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Méthode de M. Kobler.

La bière à examiner est rendue alcaline par l'ammoniaque; on décante ou on filtre, el la liqueur claire est complètement précipitée par une solution concentrée et bouillante d'acétate de plonub. Après avoir filtré le précipité, il est lavé par de l'alcool chaud que l'on réunit à la liqueur et dont on élimine le plomb par de l'hydrogène sulfuré. Le sulfure plombique est séparé par une nouvelle filtration.

La liqueur filtrée est alors mise en évaporation jusqu'à consistance sirupeuse el on en extrait la picrotoxine par l'éther. La présence de celle-ci est constatée par la forme des cristaux vus sous le microscope, sa saveur et la réaction chimique déjà indiquée en principe par Langley.

Explication. — Par la précipitation de la bière par l'ammoniaque ainsi que par l'acétate de plomb, on lui enlève surtout de la dextrine, des gommes, des matières résineuses sucrées et colorantes. Les alcaloïdes passent également dans ces précipités. La picrotoxine n'est pas précipitée, elle reste en solution avec l'excès d'acétate de plomb, etc. En traitant celte solution par l'hydrogène sulfuré, le plomb est éliminé comme sulfure et la solution devient acide par l'acide acétique. L'alcool, ainsi que l'hydrogène sulfuré, sont finalement chassés par l'évaporation. L'éther enlèvera de cette liqueur, à côté de la picroloxine, des principes amers comme la lupuline, etc.

J'ai donc appliqué ces trois méthodes d'analyse à une même bière, très-peu amère, et que j'avais lieu de supposer pure. Elle est brassée à Lubbeek, près de Louvain; j'en ai pris sis litres pour chaque essai et il en est résulté trois résidus laissés par l'élher, correspondant aux trois mėthodes. Ils étaient tous les trois de couleur jaunâtre et d'une saveur amère; celui obtenu par la méthode de M. Depaire élait le moins coloré; celui qui était le résultat de ma mèThode était le moins considérable. Aucun de ces trois résidus ne montra la moindre trace de cristallisalion. Je fis usage pour cela du microscope au grossissement de 300 et même de 700. Chaque essai fut dissous à différentes reprises et dans des mélanges variés d'alcool et d'eau, et d'alcool et d'éther, afin de faciliter la cristallisation.

L'essai physiologique fut fait avec les trois résidus, suivant l'indication de M. Depaire.

Après plusieurs jours, les poissons n'avaient éprouvé aucune action toxique.

Je fis ensuite trois mélanges, chacun de deux litres de la même bière, avec une décoction aqueuse de 4 grammes de coque du Levant. Chacune de ces bières fut soumise à l'une des trois méthodes d'analyse.

Le résultat final de ces trois operations fut la constatation de la picroloxine par la production des cristaux et par l'action physiologique sur le poisson. Comine précédemment, le résidu laissé par l'éther, provenant de l'application de la méthode de M. Depaire, était très-peu coloré. Je m'explique cela par l'action de l'acide chlorhydrique se dégageant dans le traitement final du résidu éthérique par l'acide sulfurique dilué. L'éther aqueux que l'on décante premièrement peut entrainer des traces de chlorure de sodium, ce que j'ai constaté par la découverte de petits cristaux de sulfate de sodiuin que j'ai observés sous le microscope là où je cherchais les cristaux de picrotoxine. Ces cristaux, très-rares du reste, que j'avais pris d'abord pour de la picrotoxine, étaient en partie isolés et formaient des colonnes rhomboiques; en partie ils étaient réunis, formant des étoiles; outre leur forme, leur solubilité dans l'eau, leur insolubilité dans l'alcool absolu, et surtout l'essai comparatif avec du sulfate de sodium me prouvèrent sûrement leur nature.

Eo agitant de la bière pure ou additionnée de la coque du Levant, en présence du chlorure de sodium ou du carbonate de sodium ou de l'acide acélique, il se forme surtout vers la fin du traitement une masse gélatiniforme qui se dépose dans l'élher. Séparée de l'éther surnageant, elle se dessèche en une masse qui possède plusieurs caractères de la dextrine. Même dans la bière qui renferme de la picrotoxine, celte masse était à peine amère, de sorte qu'il n'y a pas lieu de s'en occuper spécialement.

J'ai eu le plus de difficulté pour obtenir les cristaux de picrotoxine, du résidu provenant de la methode de M. Köhler; aussi l'action physiologique se montra-t-elle vingt-qualre heures plus tard.

