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son sort, il avait conservé la force de son tempérament, quand un jour il apprit que sa femme profitant de sa mort civile s'é tait remariée. Cette nouvelle le frappa d'un coup mortel. tl devint sombre, rêveur, ses fonctions digestives languirent et à chaque instant il dut être transféré à l'infirmerie. La maladie fut la même que dans le cas précédent, c'est-à-dire, d'abord perte d'appétit, digestions difficiles, embarras gastriques et intestinaux, puis toux suivie de près des phénomènes de la consomption. La mort arrivée au bout de quelques semaines, fit reconnaître que les poumons étaient complétement infiltrés de matière tuberculeuse.

On ne saurait donc nier que la phthisie ne soit une dyscrasie, une maladie resultant d'une nutrition vicieuse, d'une mauvaise coction, comme le disaient les anciens : mala coctio; aussi retrouve-t-on les éléments de cette dernière dans les tubercules : l'albumine, la graisse, les sels terreux, etc. Ces tubercules ne sont donc que des dépôts de masses concrètes dont la nature cherche à se débarrasser par un travail d'élimination auquel elle succombe le plus souvent.

Nous disons le plus souvent, parce qu'il y a des cas où la lutte se termine en sa faveur, par exemple, quand les individus sont jeunes et que la phthisie n'a pas été puisée dans une prédisposition héréditaire.

Nous possédons plusieurs cas de guérison, entre autres celui d'un jeune ouvrier de fabrique auquel nous avions pratiqué l'amputation du brás droit pour une plaie par arrachement. Le blessé était tuberculeux, ce qui fut établi' clairement par la percussion, l'auscultation et l'examen microscopique des crachats. Il existait même déjà un commencement de colliquation. Eh bien! malgré cet état si avancé, peut-être sous l'influence de l'amputation, grâce aussi à un régime analeptique,

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aux toniques, à l'huile de foie de morue à haute dose, aux préparations iodées, la poitrine se débarrassa et le malade reprit de l'embonpoint et de belles couleurs. Après sa guérison, ne pouvant plus travailler, il devint vagabond de rue, et cette existence indépendante a encore contribué à fortifier sa constitution,

Ce fait résume en quelque sorte le traitement de la phthisie pulmonaire; on comprend qu'il faut laisser de côté l'amputation, comme tout à fait accidentelle. Nous ferons cependant à cet égard une remarque. Généralement les amputations pratiquées pour les cas chroniques réussissent bien, on voit même la constitution des amputés s'améliorer. Ce fait rapproché de l'insuccès de beaucoup d'amputations pour les cas récents, pourrait étonner si on ignorait la différence qu'il y a entre les cas chroniques et les cas aigus ; ces derniers entraînent presque toujours des inflammations générales, telles que les phlébites et les abcès multiples.

Cette observation faite, nous disons que le traitement de la phthisie doit être essentiellement sthénique. Un changement de milieu, de profession, d'habitude, de manière de viyre est toujours utile. Les individus qui ont contracté le germe de la phthisie dans une existence molle et oisive feront bien d'entreprendre une vie åpre; les voyages sur mer, surtout, leur conviennent. Peut-être feront-ils bien de se faire viveurs; on cite des exemples nombreux où ce genre de vie a plus détérioré la bourse que la santé de ceux qui s'y sont livrés en désespoir de cause. Ces moyens ne sont praticables que pour les riches; il existe d'autres ressources pour les pauvres : ainsi il n'est pas absolument impossible de faire changer de profession à ceux qui sont prédisposés à la phthisie pulmonaire. L'État pourrait se charger en partie de cette mission de régénération en

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acceptant pour le service militaire les individus lymphatiques. Ensuite il n'est pas impossible d'améliorer la situation de la classe ouvrière. L'industrie a une noble tâche à remplir; qu'elle le veuille sincèrement et la chose se fera. Elle sait comprendre que mieux vaut pour elle d'avoir des ouvriers robustes que des ouvriers malingres. L'odieuse doctrine du travail marchandise doit disparaitre devant les progrès de la civilisation. Le travail de l'homme, c'est-à-dire ce qui représente son existence, celle de sa famille, ne saurait être comparé à une chose inerte. Les masses, parce qu'elles ont plus de travail à offrir, seraient ainsi condamnées à une misère continuelle. Cela ne serait ni moral ni humain; nous ajouterons, ni politique.

