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ont reconnu que l'heracleum sphondylium, croissant dans des circonstances données, renferme souvent dans son écorce et peut, par suile, laisser transsuder un principe caustique, déterminant des inflammations cutanées ?

2. Est-il vrai, oui ou non, que les coups de soleil atteignent rarement la peau des membres chez nos cultivateurs au point d'y produire des phlyctènes, et qu'ils ne peuvent guère l'alteindre lorsqu'elle est mouillée ou quand la transparence du ciel est plus ou moins voilée par un brouillard matinal ?

3° Peut-on raisonnablement admettre que de trente et une personnes, travaillant au milieu d'une prairie mouillée par la rosée entre cinq et neuf heures et demie du matin au mois d'août, aucune n'ait pu échapper complétement à l'action comburante des rayons solaires, alors que nous voyons ces rayons épargner la presque généralité de nos cultivateurs occupés au milieu du jour à faucher l'herbe ou le blé ?

De la solution de ces questions dépendra nécessairement l'adoption ou le rejet de l'explication que la Commission médicale de Namur a cru pouvoir donner des accidents survenus en août 1856, à Hambraine, à la suite du sarclage de l'heracleum sphondylium.

4. DE la rareté comparative de la phthisie pulmonaire

sur les bords de la mer; par M. le docteur VERHAEGHE, membre correspondant, à Ostende.

Messieurs,

Quelques-uns des orateurs que vous avez entendus jusqu'ici dans la discussion sur la phthisie pulmonaire, ont parlé de la rareté de cette redoutable affection parmi la population du littoral. J'ignore si tous les honorables membres de cette Compagnie partagent cette opinion, mais je sais que M. Andral, dans les notes dont il a enrichi la quatrième édition de l'otvrage de Laënnec, révoque fortement en doute la confiance que l'illustre inventeur de l'auscultation avait dans l'atmosphère maritime comme moyen prophylactique de la tuberculose des poumons. « Je ne saurais partager, dit M. Andral, l'opinion « de Laënnec sur la proportion beaucoup plus petite de phthi« siques qui, d'après lui, existeraient sur les bords de la mer. « Les variations de température, plus grandes sur ces bords « que partout ailleurs, les vents froids ou humides qui sou« vent y soufflent, sont certainement des causes puissantes de « la tuberculisation pulmonaire (1). »

La question est donc encore controversée dans le monde médical, et c'est avec l'espoir de fixer, à cet égard, l'opinion de mes honorables collègues, que je me suis hasardé à apporter ici le fruit de mes observations qui embrassent une période de vingt-cinq années.

Dès le début de mon installation à Ostende, en 1832, je fus frappé du petit nombre de phthisiques admis à l'hôpital civil. Je communiquai ma remarque aux médecins de l'établissement, et ils me répondirent qu'il se passait souvent tout un semestre sans qu'on eut à inscrire un seul décès par suite de cette affection.

Je pris aussitôt la résolution de vérifier le fait au moyen de la statistique. En conséquence je commençai à annoter avec soin la cause de tous les décès qui survinrent à l'hôpital civil. Ce travail fut continué pendant vingt-cinq années et voici le résultat auquel je suis arrivé.

Durant cette période, sur 871 décès, il n'y en eut que 58 occasionnés par la phthisie; soitun sur quinze, ou bien 6,60 pour cent.

(1) Laënnec. Traité de l'auscultation. Edition de Bruxelles, 1837. page 218. ( Un verra plus loin le peu de fondement de celle assertiod.)

Cette proportion est certes fort minime; mais pour que ce résultat statistique eut une valeur absolue, il faudrait le mettre en regard des observations faites dans les hôpitaux des villes de l'intérieur, relativement à cette cause de mort pendant la même période. Je me suis adressé à diyers établissements publics afin de pouvoir établir une comparaison, mais mes démarches n'ont pas abouti.

Heureusement, nous trouvons dans les documents recueillis par la Commission centrale de statistique et déposés au Ministère de l'Intérieur, des éléments de comparaison qui peuvent éclaircir la question, quoiqu'ils ne s'étendent qu'à une période relativement courte, à six années, 1851 à 1856.

Voici, Messieurs, en quelle proportion la phthisie pulmonaire contribue à la mortalité générale, dans les localités suivantes.

A Bruxelles, on compte un cas de phthisie sur 5,63 décès; soit 17,7 p. %.

A Bruges, il y en a un sur 5,08; soit 19,6 p.%.
A Courtrai, un sur 6,26 ou 16 p.%.

