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CHAPITRE II.

Depuis le départ d'Henri II pour la Terre-Sainte
jusqu'à sa mort.

H90--I197.

Le petit royaume franc de Palestine ne cessait pas d'attirer les regards des Chrétiens occidentaux; mais, en dépit d'efforts continus, le temps de la décadence avait commencé, et, le U juillet 1187, Gui de Lusignan, roi de Jérusalem, avait été vaincu et fait prisonnier à Tibériade (a), par le fondateur de la dynastie turque des Ayoubites, par le fameux sultan Saladin. Cette défaite entraîna la perte de Tibériade, d'Ascalon, et enfin de Jérusalem; il ne restait plus aux chrétiens que trois places considérables : Antioche, Tyr et Tripoli; c'est alors que, pour rétablir la domination chrétienne en Palestine, la troisième croisade fut organisée. Une grande assemblée

{a) Cette date est donnée par Ibn Alatir, Bibl. des croisades, 2eéd., IV, 194, par LEstoire de Eracles, empereur, livre XXIII, ch .xli, ap. Hist. occ. des croisades, II, 64. Cf. Bened ictus Pelroburgensis, ap. D. Bouquet, XVII, 472-473. On sait que la partie de la Bibliothèque des Croisades, où se trouvent- analysés les historiens orientaux est due ;i M. Reinaud, de l'Institut. S'il y a dans ce travail une chose à regretter, c'est que le cadre étroit où a dû se renfermer l'auteur, ne lui ait pas permis de donner plus de développement à son œuvre.

féodale se tint entre Gisors et Trye-Château, le 21, d'autres disent le 13 janvier 1188 (a). Les rois de France et d'Angleterre et un nombre considérable de barons et de prélats s'y trouvaient. Parmi ces derniers, on remarquait Guillaume, archevêque de Tyr, célèbre historien des premières croisades, venu en France pour réclamer des secours. On délibéra longtemps; enfin, le roi d'Angleterre prit la croix des mains des archevêques de Tyr et de Rouen, puis le roi de France la reçut des archevêques de Tyr et de Reims. Le comte de Flandre se croisa ensuite, et après eux un nombre infini d'autres membres du baronage et du clergé (b). Tels furent Richard, comte de Poitou, depuis roi d'Angleterre; Thibaut, comte de Blois; Rotrou, comte du Perche; Guillaume des Barres, comte de Rochefort; Robert, comte de Dreux; Raoul, comte de Clermont; Mathieu, comte de Beaumont; Raoul, comte de Soissons; Henri, comte de Bar-le-Duc; Pierre, comte de Nevers, et notre jeune comte de Champagne (c). Les préparatifs, ralentis par la guerre qui se prolongea entre les deux rois de France et d'Angleterre jusqu'au milieu de l'année suivante, durèrent plus de deux ans. Ce fut seulement le 24 juin 1190 que Philippe-Auguste alla prendre l'oriflamme à Saintfa) La date du lo janvier nous est donnée par Rigord, ap. D. Bouquet, XVII, 25 A B; celle du 21 janvier, par Raoul de Diceto, ap. D. Bouquet, XVII, 25 n, et XVII, 629 B, et par Benoit de Péterburg, ap. D. Bouquet, XVII, 478 A. On peut supposer que l'assemblée aura duré du 13 au 21 janvier.

(6) Radulfusde Diceto, ap. D. Bouquet, XVII, 629 B. (c) Rigord, ap. D. Bouquet, XVII, 25 B C.

Denis. Son rendez-vous avec Richard Cœur-de-Lion, nouveau roi d'Angleterre, était à Vézelay, et il s'y trouva le U juillet. Il y eut là une grande assemblée où Philippe-Auguste confia la régence à la reinemère Adèle, et à Guillaume, archevêque de Reims, en leur recommandant son jeune fils Louis, qui venait de perdre sa mère (a). L'assemblée de Vézelay fut le point de départ du plus grand nombre des guerriers de France et d'Angleterre. Mais l'empereur Frédéric Barberousse, qui avait pris la croix comme Philippe-Auguste et Richard, s'était mis en route dès le 23 avril (6). Le départ d'Henri II précéda également celui des rois de France et d'Angleterre ; il eut lieu probablement vers la fin de mai.

Avant de quitter ses Etats, notre comte réunit ses barons à Sézanne et leur fit jurer que, s'il ne revenait point de Terre-Sainte, ils lui reconnaîtraient pour successeur son jeune frère Thibaut (c). Mais Thibaut était encore trop jeune pour qu'Henri pût lui laisser l'administration de la Champagne, et ce dernier confia la régence à Marie de France, sa mère (d).

