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dans les professions actives, à grands mouvements des bras, il trouve 93 phthisiques sur 1000 décès. Dans les professions actives qui laissent les bras dans un repos relatif, il ne trouve que 64 phthisiques sur 1000 décès. Il semble donc, d'après ces données, que les efforts de dilatation immédiatement dirigės sur la poitrine ont plutôt pour effet d'augmenter le nombre de phthisiques que de le diminuer. Et n'allez pas croire, Messieurs, que le docteur Lombard ne se fonde que sur quelques faits ; c'est un résumé des statistiques faites à Paris, à Vienne, à Hambourg et à Genève. Aussi, dit-il plus loin, que l'exercice régulier de toutes les parties du corps seul préserve de la phthisie.

L'honorable M. Vanden Broeck a trouvé dans mes paroles une contradiction en ce que j'avance, d'une part, que l'air pur est favorable aux personnes prédiposées à la phthisie, et d'une autre part, que l'air chaud et humide semble préserver de celte maladie. Cette contradiction que l'honorable membre signale dans mes paroles, existe également dans les faits. Est-ce que je pouvais ne pas la reconnaitre ? Non, évidemment, car ello est établie par des statistiques bien faites et concluantes. Ne serait-il pas possible de trouver une esplication qui concilie ces faits, qui au premier abord paraissent se contredire? L'interprétation n'en est pas, suivant moi, difficile à trouver. L'individu qui respire habituellement un air chaud, humide chargé de gaz à propriétés asthéniques, conserve avec facilité sa chaleur propre sans même faire usage d'aliments corroborants. Les poumons, chez lui, ne se refroidissent pas sous l'influence de la température atmosphérique.

L'homme qui se meut dans un air pur et se livre à de grands exercices, gagne de l'appétit et ingère beaucoup d'aliments, ce qui lui permet d'augmenter la chaleur tant intérieure qu'extérieure du corps. Nous pouvons tout aussi bien admettre qu'il est plus ou moins à l'abri de la phthisie, en raison des exercices auxquels il se livre, qu'en raison de l'air qu'il respire. D'ailleurs, quand il s'introduit dans le sang une quantité suffisante de matières combustibles, le poumon conserve facilement sa chaleur propre et n'est par conséquent pas sujet à la réfrigération.

Je me permettrai de faire remarquer à mes honorables contradicteurs que la question en litige est essentiellement une question d'étiologie de la phthisie. Qu'ils veuillent bien la considérer en elle-même, qu'ils veuillent bien examiner si la misère, les pertes excessives, le chagrin, la mauvaise alimentation considérées également par M. Burggraeve, comme causes de la phthisie, n'aboutissent pas en résultat définitif à amener la réfrigération des poumons. Qu'ai-je dit dans ma 'note de plus que la généralité des médecins qui se sont occupés de ce sujet, si ce n'est que le refroidissement des poumons peut tout aussi bien provenir d'une cause interne, telle que l'insuffisance des matières combustibles, que d'une cause externe, telle que l'est le froid atmosphérique ? Plus tard nous aurons à examiner la question de la phthisie chez les houilleurs; en la traitant aujourd'hui, ce serait faire dévier la discussion et risquer de ne pas la voir arriver à une fin profitable à la science.

- M. François : Messieurs, la majeure partie de mon argumentation en ce qui a pour objet la phthisie pulmonaire, devant s'appuyer sur l'immunité dont paraissent jouir les ouvriers houilleurs, je crois devoir différer d'en faire l'exposition jusqu'à l'époque où l'Académie aura reçu les réponses aux questions qui ont été adressées aux médecins des établissements charbonniers du pays. Quelles cue soient mes con

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victions à ce sujet, je me garderai bien de m'expliquer complétement, ne fut-ce que par la crainte qu'on ne m'objecte que j'admets ce qui est encore en question, qu'on ne m'applique enfin l'histoire de la dent d'or.

Je dirai cependant qu'il résulte d'observations venues de différents côtés, que certaines classes d'hommes ou des hommes vivant dans des conditions données, sont sinon exempts, du moins très-rarement attaqués de la phthisie.

