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« Ces étranglements sont médiats, parce que la hernie existait depuis longtemps lorsque l'étranglement se développe. DCe sont donc bien toutes les hernies anciennes que M. Thiry a en vue dans sa seconde division. « Ils ne sont pas instantan és comme dans la première variété, ils exigent, au contraire, un certain temps avant de pouvoir s'affirmer. » Ils sont donc chroniques dans leur marche: alors, pourquoi rejeter ce terme?

« Enfin, les étranglements sont organiques, parce que leur etablissement exige l'intervention de certaines altérations sans lesquelles elles seraient impossibles, telles que l'inflammation de la tumeur herniaire, des brides, des adhérences,... la présence de corps étrangers, ou bien un état d'engouement solide ou gazeux. ) Dans une classification basée sur l'opposition des causes de production, et après avoir établi des étranglements primitifs et consécutifs, immédiats et médiats, on devrait logiquement se servir du terme de non-mécanique comme formant antithèse à celui de mécanique appartenant à la première catégorie. M. Thiry a préféré en chercher un nouveau emprunté à l'anatomie pathologique. De sorte, qu'il y a ainsi dan's sa classification trois bases : une chronologique, une mécanique et une pathologique. Il aurait cependant fallu, me parait-il, ou n'adopter qu'une seule de ces bases, ou, si l'on voulait en prendre deux ou trois, les appliquer aux deux divisions de manière à les distinguer par des caractères opposés. Le mot organique se trouve là tout seul, et a l'air d'être tout étonné d'être accolé aux autres, et surtout au mot étranglement. Qu'est-ce, en effet, qu'un étranglement organique? C'est, me parait-il, un étranglement produit par un organe. Mais l'étranglement primitif n'est-il pas produit par un organe? Pourquoi donc ajouter ce mot, comme exprimant un caractère particulier, à celui d'étranylement? Si M. Thiry veut indiquer par là les altérations organiques qui accompagnent la hernie, ce que je crois, il devrait

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supprimer le substantif et le remplacer par un autre. Les altérations organiques n'étranglent pas, elles sont étranglées : c'est donc fort abusivement qu'on les fait servir de qualificatif à un terme qui, ainsi déterminé, signifie tout autre chose que ce que l'on veut exprimer. En un mot, un étranglement organique est un étranglement produit par un organe sur n'importe quoi, ce qui est précisément l'inverse de ce que M. Thiry veut indiquer.

Voilà à quels résultats conduit l'examen de cette classification, que M. Thiry regarde comme « faisant ressortir les qualités les plus importantes qui distinguent les étranglements et indiquant d'avance les écueils à éviter et le chemin à suivre pour arriver à la guérison (p. 574). » Elle se réduit à emprunter deux expressions anciennes employées par Richter, Pott, Boyer, celles de primitif et de consécutif; elle en propose deux, celles de médiat et immédiat, qui, ne se rapportant pas aux tissus interceptés entre les organes étranglants et les organes étranglés, mais au temps écoulé depuis l'invasion de la maladie jusqu'à l'époque de l'étranglement, sont des synonymes des deux premiers et n'expriment pas autre chose; elle se sert du terme de mécanique, qui, ajouté à celui d'étranglement, constitue un pleonasme; enfin, elle adopte celui d'organique, qui exprime l'opposé de ce que M. Thiry veut indiquer.

L'honorable académicien dit ensuite que, « niant l'évidence des faits, je conteste l'existence des étranglements mécaniques, et que j'enlève arbitrairement aux anneaux aponévrotiques leur contractilité naturelle. « M. Lefebvre, dit-il, a fait justice de cette singulière prétention (p. 575). » Pour lui, il a d'autres idées sur les fonctions du système fibreux. « Il vit peut-être à sa manière, dit-il, mais, enfin, il vit; donc il a sa sensibilité propre,

, donc il se contracte... On ne peut pas soutenir que

les anneaux cruraux et inguinaux soient privés d'élasticité et de contractilité, , M. Thiry n'admet pas, cependant, l'étranglement spas

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modique de Richter (p. 576). Il se borne à soutenir « que les anneaux fibreux, susceptibles de se laisser dilater, reviennent sur eux-mêmes avec d'autant plus de force qu'ils renferment un plus grand nombre de fibres, et que ces fibres ont moins épuisé leur contractilité par des dilatations intempestives, trop souvent renouvelées ou trop exagérées. » Il explique, de cette manière, le défaut de réaction des anneaux dans les cas nommés par lui étranglements consécutifs ou organiques. « Dans ces cas même, dit-il, l'étranglement ne se réaliserait pas, si le collet du sac, épaissi, hypertrophié, ne venait suppléer à leur inaction. »

En vérité, les assertions et les hérésies histologiques et physiologiques contenues dans ces passages m'étonnent. Dire que je conteste l'existence des étranglements mécaniques, c'est me donner une opinion diametralement opposée à celle que j'ai toujours exprimée. Pour ce qui est de la contractilité du tissu fibreux, j'avais cru devoir glisser rapidement dans mon dernier discours sur cette idée singulière, craignant de n'avoir peut-être pas bien compris la pensée entière de mon honorable adversaire, et, oserai-je le dire, poussé par une espèce de sentiment de générosité. Mais puisqu'il insiste et qu'il semble même s'étendre sur ce point avec une certaine complaisance, je vais entrer un peu plus avant dans la question.

