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Et faites les clers aler
En lor églises chanter (a).

Cependant l'attaque ne fut pas tellement prompte que le comte de Champagne n'ait eu le temps de faire certains préparatifs. Sa place principale, au nord, était Fismes : il en confia la garde à Simon de Treloup (6). Au sud de Fismes, sa première ligne de défense était le cours de la Marne; il y prescrivit quelques travaux : nous savons notamment que, par son ordre, une arche du pont de Binson fut détruite; en arrière de la brèche, on vit s'élever un mur percé de meurtrières; Hugues III, comte de Rethel, accepta la mission de défendre cet ouvrage. Au sud de la Marne, Thibaut s'occupa surtout de deux places fortes : le Mont-Aimé, près de Vertus, où il mit une garnison; Provins, dont il compléta les fortifications et où il établit son quartier-général (c).On prétendait que Blanche lui fournissait les fonds nécessaires. On peut lire à ce sujet

(a) Troisième serventois de Hue de la Ferté, Paulin Paris, Romancero françois, p. 191-192 ; Hist. litt., XXIII, 621.

(b) Simon de Treloup est mentionné dans notre Catalogue sous le n° 2755. — Fismes, Marne, arrondissement de Reims, cheflieu de canton.

(c) Nous devons la plupart de ces détails à la Cronique de Flandres où, toutefois, les noms de lieu sont altérés au point d'être méconnaissables, et à La chronique de Rains, dont le texte est beaucoup meilleur. Quant aux travaux faits aux fortifications de Provins, en 1230, ils nous sont connus par un autre document: ce sont des lettres de non préjudice délivrées l'année suivante à l'abbé de Montier-la-Celle, qui avait contribué à la dépense pour une somme de deux cents livres (2136).

le premier serventois de Hue de La Ferté:

De ma dame (Blanche), vos di-je voirement
Qu'ele aime tant son petit enfançon (terme ironique pour

[désigner saint Louis),
Que ne veut pas qu'il se travaut (travaille) souvent
En départir l'avoir de sa maison.
Mais ele en donne et départ à fuison:

Moût en envoie en Espaigne,
Et moût en met en efforcier (fortifier) Champaigne;
S'en fait fermer chastiaus, por mieux valoir.
De tant son ja, par li (elle), créu (ont cru) si oir (ses

[héritiers (a)'.

Enfin, Thibaut réunit une armée. Malgré les mauvaises disposition de ses barons, cette armée fut nombreuse; et il attendit l'ennemi aux environs de Provins.

Le point de départ des alliés paraît avoir été Braisne; Fismes fut la première place qu'ils assiégèrent. Elle résista (6), et ils continuèrent leur route vers le Midi, en passant par Sergy, qui appartenait à l'abbaye de Saint-Médard de Soissons et qu'ils saccagèrent. Le moine annaliste de cette abbaye remarque avec douleur que les confédérés dévastaient par le fer et le feu les biens de son monastère, tandis qu'ils affectaient d'épargner les villages, les maisons

(a) Paulin Paris, Romancero français, p. 182-183.

(6) Le siège de Fismes est le premier que mentionnent La chronique de Rains et la Croniqne de Flandres. Ces chroniques parlent immédiatement après de la prise de cette place, qui ne fut enlevée par les confédérés qu'au retour, comme nous l'apprend le Chronicon Fiscanense, ap. Labbe, Nova bibliotheca manuscriptorum, I, 327-328.

et les forteresses qui appartenaient à des chevaliers (a). Bientôt ils atteignirent la Marne et ils essayèrent de la passer sur le pont de Binson; mais, trouvant une résistance inattendue, ils remontèrent la rivière. Le comte de Saint-Pol commandait l'avant-garde; il traversa le premier, avec ses gens, la Marne au gué de Reuil. Dix chevaliers du comte de Rethel essayèrent de lui disputer le passage, mais furent vaincus, mis en fuite, et perdirent dans le combat un d'entre eux que les ennemis firent prisonnier. Après cette défaite, le comte de Rethel découragé battit en retraite et l'armée alliée continua de remonter la rivière; le comte de Saint-Pol longeait la rive gauche, les autres barons suivaient la rive droite où ils prirent et pillèrent Damery (6). On peut supposer qu'ils firent là leur jonction. Bientôt ils étaient sous les murs d'Epernay où ils enlevèrent un riche butin et qu'ils livrèrent aux flammes (c). Après Epernay,

(a) Chronicon S. Medardi Suessionensis, ap.d'Achcry, Spicil., Il, 795. — Sergy, Aisne, arrondissement de Château-Thierry, canton de Fère-en-ïardenois.

