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l'avoir pris au sérieux (a). Mais l'auteur qui parle avec le plus de détail de cette bataille d'un genre nouveau est le chroniqueur Philippe Mousket.

a Depuis que Dieu a fait le ciel et les nuages, il » est arrivé maintes choses et beaucoup encore ar» riveront; qui vivra verra, en dépit du scepticisme » du siècle : car il n'y a pas longtemps que de cent » lieues s'assemblèrent tous les chiens, et que, petits » et grands, ils se dirigèrent vers le Mont-Aimé. Et » sachez qu'il y en eut tant que les paysans étonnés » les estimèrent à cent mille. Une fois arrivés, ils se » livrèrent un combat si vif qu'ils s'étranglèrent l'un » l'autre. C'est à peine s'il en revint. Dix seulement » échappèrent, et en fort mauvais état; c'étaient » des chiens d'abbaye, » dit en terminant l'auteur, heureux de trouver prétexte pour décocher un trait satyrique à l'adresse du clergé. Quoi qu'il en soit, on aura peine à croire que les cent mille chiens dont parle Mousket soient venus en Champagne sans leurs maîtres (6).

La défaite de Thibaut n'eut pas le résultat qu'on aurait pu en attendre. Les barons démantelaient les châteaux et les maisons fortes, brûlaient les villages et les bourgs, coupaient les vignes et les arbres fruitiers (c), en un mot, saccageaient tout sur leur pas

fa) Stephanus de Rorbone ou de Bellavilla, De donis Spiritus Sancti, dans Quétif et Echard, Scriptores ordims Prœdiciforum, 1. 190. — Voir aussi le passage de Jean de Saint-Victor, cité par les mômes auteurs, ibid.; et Albéric, ap. D. Bouquet, XXI, 624 A.

(6) Philippe Mousket, vers 29622-29640, édit. Reiffenberg, II, 654-635.

(c) Mathieu Paris, loco citalo.

sage. Mais les troupes du comte leur épargnaient souvent cette peine en enlevant ou en détruisant tous les approvisionnements qui auraient pu tomber entre les mains des ennemis. La garnison du MontAimése distingua par l'activitéqu'elle mit dans l'exécution de cette manœuvre de guerre (a). De plus, elle s'empara des convois de vivres que leur envoyait l'archevêque de Reims, Henri de Dreux, frère de Pierre Mauclerc (b). La famine obligea les alliés à changer de direction; ils quittèrent la route de Provins, sortirent de Brie et rentrèrent en Champagne. Bientôt ils étaient sous les murs de Ramerupt où ils passèrent quinze jours. Les religieuses de l'abbaye de la Piété, nouvellement fondée prés de cette petite ville, furent obligées d'abandonner leur monastère et d'aller se réfugier à Dampierre où Marguerite de Flandre, femme de Guillaume de Dampierre, les accueillit (c). De Ramerupt, les barons gagnèrent Troyesdont ils voulaient faire le siège en l'attaquant par le nord, tandis que le duc de Bourgogne l'aurait attaquée par le sud.

A cette nouvelle, les habitants s'effrayèrent; leur comte était trop loin pour qu'ils pussent lui demander aide; ils envoyèrent chercher le sénéchal Simon, alors dans son château de Joinville. Leur messager

(a) La chronique de Rains, p. 185; Cronique de Flandres, p. 49. (6) La chronique de Rains, p. 18fi.

(c) Chronique de la Piété, dans Des Guerrois, Saincteté chrestienne, f° 347 r°. Suivant cette chronique, les alliés seraient restés quinze jours au moins sous les murs de Ramerupt.

atteignit Joinville à la tombée de la nuit. Simon, qui avait convoqué ses vassaux, était prêt à partir. Il se mit en route immédiatement, et il se trouvait à Troyes avant le jour (a). On était alors probablement vers la fin d'août. A cette époque de l'année, on compte environ dix heures de nuit, et, dans cet espace de temps, Simon avait fait au moins vingt lieues.