Nous savons, par les chartes d'Henri, que de Sézanne il gagna Vézelay, Corbigny et Marseille (e).

(a) Rigord, ap. D. Bouquet, XVII, 29 BC. (6) Art de vérifier les dates, II, 24.

(c) Catalogue, n° 832, et D. Bouquet, XIX, 585-584.

(d) L'Estoire de Eracles, empereur, livre XX, chap. XIV, ap. Historiens Occidentaux des Croisades, II, 195. Voir aussi notre Catalogue, s 412-445; notamment n° 429.

(e) Catalogue, s 405-411. L'itinéraire d'Henri, depuis Vézelay jusqu'à Marseille, paraît avoir été le même que celui de Richard Cœur-de-Lion, tel que le raconte Vinisauf, liv. II, chap. ix et x.

Il avait, entr'autres, pour compagnons de route Thibaut, comte de Blois, et Etienne, comte de Sancerre, ses oncles; Raoul, comte de Clermont, et Gui de Bazoches, chantre de la cathédrale de Châlons-sur-Marne, qui nous a laissé un récit de ce voyage:

« Nous dîmes adieu à la France florissante, nous «entrâmes en Bourgogne, et après l'orgueil du » Rhône si rapide, l'impétuosité de l'Isère si diffi» cile, et les menaces de la Durance; après les » montagnes austères de la Bourgogne; après les » défilés pierreux de la Provence, nous atteignîmes » enfin la ville de Marseille. Nous y trouvâmes un » port commode pour les navires : les rochers qui » l'embrassent l'abritent de la violence des vents. » Marseille doit son nom à sa situation : super mare » sita, assise sur la mer, ou maris silula, seau d'eau » puisé dans la mer. On voit dans les livres qu'elle » a été bâtie autrefois par des Grecs Phocéens, » c'est-à-dire qui venaient de la ville de Phocée. » Nous fûmes retenus beaucoup de jours à Marseille » par nos préparatifs en armes, vivres et navires. » Du haut des rochers, nous contemplions la face » incertaine de la mer et sa mobilité, et nous atten» dions pour nos voiles un vent propice. Enfin, la » mer devint favorable à nos bâtiments, il y eut » comme un accord entre les vents et les vagues; » nous eûmes peine à sortir de ce port entouré d'é» cueils, mais bientôt, poussés par les vents, nous » vîmes se développer devant nous la face rugueuse » de la mer large et transparente [23 juin]. Au lever » de la troisième aurore, une première île se montra » à notre gauche : c'était la Corse, aux anfractuosités » sans nombre et de toute forme, et aux promontoi» res anguleux. Le lendemain, nous eûmes plus près » de nous, toujours à gauche, la Sardaigne, île voi» sine de la Corse, et que Sardus, fils d'Hercule, est, » dit-on, venu habiter le premier; d'où le nom de »> Sardaigne. De là , nous atteignîmes la Sicile qui » est séparée du continent calabrais par un bras de » mer étroit et d'une difficile traversée; de chaque » côté les écueils se louchent presque : entre eux un » courant impétueux, semblable à un torrent, et sou» vent agité parla tempête. Nous trouvâmes cette île » pleine de discorde et dans une grande agitation; » elle avait eu pour troisième roi Guillaume qui, » en mourant, avait laissé son royaume divisé, et le » désordre s'en était suivi. Un parti avait juré fidélité » à Henri, empereur des Romains, qui avait épousé » la tante du feu roi (a). L'autre parti avait élu roi » Tancrède, un des grands du royaume (6). Pen» dant ce temps, les païens (c) du pays, précédem» ment soumis aux Chrétiens, avaient secoué le joug » et pris les armes contre leurs anciens maîtres, » en sorte qu'aux dissensions intestines se joignait » une sorte de guerre sociale.

» Enfin, le trente-cinquième jour après notre dé

la) Guillaume, roi de Sicile, était mort en 1189, sa tante Constance, fille de Roger, premier roi de Sicile, avait épousé Henri VI, élu roi des Romains en 1169, et qui succéda à Frédéric Barberousse, son père, en 1190.

(b) Tancrède, fils bâtard de Roger, duc de Pouille, était petitfils de Roger, premier roi de Sicile, et régna jusqu'à sa mort, en 1194.

(c) Les Sarrasins établis en Sicile.

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