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partenait au comté de Nevers et qui n'était plus Champagne (a).

Dés lors le roi était obéi et la guerre terminée. On commença à traiter (6) et les barons se retirèrent chacun chez soi. Leur dernier acte d'hostilité fut, au retour, de mettre le feu au château de Fismes (c).

Les préliminaires furent arrêtés le 25 septembre. Aux termes de la convention en date de ce jour, Philippe, comte de Boulogne, et Thibaut étaient arbitres entre les parties belligérantes, et la reine était désignée comme tiers-arbitre. Ce document nous apprend qu'il y avait déjà eu deux traités particuliers, l'un entre Philippe et le comte de Flandre, l'autre entre le duc de Bourgogne et le comte de Châlon, et que ce dernier avait promis de faire hommage au duc (2060). Nous ne possédons qu'une partie du jugement arbitral ultérieurement rendu par Philippe et Thibaut. C'est celle qui concerne les contestations du comte de Bar avec le duc de Lorraine. Thibaut y prend l'engagement de payer la moitié des frais nécessaires pour reconstruire le château et le pont de

(a) Joinville, ap. D. Bouquet, XX, 204 B.

(6) Au mois de septembre, suivant Mathieu Paris, édit. de Paris, 1644, p. 252, col. 1 F.

(c) Suivant nous, Fismes fut attaquée deux fois : la première au commencement de cette campagne et inutilement; la seconde, au retour des barons, et, cette fois, elle fut prise et brûlée. La première attaque est seule mentionnée par Albéric, ap. D. Bouquet, XX, 602 H. Il est question de la seconde seulement dans le Chronicon Fiscanense, ap. Labbe, Nova biblioiheca manuscriptorum, I, 327-328. Les deux opérations sont indiquées par la Cronique de Flandres, p. 49, et par La chronique de Rains, p. 184. Pont-à-Mousson. L'acte qui contient cette décision est daté du 12 décembre (2073). Notre comte fut sans doute contraint d'accorder à beaucoup d'autres des dommages et intérêts. Nous voyons notamment qu'il en donna à Thomas de Coucy, dont une terre, mouvant du comte de Rethel, située près de Provins, avait été, pendant la guerre, saccagée par les gens de Thibaut (2072) : Thomas de Coucy était frère d'Enguerrand, l'un des membres les plus actifs de la ligue, et s'il ne prit point part à la seconde campagne des barons, il était au moins de la première (a). Thibaut donna probablement aussi une indemnité à Robert d'Auvergne, archevêque de Lyon, dont la captivité avait été une des causes de cette guerre et auquel il devait encore mille marcs d'argent, soit environ 260,000 fr. en février 1233 (2226).

Dans tous les cas, la paix était faite; et, au mois de décembre 1230, Louis IX tenant sa cour à Melun y voyait réunis les comtes de Champagne, de Boulogne, de Bar, de Saint-Pol, de Châlon, Robert de Courtenay et Enguerrand de Coucy (2075).

Les vieilles haines semblaient changées en amitiés, d'anciennes amitiés étaient bien près de tomber dans l'oubli. Il est si rare qu'on puisse compter sur la constance des hommes.

Quelques mois phis tard, le 11 juillet 1231, Thibaut, alors en Bretagne en compagnie de Louis IX, qui faisait, contre Pierre Mauclerc, une nouvelle expédition (6), perdait Agnès deBeaujeu, sa seconde

(a) Albéric, ap. D. Bouquet, XXI, 600 G.

(b) Sur cette expédition, qui commença en juin et qui aboutit, le 4 juillet, à une trêve de trois ans, voir Mathieu Paris, édit. de femme, dont il n'avait qu'une fille (a), Blanche, fiancée au fils d'Eudes de Méranie, comte de Bourgogne. Bientôt il fut pour lui question d'un nouveau mariage : avec qui ? avec Yolande de Bretagne, fille de Pierre Mauclerc, c'est-à-dire de l'un des principaux chefs de la coalition qui venait de saccager la Champagne.