Or, il est certain que la recherche et la connaissance de ces causes d'immunité ou de privilege exceptionnel, fournissent sur le sujet dont nous sommes occupés, des renseignements plus utiles que n'en renferment la plupart des volumes publiés depuis des siècles. En somme, il semble ressortir de tout ce qui a été dit jusqu'à présent, et c'est aussi ma pensée, que le fait qui domine l'étiologie de la phthisie pulmonaire est constitué par la dépression, l'affaiblissement de l'ensemble des grands actes qui entretiennent la vie. Les passer en revue n'est pas nécessaire, vous les connaissez. La plupart des causes de cette maladie signalées par M. Fossion et par ceux de mes collègues qui ont parlé après lui, aboutissent au même terme, . et donnent comme principaux moyens préventifs une température uniforme, modérée, une bonne alimentation, la respiration d'un air pur, l'exercice, surtout des poumons, et c'est peut-être parce que ces organes sont fortement exercés et développés chez les ouvriers houilleurs qu'ils échappent à la phthisie; mais arrêtons-nous jusqu'à ce que des documents positifs nous soient parvenus.

M. Graux : Messieurs, on s'est généralement occupé dans les discussions qui se sont succédées sur la phthisie pulmonaire, de la cause productrice et spéciale des tubercules; et malgré les savantes dissertations que nous avons entendues,

nous discuterions longtemps encore, si nous ne généralisions pas, comme vient de le dire l'honorable M. François, les causes déterminantes de la phthisie, si nous ne prenions pas pour point de départ de nos études, le tubercule déjà formé, dont on ne s'est point occupé, je dois le dire franchement, avec tous ses caractères.

Cependant je reconnais que M. Vanden Broeck fait faire un grand pas à la question en la replaçant sur le terrain de l'observation et du raisonnement ayant l'anatomie et la physiologie pour bases. M. Fossion, qui a fait preuve d'un profond savoir dans ses lectures et ses discussions, se trouve presque d'accord avec son contradicteur sur les points principaux de la question. La dernière discussion a jeté plus de clarté dans les opinions et de connexité entre elles touchant les causes de la formation des tubercules. M. Daumerie, qui a su également fixer notre attention, a rapporté des exemples qui prouvent que la phthisie éclate dans toutes les localités, que les lieux bas, les élévations moyennes et les endroits très-élevés ne sont pas à l'abri de cette terrible maladie.

La prétendue immunité des houilleurs, déjà contestée par d'honorables praticiens, notamment par M. Boulvin, a soulevé d'intéressantes discussions, j'en conviens; et si M. Vanden Broeck, dans ses répliques, a cru devoir l'accepter, ce n'est point à la température dans laquelle se trouvent les ouvriers non plus qu'à l'inspiration de certains gaz dégagés dans le fond des houillères, qu'il attribue cette prétendue immunité. Il insiste particulièrement sur les rudes travaux physiques auxquels les mineurs sont soumis; il prouve encore que la réfrigération pulmonaire, ainsi que l'a soutenu M. Fossion, n'est pas la cause déterminante de l'affection dont il s'agit, vu que les ouvriers mineurs sont plus que tous autres exposés à des cou

rants d'air supérieurs à ceux qui se manifestent à la surface de la terre.

En effet, Messieurs, comment se ferait-il qu'une cause, soi interne, soit externe vint presque toujours déterminer dans le même endroit les lésions qui constituent la maladie elle-même, si ces endroits n'étaient préparés à en recevoir les fâcheux résultats ? Comment les tubercules auraient-ils si généralement le sommet des poumons pour siége, s'ils avaient pour cause unique l'air, quels que soient les lieux où on le respire, quelque soit son degré de température ? L'air ne se répand-il pas partout dans l'organe respiratoire ? Je partage donc entièrement l'opinion de M. Vanden Broeck, et je dis avec lui et M. Crocq que les exercices violents des houilleurs interviennent avec une grande valeur dans l'examen de la question. Mais avant de passer au développement de ce sujet, je tiens à ajouter que les houilleurs ne sont pas toujours misérables, car, en état de se procurer un régime alimentaire convenable, ils le poussent souvent à l'excès..

Jusqu'ici l'exercice des mineurs n'a été considéré que sous le point de vue de son action sur le développement des poumons, de l'appareil respiratoire tout entier, et dans une question aussi complexe et aussi importante que celle qui nous occupe en ce moment, nous nous permettrons, en passant, de rappeler à votre souvenir, sans nous écarter de notre sujet, que c'est méconnaître l'importance de la depuration du sang par les émonctoires naturels, que de rappeler à tout moment l'utilité de l'immiscion des substances alimentaires tantôt azotées tantôt albumineuses pour donner une suffisante constitution au fluide sanguin. Les travaux, en activant les sécrétions, le rendent meilleur et lui restituent mieux encore sa pureté ; les mouvements, les exercices forcés provoquent les transpirations, les

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