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nent seulement à l'archevêque de la faire publier, 13 mai 1217 (1068). Les porteurs de cette circulaire avaient pouvoir d'infliger la peine de la suspense aux prélats récalcitrants (1069). Cependant, il ne paraît pas que cette menace ait produit beaucoup d'effet. Les abbés de Saint-Pierre-le-Vif et de Saint-Jean de Sens répondirent qu'ils exécuteraient les ordres qu'ils avaient reçus (1070, 1071). C'était un bien petit résultat; il y eut presque partout résistance. L'évéque de Soissons, l'abbé de Longpont et celui de Cluny furent forcés de constater eux-mêmes l'inutilité de leurs efforts et durejit écrire au pape pour l'en informer (1073).

Et pourtant on peut croire que Blanche n'avait rien épargné pour stimuler leur zèle. La plupart des monuments de sa générosité ont disparu sans doute, et nous avons encore la preuve qu'en 1216 elle s'était portée caution de deux mille marcs d'argent dus par l'abbé de Cluny au trésorier du Temple (958), et que trois ans après elle donna une maison à l'abbaye de Longpont (1261).

Mais ces difficultés ne pouvaient triompher de la persistance du Saint-Siège. Tandis que l'évéque de Soissons, l'abbé de Longpont et celui de Cluny cherchaientà remplir la mission qu'ils avaient reçue, et avant qu'ils n'eussent instruit le pape de la résistance qu'ils rencontraient, une lettre d'Eudes, duc de Bourgogne, avait déjà prévenu le pape de l'impuissance où ils étaient réduits : « Erard, » écrivait Eudes à Honorius, « vient d'entrer les armes » à la main dans la terre du comte de Cham» pagne, il a mis le feu à plusieurs villages, il a » dépouillé sur les grands chemins des marchands v qui se rendaient aux foires, il ne cesse de dé» vaster la Champagne. Si l'on ne porte pas rapi» dément remède à ce mal, il deviendra beaucoup » plus difficile qu'on ne le pense de secourir la » Terre-Sainte. Cette guerre ne présente pas seule» ment un intérêt local, et je serais déjà dans les » pays d'outre-mer que j'en reviendrais au plus » vite; car trois raisons m'obligent à venir en aide » au comte de Champagne : l'hommage qu'il m'a » fait, le serment spécial que j'ai prêté de le soute» nir dans cette lutte et le lien de parenté qui m'u» nit à lui. Le comte de Champagne demande ins» tamment le concours que je lui dois, et, par » conséquent, je suis contraint de retarder l'exécu» tion de mon vœu ; tous les autres barons de France » qui ont fixé sur leurs épaules le signe de la croix » et qui sont résolus d'exécuter leur vœu, sont dans » le même cas, parce que cette guerre intéresse plus » de personnes que l'on ne croit (1065). »

Cette lettre doit avoir été écrite au commencement de l'année 1217 et se rapporte aux actes d'hostilité qui, au mois de mars de cette année, provoquèrent la seconde sentence du roi.

Le quatrième concile général de Latran avait prescrit une croisade, et, pour la faciliter, avait ordonné que, pendant quatre ans, toute guerre serait suspendue entre les princes chrétiens (a). En consé

il Cette décision est rappelée dans la bulle analysée sous le n° 1066. Le canon qui établit cette trêve se trouvedans Hardouin, Concil.,\U, 78 C. Les récalcitrants doivent être excommuniés, et, s'ils méprisent l'excommunication, on doit invoquer contre eux l'intervention des puissances séculières : Quoi si forte cenquence, Honorius répondant à l'appel du duc de Bourgogne, adressa à tous les archevêques et évêques de France une bulle par laquelle il leur enjoignait de contraindre, par les censures ecclésiastiques, Erard et Philippine à donner à la comtesse de Champagne une trêve de quatre ans (1066). Il chargea l'évêque de Senlis, l'abbé de Sainte-Geneviève et le prieur de Saint-Martin-des-Champs de Paris de veiller à l'exécution de cette bulle, leur donna pouvoir d'excommunier Erard et Philippine, et leur manda d'inviter le roi Philippe-Auguste à réprimer par la force la téméraire malignité des prétendants au comté de Champagne et de leurs fauteurs (1065), 2 mai 1217.

