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les seigneurs et de toutes les villes qui voyaient avec peine qu'un prince étranger, qui n'avait pas la moindre propriété dans le Brabant, prétendit s'immiscer dans le gouvernement du pays. Ce prince prit donc sagement le parti de retourner dans son pays. Henri de Gaesbeéck, neveu du duc Henri I.°r, entraîné par les conseils d'Otton , comte de Gueldre, et de Henri, évêque de Liége, frère de ce seigneur, se déclara tuteur contre la volonté des états de Brabant, qu'il n'avait pas même consultés : il était déterminé à faire valoir ses prétentions, les armes à la main ; mais Alix sut, par sa prudence, trouver le moyen de l'en éloigner : elle engagea le comte et l'évêque, par de grandes promesses , à persuader au comte Henri de désister de ses prétentions, et, les ayant gagnés à son parti par une somme d'argent, elle fut nommée tutrice de ses enfans par les seigneurs et les villes. Godefroid de Perwez et Gauthier Berthold furent choisis pour assister la duchesse de leurs conseils et de leurs lumières. Arnould, baron de Wesemale, qui était maréchal héréditaire du Brabant, ne vit qu'avec une profonde indignation, qu'il était exclus d'une dignité à laquelle il croyait que sa naissance et ses titres lui donnaient des droits fondés : il ne chercha qu'à satisfaire sa vengeance : il employa d'abord tous les moyens de soulever les Louvanistes et de les attirer à son parti. Cette ville était dans ce temps divisée en deux factions, appelées, du nom de leurs chefs, Blancardi et Clavarii, qui souvent, par leurs querelles, avaient fait couler le sang dans Louvain. Les seconds, s'étant ligués avec Arnould , chassèrent les autres de la ville. Par ce

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Divaeus.

Barland.

moyen, cette cité importante par ses richesses; par sa population et par l'esprit martial de ses habi

tans, se déclara pour le rebelle Arnould, et aug

menta considérablement ses forces. Une autre cir-
constance contribua infiniment à rendre Arnould
et les Louvanistes plus obstinés dans leurs résistance.
Alix, appuyée du consentement des états, prenait .
ouvertement toutes les mesures pour frustrer de la
succession de son père, Henri , son fils aîné, que

la faiblesse de l'esprit, et la difformité du corps ,

rendaient peu habile au maniement des affaires. L'intention de la duchesse était de substituer à l'aîné, Jean, le second de ses fils, à qui la nature avait départi toutes les qualités du corps et de l'esprit. Arnould et les Louvanistes désapprouvèrent hautement ce projet, dont ils démontraient l'injustice. . La difformité du corps n'est pas, disaient-ils, une raison pour exclure un prince de ses droits. Si la faiblesse de l'esprit rend le prince Henri inhabile au gouvernement, il faut lui donner des tuteurs capables de suppléer à son défaut : ils poussèrent même la chose avec tant d'opiniâtreté, qu'ils fermèrent les portes de la ville à Alix et à Jean, quand ils s'y, présentèrent pour s'y faire reconnaître selon la coutume, en protestant qu'ils ne reconnaîtraient point d'autre souverain que Henri : ils ne se bornèrent

pas à ce premier acte de vigueur : ils firent, avec p p S» 9 5

la plus grande diligence, des préparatifs de guerre contre Berthold, qu'ils regardaient avec raison comme l'instigateur de tous ces projets : ils firent des incursions et des dégâts dans la seigneurie de Malines , dont ils furent bientôt forcés de se retirer. Arnould, sans se déconcerter, revint avec des trou