Cependant, l'armée royale approchait. Louis IX, sa mère et le comte de Champagne s'y trouvaient avec le duc de Lorraine (6) qui avait, le h août, obtenu une trêve du comte de Bar (2053). Quand Blanche fut à quatre lieues de Troyes, elle fit, au nom du roi, signifier aux barons l'ordre de se retirer: « Si vous avez à vous plaindre du comte de Cham» pagne, » disait-elle, « présentez-moi votre re» quête et je vous rendrai justice. » « Nous ne » plaiderons pas devant vous, » répondirent-ils irrités, « car la coutume des femmes est de fixer » leur choix, de préférence à tout autre homme, » sur celui qui a tué leur mari (o). » Mais celte in

fo) Joinville, ap. D. Bouquet, XX, 204 A.

(6) Joinville, ap. D. Bouquet, XX, 204 B.

le) La chronique de Rains, p. 188. Cronique de Flandres, p. 49-50.

On peut rapprocher de cette parole les quatre derniers vers du troisième serventois de Hue de la Ferté (Romancero François, p. 192).

Bois, la prophécie.
Qu'on dit, ne ment mie
Que feme sut ceus grever
Qui ses barons sot amer.

Le sens est qu'une femme sait toujours maltraiter ceux qui aisuite ne fut pas unanime. La présence du roi dans l'armée amenée par Blanche préoccupait ceux qui n'avaient pas oublié le serment de fidélité qu'ils avaient prêté en faisant hommage. Les confédérés reconnurent l'impossibilité de tenter une bataille contre leur souverain; ils lui firent demander s'il voudrait bien se retirer; ils proposaient, dans ce cas, de livrer bataille au comte de Champagne, au duc de Lorraine et à tout le reste de l'armée royale avec trois cents chevaliers de moins qu'on ne leur en opposerait.

Louis rejeta celte offre; alors ils lui demandèrent de juger le procès de la reine de Chypre contre Thibaut. « Je n'écouterai rien, » répondit le monar» que, « je ne souffrirai même pas que le comte » fasse aucune transaction avant que vous n'ayez » évacué la Champagne (a). »

Ces paroles résolues firent une grande impression sur l'esprit des alliés; l'hésitation commença à se manifester parmi eux. Ils étaient réunis en conseil: le comte de Boulogne, leur candidat à la régence et l'un des plus ardents ennemis de Thibaut, exprima la pensée qu'il était impossible de résister à l'ordre du roi sans se parjurer : « D'ailleurs, » ajouta-t-il, « je ne suis pas seulement son homme lige, je suis » quelque chose de plus, car il est mon neveu. Je » vous déclare donc que je me retire de votre al» liance et désormais je servirai le roi selon mon

inaient son mari. Si la pensée est au fond la même au moins la forme est plus polie. (a) Joinville, ap. D. Bouqiu'l, XX, 204 B.

» pouvoir. » Ils se regardèrent l'un Paulre tout étonnés: « Vous nous avez joués pour nous per» dre, » répondirent-ils : « vous n'aurez pas de » peine à faire votre paix avec le roi, et, quant à » nous, vous nous abandonnerez à sa vengeance, en » nous traitant de fous. » « Quand on reconnaît la » folie d'une entreprise, » répliqua le comte, « mieux » vaut l'abandonner qu'y persister. » Et, après avoir fait prévenir Louis IX de sa résolution, il prit, suivi de ses gens, la route du camp royal. En approchant des tentes, il descendit de cheval, ôta sa ceinture et son chaperon et tous ses chevaliers l'imitèrent. Louis vint au-devant de lui, le conduisit dans sa tente et la paix fut conclue entre l'oncle et le neveu (a).

Dèslors toute résistance était impossible. Pendant les négociations, les barons ayant passé la Seine étaient allés camper au sud de la ville, dans la prairie, à côté du duc de Bourgogne; puis, réunis à ce dernier, ils avaient reculé jusqu'à Isle-Aumont (6). L'armée royale continuait d'avancer ; ils se retirèrent à Jully-sur-Sarce (c) et le roi vint camper à Isle-Aumont. Quand les alliés surent que Louis les suivait, ils gagnèrent Chaource et enfin Laignes (d), qui ap

te) La chronique de Rains, p. 188-189; Cronique de Flandres, p. 50; Philippe Mousket, vers 28007-28016, édit. Reiffenbcrg, II. 578.

(b) Isle-Aumont, Aube, arrondissement de Troyes, canton de Bouilly.

(c) Jully-sur-Sarce, autrefois Jully-le-Châtel, Aube, arrondissement et canton de Bar-sur-Seine.

(d) Laignes, Côte-d'Or, arrondissement de CbJtil!on-sur-Seine, chef-lieu de canton

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