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et je ne vois pas quelle conclusion on pourrait lirer de l'un qui soit applicable à l'autre. Cet exemple de nos honorables confrères de Bruxelles, nous est donc opposé tout à fait mal à propos, sans raison aucune.

C'est encore à l'occasion de cette hernie étranglée, compliquée d'un énorme épanchement, que l'honorable M. Thiry reproduit celte affirmation : que j'avais mal compris ses observations en les lisant superficiellement, ou, pour mieur les combattre, en leur donnant une signification qu'elles ne comportaient pas (1), et il donne, comme preuve de cette allégation, le fait que je lui avais reproché d'avoir dit que ma malade avail succombé, tandis, affirme-t-il, qu'il n'a nullement parlé de la mort de mon opérée, et qu'il ignore j'ai lu une telle assertion (2). J'avoue que je serais fort sensible à celte accusation d'inexactitude, si elle avait quelque apparence de fondement, parce qu'elle serait de nature à compromettre ma probité scientifique. Mais pour vous prouver jusqu'où va la valeur réelle de mon appreciation sur ce point, el vous faire apprécier celle de la dénégation de mon adversaire, je crois devoir mettre sous vos yeux les pièces de notre contestation, qui me paraissent être probantes et conformes à mon système d'interprétation.

Je vous avais exposé l'historique de cette opération, qui fut exécutée dans toute la simplicité de la méthode classique, et je le terminais par la mention que l'opérée était parfaitement guérie. Or, M. Thiry, poussé, sans doute, par le besoin de mellre en relief l'efficacité prépondéranle de son système de réduction manuelle, dit (3) : à sa place, — de M. Cambrelin, — je me serais borné à faire la ponction de l'hydro

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(1) Bulletin, t. III, ze série, pp. 478 et 479.
(2) Id., t. III, ze série, p. 478.
(3) Id., t. II, ze série, pp. 1037 et 1038.

cèle — spéculation et à réduire ensuite combien c'es simple !... en paroles, - et, bien certainement, sa malade n'aurait pas succombé, elle aurait guéri... De ce contexte, je conclus, légitimement, je crois, que l'honorable M. Thiry, tenant pour morle ma malade, argumentait ici sur une erreur de fait, je l'ai dit, et celte observation m'a valu la leçon que l'on sait.

M. Thiry : C'est littéralement inexact. Je savais trèsbien que la malade de M. Cambrelin élail guérie, el j'ai dit : par le taxis, elle aurait guéri sans opération. Je n'ai pas dit qu'elle était morte.

M. Cambrelin : Si je me suis trompé dans l'interprétation de ce passage du discours de M. Thiry : et, bien certainement, sa malade n'aurait pas succombé, elle aurait guéri, ce dont je doule encore, mais que je veux bien admellre comme possible, puisqu'il l'assure, il voudra bien reconnaitre, au moins, que je suis fort excusable de n'avoir pas saisi sur-le-champ uue idée émise en un langage par trop sibyllin.

Mais abandonnons ce point de la discussion, car il serait d'une insignifiance extrême si, outre l'obligation qu'il m'imposait d'affirmer une fois de plus ma sincérité, il ne m'avait pas semble contenir l'intention tacite de prendre en faute, une fois au moins, la kelotomie, et d'ajouter, par conjecture, un nouveau fleuron à la couronne si maigre, et si péniblement tressée, du laxis forcé.

C'est contre ce dessein, présent ou éventuel, que j'ai voulu protester.

Vient ensuite une tirade dont la conséquence serait de m'interdire toute crilique à l'endroit des statistiques, surtout de celles dont se sert l'honorable M. Thiry (1); mais la

(1) Bulletin, t. Ili, je série, p. 479.

déclaration qu'il nous fait aussitôt : qu'avec les chiffres on peut établir et justifier les propositions les plus contradictoires, etc. (1), ne suffit-elle pas pour expliquer ma circonspection ? Après cet aveu, n'est-on pas ébahi de lui voir accorder une confiance entière à des documents qui peuvent n'étre, d'après lui-même, que le fruit d'une certaine adresse à manier les chiffres ?... C'est à n'y pas croire !... Pour ce qui me concerne je dirai : que je fais grand cas des bonnes statistiques, consciencieuses, parce qu'elles doivent aider aux progrès de la science, et en particulier de la thérapeutique, quand elles me semblent composées d'éléments à peu près similaires qui, seuls, leur donnent de la valeur; mais elles me deviennent suspectes au premier chef: quand je les vois s'écarter de la vraisemblance; quand je les trouve en opposition aux faits les plus avérés, aux doctrines les mieux élablies, aux vérités consacrées par une longue observation; quand j'ai lieu de soupçonner que l'on a ramassé les faits, qui leur servent de base, de ça, de là, sans aucune apparence de critique, et avec le seul souci d'en grossir le chiffre ; quand je les vois frappées du cachet de l'exagération, dans les conséquences que l'on en tire; quand elles me paraissent être produites à l'appui d'idées préconçues ; quand on les présenųe isolées des fails qui leur servent de base, et sous la forme d'un chiffre brut que la saine raison ne peut utiliser ; quand je soupçonne qu'elles sont exhibées en vue de soutenir un système quelconque auquel je ne verrais d'autre intention que d'appuyer la volonté ambitieuse de se faire chef d'école! etc., etc