0
A Ypres, un sur 6,04 ou 16,5 p.%.
A Huy, un sur 6 on 16,5 p. %.
A Ostende, un sur 13 ou 7,7 p.%.

Le relevé des causes des décès, par province, donne, pour la Flandre occidentale, 19,4% de phthisiques dans la mortalilé générale ; pour la Flandre orientale, 22,6%; Anvers, 20; le Brabant, 19,4; le Hainaut, 17,1; Liége, 14,1 (1); Limbourg,

(1) Le relevé, pour la ville de Liége, en ce qui concerne la phthisie, n'a pu etre fait; le médecin inspecteur des décès ayant groupé ensemble toutes les affections de poitrine sous une seule dénomination, confondant ainsi la phthisie avec la pneumonie, la pleurésie, etc.

24, Luxembourg, 12,2; Namur, 14,9. Pour la totalité du royaume, 19 % (1).

Vous voyez, Messieurs, que le littoral est considérablement favorisé en ce qui concerne la phthisie, puisque les chiffres de la statistique générale offrent une différence de plus du double en faveur d'Ostende.

On trouvera, je pense, dans les chiffres ci-dessus tous les éléments désirables, pour établir une statistique rigoureuse, soit qu'on veuille comparer les résultats observés dans la mortalité des hôpitaux, soit qu'on établisse la comparaison sur les chiffres de la mortalité générale du pays, par ville ou par province. J'ai pris, au hasard, quelques localités de même importance qu'Ostende sous le rapport de la population, telles que Courtrai, Ypres, Huy, et le résultat de ce rapprochement surprendra tous ceux qui s'occupent de statistique.

On peut donc, suivant moi, établir comme un fait positif la rareté comparative de la phthisie pulmonaire parmi la population du littoral.

Cette immunité est encore plus frappante chez les marins ; car, sur une population flottante de 1,300 à 1,400 individus inscrits au commissariat maritime d'Ostende, on compte, depuis le 1er janvier 1846 jusqu'au 31 décembre 1857, 195 décès; et, sur ce nombre, il n'y a que 6 cas de phthisie : soit

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(1) Le docteur Ancell, bien connu par ses travaux sur la tuberculisation a fait un relevé de tous les décès survenus en Angleterre, en 1847, et il a constalé que la pbihisie entrait dans la mortalité générale, pour une proportion de in sir 6,1 ou 16 °!.. A londres, la proportion a été, pour les années 1845 rt 1846, ide un sur 7,1 on 147..

D'après le docteur Casper, ou comple, à Berlin, un phthisique sur 5,7 de décès; à Paris, un sur 5,5; à Stuttgart, ua sur 4,7.

un sur 32,5 ou 3 %. Si l'on défalque les décès occasionnés par les naufrages et qui montent à un tiers, il reste encore 130 décès, dus à des maladies diverses; soit un phthisique sur 21,6 ou 4,6%. (1).

Mais quelles sont les causes de cette espèce d'immunité contre une maladie aussi funeste dans ses conséquences que la phthisie? Et ne peul-on pas en trouver l'explication dans les influences hygiéniques et les conditions climatologiques qui règnent aux bords de la mer ?

Depuis bien des années je m'occupe de ce sujet intéressant qui réclame de longues et minutieuses études pour obtenir des conclusions positives. En effel, pour qu'un pareil travail ait quelque valeur, il faut nécessairement qu'il comprenne une série d'observations météorologiques, conduites de telle facon qu'elles puissent être comparées à d'autres faites dans l'intérieur du pays : il faut aussi déterniiner toutes les propriétés physiques et chimiques de l'atmosphère maritime pour les comparer aux propriétés reconnues dans l'air continental. Encore ne saurait-on conclure qu'après avoir réuni les matériaux au grand complet.

J'espère pouvoir terminer ce travail dans quelques mois ; mais en attendant voici quelques conclusions que quatre années d'observations météorologiques complètes (2), et un certain nombre d'analyses, faites par un chimiste habile,

(t) Une caisse de secours et de prévoyance instituée par le Gouvernement, en faveur des marins belges, et fonctionnant depuis 1846, à rendu celle statistique aisée.

(2) Ces observations se font au moyen d'instruments fournis par l'Ob)servatoire royal de Bruxelles, et sont en concordance avec celles des slations météorologiques de l'intérieur. Voir : Mémoires de l'Académie royale, 1. XXX.

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