Le fétiche: généalogie d'un problème

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Editions Kargo, 2005 - 156 pages
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" Fétiche " est un terme dont la réputation est depuis toujours entachée. Avant que le XIXe siècle ne se l'approprie (fétichisme des marchandises chez Marx, sexuel chez Freud), le fétiche a une histoire linguistique et théorique singulière dont l'origine se trouve dans le brassage multiculturel des cotes de l'Afrique de l'Ouest aux XVe et XVIe siècles, lorsque les marchands portugais (puis hollandais) arrivent en Guinée et se confrontent à des systèmes de valeurs économiques et religieux différents des catégories européennes. En remontant aux racines de l'Église catholique, qui très tôt se posa le problème de l'idolâtrie, William Pietz retrace la généalogie du " fétiche " et dévoile la complexe histoire d'une problématique qui pendant longtemps a concerné, de manières diverses, la pérennité des échanges économiques, le pouvoir de l'image idolâtrée, des pratiques de sorcellerie, l'incarnation du divin, les théories sur les religions primitives... Du latin factitius au pidgin fetisso, de Tertullien et saint Augustin aux Lumières, ce livre montre toute la complexité de cette " idée-problème " qui a participé aux fondements des sciences humaines.
 

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Page 138 - ... que nous : les fétiches hollandais qui m'ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous enfants d'Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste; mais si ces prêcheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germain. Or vous m'avouerez qu'on ne peut pas en user avec ses parents d'une manière plus horrible.
Page 137 - J'attends mon maître, M. Vanderdeudur, le fameux négociant, répondit le nègre. Est-ce M. Vauderdendur, dit Candide, qui t'a traité ainsi? Oui , monsieur, dit le nègre , c'est l'usage. On nous donne un caleçon de toile pour tout vêtement deux fois l'année. Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main : quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas. C'est à ce prix que vous mangez du sucre...
Page 138 - s'écria Candide, ' tu n'avais pas deviné cette abomination; c'en est fait, il faudra qu'à la fin je renonce à ton optimisme.' ' Qu'est-ce qu'optimisme? ' disait Cacambo, ' Hélas! ' dit Candide, ' c'est la rage de soutenir que tout est bien quand on est mal ' ; et il versait des larmes en regardant son nègre; et en pleurant, il entra dans Surinam.
Page 128 - Pour savoir ce qui se pratiquoit chez celles-ci, il n'ya qu'à voir ce qui se passe actuellement chez celles-là, et en général il n'ya pas de meilleure méthode de percer les voiles des points de l'antiquité peu connus, que d'observer s'il n'arrive pas encore quelque part sous nos yeux quelque chose d'à peu près pareil
Page 138 - ... c'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. Cependant, lorsque ma mère me vendit dix écus patagons sur la côte de Guinée, elle me disait : « Mon cher enfant, bénis nos fétiches, adore-les toujours, ils te feront vivre heureux ; tu as l'honneur d'être esclave de nos seigneurs les blancs, et tu fais par là la fortune de ton père et de ta mère...
Page 22 - J'ai quelques souvenirs de cet ordre dans ma vie et tous se rapportent à des événements en apparence futiles, dénués aussi de valeur symbolique et, si l'on veut, gratuits : dans une rue lumineuse de Montmartre, une négresse de la troupe des Black Birds tenant un bouquet de roses humides dans ses deux mains, un paquebot à bord duquel je me trouvais...
Page 107 - choix aux noirs, ils choisirent l'or, et lais« sèrent aux blancs la connaissance des lettres : «ce que Dieu leur accorda. Mais qu'étant «irrité de cette convoitise qu'ils avaient pour «l'or, il résolut en même temps que les «blancs domineraient éternellement sur eux, «et qu'ils seraient obligés de leur servir d'es«claves.
Page 122 - ... lui-même, et à supposer dans les choses extérieures les qualités qu'il ressent en lui. Il donne volontiers et sans réflexion de la bonté et de la malice, même aux causes inanimées qui lui plaisent ou qui lui nuisent. L'habitude de personnifier soit de tels êtres physiques, soit toute espèce d'êtres moraux, est une métaphore naturelle à l'homme, chez les peuples civilisés comme chez les nations sauvages. Et quoique celles-ci ne s'imaginent pas toujours réellement, non plus que ceux-là,...
Page 22 - II ya des moments qu'on peut appeler des crises et qui sont les seuls qui importent dans une vie. Il s'agit des moments où le dehors semble brusquement répondre à la sommation que nous lui lançons du dedans, où le monde extérieur s'ouvre pour qu'entre notre cœur et lui s'établisse une soudaine communication...
Page 137 - Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas. C'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. Cependant lorsque ma mère me vendit dix écus patagons...

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