Images de page
PDF
ePub
[blocks in formation]

SUJTR de l'examen du rapport de la deuxième Section sur

le mémoire de , le docteur CHARTROUIE, sur l'emploi direct de l'iode dans le traitement de la phlhisie pulmonaire, et des communications faites par MM. FOSSION of DAUMERIE, au sujet de la même maladie (i).

M. Fossion : La discussion de la question que nous avons à examiner me parait dévier complétement de la marche qu'elle devrait suivre.

Les orateurs qui se sont fait entendre jusqu'à présent, se sont exprimé de manière à faire croire que j'attribue exclusivement la genèse de la phthisie à l'influence du froid extérieur. Il résulte cependant de tout ce que j'ai dit et écrit, que je suis loin d'admettre que le froid atmosphérique soit la cause exclusive de la phthisie pulmonaire. N'ai-je pas fait concourir à sa production, tout à la fois le sédentarisme, la mauvaise alimentation, les chagrins, les déperditions abondantes, avec les vicissitudes atmosphériques ? Qui plus que moi a insisté sur la nécessité de la locomotion et de l'exercice musculaire? Cependant, mes honorables contradicteurs raisonnent comme si je ne reconnaissais comme cause de la phthisie que le froid extérieur. Seulement je suis disposé à croire que toutes ces circonstances, si différentes qu'elles paraissent au premier abord, aboutissent à amener une réfrigération dans les poumons.

Je vais suivre maintenant les orateurs dans l'ordre dans lequel ils ont été entendus. Il n'y a pas de doute, dit l'honorable M. Martens, que l'air des houillères étant plus dense

[ocr errors]
[ocr errors]

(1) Voir Bulletin, t. I, 2e série, p. 375 et 425.

et plus pur, ne contienne à volume egal plus d'oxygène que l'air extérieur, et dès lors la respiration doit y être plus active.

M. Martens : Je n'ai pas dit qu'il devrait être plus pur; mais j'ai dit qu'à volume égal, il devait contenir plus d'oxygène.

M. Fossion : Eh bien, c'est encore une question que celle de savoir si l'air de l'intérieur des mines est plus dense que celui de la surface. Théoriquement cela devrait être ainsi ; mais cela est loin d'être démontré pour l'air qui circule dans les mines. Je vais laisser parler les hommes qui ont fait une étude spéciale de la matière. Voici ce que dit M. Gonot : « Du reste l'on conçoit que ces variations de température, de pression et d'état hygrométrique de l'atmosphère, peuvent exercer une très-grande influence sur la circulation de l'air dans les mines le courant est toujours très-faible et du aussi à une faible pression ( Mémoire sur l'aérage des mines, par J. Gonot). » La pression du courant d'air augmente avec la vitesse, dit Boisse, quand l'air est refoulé dans la mine, tandis qu'au contraire la pression de l'air diminue à mesure que sa vitesse augmente. Il y a, dit Combes, des circonstances locales qui tardent à diminuer le poids spécifique de l'air à mesure qu'il parcourt les travaux. C'est qu'en effet, Messieurs, la chaleur de la roche, l'état hygrométrique de l'atmosphère des houillères, les feux allumés par les ouvriers, la présence du carbure hydrique, l'aspiration qui s'opère, soit par les cheminées d'aérage, soit par les machines aspirantes, ont pour conséquence de diminuer la densité de l'atmosphère et de la rendre ainsi moins riche en oxygène que l'air de la surface.

Voyons un instant, quelle est la puissance de l'aspiration par des foyers sur la pression de l'atmosphère des houillères.

[ocr errors]
[ocr errors]

Écoutez, M. Glepin qui a fait des nombreuses expériences à ce sujet. «Un manomètre à eau inséré en un point de la galerie qui conduit l'air du puits des échelles au foyer, indiquait un excès de pression de l'air extérieur sur l’air en mouvement dans cette galerie mesuré moyennement par une colonne d'eau distillée de 0,012 de hauteur, à la température de sept degrés. La colonne d'eau précédente est équivalente à une colonne d'air de 9m, 25 de hauteur. » M. Glepin a fait plusieurs expériences, qui ont donné le même résultat, à la houillère du Grand-Hornu et ailleurs.

L'honorable M. Martens soutient qu'à volume égal l'air des houillères doit contenir plus d'oxygène que l'air extérieur. Comment cela pourrait-il être, puisque cet air est altéré par la présence de gaz hétérogènes, et que d'après l'avis des in-. génieurs que je viens de citer, sa pesanteur spécifique diminue à mesure qu'il parcourt les travaux ? S'il en était ainsi, il serait alors probable que l'air riche en oxygène des mines préserve de la phthisie, et, doit être considéré comme la cause de l’anémie des houilleurs. Cependant il est généralement admis que cette dernière maladie résulte de l'imperfection de l'aérage des mines, dont l'atmosphère est infectée par la présence de gaz hétérogènes.

