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le 2 du mois de juin 1869 (1). Il a depuis lors recueilli plu sieurs observations cliniques très-intéressantes (2) que nous examinerons dans la seconde partie de notre travail.

La révélation de pareils faits était bien propre à éveiller une vive curiosité chez lous les physiologistes et les médecins. Dès le 5 juin, le professeur Du Bois-Reymond écrivait à Bence Jones pour lui annoncer cette nouvelle, qu'il regardait comme devant produire une grande impression sur les esprils en Angleterre (3). Il ne se trompai! pas : La British Association for the Advancement of Science se trouvant assemblée à Exeter dans les premiers jours du mois d'août, le docteur Richardson, dont on connait la baute competence pour les recherches de ce genre, fut chargé par le président et les membres de la section de Biologie, de répéter les expériences du médecin de Berlin avec un échantillon de chloral hydraté que celui-ci avait envoyé.

Il expérimenta sur des pigeons, des lapins et des grenouilles. Non seulement il reconnut la parfaite exactitude de ce qu'avail avancé le docteur Liebreich, mais il fut conduit à la découverte de quelques phénomènes nouveaux des plus intéressants. Ainsi, il vil se produire chez les animaux soumis à l'influence d'une dose suffisante de chloral, un abaissement plus ou moins considérable de température et observa que l'animal succombait presque infailliblement si cet abaissement de la chaleur alieignait 8° Fahrenheit (3 1/20 centigr. environ). Il constata par contre que si, après avoir atteint à peu près celle limile extrême, le thermomètre commençait à remonter, tout danger avait généralement disparu. Il reconnut aussi que l'anesthésie complète est ordi

(1) Voir Berliner Klinische Wochenschrift, 5 juillet 1869.
12) Voir Das Chloralhydrat, etc., Berlin, 1869.
(8) Voir Medical Times, 4 septembre 1869.

nairement de courte durée et que la sensibilité reparait dès que la respiration redevient plus fréquente; elle peut toutefois de nouveau s'affaiblir durant la période de retablissement. Il est mème des cas où, après l'anesthésie, la peau est plus sensible qu'à l'élat normal.

Il fil des expériences comparatives avec d'autres anesthésiques, comme le chloroforme, le bichlorure de méthylène, le létrachlorure de carbone et le chlorure d'amyle administrés en injection sous-cutanée, et, chose remarquable, il vit que, par ce mode d'administration, lous ces agents déterminent l'anesthésie sans période d'excitation préalable. Mais leur puissance n'est pas égale : il faut sept parties de chloroforme, cinq parties de télrachlorure de carbone, ou sept parties de chlorure d'amyle pour produire les mêmes effets que deux parties d'hydrate de chloral, Sept parties de bichlorure de méthylène ne provoquent qu'une insensibilité de plus courte durée. Aucun de ces corps, injecté sous la peau, n'a douné lieu à des eschares; mais tous ont amené des vomissements chez les oiseaux.

Les lésions observées par Richardson chez les animaux qui avaient succombé pendant la période de l'anesthésie sont les suivantes : les siuus et les vaisseaux des méninges sont remplis de sang; mais le cerveau lui-même conserve sa colo. ration normale. Il en est de même pour la moelle et ses membranes. Les muscles sont gorgés d'une grande quantité de sang qui s'écoule lorsqu'on les incise. Le cæur renferme du sang dans ses cavités droites et gauches, el les caractères distinctifs du sang artériel et du sang veineux persistent. Les poumons, d'un blanc pâle, contiennent du sang, mais sout libres de toute congestion. Les aulres organes gardent leur aspect naturel, sauf l'estomac qui est généralement plus vascularisé chez les lapins.

Richardson professe, comme Liebreich, que la mort est la conséquence de la paralysie du caur.

Le même expérimentateur a soigneusement étudié l'action du chloral sur du sang nouvellement extrait des vaisseaux. Voici le résultat de ses observations : le chloral ajouté au sang retarde la coagulation; s'il n'est pas en trop grande quantité, les corpuscules ne sont pas immédiatement détruils, ils sont seulement diminués de volume et dentelés sur leur bord; esl-il au contraire en excès, le sang devient épais (pasty), de couleur de fer, et la décomposition en est subite et complète. Ces effets sont semblables à ceux qui résulteraient de l'addition d'une certaine quantité d'acide formique.