- M. Thiry : Je proteste énergiquement contre les paroles de M. Cambrelin. Ce n'est pas là de la discussion académique.

(1) Bulletin, t. III, ze série, p. 479.

M. le Président : Le Président est là pour faire respecter les droits de tous les membres.

Si M. Cambrelin continue sur ce ton, je ne pourrai le laisser continuer; son discours renferme trop de personnalités.

M. Cambrelin : Il n'y a pas, dans ce que je viens de dire, la moindre personnalité. Il n'y est nullement question de M. Thiry, puisque j'ai dit que je m'adressais aux statisticiens qui avaient produit ces statistiques. M. Thiry ne peut élre compris parmi ces statisticiens; il n'a produit aucune statistique ; s'il y avait quelque chose dans mes paroles qui pút froisser M, Thiry, je serais disposé à le retirer.

M. le Président : Il y a ici d'autres membres qui ont produit des statistiques, et si vous vous adressez aux statisticiens, vos paroles s'appliquent à ces membres. Or, je ne puis tolérer que vous adressiez de pareilles observations aux membres de l'Académie.

- M. Cambrelin : Je n'ai examiné que les statistiques qui se rapportent aux opérations herniaires. Je le répète, si l'on peut croire que les paroles que je viens de prononcer sont blessantes pour quelques membres de l'Académie, je suis prêt à les retirer. Mais je n'ai pas eu l'intention de froisser personne. J'ai eu en vue certains individus que je ne puis nommer, parce qu'ils n'existent plus, et qui ont rendu de grands services à la science, ce qui m'impose l'obligation de respecter leur mémoire. C'est à eux que je m'adressais et nullement à aucun membre de l'Académie.

Enfin, elles me deviennent suspectes au suprême degré, quand elles n'ont d'autre passeport que le nom de l'auteur auquel certains esprits, aussi faciles qu'intéressas, voudraient pous asservir, de par l'autorité du magister dixit!... Ainsi,

ni'inclinant devant cette autorité, je serais obligé d'humilier mon intelligence au point d'ajouter foi à celle bisloire du roi Teutobochus qui avait 25 pieds de haut, et dont le chirurgien Nicolas Habicot donna la description en 1613? Je devrais ajouter foi à celle rêverie, plus qu'absurde, rapporlée par Fournier-Pescai, d’un J.-B. Porta, qui affirme que des instruments fails avec le bois de plusieurs plantes médicinales, produisent une musique empreinte des propriétés relatives à ces lois, laquelle musique guérit les maladies ils sont recommandés comme moyens efficaces? Il me faudrait absolument croire à ces expériences microscopiques présentées el lues, paguère (1), à l'Académie impériale des sciences de Paris, par un docleur Lemaire qui, atteint d'un choléra asiatique des plus graves, algide, par conséquent à l'agonie! expérimenta chaque jour, sur ses fèces, son urine (!) ses sueurs (!!) son mucus nasal (!!!) et qui constala que des animalcules et des végétaux primaires s'y trouvaient à profusion ? etc., etc., que d'Habicot, que de Porta, que de Lemaire, ne pourrait-on pas relever dans nos archives, anciennes et contemporaines ?... La liste en serait longue !... Certes, je suis en droit de me révoller contre de telles autorités, car il est passé, il est loin de nous ces temps où l'on imposait la crédulité en toutes choses, même dans l'étude des sciences qui ont pour base unique l'observation.

Non : critiquer, juger de telles productions, n'est accuser qui que ce soit de mauvaise foi, sa prévention peut aussi conduire l'homme à l'erreur, involontairement, et il faut savoir en tenir comple, c'est simplement remplir un devoir envers soi-même, envers l'humanité, la science, et l'Académie qui m'écoute; c'est se mettre en garde à l'endroit des déceptions à venir, et faire usage préventivement d'un droit dont

(1) Voir le Cosmos du 3 octobre 1868, ze série, t. III, p. 385.

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