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pes plus nombreuses dans le dessein d'attaquer Ma-
lines, où Berthold commandait : mais le succès ne
répondit point à ses vues; car Berthold, ayant ras-
semblé à la hâte une armée composée de nouvel-
les troupes levées dans tout le Brabant , attaqua
inopinément les rebellcs, et les désit complètement
dans une seule action.
Tandis que le Brabant était agité par ces trou-
bles, Henri, évêque de Liége, qui ne souffrait qu'a-
vec peine qu'on ne lui eût pas confié la tutèle des
jeunes princes, avait fait une alliance avec ceux
de Juliers, de Gueldre et de Flandre : il grossit son
armée des secours qu'il reçut de ces nouveaux al-
liés, et il entra dans le Brabant à main armée : il
mit le siége devant Malines, dont les habitans s'é-
taient soulevés contre l'évêque. Cette ville n'était
pas alors fortifiée; mais Berthold avait volé à son
secours, à la tête d'une armée de troupes fraîches.
L'évêque, si l'on en croit les historiens modernes,
pressé par la rigueur de l'hiver et par le défaut de
vivres , évita le combat ct fit sa retraite; mais, au
rapport d'un historien contemporain, Marguerite
de Flandre interposa sa médiation pour apaiser
l'intraitable Liégeois : il fut arrêté qu'il entrerait dans
la ville avec quatre de ses osficiers, et qu'il en sor-
tirait incessamment pour sauver , par cette démar-
che, l'honncur de l'évêque, qui avait juré, en par-
tant de Liége, qu'il n'y reparaîtrait jamais, s'il n'en-
trait pas dans Malines.
Ce fougueux prélat, né plutôt pour porter le
glaive que l'encensoir, étant retourné dans sa ca-
pitale, ne put contenir son ardeur belliqueuse : il
marcha sur Maestricht, où il renversa le siége sur

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lequel les ducs de la Basse-Lorraine rendaient la justice, et l'échafaud où l'on exécutait les jugemens. Il y avait en face de la ville, dans le canton qui s'appelle Wick, séparé de la ville par la Meuse, une tour qui défendait le pont qui joint ce canton à la ville : l'évêque la fit raser.

Cependant les fils de Henri lII avaient atteint l'àge où, suivant la constitution du pays, ils pouvaient exercer la souveraineté. Henri, ce prince imbécille que sa mère avait tenté d'exclure de la succession paternelle, ayant convoqué , le 25 mai 1267, les seigneurs du pays, à Cortenberg, village situé entre Bruxelles et Louvain, déclara solennellement qu'il cédait la souveraineté et la succession de son père à son frère Jean. Cette renonciation fut faite en présence de Nicolas, évêque de Cambrai; de Henri, Bernard et Alard, abbés d'Afflighem, de Villers et du Parc; d'Isabelle, abbesse de Nivelles; de plusieurs seigneurs et nobles, de plusieurs citadins et autres habitans de Brabant, qui attestent que cette renonciation a été faite volontairement et légalement. Alix avait adroitement engagé Henri à faire cette cession, et les états y consentirent unanimement. Arnould de Wesemale et les Louvanistes vinrent se rendre au nouveau. duc, qui leur accorda la paix et le pardon. Alix, craignant que les intrigans n'abusassent de la faiblesse de Henri, l'engagea à prendre l'habit de moine, et l'envoya à Dijon, en Bourgogne, où il fut relégué dans un monastère. Il n'embrassa pas cependant la vie religieuse : on lui donna une cour et une suite conformes à sa naissance, et il passa le reste de ses jours éloigné et oublié des hommes.

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Cette fameuse cession fut solennellement ratifiée par un diplome, daté du 5 juin 1267, donné par Richard, qui jouissait du vain titre d'empereur, dont il n'exerçait les fonctions que précairement , et qui ne consenta à accorder cette ratification qu'apres qu'il se fût assuré du consentement de la duchesse, des barons, des grands, et des communes villes du Brabant. Ce prince, comme pour mettre la derniere main à son ouvrage, s'étant rendu à Cambrai , déclara solennellement, le 16 août de l'année suivante, qu'il donnait le gouvernement de la Basse-Lorraine à Jean, qui lui prêta, en cette qualité, le serment ordinaire ; et le 2o septembre suivant, il confirma l'acte par lequel le duc Henri III avait assigné pour dot à la duchesse Alix, les villes de Jodoigne et de Genappe.

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