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DE MÉDECINE,

DE CHIRURGIE ET DE PHARMACOLOGIE,

PUBLIÉ

Par la Société des Sciences médicales et naturelles

de Bruxelles,

SOUS LA DIRECTION D'UN COMITÉ

COMPOSÉ DE

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MM. DIEUDONNÉ, D.-M., Rédacteur principal, Chevalier de l'Ordre de Léopold ,

Président de la Société, Membre du Conseil central de salubrité publique et du Conseil supérieur d'hygiène, Secrétaire de la Commission de statistique

du Brabant, Membre honoraire de l'Académie royale de médecine, etc. CROCQ, D.-M., Professeur à l'Université de Bruxelles, etc. LEROY, Pharmacien du Roi, Collaborateur au Journal de Chimie médicale, de

pharmacie et de toxicologie de Paris, Membre de la Commission médicale provinciale du Brabant, Correspondant de la Société des Pharmaciens du Nord de

l'Allemagne, de l'Académie royale de Médecine de Belgique, etc. PARIGOT, D.-M., Professeur à l'Université de Bruxelles, etc. RIEKEN, D.-M., Médecin de S. M. le Roi des Belges, Membre honoraire

de l'Académie royale de médecine de Belgique et de plusieurs Académics et

Sociétés savantes régnicoles et étrangères.
VAN DEN CORPUT, Docteur en médecine, en chirurgie et en accouchements,

pharmacien, Docteur en sciences, Secrétaire de la Société, Membre du Conseil
cent. de Salubrité publique, Membre de plusieurs Acad. et Sociétés savantes.

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DE MÉDECINE.

(JUILLET 1859.)

1.- MÉMOIRES ET OBSERVATIONS.

DE LA CHORÉB ; par M. le docteur Eugène Moynier, membre correspondant

d Paris. (Suite. — Voir notre tome XXVIII, p. 546.)

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M. le professeur Andral a employé, mais sans succès, le chloroforme pour une jeune fille de 17 ans, atteinte de chorée. Je dois les. détails, suivants à M. Axenfeld, alors.interne du service.

98€ OBs.-La malade a tous les attributs du tempérament lymphatique; ellea été souvent souffrante dans son enfance : réglée à 15 ans, les règles viennent régulièrement, mais peu abondantes. Leucorrhée ; douleurs à l'estomac, dans, le dos, la poitrine; jamais de douleurs rhumatismales; chorée, il y a dix-huit. mois, survenue à l'occasion d'une contrariété au moment de ses règles, qui se sont aussitôt supprimées. Le jour même, elle éprouva un agacement, une inquiétude avec besoin de changer de place; le lendemain, les mouvements involontaires étaient assez prononcés pour l'empêcher de marcher et de manger; l'intelligence devint moins nette. Cet état se prolongea pendant deux jours et demi; puis survint une sorte de rémission où les mouvements choréiques étaient moins violents, mais où la malade était, dit-elle, comme folle, ne sachant pas au juste ce qu'elle disait ou faisait. Les accès de chorée revenaient presque régulièrement, et chaque fois qu'un accès allait éclater, la malade éprouvait un affaiblissement plus grand. dans les idées, une perte complète de la mémoire, et une sorte d'engourdissement dans la jambe droite. Dans l'intervalle des accès, les mouvements ne cessaient jamais complétement. On fit prendre des pilules de Vallet, du sulfate de quinine, des bains sulfureux. Guérie de la chorée, elle eut, au mois de mars dernier, une fièvre qu'elle dit typhoïde, qui dura un mois, et qui lui a laissé une céphalalgie frontale. Elle entra à la Charité le 30 mai, pour s'y faire traiter d'une toux sans expectoration ni dyspnée, mais avec la fièvre le soir, sueurs nocturnes. Auscultée à plusieurs reprises, la poitrine ne présente rien de notable; la respiration est un peu rude, l'expiration non prolongée; jamais d'hémoplysie. La semaine dernière, après s'être sentie toute singulière, et s'être plainte elle-même de ne pas savoir bien ce qu'elle faisait, d'être triste ou gaie

sans molis, d'avoir besoin d'un certain effort pour comprendre ce qu'elle lisait, elle fut reprise d'abord de quelques mouvements partiels, limités aux membres supérieurs, puis le lundi, 25 juin) d'un aecès véritable qui commença à sept heures du matin, pour cesser à onze heures, peut-être sous l'influence d'une potion laudanisée administrée à dix heures. Après la cessation de la grande agitation, il existait encore des mouvements involontaires dans les bras et les mains. Affaiblissement ressenti par la malade dans le côté gauche du corps; la

; sensibilité au pincement, à la piqûre, y est moins vive qu'à droite; c'est aussi le bras gauche qui est le plus agité.

Le 27, nouvel accès annoncé une heure à l'avance, par une grande agitation dans le bras gauche; l'accès dura deux heures, et cessa spontanément. Les signes de la chlorose sont très-manifestes : souffle continu dans la région du cou; langue blanche, mais humide, sans rougeur sur les bords, selles régulières, un peu fréquentes, douleurs à l'épigastre, dégoût pour la viande, pica datant de fort loin ; ses parents étaient obligés de cacher les bouteilles de vinaigre.

