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hommage. L'hommage établissait entre le seigneur et le vassal un lien qui produisait des deux côtés des obligations également puissantes, et si le vassal devait au seigneur fidélité, conseil et service, il avait droit d'exiger à son lour bonne foi, justice et protection. Avant de s'engager, Philippe posa les conditions suivantes:

1° Blanche jurera de ne pas se remarier sans le consentement du roi. 2° Elle lui livrera sa fille et l'enfant dont elle peut être enceinte. 3° Elle lui remettra les châteaux de Bray-sur-Seine et de Montereau-faut-Yonne. 4° Pour les frais de garde de ces deux châteaux, elle lui paiera 500 livres par an. 5° L'exécution des trois premiers articles sera garantie par le serment des habitants de Bray, de Montereau, de Lagny et de Meaux, qui promettront d'abandonner Blanche et de s'unir au roi contre elle, dans le cas où elle serait infidèle à ses engagements; le même serment sera prêté par les chevaliers investis des fiefs qui dépendent de ces localités, et en outre par les principaux vassaux du comté de Champagne : par le seigneur de Marolles-sur-Seine; par Louis, comte de Chartres; par Guillaume I", comte de Joigny; par Guillaume, comte de Sancerre; par Gui de Dampierre, connétable de Champagne; par Gaucher deChâtillon, comtede Saint-Pol, bouteiller; par Geofroi de Joinville, sénéchal; par Hugues, comte de Rethel; par Henri, comte de Grandpré; par Anseau de Traînel, et par Garnier, seigneur de Marigny. 6° Blanche n'exigera de ceux de ses Juifs qui résident dans la terre du roi aucune somme en sus du cens convenu par Thibaut III.

Blanche accepta ces conditions : en conséquence, Philippe reçut son hommage. Guillaume, archevêque de Reims, oncle de Thibaut III, et Eudes III, duc de Bourgogne, aussi parent du feu comte, les deux principaux suzerains de Blanche après le roi, consentirent de même à la reconnaître pour vassale (550, 552), et, à cette garantie, le monarque français ajouta la confirmation de la constitution de douaire faite par Thibaut III, au profit de la comtesse, en 1199 (551). On se rappelle que Thibaut avait assuré à sa femme la jouissance viagère des sept châtellenies d'Epernay, Vertus, Sézanne, Chantemerle, Pont-sur-Seine, Nogent-sur-Seine et Méry (485).

Ces conventions furent arrêtées dans la semaine qui suivit la mort de Thibaut III, probablement dans les premiers jours de cette semaine; et vers la fin, le 30 mai, à ce qu'il semble, Blanche accoucha d'un fils qu'on nomma Thibaut (a) et qui fut dit plus tard le Chansonnier, à cause des poésies qui l'ont rendu célèbre, et le Posthume, à cause de la date de sa naissance.

Cette date devait plus tard, dans la bouche de détracteurs passionnés, donner un prétexte à d'odieuses accusations:

Quar puis que fu trespassés
Cuens Tibaus (Thibaut III) à mort de vie,
Sachiés fu il (Thibaut IV) engendrés,
Reguardés s'il est bien nés (b).

Mais rien ne justifie cette insulte adressée à Blan

(o) Thibaut était majeur, c'est-à-dire âgé de vingt-et-un ans, le 30 mai 1222, voir notre Catalogue, n° 1420. {b) Premier serventois de Hue de La Ferté, publié par M. Pauche de Navarre ni cette grossière attaque à la légitimité de son fils.

Quelques mois plus tard, la sanction pontificale venait se joindre à la sanction royale, que les droits de notre comtesse avaient obtenue. Innocent III prenait sous sa protection la personne et les biens de Blanche et confirmait la constitution de douaire dont nous venons de parler (556-557).

Mais bientôt une complication embarrassante surgit. Philippe-Auguste, ayant fait prononcer par sa cour la confiscation des fiefs tenus de lui par JeanSans-Terre, commença la conquête de la Guienne et de la Normandie (a). Le pape voulut rétablir la paix entre les deux rois, et, à cet effet, envoya en France Jean, abbé de Casemare (6). Philippe, qui comptait mettre à exécution, d'une manière complète, la sentence de confiscation, refusa d'écouter les conseils du représentant du Saint-Siège et chercha, contre l'autorité pontificale, un appui dans la nation. C'était comme le prélude de ce que, plus tard, devait entreprendre, avec tant d'éclat, le roi Philippe-Ie-Bel, quand les Etats généraux furent convoqués pour la première fois. Le jour de l'octave de l'Assomption, le 22 août 1203, Philippe-Auguste réunit à Mantes une assemblée d'évêques, d'abbés et de barons, et, avec leur assentiment, répondit à

lin Paris, Romancero français, p. 186; cf. Histoire littéraire de la France, XXIII, 771.