« Le tissu fibreux vit, donc il est sensible, donc il existe. » Voilà un axiome qui sonne bien et qui rappelle un peu celui par lequel le philosophe Descartes entre en matière. Mais où conduit-il? A admettre qu'il n'y a pas un organe, pas une partie du corps qui ne possède la contractilité. En raisonnant de cette manière, on peut dire : l'os vit, donc il est sensible, donc il se contracte; le cheveu, l'ongle, l'épiderme, le cartilage vivent, donc ils sont sensibles, donc ils se contractent, etc. Comment M. Thiry ne voit-il pas qu'il fait ici la plus étrange confusion entre les mouvements intimes et occultes qui s'exécutent pendant le travail de nutrition des organes, avec la contractilité sensible, appréciable, qui est dévolue exclusivement aux fibres musculaires striées, aux fibres musculaires lisses et aux cils vibratiles? Conçoit-on rien de plus illogique qu'une argumentation dans laquelle on déduit l'existence d'un mouvement de totalité d'un tissu ou d'un organe, de celle de changements moléculaires qui s'exécutent dans la profondeur de sa substance en accomplissement des actes de composition et de décomposition qui sont inséparables du maintien de la vie ?

La vérité est que, comme je l'ai dit avec tous les anatomistes et physiologistes anciens et modernes, le tissu fibreux est inextensible, et, le plus souvent, ne peut pas ne pas l’étre, sous peine de ne plus pouvoir remplir les fonctions qui lui sont attribuées. Ce tissu ne peut s'étendre et revenir instantanément sur lui-même que lorsqu'il est combiné avec un autre élément histologique, le tissu élastique, ou quand il acquiert ces propriétés en vertu d'un plissement ou d'une intrication particulière de ses fibres. Jamais il ne peut perdre ses qualités essentielles au point de se contracter comme la fibre musculaire. Quand il est dilaté dans les hernies anciennes, il ne perd point sa prétendue contractilité, comme un sphincter musculaire soumis à une longue pression excentrique ; mais il devient moins résistant, parce qu'il a subi un travail d'absorption dans ses fibres, parce que celles-ci se sont éraillées ou écartées, et quelquefois peut-être parce qu'elles ont subi une espèce de ramollissement sous l'influence d'un processus inflammatoire peu prononcé. Mais il est inexact de considérer ces changements comme étant toujours assez développés pour que les anneaux deviennent incapables d'agir encore comme agents d'étranglement. M. Thiry, qui le prétend, en reportant pour ces cas sur le collet du sac, sans exception aucune, la

contractilité qu'il avait si gratuitement attribuée au tissu fibreux, vient encore une fois se heurter contre le témoignage contradictoire de la physiologie aussi bien que de l'observation clinique de la plupart des opérateurs.

M. Thiry, pour prouver la puissance contractile du tissu libreux des anneaux aponévrotiques, nous engage à faire une simple expérience : « Introduisez le doigt, dit-il, dans un canal inguinal bien constitué et parfaitement sain ; vous y parviendrez, sans doute, mais avec difficulté, et dès que vous retirerez votre doigt, vous sentirez l'anneau revenir sur lui-même. ) – Je répondrai à cette invitation de mon honorable collègue par une autre invitation : je lui demanderai de vouloir bien engager le doigt dans la boutonnière de son habit; s'il y entre difficilement, il la dilatera, puis, quand il retirera le doigt, la boutonnière reviendra sur elle-même. Est-ce que M. Thiry en tirera la conséquence que cette boutonnière est contractile !

C'est bien à tort que mon honorable contradicteur a supposé que M. Lefebvre partageait sa manière de voir sur la contractilité du tissu fibreux. M. Lefebvre n'a rien dit qui permette de lui preter des idées semblables. Ce qu'il admet, c'est le retour élastique des anneaux sur eux-mêmes, et leur resserrement produit, non par l'action contractile de leur pourtour, mais par celle des muscles qui s'attachent aux aponévroses, ce qui est bien différent. En un mot, il partage à cet égard la manière de voir de Richter, que M. Thiry rejette, comme le constatent les citations que j'ai faites. Cette dernière explication, qui seule pouvait donner à son opinion une apparence de raison, lui échappe donc par sa propre volonté.

Ce n'est pas, pour le dire en passant, qu'en combattant les idées de M. Thiry j'adopte celles de M. Lefebvre, car je ne puis admettre ni la manière dont il interprète ce que j'ai dit sur les fonctions du système fibreux, ni celle dont il conçoit le rôle des

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