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» après sa mort, je ne les donnerai qu'au comte de » Hainaut; quant aux alleux du comte de Namur, » jamais je ne permellrai à un Français de les pos» séder. » On doit remarquer ici que la donation de 1163 avait été soumise à l'approbation de l'empereur (a). On disait que, pour obtenir cette approbation, le comte de Hainaut avait payé des sommes considérables, tant au monarque allemand qu'à différents dignitaires de sa cour (6).

Considérant la déclaration de l'empereur comme non avenue, Henri II, comte de Champagne, se rendit à Namur au mois de juillet ; c'était le 29 de ce mois que se terminait sa vingt-unième année, il allait donc prendre, s'il ne l'avait prise déjà, l'administration de son comté. Un cortège de chevaliers champenois l'accompagnait; Henri jura solennellement d'épouser Ermesende; les chevaliers qu'il avait amenés avec lui confirmèrent son serment par le leur. Le comte de Namur lui livra la jeune fille, que notre comte fit mettre sur une voilure et conduire en Champagne, pour y être élevée. Enfin, le comte de Namur donna aux chevaliers, sergents et bourgeois des comtés de Namur et de Luxembourg, ordre de jurer qu'ils reconnaîtraient pour seigneur, après son décès, le jeune prince champenois, futur époux d'Ermesende.

Le comte de Hainaut voyait sa fille dédaignée par un fiancé infidèle et, du même coup, on menaçait

(a) Gislebertus Montensis, Hannoniœ chronicon, ap. D. Bouquet, XV11I, 385 CD E.

(6) Annales aquicinctensis monasterii, ap. D. Kouquet, XVIII,

de lui enlever un magnifique héritage qu'il avait considéré jusque-là comme assuré. 11 arriva immédiatement à Namur; il était sans armes et avec une suite peu nombreuse; il se présenta devant son oncle, qui avait prés de lui le comte de Champagne et qui était entouré de ses hommes, tant bourgeois que chevaliers : « Je vous somme, » dit-il au comte de Namur, « d'observer les engagements par lesquels » vous m'avez assuré votre héritage. » Puis s'adressant au comte de Champagne : « Je vous en prie, » lui dit-il, « ne prétendez pas vous faire garantir par » des serments ou par des hommages une succes« sion qui m'appartient, je m'oppose à cette usur» pation; rappelez-vous aussi que vous avez juré « d'épouser ma fille; et vous ne l'avez pas juré seul: » je vois, dans cette assemblée, vos vassaux qui ont » fait serment que vous l'épouseriez. » Mais on ne tint nul compte de cette opposition. Si, parmi les vassaux du comte de Namur, quelques-uns furent touchés des réclamations du comte de Hainaut, on donna de l'argent aux uns, on fit des menaces aux autres; tous se soumirent à la volonté de leur seigneur; les nobles firent hommage au comte de Champagne, les roturiers lui jurèrent fidélité. Le comte de Hainaut dut se contenter d'adresser sa protestation à l'empereur qui reçut ses envoyés, le 15 août, à Worms, et lui accorda le renouvellement de la déclaration impériale du 17 mai précédent.

Au mois de décembre de la même année, Philippe-Auguste et Frédéric Barberousse eurent une entrevue entre lvoy et Mouzon. Le comte de Hainant s'y trouva; le comte de Champagne y fit défendre ses intérêts par Guillaume, archevêque de Reims, par Thibaut, comte de Blois, ses oncles, et par Hugues, duc de Bourgogne, son cousin germain (a), qui prièrent l'empereur de prendre, au sujet du comté de Namur une décision plus favorable à leur parent; mais ils ne purent rien obtenir. L'appui du roi de France lui-même leur manqua; Philippe était gendre du comte de Hainaut; après une brouille momentanée avec Elisabeth, sa femme, il s'était réconcilié avec elle et venait d'en avoir un fils, qui fut le roi Louis VIII : le temps était mal choisi pour s'attaquer devant lui à son beau-père. Déjà, le 23 mai précédent, à Châteauroux, mettant son armée en bataille pour attaquer Richard, fils du roi d'Angleterre, Philippe avait placé le comte de Hainaut à la tête de son avant-garde, poste envié et de faveur que se disputaient les comtes de Champagne et de Flandre (6).

