Images de page
PDF
ePub

attribue principalement à la viciation de l'air. Quant à moi, j'ai toujours pensé que la principale cause de l'anémie chez les houilleurs n'était pas la viciation de l'air, mais l'absence de lumière. On peut être atteint d'anémie par la seule privation de lumière sans que l'air soit vicié.

Indépendamment de la pression plus forte de l'atmosphère dans les houillères, j'avais signalé une autre cause favorable à la santé des houilleurs; c'est la température douce dans laquelle ils travaillent. M. Vanden Broeck a nié l'influence de cette circonstance, prétendant que dans les houillères il y a souvent des causes puissantes de refroidissement et que les houilleurs étaient autant exposés au froid que les ouvriers qui travaillent à l'air extérieur. Il a donné pour raison que l'aérage établit des courants d'air très forts dans l'intérieur des houillères; ce qui produit des refroidissements considérables, parce que les courants d’air très-viss activent la transpiration, qui est une cause de refroidissement. Il n'en est pas moins vrai que l'air qui circule dans les houillères doit se mettre en équilibre de température avec les parois des galeries et que dès lors la température de cet air ne doit jamais y être aussi basse qu'à la surface du sol. D'autre part, l'air y est plus humide, ce qui le rend moins propre à activer la transpiration.

Il est donc certain que le houilleur, dans son travail, n'est pas exposé à des causes de refroidissement aussi considérables que l'ouvrier travaillant en plein air. Il est possible que de ce chef les houilleurs soient moins sujets aux affections catarrhales, et par conséquent à la phthisie, car nous savons que les affections catarrhales sont souvent une cause occasionnelle du développement de la phthisie.

M. Vanden Broeck croit aussi que la température douce qui règne dans les houillères ne peut pas être favorable aus houilleurs, ou ne saurait éloigner d'eux les phthisies pulmonaires, par cela même qu'on voit les ouvriers des filatures, vivant dans une atmosphère plus chaude, être très-souvent atteints de la phthisie. Mais dans les filatures il y a une autre cause qui provoque la phthisie : c'est la poussière excessive qui est repandue dans l'air. M. Vanden Broeck a dit que dans les houillères il y avait au moins autant de poussière, et que cette poussière de houille était soulevée par les courants d'air. Je suis certain que M.Vanden Broeck n'est jamais entré dans une salle de filature; sinon, il n'aurait pas soutenu que la poussière n'y était pas plus forte que dans les houillères. J'ai été dans des houillères et là je respirais librement. Il n'en était pas de mème dans les filatures. J'ai visité la filature de lin du faubourg Saint-Léonard à Liège. J'ai tellement été indisposé par la poussière qui régnait dans la principale salle, que je n'ai pu y rester plus de quatre minutes. Je ne comprends pas comment les ouvriers peuvent résister à cette poussière. C'est une poussière d'une finesse extrême; elle se compose de débris très-tenus de lin, qui restent longtemps suspendus dans l'air. Il n'est pas étonnant que cette poussière développe promptement, à elle seule, des maladies des organes respiratoires. Elle doit donner lieu à des obstructions fréquentes des vésicules bronchiques, puisque par sa légèreté, elle pénètre très-facilement dans les poumons, tandis que la poussière de charbon, par son poids même, ne saurait guère être charriée par l'air jusque dans le parenchyme pulmonaire. Les ouvriers des filatures quoique respirant un air chaud, se trouvent donc exposés à une cause beaucoup plus active de développement de la phthisie.

Je n'entrerai pas dans d'autres détails au sujet de la théorie de M. Fossion. Je ne veux pas m'occuper de considérations

[ocr errors]
[ocr errors]

purement hypothétiques, et je considère comme tel son système de refroidissement des poumons. En effet, on ne nous a communiqué aucune expérience qui établisse que les poumons puissent se refroidir sensiblement. On sait d'ailleurs que les variations de température des organes intérieurs chez les animaux à sang chaud sont excessivement minimes ou inappréciables au thermomètre.