(a) Rigord, ap. D. Bouquet, XVII, 56 E; Guillelmus Armoricus, ibid., 76 D; Radulphus Coggeshalae, ap. D. Bouquet, XVIII, 98 AB.

(6) Bulle du 26 mai 1203, ap. D'. Bouquet, XIX, 426427.

l'envoyé du pape qu'il s'agissail d'une question féodale et de vassalité, que ces sortes d'affaires n'étaient point de la compétence des tribunaux ecclésiastiques, ni, par conséquent, du nombre de celles que le Souverain Pontife avait droit déjuger. Cette hardiesse devait attirer à Philippe une menace d'excommunication (a). Mais, pour tenir tête à l'orage, ce prince avait pris des sûretés. Dès le mois de juin, Renaud, comte de Boulogne, avait déclaré par écrit qu'il avait conseillé au roi de France de ne pas se laisser contraindre par le pape à conclure une paix ou une trêve avec le roi d'Angleterre et qu'il soutiendrait Philippe contre Innocent dans le cas où ce dernier aurait recours à la violence ou à quelque moyen coërcitif (6). Au mois de juillet, la même déclaration avait été faite et le même engagement pris par Gui, bouteiller de France; par Raoul de Clermont; par Eudes, duc de Bourgogne; par Hervé, comte de Nevers. A l'assemblée de Mantes, Mathieu, comte de Beaumont; Eléonorc, comtesse de SaintQuentin et dame de Valois; Catherine, comtesse de

(a) Bulle d'Innocent 111, en date du 31 octobre 1203, ap. D. Bouquet, XIX, 440-443. La date de l'assemblée des prélats et des barons français est donnée parRigord, ap. D. Bouquet, XVII. 56 E-57 A. Mais cet auteur, ainsi que Guillaume Le Breton, ibid., 70 E-77 A, altère, et sans doute altère sciemment, le sens de la réponse faite à l'envoyé pontifical. Suivant eux, Philippe-Auguste aurait fait appel au pape de la décision de cet envoyé, ce qui ne s'accorde nullement avec les termes de la bulle du 51 octobre. Ces deux écrivains ont sans doute cédé au désir d'atténuer les torts de Philippe-Auguste envers le Saint-Siège.

(6) Catalogue des Actes de Philippe-Auguste, n° 762.

Blois et deClermont; Enguerrand, sire de Coucy; Raoul, comte de Soissons, et Gui de Dampierre en firent autant : Blanche, comtesse de Champagne, imita cet exemple, malgré le besoin qu'elle avait de la protection du pape; mais celle du roi de France lui était encore plus nécessaire, et d'ailleurs la question en litige avait pour Philippe plus d'intérêt que pour Innocent III (a). On pouvait craindre cependant que le Pontife, irrité de cette résistance, ne lançât ses foudres, non-seulement contre le roi, mais aussi contre les vassaux qui soutenaient ce prince, et qu'ensuite Philippe, pour obtenir la levée des censures, ne se soumît, en sacrifiant ceux qui l'avaient appuyé. Pour ôter à Blanche toute inquiétude, Philippe, en échange de la déclaration qu'elle avait consentie, lui fit remettre des lettres par lesquelles il s'engageait à lui venir en aide de tout son pouvoir, si cette déclaration lui occasionnait quelque fâcheuse affaire; il promettait, en outre, de ne pas traiter avec le pape sans elle (6). Les autres vassaux que nous venons de nommer reçurent évidemment des lettres semblables. C'était une ligue en règle contre l'autorité pontificale. Innocent III menaça Philippe de cette sévérité des pères qui croient que ménager la verge c'est haïr leurs enfants (c), mais il crut sans doute que

(a) Catalogue des Actes de Philippe-Auguste, n° 768-779. Voir aussi Teulet, Layettes du Trésor des Chartes, p. 242-244. Il existe une charte semblable du comte de Sancerre, mais elle est datée de Fontainebleau.

(b) Catalogue des Actes de Philippe-Auguste, n° 780. Voir aussi notre Catalogue, n° 591.

(c) D. Bouquet, XIX, 443 A.

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