d'écouter les réclamations du nouveau roi de Navarre (6).

N'obtenant rien par la persuasion, il voulut recourir à la force. Dès l'année 1235, il fait mettre en état les fortifications de ses châteaux (c). Des travaux ont lieu par son ordre, notamment au château deNogenl-Ie-Roi,dont il s'était emparé deux ans auparavant^), et à celui de Méry-sur-Seine (2362-23G4); la ville de Meaux lui doit des remparts et des fossés

(a) Albéric, ap. D. Bouquet, XXI, 612 F.

(6) Joinville, ap. D. Bouquet, XX, 204 C; La chronique de Rains, édit. L. Paris.p. 191. Albéric, ap. D. Bouquet, XXI, 616 B, dit que ces fiefs avaient été engagés, mais qu'aux termes d'une des clauses de l'acte cet engagement devait valoir vente dans le cas où le remboursement n'aurait pas lieu dans un délai déterminé. 11 nous semble qu'on doit préférer la version de Joinville qui, au passage cité, s'appuie sur une conversation qu'il avait eue personnellement avec saint Louis. La bonne foi de Thibaut s'explique par son absence au moment des dernières négociations, qui avaient été conduites par Archambaud de Bourbon, comme il résulte notamment des comptes publiés par M.de Wailly (D. Bouquet, XXI, 241 B); cf. Tillemont, II, 190, et voir plus haut, p. 262, notée.

(c) Chroniques de Saint-Denis, ap. D. Bouquet, XXI, 111 F. L'auteur dit que ces faits eurent lieu peu après le mariage de saint Louis. Saint Louis paraît avoir épousé Marguerite de Provence le 27 mai 1234 (Tillemont, II, 206). Il est évident qu'il s'écoula environ un an entre le mariage de saint Louis et le commencement des préparatifs de guerre de Thibaut, et c'est avec raison que les savants continuateurs de D. Bouquet les datent de 1235.

(d) Albéric, ap. D. Bouquet, XXI, 615E.; cf. plus haut, p.257. nouveaux (23A/i, 2365); il réunit des approvisionnements (a); enfin il cherche des alliés. Le 28 janvier de cette année, nous le voyons réconcilié avec le duc de Bourgogne qui le prend pour arbitre entre lui et le comte de Nevers, mais qui, toutefois, réserve sa fidélité au roi de Fiance (2318). On ne devait pas trouver la même clause dans les traités subséquents de Thibaut. Quelques mois après, il entre en relation avec les ennemis-nés de la couronne de France : le 2 juin,c'est avec le roi d'Angleterre qui lui donne assurément pour un an (2357); le 15 août, accordant au comte de Bretagne réparation éclatante de l'outrage qu'il lui avait fait en rompant, en 1232, près de Château-Thierry, son mariage projeté avec la fille de ce prince, il marie, à Château-Thierry, Blanche, sa fille, avec Jean, fils du comte de Bretagne. Blanche avait été fiancée deux fois et deux fois les engagements dont elle avait été l'objet n'avaient pas été tenus; mais, cette fois, Thibaut, voulant donner à ses alliés sécurité complète, fit réaliser immédiatement l'union. Il donna en dot à sa fille la portion du comté du Perche qu'il avait hérité de Guillaume, évêque de Chàlons-sur-Marne (2454) (6) et, dans l'emportement de sa passion, au mépris

(a) Chroniques de Saint-Denis, ap. D. Bouquet, XXI, 111 F.

(b) La parenté de Guillaume, évôque de Chîilons-sur-Marne, comte du Perche, avec Blanche de Navarre, mère de Thibaut IV, est précisée parla pièce que nousavons cataloguée sous le n° 1645. Guillaume, filsde Rotrou III, petit-fils de Botrou II, comte du Perche, était arrière-petit-fils de Geofroi II, prédécesseur de cedernier (voir sur ces trois comtes \'Art devérifier les dates, 11,879-885). Geofroi II était père de Marguerite, quel'drt de vérifier les dates (II, 880)

des droits du fils qu'il allait bientôt avoir de Marguerite de Bourbon, il prétendit en outre, par le contrat de mariage, assurer aux nouveaux époux la succession au trône de Navarre (2361,2377-2379, 2391-2396, 2403, 2409-2411). De bonnes raisons politiques avaient pu justifier cette violation de la loi des successions, quand le mariage de Blanche semblait devoir réunir sur une même tête les couronnes de Navarre et de Castille et donner en Espagne plus d'unité et de force à la puissance chrétienne en lutte contre les Musulmans. Mais ici, aucun résultat semblable n'était atteint; au contraire, Thibaut, en sacrifiant les droits du fils qui allait lui naître, payait le prix d'une ligue destinée à ébranler l'unité de la France et le trône de saint Louis, à qui il avait deux fois dû la conservation de ses Etats.

