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DU TRADUCTEUR.

L'OUVRAGE dont nous offrons au public la traduction, fut imprimé pour la première fois en 1763. Il eut le plus grand succès en Allemagne, où il est encore regardé comme un chef-d'œuvre de critique et de goût. Si l'indifférence des Français pour les travaux littéraires de leurs voisins étoit moins connue, on s'étonneroit qu'un pareil ouvrage puisse être annoncé à Paris comme une nouveauté, après une publicité de près de quarante années. On a pourtant essayé d'attirer la curiosité des lecteurs français sur le Laocoon. Le libraire Jansen, lorsqu'il donna, en 1792, l'édition complète des OEuvres de Hemsterhuis, y joignit une note extraite de cet our vrage, et il la joignit encore à son édition des OEuvres de Winckelmann. Au reste, on ne doit pas regretter que cette note soit peu connue. Outre plusieurs inexactitudes que l'on y remarque, le rédacteur de cet extrait a mis dans la bouche de Lessing une proposition contre laquelle tout son ouvrage est écrit: Savoir, que dans un sujet traité pitto

resquement par un poète, la peinture du poète ne peut être regardée comme bonne, qu'autant que l'artiste peut l'adopter '. C'est, disons-nous, contre cette erreur que Lessing a combattu dans son livre, où il cherche à déterminer les limites respectives des deux arts, à prouver que les règles de l'un ne sont pas toujours les règles de l'autre, et à établir des règles nouvelles, puisées dans la nature même de la peinture et de la poésie, et confirmées par l'exemple des anciens.

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Nous ne connoissons point d'ouvrage didactique plus propre que celui-ci à désigner au poête et à l'artiste les écueils nombreux qu'ils doivent éviter, en s'imitant; nous n'en connoissons point où l'enseignement soit plus adroitement caché sous les formes d'une analyse, qui, vous laissant croire que l'auteur cherche encore avec vous ses résultats, vous fait, en quelque sorte, partager le plaisir de sa découverte, et soutient aussi long-temps qu'il est possible l'intérêt de la curiosité.

Nous espérons qu'à ces titres le Laocoon devenu français intéressera, non-seulement les artistes et les poètes, mais en général tous

1Œuvres de Hemsterhuis, tom. 11. p. 258.

les gens de goût. Dans le nombre de ces derniers, il est beaucoup de gens du monde, auxquels nous croyons devoir un avertissement. C'est de ne pas s'effrayer de plusieurs passages grecs qu'ils rencontreront dans cet ouvrage, et qui semblent y paroître sans traductions. On peut être sûr que dans ce cas, la traduction du morceau cité est fondue dans le texte même. Nous en dirons autant des citations latines, anglaises et italiennes; elles sont aussi ou fondues dans le texte, ou traduites dans les notes, à moins que leur intelligence ne soit pas absolument nécessaire à celle de l'objet principal. Mais l'insertion de ces divers passages dans les langues originales, étoit forcée. Il s'agissoit moins ici du sens et de la valeur des mots, que de leur énergie, de leur expression pittoresque, qui tiennent souvent à la manière dont ils sont placés. Or il s'en faut bien que ces morceaux rendus en français puissent y conserver cette expression et cette énergie. Le lecteur ne s'en appercevra que trop bien lorsqu'il y arrivera.

Au reste, on pourra s'étonner de voir une si grande érudition déployée dans un ouvrage qui ne sembloit pas la comporter. Nous avons trouvé nous-mêmes que l'auteur en étoit

trop prodigue. Mais pour ne pas priver les savans de ses idées, sur divers points de critique et d'antiquités, au lieu d'élaguer certaines notes très-longues et qui semblent sortir du plan de son livre, nous les avons renvoyées à la fin '

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Le traducteur lui-même ne s'est permis que très- peu d'observations, et seulement quand il a cru ne pouvoir pas s'en dispenser. Il n'avoit, en effet, que ce parti à prendre, s'il ne vouloit pas s'engager dans un commentaire raisonné de l'ouvrage qu'il traduisoit. C'étoit la mode autrefois, et même elle n'est pas tout-à-fait passée. La seule différence, c'est que les anciens éditeurs et traducteurs ne cessoient de louer leur texte, au lieu qu'aujourd'hui l'on trouve plus piquant de le réfuter, et quelquefois même de dénigrer son auteur. Nous n'aimons ni l'une ni l'autre de ces méthodes. La première est ennuyeuse et fade; elle prévient le jugement du

'Ces renvois sont indiqués par des lettres supérieures. Les notes conservées au bas des pages sont annoncées par de petits chiffres.

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Elles portent cette indication: N. d. T. (Note du ·Trad.) ··

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