Pagina-afbeeldingen
PDF
ePub

guerre à l'empereur. Ces deux princes, d'alliés deve nus rivaux, se préparèrent à la guerre. Le duc d'Aue triche engagea les principaux seigneurs allemands à se réunir contre l'empereur Adolphe, qu'il représentait comme un traître et un parjure qui, séduit par l'or de la France, avait lâchement trahi les engagemens sacrés qui l'attachaient au comte de Flandre et aux autres confédérés. Le duc Albert avait par ce moyen attiré à son parti, le duc Jean, le comte de Luxembourg et le comte de Gueldre : il parvint à rassembler une armée de quatorze mille hommes, avec laquelle il vint mettre le siége devant Aix-laChapelle. L'empereur, de son côté, avait levé dans la Frise, la Hongrie et la Bavière un corps qui montait à dix-huit mille hommes. Les rois de France et d'Angleterre,poussés par des motifs différens,aidaient tous les deux de leur côté le duc d'Autriche de leur argent. Edouard, indigné de la trahison de l'empereur, cherchait à l'en punir en soutenant son rival : Philippe tâchait de les détacher l'un et l'autre du comte de Flandre, en les armant l'un contre l'autre, et même en les détruisant, s'il était possible, l'un par l'autre. Il était d'ailleurs guidé par un motifsecret : il espérait, selon les vues que paraissait manifester le pape Boniface, que si l'empereur Adolphe succombait dans cette guerre, le comte de Valois pourrait, par la protection du pontife, parvenir à la couronne impériale, Les deux rivaux se livrèrent, le 2 de juillet, dans les plaines de Worms, un sanglant combat, dans lequel Adolphe fut vaincu et tué. Le duc d'Autriche fut élu à sa place, et Philippe, indigné de voir ses espérances renversées, en conçut contre le pape, un profond ressentiment, qui fut une des causes de ces dissentions fameuses que le pontifè et le monarque portèrent aux plus scandaleux excès. Cependant la trève était expirée. Philippe-le-Bel · envoya dans la Flandre le comte de Valois, avec une armée nombreuse, pour achever de soumettre cette province. Le comte Gui, à qui le grand âge avait ôté la vigueur nécessaire pour diriger par lui-même les opérations d'une guerre si difficile, en confia le soin à son fils , Robert de Béthune. Gui, abandonné de ses alliés, détesté et méprisé de ses peuples, crut que, dans cette extrémité, le seul moyen de se sauver était des'humilier et desesoumettre. Il vint donc se rendre au comte de Valois, sous la garantie d'Amédée, comte de Savoie. Le comte de Valois persuade à Gui de se rendre à Paris avec ses deux fils aînés, Robert et Guillaume, et cinquante seigneurs flamands, pour implorer la clémenee du roi : il se donna lui-même pour garant de leur sûreté et de leur liberté, les as

[graphic]
[graphic]

surant de sa protection auprès du roi son frère, que

cette démarche, disait-il, engagerait à lui accorder sa grâce : il leur promettait même solennellement que, si le roi lui refusait sa demande, il les ramenerait tous dans la Flandre sous sa sauvegarde. L'infortuné Gui de Dampierre, se reposant sur la foi de ce traité, se rend à Paris : l'inflexible monarque ne rougit point de désavouer son frère : il refusa de voir les princes flamands, qu'il fit tous arrêter sous prétexte qu'ils n'avaient point de sauf-conduit : il poussa même la dureté au point d'arracher le père à ses enfans, en leur assignant pour prison des villes différentes. Le comte de Valois, indigné de cet affront, abandonna le service du roi, pour se retirer en Italie. Philippe, bravant le mépris dont cette infamie l'avait couvert

[ocr errors]
[graphic]
[ocr errors][merged small]

aux yeux de l'Europe, déclara la Flandre confisquée

à son profit pour crime de félonie. , ... , , , ,
· Jacques de Châtillon, que le comte de Valois, en
partant, avait nommé gouverneur de la Flandre pen-
dant son absence, avait aliéné, par sa dureté et ses
exactions, les cœurs des Flamands. Déjà les murmu-
res et les mécontentemens éclataient dans toute la
Flandre. Les habitans de Bruges donnèrent le pre-
mier signal de la révolte. Le peuple, ameuté par les
menées d'un nommé Leroi, chef des tisserands,mas-
sacra en un jour (c'était le 25 de mai 15o2 ) tous les
Français qu'ils trouverent dans la ville, dont le nom-
bre montait à trois mille cinq cents. Châtillon, qui
dans ce temps était à Bruges, ayant trouvé le moyen
d'échapper au carnage, s'était sauvé à Courtrai,
Gand et la plupart des autres villes, enhardies par
l'exemple de Bruges, chassèrent tous les Français.
Gui, fils du comte de Flandre, Guillaume de Juliers
et Jean de Cuyck , profitant de cette circonstance
pour assouvir la haine qu'ils portaient au nom fran-
çais, se mirent à la tête des révoltés. ' , , , , ; '
Les Français, après avoir rasé les fortifications
des villes, s'étaient rétirés dans Courtrai. Le roi, in-
formé de ces événemens, envoya dans la Flandre
Robert d'Artois, avec une armée de soixante mille
hommes d'infanterie et de douze mille de cavalerie :
le connétable Raoul de Nesle, Gui, comte de S.-Pol;
Robert, comte de Boulogne; Godefroid, comte de
Vierzon , oncle du duc Jean II, avec Jean, son
fils, s'étaient joints au comte d'Artois. Le bruit cou-
rut dans le temps que le but du comte Godefroid et