(b) La prise de Damery est mentionnée par le Chronicon S. Medardi Suessionensis, ap. d'Achery, Spicil., II, 795, par La chronique de Rains, p. 185, et par la Cronique de Flandres, p. 49. Le premier de ces documents place la prise de Damery avant celle de Sergy, les deux autres la mettent après celle d'Epernay. Nous avertissons le lecteur des rectifications que, la carte en main, nous avons cru pouvoir nous permettre. — Damery, Marne, arrondissement et canton d'Epernay.

(c) La prise d'Epernay est mentionnée par le Chronicon Fiscanenee, par La chronique de Rains, par la Cronique de Flandres, par Albéric et par Joinville.

Vertus (a) et Sézanne tombèrent aussi entre leurs mains (6); mais, à Sézanne, ils ne trouvèrent ni résistance ni butin : le comte de Champagne, prévoyant qu'il ne pourrait défendre cette place, y avait fait mettre le feu avant l'arrivée de l'ennemi (c).

Au sortir de Sézanne, les alliés marchèrent sur Provins. Thibaut les attendait avec son armée et leur livra bataille, mais il fut vaincu. Treize chevaliers périrent dans le combat, deux cents furent faits prisonniers et Thibaut fut obligé de prendre la fuite. Le découragement s'empara de lui, et au lieu de chercher à rallier ses troupes ou d'aller s'enfermer dans une des places fortes qui lui restaient, abandonnant ses sujets à eux-mêmes, il courut à Paris demander secours au roi (a). Un parti de cavalerie ennemie le poursuivit jusque sous les murs de cette ville (6).

fa) La prise de Vertus est mentionnée par Joinville et par le Chronicon Fiscanense qui la mettent avant la prise de Sézanne, et par Albéric qui, par erreur sans doute, la place après celle de Sézanne.

(b) La prise de Sézanne est mentionnée par Albéric parle Chronicon Fiscanense, par Joinville, par La chronique de Rains et par la Cronique de Flandres.

(c) Nous empruntons ce détail à Joinville, ap. D. Bouquet, XX, 203 D-204 A. Il peut se concilier avec La chronique de Rains et la Cronique de Flandres qui nous disent que les barons trouvèrent Sézanne toute vide. Si nous en croyons Joinville, ce serait aussi le comte de Champagne qui aurait fait brûler Epernay et Vertus. Le fait, quant à ce qui est d'Epernay, est formellement démenti par La chronique de Rains et la Cronique de Flandre, et, quant à ce qui est de Vertus, il reste douteux. On sait que Joinville, alors fort jeune, n'a parlé de cette guerre que par ouï dire. Ajoutons, pour être complet, qu'Albéric et le Chronicon Fiscanense attribuent aux alliés l'incendie de Vertus et de Sézanne, comme celui d'Epernay.

Les Champenois, qui se considéraient comme les premiers guerriers du monde (c), ne purent se résigner à faire l'aveu de cette défaite, et, quand on leur en parlait, ils prétendaient, avec un dédain moqueur, qu'en 1230 c'était un combat de chiens qu'avaient vu les plaines de Champagne. Le dominicain Etienne de Belleville, venu en 1239 au MontAimé pour assister à un procès d'hérésie, entendit alors le récit de ce combat de chiens, et il paraît

(a) Mathieu Paris, p. 251, col. 2 AB est l'auteur qui donne le seul récit détaillé de cette bataille; mais elle est aussi mentionnée par le Chronicon Fiscanense, ap. Labbe, Nova Mbliotheca manuscriptorum, I, 327. On peut également y trouver une allusion dans Andrensis monasterii chronicon, ap. D. Bouquet, XVIII, 582 E.

{b) Mathieu Paris, loco citato.

(c) Nous devons à la bienveillance de M. Paulin Paris l'observation que voici:

Les Champenois étaient renommés pour leur bravoure. Dans le roman d'Hervis, celui-ci, voulant combattre trente voleurs, ne peut décider les bourgeois qui l'accompagnent à le soutenir. Alors vingt valets, qui étaient à leur suite, se présentent à lui:

Li vint serjans que il avoit luez
Voient Hervis durement trespensé,
Alor vois clere comencent à crier:
Gentishons sire, ne vous desconfortez,
Ne vos faudrons très c'a membres coper.
Vez coin nos somes grant et gros et formé,
De France somes et de Cli3mpaigne né,
Si ne devons vous faire mavisté.
(St. 31.)

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