Les changements que nous venons de faire connaître ne s'opèrent pas dans le sang qui circule, si la dose de chloral administré est insuffisante pour tuer instantanément; mais avec une dose susceptible de devenir promptement fatale, ce liquide éprouve des altérations se rapprochant de celles dont il vient d'êlre question : il demeure fluide et les corpuscules sont ratatinés et dentelés sur le bord.

Le sang frais traité par le chloral laisse dégager une odeur de chloroforme et l'on a pu en extraire du chloroforme par la distillation.

Tels sont les principaux faits constatés par le savant physiologiste anglais. Voici, pour compléter cette rapide analyse, ses conclusions :

1° Un narcotisme profond et prolongé peut être produit sans danger par l'hydrate de chloral."

2° Il peut y avoir, durant une partie de la période de narcotisme, une anesthésie complète avec absence d'actes réflexes, et un état dans lequel toute espèce d'opération cesse de réveiller la conscience.

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3o Il existe durant le narcotisme des intervalles pendant lesquels la sensibilité est apparemment exallée.

4° Il n'y a pas de période d'excitation musculaire dans le passage du sommeil à la stupeur; mais les oiseaux éprouvent des vomissements, comme cela a communément lieu pour les mêmes apimaux pendant la seconde période du narcotisme par le chloroforme.

5° Le parcotisme provoqué par le chloral est invariablement accompagné d'un abaissement de température.

6° L'hydrate produit la résolution musculaire, résolution qui s'étend aus muscles volontaires de même qu'à l'iris et au système musculaire des artères. De l'état des muscles après la mort, on peut inférer que cette paralysie est due en partie au changement survenu dans la structure musculaire ellemême.

70 L'action de cette substance sur le système nerveux s'exerce premièrement sur les ganglions sympathiques (?), puis sur le cerveau, et finalement sur le cæur.

8° Le rétablissement, lorsqu'il a lien, n'est suivi d'aucune mauvaise conséquence.

9. Dans les cas mortels, les fonctions sont anéanties dans l'ordre suivant : les fonctions cérébrales, les musculaires volontaires, les respiratoires, et enfin celles du caur.

10° Le chloral, en petite quantité, retarde jusqu'à un cerlain point la coagulation du sang; en proportion plus considérable, il arrête complètement ce processus. Lorsqu'il est en grande quantité, il détruit les corpuscules et amène une destruction totale du sang; mais la dose requise pour déterminer un narcolisme extrême, u'a pas besoin d'être aussi forle que pour produire une altération sérieuse de ce liquide. 11° Les phénomènes observés aprés l'aulministration du

chloral concordent avec ceux du chloroforme, et il ressort de l'examen des faits qu'ils résultent de l'action du chloroforme.

Tel est, en résumé, l'enseignement contenu dans le rapport lu par l'auteur à l'assemblée d'Exeter (1) et dans la leçon qu'il fit au Royal Institution le 5 octobre dernier (2). L'accord entre les résultats auxquels il est parvenu et ceux annoncés par le docteur Liebreich est presque parfait.

Mais M. Demarquay ayant fait de son côlé des expériences sur des lapins, se trouva en présence de phénomènes sensiblement différents. Il vit, chez les animaux soumis à une dose de chloral allant de 20 centigrammes à 1,20 gramme, les oreilles et les conjonctives s'injecter, le pouls devenir d'une extrême fréquence et la sensibilité s'exalter pendant toute la durée de l'expérience. La température baissait sous l'influence des hautes doses.

Il trouvait, en ouvrant l'animal vivant, les viscères abdo minaux congestionnés, le système nerveux, cerveau, cervelet, moelle épinière et leurs membranes, fortement injectés. Le sang arlériel semblait avoir pris une teinte violette.

S'appuyant sur ces effels, M. Demarquay conclut que le chloral ne se transforme pas en chloroforme dans l'économie, mais qu'il est éliminé en nature par le poumon (5).

Les expériences de MM. les docteurs Dieulafoy et Krishaber rendent peut-être raison de cette différence dans les phénomènes observés. Ces messieurs ont cru reconnaitre que, si de faibles doses éveillent une excitabilité très-marquée chez les animaux, de plus fortes doses provoquent une anesthésie plus ou moins prononcée et qui peut devenir complète. Voici, au reste, leurs conclusions :

(1) Voir Medical Times, etc., 4 septembre 1869.
(2) Voir Medical Times, etc., 30 octobre et 6 novembre 1869.
(3) Voir Gazette des hôpitaux; 14 septembre 1859.

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