L'évêque de Senlis et les deux collègues que le pape lui avait donnés paraissent avoir rempli fidèlement leur mandat; mais ils trouvèrent chez les évêques des Langres et de Troyes la même résistance que l'évêque de Soissons. Ils donnèrent à l'évêque de Langres ordre d'enjoindre à Erard et à Philippine, à Milon de Noyers, à Milon de Saint-Florentin, à Simon de Clefmont, à Simon de Sexfontaine, et à Rainard deChoiseul, défaire avec Blanche, dans un délai de quinze jours, une trêve d'une durée conforme aux prescriptions du concile général, et, en cas de refus, de les dénoncer publiquement excommuniés et de faire annoncer que leurs terres étaient

suram ecclesiasticam vilipendèrent, poterunt nec immerito formidare, ne per auctoritatem ecclesiœ circa eos, tanquam perturbatores negotii erucifixi, sœcularis potentia inducatur. Ce fut par application de cette disposition que le pape fit inviter Philippe-Auguste à agir contre Erard et ses partisans (1065).

frappées d'interdit. L'évêque de Langres transmit l'injonction, mais ne fit pas publier l'excommunication ni appliquer l'interdit. L'évêque de Troyes reçut un ordre semblable et ne l'exécuta pas mieux.

Alors Honorius frappa le grand coup. Sans révoquer les mandats précédents, il prit trois nouveaux mandataires, lesabbésdeValsecretet de Saint-Jeandes-Vignes et le doyen de Soissons, et leur prescrivit de suspendre les évêques de Langres et de Troyes, s'ils ne faisaient pas dénoncer publiquement excommuniés Erard, Philippine et leurs partisans (1097, 1098). Enfin, voyant que les sentences prononcées par ses représentants étaient si peu respectées, il prononça lui-même une sentence d'excommunication contre Erard, Philippine et leurs alliés, dont il désigna nominativement vingt-cinq; il prescrivit d'éviter tout rapport avec eux et de publier l'excommunication le dimanche et les jours de fête, les cierges allumés, et après avoir annoncé cette publication par le son des cloches. Cette bulle fut écrite en plusieurs exemplaires, dont l'intitulé portait qu'ils étaient destinés, les uns aux trois mandataires que nous venons de nommer, d'autres aux ducs, comtes, barons, chevaliers du royaume de France et des provinces de Besançon, Trêves et Cologne; d'autres aux archevêques, évêques, abbés, prieurs, doyens et autres prélats des provinces de Lyon, Besançon, Sens, Tours, Bourges, Reims, Cologne et Trêves (1099-1105), 2 et 3 février 1218.

Nous avons encore les lettres par lesquelles l'archevêque de Trêves et l'évêque de Metz ordonnèrent la publication de l'excommunication prononcée par le pape contre Erard et ses adhérents (1103,1104). L'obéissance de ces prélats était d'autant plus importante que le duc de Lorraine, le plus puissant des partisans d'Erard, avait dans leurs diocèses une grande partie de ses états.

Quand cette bulle parvint en France, Erard montrait déjà, depuis quelque temps, moins de goût pour la guerre; il avait, au mois de septembre 1217, fait avec Blanche une trêve qui devait durer jusqu'au 15 octobre (1089). Le 15 octobre, il avait accordé une prolongation jusqu'au 5 novembre (1090). Le 5 décembre, il avait conclu une nouvelle trêve qui devait durer jusqu'au 31 du même mois, c'est-à-dire du mardi de la première semaine de l'Avent au dimanche dans l'octave de Noël (1095). Cette dernière trêve était un acte évident de soumission, bien que de soumission incomplète à l'autorité de l'Eglise, car le second et le troisième concile général de Latran, dans leurs règlements sur la trêve de Dieu, avaient interdit tout acte de guerre pendant l'Avent, et de Noël à l'octave de l'Epiphanie (a).

A l'approche du carême de l'année 1218, faisant acte d'obéissance absolue aux préceptes canoniques, Erard donna, la veille de la Quinquagésime, 24 février, une trêve qui devait durer jusqu'à l'octave de

(a) Cette disposition se trouve dans le canon XII du deuxième concile général de Latran, 1139 (Hardouin, Conàl.,\l, 1210 BC), et dans le canon XXI du troisième concile général de Latran, 1179 (Hardouin, Concil., VI, 1681-1682). Le canon du troisième concile est la reproduction littérale de celui du deuxième concile. Il a été reproduit dans les Décrétates de Grégoire IX, livre Ier, titre xxxiv : De treuga et pace, chapitre Ier. Voir aussi les Décrétâtes d'Alexandre III, titre v.

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