L'année suivante, 1188, le comte de Hainaut obtint de l'empereur et d'Henri VI, roi des Romains, son fils, des lettres patentes qui reconnaissaient et confirmaient ses droits à la succession du comte de Namur. Ce dernier, n'osant se mettre en contradiction avec une décision aussi formelle de son suzerain, ému peut-être aussi par les dispositions du roi de France, convoqua une assemblée nombreuse de ses vassaux, chevaliers, sergents, clercs et bourgeois, et y déclara qu'il reconnaissait le comte de Hainaut pour légitime héritier de tous ses biens; il

(n) Hugues était fils de Mario fie Champagne, sœur d'Henri le Libéral; voir notre tome II, p. 406.

(t) Gislebertus Montensis, ap. D. Bouquet, XVIII, 586 AB.

jura même qu'il ne ferait rien pour empêcher qu'après sa mort, le comte de Ilainaut ne lui succédât; par son ordre, un grand nombre de ses hommes joignirent leur serment au sien. Il promit qu'il ferait tout sot) possible pour se faire rendre sa fille, et qu'il n'exécuterait pas les conventions formées entre lui et le comte de Champagne. Pour donner au comte de Ilainaut une sécurité plus grande, il mit immédiatement les comtés de Natnur et de Luxembourg sous son protectorat en lui abandonnant, d'une manière complète, les droits de justice et de police, ne se réservant guère que la jouissance viagère des revenus.

Aussitôt le comte dé Ilainaut s'établit à Namur et commença à exercer les fonctions de haut justicier. Le comte de Namur était vieux et indulgent, trop faible peut-être; le comte de Hainaut pensa devoir mettre les choses sur un meilleur pied, mais sa sévérité ne tarda pas à déplaire. Un jour un seigneur fit arrêter, dans le ressort de sa justice, un homme qui avait dépouillé et roué de coups un marchand, et il le relâcha après lui avoir fait payer une amende de quatorze marcs d'argent, soit environ sept cents francs de notre monnaie, représentant alors une valeur commerciale égale à peu près à celle qu'ont aujourd'hui quatre mille francs. Sur la plainte du marchand, le comte de Hainaut fit arrêter le voleur une seconde fois et, par son ordre, ce malheureux fut brûlé vif, dans la campagne, auprès de Namur, en présence du vieux comte et de sa cour. Cette violence parut excéder les bornes; de plus, elle portait préjudice aux droits des seigneurs justiciers qui avaient beaucoup plus d'intérêt à faire payer les coupables qu'à les laisser brûler. Les courtisans du comte de Namur lui conseillèrent de rompre avec le comte de Hainaut, et de renouer les négociations avec le comte de Champagne. « Vous pouvez re» tourner sur vos terres, » dit le comte de Namur au comte de Hainaut, « il ne me plaît pas que vous » restiez ici davantage; » et il fit partir pour la Champagne des ambassadeurs qui devaient inviter notre comte à envoyer des troupes pour prendre possession des comtés de Namur et de Luxembourg. Mais Henri était alors absent et faisait partie d'une expédition dirigée par le roi de France contre le roi d'Angleterre et contre Richard Cœur-de-Lion, fils de ce dernier; les ambassadeurs ne trouvèrent donc que Marie de France. Marie, au lieu d'armée, envoya au comte de Namur d'autres ambassadeurs pour le prier de prendre patience. Le comte de Namur, en les congédiant, leur recommanda d'insister pour obtenir le secours qu'il sollicitait.

Instruit de tous ces faits, le comte de Hainaut eut recours aux armes et vint assiéger Namur. Le second jour du siège la ville fut prise d'assaut; mais le château résista, et au bout de quelque temps on traita. Le château de Namur fut mis provisoirement entre les mains du comte de Hainaut, et il fut convenu que, dans un délai de quinze jours, ce château et celui de Durbuy, dont le comte de Namur était encore en possession, seraient séquestrés entre les mains de Roger de Condé, qui les garderait jusqu'à la morldu comte de Namur, et alors les livrerait au comte de Hainaut. L'entrée de ces deux châteaux devait être interdite aux deux comtes, tant que vivrait le comte de Namur. Sur ces entrefaites, les

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