Le treize avril suivant, il fait alliance avec le comte de La Marche (2406). A dix ans d'intervalle, la ligue formée en 1226 par les barons mécontents de l'autorité royale se reconstitue (a). Autour du roi de Navarre et des comtes de Bretagne et de la Marche, se groupent Robert de Coucy (2391); Hugues, comte de Blois et de Saint-Pol (2393); Geofroi, vicomte de Châteaudun (2394); Thomas de Coucy, seigneur de Vervins (2395, 2409); Henri, comte de Bar-Ie-Duc (2431), qui, tous, s'étaient portés caution de l'exécution du contrat de mariage fait à Château-Thierry. Peut-être môme faut-il ajoutera cette liste les noms de Hugues IV, duc de Bourgogne; de Jeanne, comtesse de Flandre; de Jean de Braisne, comte de Màcon; d'Enguerrand III, seigneur de Coucy, et de Jean II, comte de Soissons, sur le cautionnement desquels Pierre Mauclerc et Thibaut paraissent avoir compté (2377, 2379). Nous ne parlons pas des barons champenois, tels qu'Henri VI, comte de Grandpré; Jean II, comte de Roucy; Erard de Chassenay, Simon de Châteauvillain, etc.

fait femme d*Henri de Beaumont, ce qui peut être exact, mais qui, dans tous les cas, épousa aussi Garcie-Ramirez IV, roi de Navarre. L'Art de vérifier les dates, I, 744, donne à Garcie-Ramirez une femme nommée Marguerite, mais se trompe sur la filiation de cette reine de Navarre. De Garcie-Ramirez et de Marguerite naquit Sanche VI, dit le Sage, père de Blanche, par conséquent Blanche et Guillaume étaient cousins issus de germains. Mais Blanche ne fut pas seule héritière de Guillaume; on trouve dans notre catalogue un grand nombre d'actes concernant les partages qui furent laits entre cette princesse ou son fds et leurs cohéritiers (1699-1705, 1714,1757-1759, 1763, 2039, 2082, 2121, 2159, 2690). (a) Mathieu Paris, édit. de Paris, 1644, 294 C.

L'autorité royale avait depuis dix ans fait de grands progrès, et on peut croire qu'une partie des grands vassaux que nous venons de nommer, tout en voyant d'un œil favorable la révolte de Thibaut, montrèrent peu d'empressement à y prendre une part active. Mais le roi de Navarre n'attendit pas le concours de ses alliés, et bientôt, prêt à entrer en campagne, il donna à ses vassaux ordre de se trouver réunis en armes, à Meaux, le 10 juin 1236. Nous avons encore la charte par laquelle, le 23 mai précédent, il invitait l'abbé de Molesme à sommer ses hommes de Villeloup de se trouver à ce rendez-vous avec des vivres pour deux mois (2414).

Cependant, saint Louis ne restait pas oisif. Si nous en croyons un écrivain du temps, Thibaut s'était obligé, par un acte écrit, à ne pas marier sa fille sans le consentement du roi, et avait promis de livrer

au monarque trois châteaux, si cet engagement était violé (a). Nous ne savons ce que l'on doit penser de cette assertion, qu'aucun document authentique ne confirme; mais il allait de soi, et les usages féodaux voulaient qu'aucune femme, propriétaire ou héritière présomptive d'un fief, ne pût se marier sans l'assentiment du suzerain (b), en sorte que l'union célébrée le 4 5 août à Château-Thierry constituait un manquement aux devoirs que Thibaut, en qualité de comte de Champagne, avait à remplir envers saint Louis. Aussitôt prévenu de ce mariage, le roi avait envoyé sommer le comte de faire réparation, et, faute de réponse satisfaisante, il avait, comme Thibaut, convoqué ses vassaux (c). L'armée royale se réunit à Saint-Germain-en-Laye le 8juin (d), deux jours avant que les troupes champenoises ne se trouvassent rassemblées à M eaux. Elle se mit aussi

(n) Philippe Mousket, vers 29140-29145, édit. Reiffenberg, II, G17.

(b) Dueange,au mot Maritagium, édit. Henschel, IV, 297, col. 3, donne un texte formel, quoique en dise Laurière, Glossaire du droit français, II, 96.

(r) Philippe Mousket, vers 29150, 29152, édit. Reiffenberg, II, 017. On peut comparer à ce passage ce que dit Albéric, ap. D. Bouquet, XXI, G16 CD; cet auteur fait remarquer que le mariage de Blanche eut lieu inconsulto rege Franciœ.

(rf) André Duchesne, Hist. généalogique des ducs de Bourgogne, preuves p. 135, donne un extrait de la liste de « ceux qui furent » admonestés à trois semaines de la Pentecosle, à S'-Germain-en» Lave, MCCXXXVI. » Cette date correspond au 8 juin. Voir à ce sujet le texte du même ouvrage, p. 134, et Tillemont, Vie de saint Louis, 11, 277.

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