Sous le rapport du résultat final de la recherche de la picroloxine, les trois méthodes décrites peuvent donc également élre employees, mais, il importe surloul de les comparer, sous le rapport de la facilité des opérations, de la simplicité des réactifs et des ustensiles à employer, ainsi que du temps qu'elles exigent.

En les comparant, je n'ai en vue que leur application directe et exclusive à la recherche de la picrotosine, car ce n'est que dans ma méthode qu'est considérée la recherche simultanée des alcaloïdes et autres corps amers étrangers à la bière; je crois avoir réussi sans trop compliquer la recherche spéciale de la picrotoxine. Donc, pour la recherche spéciale de celle substance, je crois que la méthode de M. Depaire est celle à laquelle il faut donner la préférence. Cependant, quelquefois la filtration de la bière saturée de chlorure de sodium et lenant en suspension un précipité très-visqueux, s'opère très-difficilement et demande plusieurs jours;

sous ce rapport, l'évaporation qui ne dure que quelques heures et qui n'esige, au besoin, qu'une capsule, présente un avantage réel.

En ce qui touche la méthode de M. Köhler, elle demande plus de temps et est beaucoup plus compliquée que les deux autres. Ainsi, elle exige l'emploi du sel de plomb, de l'hydrogène sulfuré, trois filtrations et une évaporation, loules opérations qui durent très-longtemps, et entrainent une foule d'inconvénients. En outre, le résidu final laissé par l'élher est au moins aussi coloré que ceux des autres et exige, en conséquence, un traitement de purification ultérieure. Cette méthode ne peut donc pas entrer en concurrence avec les deux autres.

En conséquence il me semble donc qu'il sera avantageux, dans une recherche sérieuse de la coque du Levani, de faire usage simultanément des deux méthodes, même si l'on veut négliger les autres corps étrangers dont j'ai signalé la présence avec la picrotoxine. L'un des essais servira à contrôler l'autre.

J'ai donc examiné diverses bières qui se distinguaient par une amerlume particulière ou très-forte, et dont trois m'avaient été remises parce qu'on croyait avoir remarqué qu'elles avaient une influence particulière sur l'organisme en produisant de l'insomnie ou une lourdeur de tête.

Les bières examinées furent les suivantes :

1° Bière brassée à Bruges, nommée Pitem. Elle est claire, d'une couleur jaune foncée et d'une odeur particulière. Sa saveur est très-amère et adhère à la gorge, sa réaction est acide. Elle contient 4 % volumes d'alcool et 5,5%d'extrait ou matières fixes. Elle fut trouvée, dans les deux essais, exemple de picroloxine; elle est également exemple d'alcaloïdes et de salicine el autres principes amers étrangers au lupulin.

2o Bière brassée à Bruges et vendue sous le nom de bière anglaise. Elle est claire, d'une couleur jaune pâle, d'une odeur particulière; sa saveur est très-amère, elle a la reaction acide normale. Elle contient 7% volumes d'alcool et 7% de matières fixes.

Les deux essais constalèrent l'absence de picroloxine et d'autres principes amers les plus ordinaires.

3° Bière brassée à Louvain sous le nom de anglo-bavarienne. Elle est d'une couleur jaune-rouge, d'une odeur agréable et d'une saveur passablement amère; sa réaction est acide. Elle renferme 6% d'alcool et 7 1/2 de matières fixes.

Je n'y ai trouvé ni picrotoxine ni autre corps étranger.

4° Bière vendue à Louvain comme bière de Bavière, brassée à Anvers. Elle a le goût de goudron des bières allemandes et une saveur fortement amère, sans autres caractères particuliers.

J'y ai trouvé 4,3 % d'alcool et 4,7 de matières solides. Elle ne renferme pas de picrotoxine.

5° Bière brune ordinaire, brassée à Louvain.

Elle est claire, fortement acide, d'une couleur rouge-jaunâtre, sans caractère particulier.

Elle renferme 3,6% vol. d'alcool et 3,4 %, de matières solides. Elle est exempte de picrotoxine, etc.

De ces différentes bières que j'ai examinées, pas une seule ne renfermait de la picroloxine.

Ces essais étant terminés, j'eus l'idée d'examiner si, par l'application de la dialyse, on ne réussirait pas à simplifier la recherche de la picrotosine.

Dus verres à précipiter dont les fonds sont enfoncés el qui sont couverts d'un côlé avec du parchemin végétal (1), m'ont

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(1) Les dialysateurs fails avec des vessies, produisaieot en peu de temps une fermentation laclique et un liquide trouble.

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