de son fils était, si les Français étaient battus dans la

Flandre, de faire une invasion dans le Brabant, pou*

[graphic]

# en chasser le duc, et qu'ils n'avaient jeté une forte
garnison dans Termonde, que pour faciliter ce
# projet. : -
# - Le comte d'Artois vint, avec sa formidable armée,
ds camper sous les murs de Courtrai, pour délivrer
IE cette place. Les Flamands vinrent camper vis-à-vis
le des Français : ils n'avaient point de troupes réglées :
lr leur armée n'était composée que d'artisans, qué le
# désir et l'espoir de se soustraire à la domination fran-
# çaise avaient arrachés de leurs ateliers. Cette troupè
# mal composée était encore plus mal équipée et plus
ps mal exercée : ils n'étaient armés que de fourches, de
, hâches et de marteaux ; et ils ignoraient absolument
r l'art des manœuvres ; mais leurs chefs, Jean comte
# de Namur, et Guillaume de Juliers, son cousin,
t prévôt de Maestricht, aussi bon capitaine que mau-
| vais prêtre, suppléerent à tous ces défauts par l'a-
v antage du terrain, en choisissant une position qui
convenait à une semblable troupe. Ils occupaient un
terrain plat : leurs derrières étaient défendus par la
Lis, leur droite par les retranchemens qu'ils avaient
formés devant Courtrai, leur gauche et leur front par

[ocr errors]

, vun large fossé qui avait la forme d'un croissant, et , dont les bords étaient, à-peu-près, au niveau de la # surface de l'eau : ils avaient recouvert ce fossé de § branchages et de gazon, et ils avaient employé les

S$ Inuits à cet ouvrage pour cacher leur ruse aux enne

mo mis. Les Français, emportés par leur impétuosité 112l-» Isl,* turelle, s'avancerent ou plutôt se précipitèrent sur litso les Flamands, en poussant de grands cris, qui, Joints # au bruit des fanfares et des timbales, épouvantèrent #s tellement les Flamands peu accoutumés aux com

bats, que la plupart prirent la fuite. Le comte d'Ar

[ocr errors][merged small][graphic]

tois, profitant de ce désordre, court sur les Flamands à la tête de sa cavalerie, et l'abîme s'ouvre sous ses pas. Déjà la première ligne avait été engloutie dans ce gouffre : un nuage de poussière dérobe ce spectacle au reste de l'armée : la deuxième et la troisième ligne,trompée par la même confiance, emportée parla même impétuosité, vient trouver dans le même précipice la mort qui leur est préparée. Les Flamands, qui les y attendaient, les percent à coups de lance, et les assomment à coups de hâche. L'abîme était comblé : les Flamands, s'étant frayé un passage sur cetas de cadavres, fondent sur l'infanterie française, que la frayeur avait tellement mise en désordre, que, sans opposer de résistance, les chefs fuyant les premiers, elle entraîna dans sa déroute le reste del'armée, dont une partie s'enfuit vers Lille, et une autre vers Tournai. Cette bataillese donna le 11 juillet 15o2. La perte des Français fut immense : leurs principaux chefs, Robert, comte d'Artois; Godefroid, sire de Vierzon, avec son fils Jean, et les plus illustres des chevaliers brabançons qui avaient marché à sa suite, Godefroid, comte de Boulogne; Arnoul , sire de Wezemale; Arnoul, sire de Walhain ; Henri, sire de BeautersButkens, p. heim, soixante barons, douze cents écuyers périrent 353. dans cette terrible journée. Les annales flamandes font monter la perte des Français à quinze mille. Les Flamands, ayant dépouillé les cadavres des vaincus, en enlevèrent huit mille éperons dorés, qui, dans o temps était un ornement que la noblesse seule pouvo # porter. C'est ce qui fit donner à cette bataille le no" - de bataille des éperons, Lille, Douai, Cassel, Toro monde rentrèrent incessamment sous la dominato flamande, · · · · · ·

[graphic]
« VorigeDoorgaan »