Les accès se renouvellent presque régulièrement chaque matin; on essaie le sulfate de quinine, qui échoue; puis on lui fait prendre des antispasmodiques et du fer. La chorée devient plus intense et plus continue; elle est extrêmement violente. C'est alors que M. Andral a recours au chloroforme. M. Axenfeld la soumet aux inhalations de l'agent anesthésique jusqu'à production de sommeil; les mouvements cessent alors complétement pour reparaitre tout à coup aussi violents. Au moment du réveil, en observant les pupilles, on remarquait qu'au moment même où cessait la constriction produite par le sonimeil, le bras était pris de mouvements légers d'abord, puis de plus en plus étendus. Pendant plusieurs jours, M. Axenfeld renouvelle ces essais plusieurs fois par jour, sans succès aucun. On finit par y renoncer.

Depuis, la chorée a diminué et presque disparu spontanément; mais il reste un affaiblissement de la sensibilité et de la motilité dans le bras gauche et dans les membres inférieurs, et par intervalles un tremblement dans la jambe gauche. La malade ne peut rester debout sans être appuyée; elle ne peut marcher; pour se rendre d'un endroit dans un autre, elle est obligée de courir.

Les médications dont nous allons maintenant nous occuper ne s'appliquent pas aux formes d'une excessive intensité; elles ont été appliquées en vue de guérir, et non de conjurer un péril qu'il faut détourner à tout prix. Nous essayerons d'apprécier leur valeur relative.

Strychnine. — Indiquée vaguement par M. Lejeune, essayée par MM. Nieman et Cazenave, la noix vomique fut employée en 1831 par M. Trousseau, « chez un individu atteint en même temps de paralysie et de chorée, moins dans le but de guérir la danse de Saint-Guy que dans celui de remédier à la paralysie. » (Traité de thérapeutique.) C'est en 1841 que M. Trousseau formula nettement le traitement de la chorée par la noix vomique à dose crois

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sante; un peu avant cette époque, MM. Rougier et Fouilhoux avaient essayé la strychnine contre cette maladie.

99. Obs. - Chorée. Epilepsie. P... (Pierre), âgé de 12, demeurant & Grigny, departement du Rhône, entré à l'Hôtel-Dieu, salle Saint-Charles, no 104, le 4 octobre 1839. Malade depuis trois mois, cet enfant, à peine rétabli d'un rhu

d malisme aigu général, qui avait duré quatre mois, éprouva, après une vive frayeur, des mouvements convulsifs, qui se répétèrent plusieurs fois et dégénérèrent en une chorée bien caractérisée affectant tout le côté droit du corps. Pendant deux mois les mouvements désordonnés allèrent en augmentant, puis ils envahirent brusquement le côté gauche et s'accompagnèrent d'attaques d'épilepsie qui se multiplièrent de jour en jour, de telle sorte que lorsque le malade fut apporté à l'hôpital il en avait de trois à quatre dans les 24 heures, et la chorée élait si intense que la marche était devenue à peu près impossible. Après un traitement antiphlogistique préparatoire, qui dura trois jours, je fis prendre à l'enfant une pilule d'un seizième de grain de strychnine, qui n'eut aucune influence sur les mouvements choréiques ni sur l'épilepsie.

Le lendemain j'en ordonnai deux, une le matin, une le soir. Leur administration n'eut d'abord aucun résultatrapparent; mais cependant la nuit une crise létanique d'une extrême violence se déclara et plusieurs fois, pendant plus d'une heure qu'elle dura, il fut besoin de l'effort de deux personnes pour empêcher le jeune malade de tomber de son lit. Cette crise se calma insensiblement par l'ingestion de quelques verrées d'eau froide. Le jour suivant, l'intensité de la chorée avait diminué de moitié, et les attaques épileptiques ne parurent pas. Je suspendis pendant deux jours le médicament qui fut repris ensuite à la dose d'un seizième de grain seulement, et le 13 octobre, onze jours après l'entrée du malade à l'hôpital, la chorée avait totalement disparu. Les mouvements étaient redevenus libres et volontaires, la parole facile, et, chose remarquable, l'épilepsie ne s'était plus remontrée. La mère du jeune malade, émerveillée de cette cure inespérée, voulut absolument l'emmener ce jour-là. Sur ma demande, elle est revenue trois mois après me donner des nouvelles de son enfant qui jouissait d'une parfaite santé et ne s'était nullement ressenti de sa double maladie (Rougier).

M. Trousseau prescrivait d'abord des pilules d'un centigramme d'extrait de noix vomique; mais il préféra bientôt un médicament qui, sous un grand volume, renfermåt une faible quantité de celte substance si active. Il formula donc un sirop contenant 5 centigrammes de sulfate de strychnine pour 100 grammes de sirop, de telle façon qu'une cuillerée à dessert contenant 10 grammes de sirop représentât un demi-centigramme de sulfate de strychnine.

C'est ce sirop qui fut administré à l'hôpital des Enfants. L'enfant reçoit, le matin de très-bonne heure, une cuillerée de sirop, puis on allend une heure et demie; s'il n'y a pas eu de raideurs, on donne une deuxième cuillerée; une heure et demie après, une troisième, et ainsi de suite, jusqu'à ce que les

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