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Judaicis opibus inopes relevando fidèles.
Principio summi principis egit opus (a).
Qui legit hec or et pro comité.

» Dans le cadre qui est sur un fonds couvert d'ar» gent, orné de plusieurs rosettes dorées, est la sta» tue de Thibaut, troisième du nom, comte de Cham» pagne, grande comme nature, toute couverte d'ar» gent, couchée de son long, la tête sur un carreau » d'argent dont les coutures sont couvertes d'un » chapelet de bronze doré. Cette statue a les mains » jointes, avec une longue robe, une ceinture et un » manteau qui descend fort bas. Il a un bâton de pè» lerin en ses mains qui descend à ses pieds pour » marque du vœu qu'il avait fait, et qu'il ne pul ac» complir, d'aller en Terre-Sainte combattre les en» nemis du nom chrétien. Il a à sa ceinture une » bourse sur laquelle sont ses armes. Ses cheveux » sont assez courts, ils sont dorés ; il est sans barbe. » On voit sur sa tête une espèce de couronne avec » un bracelet à chaque bras qui sont dorés; la cou» ronne est garnie de pierreries, savoir : quatre » pierres bleues, deux cornalines, cinq perles, une » émeraude, deux pierres blanches, deux pierres » jaunes, un saphir, un grenat, et une autre pierre « de couleur.

» Les yeux de la statue, qui sont ouverts, sont » émaillés de blanc et de bleu au naturel ; le collet » de sa robe est un filigrane d'argent doré garni de

(a) Ces vers forment la première partie de l'épilaphe de Thibaut 111. Le morceau qui précède, et qui commence par les morts: Tanla palatino, est la seconde partie de cette épitaphe; voir Camuzat, Promptuarium, f° 330, r*.

» trois émeraudes, quatre améthystes et un grenat.

» L'attache du manteau est d'argent doré en fleurs » et feuillages ; sur l'épaule droite est une croix en » filigrane d'argent doré garni de pierreries, ainsi » que les deux bracelets. Sa ceinture est, de plus » d'un pouce de largeur en filigrane d'argent doré, o toute garnie de pierreries.

» Au milieu de la ceinture, on voit une boucle » d'argent doré dans laquelle passe le bout de la » ceinture qui va jusqu'aux genoux; le tout est bril» lant en pierreries Au bas de la ceinture, du côté » gauche, il y a une bourse ou escarcelle qui tient à » une bande qui est d'argent doré avec ses pendans; » le tout est travaillé en filigrane orné de pierreries » et de pièces d'émail.

» Au milieu de la bande, il y a les armes de Cham» pagne, et aux quatre angles quatorze roses d'ar» gent doré; les armes sont d'azur à la bande d'ar» gent [accompagnées] de [deux] cotices d'or fleu» ronnées (au lieu de cotices elles portent à présent » des contre-potences au nombre de seize) (a).

» Au bas des genoux, il y a une bande de bronze » doré en feuillages; les piédestaux et le marche» pied [sur lequel reposent les pieds de la statue] » sont d'argent doré; le dessus qui est en forme de » bassin est de bronze doré.

» Cette statue tient un bâton de pèlerin couvert » d'argent. »

Thibaut était enterré sous cette tombe dans un

(à) C'est à la fin du treizième siècle que remontent les potences et contre-potences des armoiries de Champagne.

cercueil de pierre (a). Ses restes eurent le même sort que ceux d'Henri I; ils gissent aujourd'hui, oubliés, sans monument et même sans épitaphe, dans une chapelle de la cathédrale de Troyes (6).