Je répondrai encore quelques mots à un argument de M. Fossion. Il nous a dit que les variations de température étaient moins fortes dans les pays froids du nord que dans les pays tempérés. J'ai avancé, au contraire, que les oscillations de la température sont beaucoup plus fortes dans les pays froids qu'elles ne le sont dans les pays tempérés. C'est là un fait incontestable, puisqu'il est basé sur les observations thermométriques. Je ne sais réellement pas sur quels documents M. Fossion s'appuie pour prétendre que les variations de température seraient moins marquées dans les pays du nord que dans les pays tempérés. Il ne nous a cité aucune observation thermométrique faite par des hommes compétents. Je crois que c'est le contraire qui a lieu. Et en effet, en admettant, comme l'assure M. Fossion, que dans le nord l'année ne se compose que de deux saisons, l'été, qui est aussi chaud que dans nos climats, et l'hiver, qui est beaucoup plus rigoureux, il est évident que le passage d'une saison à l'autre doit y étre beaucoup plus sensible que dans ce pays-ci, où nous avons toujours des saisons intermédiaires, et par conséquent les variations de température ne sauraient y être moins considérables.

M. Crocq : Après les nombreux orateurs que vous avez entendus sur la question de la phthisie pulmonaire, je dois réclamer toute rolre indulgence, d'abord parce que je ne me

sens nullement capable de les égaler au point de vue du talent, ensuite parce que je vais émettre quelques idées qui ne sont pas tout à fait d'accord avec les leurs, et qui ne sont non plus pas d'accord avec les idées généralement reçues.

Presque tous les orateurs qui ont pris la parole, ont beaucoup insisté sur la nature de la phthisie pulmonaire comme maladie générale, comme maladie dyscrasique dépendant de causes constitutionnelles inhérentes à l'organisme. Autrefoison considérait la phthisie comme une maladie plutôt locale. Aujourd'hui on la considère généralement comme une maladie toujours d'origine dyscrasique. Eh bien! je crois qu'on va trop loin. De même qu'on avait tort autrefois en ne voulant voir que l'influence locale, on n'a pas moins tort aujourd'hui en ne voulant voir dans la phthisie qu'une maladie dyscrasique, quelles que soient les circonstances dans lesquelles elle se développe. Ainsi, comment se fait-il que cette maladie constitutionnelle, générale, se développe dans un seul point de l'économie, et s'y concentre sans en affecter aucun autre ? Comment se fail-il que c'est le sommet du poumon gauche qui est généralement alteint ? Comment se fait-il que souvent cette disposition s'y épuise, de sorte que la guérison survienne? Je dis que cela arrive souvent; je le dis d'après le résultat des autopsies que j'ai pratiquées chez des vieillards, et où j'ai trouvé d'une manière incontestable des traces d'anciens tubercules qui avaient été guéris. D'autre part, vous voyez une glande, un ganglion cervical devenir tuberculeux; vous ouvrez ce ganglion, qui se ramollit au bout d'un certain temps; il en sort une matière tuberculeuse bien caractérisée. L'individu guérit et reste sain. Comment expliquerez-vous par l'existence d'une dyscrasie la formation de ce tubercule uniqne dans l'économie? Oui, Messieurs, un tubercule unique peut se développer dans l'économie; quelquefois il y en a deux, trois ou quatre et l'évolution tuberculeuse se borne là ; l'individu, au bout d'un certain temps, guérit.

Du reste, on voit les tubercules se développer chez des sujets dont l'aspect ne révèle en rien l'état cachectique, chez des individus n'ayant pas de prédisposition visible pour le lymphatisme. Je le demande, dans les cas que je viens de citer, où se trouve la dyscrasie, où se trouve la maladie constitutionnelle? Où se trouve-t-elle, quand on voit des cas semblables survenir chez des individus dans les familles desquels on n'a jamais remarqué aucun accident tuberculeux, dont les parents, les grands parents étaient bien portants ; dont les frères et les seurs jouissent d'une santé parfaite? Or, cela se rencontre : on voit un seul individu d'une famille contracter la phthisie pulmonaire et tout se borne là.

Je ne prétends pas que souvent il n'y ait pas dyscrasie, état constitutionnel; je dis seulement qu'on ne peut affirmer qu'il en est toujours ainsi, que cet état n'est pas l'unique cause des productions tuberculeuses.

Voilà un premier point établi : c'est que la dyscrasie tuberculeuse n'est pas nécessaire à la production des tubercules, pas plus que la diathèse purulente n'est nécessaire à la formation du pus.

M. Burggraeve : Vous croyez que vous avez établi cela?

M. Crocą : Je crois l'avoir établi par les exemples que je viens de citer. Du reste, je donnerai à cet égard de nouveaux développements dans ce qui va suivre.

On a aussi parlé de la nature asthénique de la phthisie. C'est M. Burggraeve qui a surtout insisté sur ce point. M. Fossion et M. Daumerie s'en sont également occupés. Eh

« PrécédentContinuer »