Dès les premiers mois de l'année 1232, ce projet était formé et paraissait bien accueilli par Thibaut. La reine Blanche, effrayée de voir s'établir un lien aussi intime entre le comte de Champagne et un des plus dangereux ennemis de la couronne, obtint du pape Grégoire IX une bulle qui défendait la célébration de ce mariage (2186), et, le h juin, Simon, archevêque de Bourges, notifiait cette bulle à Thibaut (2191). En même temps, Louis IX envoyait à Thibaut, avec des lettres de créance, Geofroi de la Chapelle, depuis pannetier de France (6), qui devait faire tous ses efforts pour empêcher la réalisation de cette union. Quand Geofroi atteignit sa destination, le jour et le lieu du mariage étaient fixés. Le lieu convenu était l'abbaye de Valsecret, ordre de Prémontré, près de Château-Thierry. Déjà même Yolande était arri

Paris, 1644, p. 253, col. 2 F G. Le texte du traité se trouve dans Vignier, Etat de la Petite Bretagne, p. 326, cité par Bréquigny, V, 599. Le 23 juillet, l'armée se trouvait encore à Antrain, Ileet-Vilaine, arrondissement de Fougères (D. Bouquet, XXL 220). Thibaut y fit à Louis IX un emprunt de 600 livres (D. Bouquet, XXI, 222 C.

(a) Albéric, ap. D. Bouquet, XXI, 605 GH.

(b) Sur Geofroi de la Chapelle, voir Anselme, Hist. généalogique, VIII, 604 D E.

vée à Valsecret avec son père et ses parents, qui étaient du nombre des plus hauts barons de France, puisque le comte de Bretagne était frère des comtes de Dreux et de Màcon et de l'archevêque de Reims, qu'il avait pour beaux-frères les comtes de Bar-leDuc, de Roucy et d'Auxonne, que sa mère appartenait à la maison de Coucy et que le duc de Bourgogne avait épousé sa nièce (a).

Au moment où Geofroi parvint à joindre Thibaut, ce dernier sortait de Château-Thierry pour se rendre à Valsecret et la noce allait commencer; il n'y avait donc pas un instant à perdre. « Seigneur comte de » Champagne, » dit l'envoyé de Louis IX, « le roi » sait que vous êtes convenu d'épouser la fille du » comte Pierre de Bretagne; il vous mande que si » vous exécutez cette convention, il confisquera tous » les biens que vous avez en France ; car vous savez » que personne en ce monde n'a fait plus de mal au » roi que le comte de Bretagne. » A ces mots Thibaut s'arrêta, demanda l'avis de ceux qui l'entouraient, et, surleur conseil, rentra à Château-Thierry. Le mariage était rompu.

Ce résultat ne dut pas étonner Blanche, s'il est vrai que, quelques jours auparavant, l'inconstant Thibaut lui eût adressé la chanson où l'on remarque ces vers:

Se je ne puis vers vos aller sovent,

No vos poist (pèse), dame cortoise et sage,

Que je me dot (doute) forment (fortement) de maie gent

Qui devisant auront fait maint damage.

Et se je fai d'aillors amer (aimer) semblant,

(a) Art de vérifier les dates, II, 672.

Sachiez que c'est sans cuer et sans talent,
S'en soiez sage (instruite);
Et s'il vos en devoit peser
Je le lairoie ansois ester (j'y renoncerais) (a).

On conçoit le mécontentement des barons : bientôt il était au comble; car il n'y avait plus moyen de renouer cette affaire. En effet, trois mois à peine s'écoulèrent, et, le 22 septembre 1232, Thibaut épousait Marguerite, fille d'Archambaud IX de Bourbon et de Béatrix de Montluçon. Marguerite était de naissance beaucoup moins distinguée qu'Yolande de Bretagne, puisque son père était connétable de Champagne et par conséquent uni à Thibaut par des liens qui tenaient, jusqu'à un certain point, de la domesticité. Cette circonstance ajoutait à l'insulte et donnait un nouvel aliment aux haines dont Thibaut était l'objet (b).

Pour se venger, les barons firent venir en France la reine de Chypre. Alix, qui était encore dans la ville d'Acre le 30 septembre 1232, quittait Gênes pour se rendre en France en janvier 1233 (c). Bientôt nous voyons la Champagne s'agiter. Un certain nombre de vassaux menacent d'abandonner Thibaut pour faire hommage à sa rivale. Le 16 avril, une

(a) La Ravallière, Les Poésies du roi de Navarre, II, 4; Tarbé, Chansons de Thibaut IV, p. 26; Paulin Paris, dans l'histoire littéraire de la France, XXIII, 779.

(6) Voira ce sujet Albéric, ap. D. Bouquet, XXI, 606 G. Les actes relatifs à ce mariage sont indiqués dans notre Catalogue sous les n» 2202-2211, 2229, 2230,2288. Archambaud donna en mariage à sa fille 36,000 livres parisis.

(c) Maslatrie, Hist. de Chypre, I, 306, note.

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