La médecine a d'autres devoirs à remplir, et grâce à Dieu ! elle n'y fait pas défaut. Nous en avons la preuve dans les nombreuses améliorations qui ont été apportées dans le traitement de la phthisie pulmonaire. On peut dire que depuis quelques années ce traitement est entré dans la voie d'une méthode rationnelle. Les temps ne sont plus où on ne voyait dans cette maladie que ce qui n'en constitue qu’un effort critique, c'est-àdire une inflammation. Loin d'abattre cet effort, on lui vient en aide; au lieu d'épuiser l'organisme, on le soutient, on le stimule. L'huile de foie de morue, l'iode ont opéré sous ce rapport une révolution qu'on peut dire radicale. Je ne sais au juste quel auteur a dit (je crois que c'est l'immortel Cabanis, dans son ouvrage sur les rapports du physique et du moral de l'homme) que dans la plupart des phthisies pulmonaires idiopathiques du poumon, le mal qui au début s'annonce pas des crachats salés, devient de plus en plus grave sitôt que les crachats commencent à paraitre sucrés au malade. Cette remarque avait déjà été faite par le père de la médecine, et l'expérience

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journalière la confirme. Elle fait voir que chez les phthisiques il y a à la longue manque de principes salins dans le sang. C'est probablement sur cette circonstance que repose le succès du régime salé dans la phthisie.

Nous avons, pour notre part, tant de fois soutenu cette thèse, que nous éprouvons quelque embarras à y revenir. Nous devons déclarer cependant que les sels neutres, notamment le sulfate de magnésie, ou sel anglais, sont les médicaiments qui réussissent le mieux dans la consomption pulmonaire. Nous l'administrons plus comme agent diététique que comme moyen thérapeutique. La dose en est d'un dragme, à peu près une cuillère à café, dans un verre d'eau le matin, à jeun, une heure avant le lever du malade. Si la toux est persistante, on a recours à l'extrait gommeux d'opium, même à des doses élevées ( trois ou quatre grains dans les vingt-quatre heures). Le sel neutre corrige les effets congestionnels du narcotique et empêche la constipation. L'expectoration est favorisée et il s'établit une diaphorèse salutaire. Avec le sommeil toutes les fonctions végétatives reprennent une force nouvelle; les aliments les plus substantiels sont facilement digérés.

On voit que de ce régime à celui naguère encore adopté, la distance est énorme. Nous le croyons du reste en rapport avec la nature de la maladie, nature essentiellement asthénique malgré la forme sthénique dont elle s'enveloppe.

On a préconisé récemment l'emploi de l'hyposulfite de chaux. Nous n'avons pas assez expérimenté ce médicament pour oser porter un jugement sur son action. Il nous a paru toutefois qu'elle a une grande similitude avec celui par le sulfate de magnésie. Nous en dirions autant de l'hypophosphite de soude qui réussit particulièrement dans les cas de rachitisme; du reste, c'est un fait connu que les sels neutres exercent une

action marquée sur la nutrition. Nos honorables collègues qui font partie de la section de médecine vétérinaire savent cela mieux que d'autres, puisque ce sont leurs principaux moyens d'action pour arrêter la désorganisation des tissus. Eux aussi ont à lutter contre les maladies pulmonaires résultant de la vie renfermée et d'un mauvais régime, et certes ils n'ont pas trouvé de remède plus efficace.

Une coïncidence remarquable s'est produite dans ces derniers temps : au même instant qu'on proposait contre la pleuropneumonie épizootique l'inoculation d'un virus pris sur les poumons d'animaux morts de cette maladie, d'autres prétendaient préserver contre la phthisie pulmonaire par la variole. Une croisade ardente, passionnée a été organisée contre la découverte de Jenner. Nous ne prétendons pas, rouvrir un débat qui a été définitivement jugé pour ce qui concerne la petite vérole; nous ferons toutefois remarquer que les mêmes motifs de rejet n'existent point à l'égard des pneumonisateurs. Ceux-ci sont dans le même cas où ont été les vaccinateurs; ils cherchent. Le temps démontrera s'ils auront abouti ou non.

Nous nous résumons et nous disons : 1° que la phthisie. pulmonaire consiste dans une lésion de nutrition; causes qui amènent cette dernière sont morales, ou physiques, héréditaires ou acquises ; 3° que les vicissitudes atmosphériques loin de la produire, l'écartent souvent en retrempant les forces de l'économie; 4° que la maladie, asthénique dans son origine, doit être attaquée par les sthéniques; 5° qu'avant tout il faut relever les forces digestives, le point de départ de la phthisie étant plus souvent dans l'abdomen que dans la poitrine; 6° que de tous les moyens employés jusqu'ici, les plus efficaces ° sont les sels neutres.

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