Dans les climats du nord, dit M. Martens, il y a une température qui est tantôt très-élevée et tantôt très-basse : comment se fait-il donc que la phthisie y soit assez rare, si les vicissitudes atmosphériques en étaient la cause. D'abord, je n'ai pas soutenu, comme déjà je l'ai dit, que le froid extérieur fùt la seule cause de la phthisie. Je ferai cependant remarquer: à l'honorable M. Martens, que s'il y a dans les climats septentrionaux deux saisons bien tranchées, l'une très-chaude et l'autre très-froide, la transition de l'une à l'autre se fait sans

secousses aussi brusques de la température, que celles que nous avons dans les zones tempérées. Or ce sont précisément ces secousses qui sont redoutables pour les personnes prédisposées à la phthisie pulmonaire.

Je ne parlerai pas, Messieurs, des observations que l'honorable M. Martens a faites sur la composition des tubercules pulmonaires, ni de la théorie de la production de la phthisie que l'on pourrait fonder sur cette composition; j'arrive aux objections de M. Vanden Broeck.

L'objection fondamentale de l'honorable M. Vanden Broeck consiste en ce que l'on observe dans l'intérieur des mines, les variations les plus brusques de la température; cependant, dit-il, on voit rarement la phthisie pulmonaire chez les ouvriers houilleurs, qui devraient en être fréquemment atteints si la théorie que M. Fossion cherche à faire prévaloir, pouvait être admise.

Il est vrai, comme l'honorable M. Vanden Broeck vous l'a très-bien et éloquemment dit, que l'on remarque les plus grandes variations de température dans certaines parties des houillères ; mais ces variations se font particulièrement sentir, à l'accrochage et dans la principale galerie. Ailleurs, dans les tranchées par exemple, ces variations n'existent plus, car l'air y est habituellement à une température assez élevée, de 18 à 21 degrés centigrades.

D'ailleurs je n'ai pas admis que la phthisie soit habituellement la suite de la suppression de la transpiration cutanée. D'autres maladies, telles que des rhumatismes, des catarrhes, des pneumonies se produisent chez les houilleurs à l'occasion de la suppression de la transpiration amenée par le froid agissant sur la peau en sueur. Suivant moi, le froid, pour déterminer la phthisie, doit agir directement et immédiatement sur le tissu pulmonaire et amener une réfrigération de sa substance. N'est-ce

pas d'ailleurs de cette manière que nous voyons se produire sous nos yeux les engorgements tuberculeux des glandes cervicales ? Tous les praticiens savent que chez les scrofuleux, les engorgements des glandes lymphatiques du cou commeneent habituellement à la fin d'automne, continuent pendant l'hiver et diminuent sous l'influence des premières chaleurs du printemps. En considération de ce fait, que le vulgaire sait aussi bien apprécier que les médecins, on les a généralement désignés sous le nom d'humeurs froides, expression qui s'adapte parfaitement à la nature de ces affections.

L'honorable M. Vanden Broeck attribue à l'exercice, l'immunité dont les houilleurs jouissent pour la phthisie. Certes, je suis loin de nier l'heureuse influence de l'exercice et de la locomotion sur la santé de l'homme comme moyen préventif de la phthisie. C'est qu'en effet l'exercice musculaire et la locomotion activent la digestion, accélèrent la respiration et réchauffent le sang. Je pense qu'on ferait bien de mieux soigner l'éducation physique de l'enfant; je vais même plus loin, je voudrais voir rétablir ce qui existait dans les lycées du premier empire français. Lạ les enfants étaient habillés et exercés militairement; on joignait aux travaux de l'esprit l'exercice du corps. Ce mode d'éducation fortifiait les jeunes gens et contribuait puissamment au développement des organes respiratoires.

Cependant, je suis loin d'attribuer à l'exercice auquel ils se livrent, l'immunité des houilleurs pour la phthisie. Combien de professions n'y a-t-il pas où l'homme s'adonne à de rudes travaux corporels, et qui sont cependant décimées par la phthisie ? Croit-on que les grands mouvements des bras auxquels les houilleurs se livrent pour haver puissent leur être si favorables ? Je vais laisser parler les faits. M. Lombard, de Genève, constate dans son Mémoire sur la phthisie, les faits suivants : ,

« PrécédentContinuer »