Tandis que Blanche faisait élever à son époux défunt un tombeau dont la destruciion est si regrettable, l'armée croisée, qui devait avoir Thibaut III pour chef, allait, sous le commandement de Boniface, marquis de Montferrat, conquérir la capitale de l'empire grec, faire monter un comte de Flandre sur le trône de Constantin, et, sous les noms de principauté d'Achaïe et de duché d'Athènes, créer, au profit des maisons de Villehardouin et de Brienne, un état champenois au milieu des ruines splendides et des plus héroïques souvenirs de l'antiquité grecque. On sait quelles critiques souleva cette expédition qui, entreprise dans le but de délivrer Jérusalem du joug des Musulmans, aboutit au bouleversement de la plus ancienne des monarchies chrétiennes.

Renaud de Dampierre, représentant de Thibaut III dans la quatrième croisade, ne fut pas complice de cette faute. 11 quitta le gros de l'armée à Plaisance, alla gagner la Pouille et s'y embarqua avec Villain

(a) La description qui précède est empruntée à Grosley (Mémoires historiques sur Troyes, II, 410-419), qui a déjà été copié par Arnaud, Voyage archéologique dans le département de l'Aube, p. 31-52. Nous avons rectifié le texte des inscriptions d'après un manuscrit des Archives de l'Aube, déjà cité dans notre tome III, p. 318, note.

(b) Voir notre tome III, p. 320-322.

de Neuilly, Henri d'Arzilliéres (a), Simon de Montfort et Adam, abbé de la Trappe (b). Avec eux il se rendit à Antioche et se mit au service de Bohémond, prince de cette ville, alors en guerre avec le roi d'Arménie. Mais il tomba dans une embuscade préparée sur la route par le prince turc d'Alep. Villain de Neuilly périt dans le combat. Renaud fut fait prisonnier et ne recouvra, dit-on, sa liberté qu'après trente ans passés dans les fers entre les mains des infidèles (c).

(a) Villehardouin, ap. D. Bouquet, XVIII, 439 E. — M. E. de Barthélémy a donné dans son Diocèse ancien de Châlons-surMarne, t. I, p 288, et t. II, p. 330, deux études sur les seigneurs d'Arzilliéres d'après les chartes. On y voit paraître, en 1202, Henri d'Arzilliéres.

(6) Albéric, ap. D. Bouquet, XVIII, 765 D.

(c) Villehardouin, ap. D. Bouquet, XV11I, 459B; Albéric, ibid., 765 D. — Albéric est le seul auteur qui nous dise que la captivité de Renaud ou Renard de Dampierre ait duré trente ans. M. E. de Barthélémy indique dans son Diocèse ancien de Châlons-sur-Marne deux chartes qui contredisent cette assertion. Ces chartes, toutes deux de l'année 1203 (t. I, p. 410, n° 41 ; t. II, p. 431, n° 30), nous montrent Renaud de retour l'année qui suivit celle de son départ. — M. de Barthélémy a donné, dans le même ouvrage, 1.1, p. 295-298, une étude sur la famille à laquelle appartenait Renaud, et la seigneurie de Renaud est mentionnée parmi les fiefs relevant de Champagne, dans notre t. II, p. XXIII, art. 293. Il ne faut pas confondre cette maison avec celle des seigneurs de Dampierre de l'Aube, qui a été beaucoup plus célèbre.

LIVRE X.

RÈGNE DE THIBAUT IV.

CHAPITRE I.

Régence de Blanche de Navarre.

4204-1222.

La célébration du mariage de Thibaut III remontait à moins de deux ans. Toute jeune encore et sans expérience, n'ayantprès d'elle aucun parent qui pût lui servir de conseiller ou de protecteur, sa veuve était environnée de toutes les difficultés qui, d'ordinaire, embarrassent la régence d'une femme, et, à ces difficultés, venait se joindre l'incertitude de ses droits aux yeux de certains esprits, puisque le comte Henri II avait laissé des filles et que ces filles étaient en Orient considérées comme légitimes. La comtesse de Champagne recourut aux appuis habituels des faibles, au roi de France et au pape.

Philippe-Auguste se trouvait alors à Sens, Blanche s'y rendit immédiatement et vint lui offrir son

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