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faits qu'il considère comme propres à étayer ses opinions. Nous allons, Messieurs, vous présenter une analyse succincte des sept observations qu'il contient, en y ajoutant successivement les commentaires auxquels leur étude doit donner

lieu.

La première observation a trait à une femme chez laquelle M. Sovet a cru constater l'existence d'un rhumatisme utérin.

Enceinte de huit mois et demi, cette femme avait souffert toute une matinée de douleurs dentaires qui furent remplacées subitement par des douleurs lombo-hypogastriques revêtant la forme intermittente.

Le caractère vif et aigu de ces douleurs joint à l'état du col qui n'éprouvait aucun commencement de dilatation, ne laissant à l'auteur aucun doute sur leur nature rhumatismale, il dirige son traitement d'après ces vues. La malade guérit promptement et quinze jours plus tard l'accouchement a lieu sans incident nouveau.

Un an après des vertiges se manifestent, ils augmentent considérablement sous l'influence des saignées, résistent aux purgatifs, aux pédiluves, mais disparaissent au moment où un lombago se déclare.

Réflexions. Ce fait prouve-t-il le caractère rhumatismal des vertiges dont fut atteint le sujet de cette observation ? Nous regrettons de ne pouvoir, à cet égard, partager l'avis de M. Sovet.

Rien, en effet, n'autorise à qualifier de rhumatismales les douleurs dentaires éprouvées par la malade, parce qu'elles cessent en même temps qu'apparait le lombago.

Ne sait-on pas que beaucoup de femmes enceintes sont sujettes à des rages de dents qui n'ont pas ce caractère ? L'un de nous a vu à plusieurs reprises des femmes qui, à ce seul signe, reconnaissaient avec certitude l'existence d'une grossesse, alors qu'elle paraissait encore douteuse pour le médecin même.

Les douleurs lombo-hypogastriques ne pouvaient-elles pas être ici le résultat d'un commencement de travail cessant par le fait de la résistance du col utérin, à une époque où le terme de la grossesse n'était pas encore arrivé? Et n'y a-t-il pas dans l'intermittence de ces douleurs, sans que pendant l'intervalle celle des dents ait reparu, quelque chose qui répugne à faire croire que les premières fussent métastatiques de celles-ci ?

Enfin, tout lombago a-t-il nécessairement une source rhumatismale? N'en voit-on pas survenir et soudain sans aucun prodrome à la suite d'un effort, d'un changement brusque de position ?

La nature rhumatismale de l'affection que présentait cette femme n'étant pas suffisamment démontrée par cette observation, nous croyons devoir nous abstenir de lui attribuer ce caractère. L'auteur convient lui-même, du reste, avec bonne foi, qu'elle est fort incomplète et qu'on peut conserver un doute légitime sur sa valeur.

La deuxième observation plus détaillée et, par suite, plus explicite, mérite à un plus haut degré de fixer notre attention.

Un médecin de campagne, âgé de trente-huit ans, tempérament sanguin nerveux, robuste, exerçant sa profession dans un pays froid et humide, exposé jour et nuit aux intempéries des saisons, sujet depuis plusieurs années à des douleurs rhumatismales vagues, tantot musculaires, tantôt articulaires, d'autres fois névralgiques, alternant avec des angines et une névralgie faciale ou occipito-frontale, se dissipant quelquefois

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par métastase, éprouve, en décembre 1844, au: front et. ad sommet de la tête une sensation de compression excessivement gênante, augmentant par les variations de température, accompagnée de torpeur intellectuelle, d'affaiblissement de la mémoire et de vertiges dans les mouvements latéraux de la tête ou dans l'acte de se moucher et de se baisser, au point qu'un jour il en est renversé : du reste, absence de signes de pléthore, d'embarras gastrique ou de gastralgie.

Un traitement antiphlogistique énergique, les purgatifs, etc., mis en usage, contrairement à l'avis de M. Sovet, ont pour effet l'exaspération des verliges. Consulté, plus tard, une se-conde fois, il conseille de renoncer aux moyens déplétifs et de recourir aux agents diaphorétiques et autres stimulants de la peau. Ces moyens produisent un soulagement notable, mais le: malade n'est totalement débarrassé de ses vertiges qu'au: moment où des douleurs rhumatismales reparaissent à la. cuisse et ailleurs..

Réflexions. Un membre fait: observer qu'on serait tenté d'attribuer bien plutôt à la goutte qu'au rhumatisme. les phénomènes observés chez le sujet de cette observation. Au nombre des causes de vertige les auteurs ont, depuis longtemps, signalé les affections arthritiques:

L'auteur attribuerait-il à la même cause (rhumatisme), les angines dont le sujet a été fréquemment atteint avant l'apparition et après la cessation de ses vertiges ?

Un jour le malade est trempé d'une pluie froide, il lui survient des coliques, de la diarrhée, plus tard des douleurs vives à la cuisse et à la jambe droite, ainsi qu'aux épaules. Est-on suffisamment fondé à considérer l'affection intestinale comme rhumatismale ? Chaque jour, après un refroidissement des pieds, le ventre ne devient-il pas liquide ? Toute douleur.

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qui survient sous l'action du, froid et surtout du froid humide est-elle nécessairement rhumatismale? Sans nier l'influence de ce facteur sur la production de cette maladie, on peut admettre que l'exposition à un air froid et humide, le séjour dans un local, à température basse, chargé d'humidité est très-souvent suivi de son apparition chez ceux qui n'en ont jamais eu d'atteinte et de son retour chez ceux qui en ont déjà éprouvé, mais on irait trop loin si.on établissait entre ces deux faits une corrélation nécessaire et fatale. En effet, que de personnes qui subissent habituellement l'action du froid humide ne se rhumatisent jamais, combien d'autres qui, sans y avoir été exposées, souffrent de rhumatisme! On pourrait soutenir même, jusqu'à un certain point, que là où le froid humide produit le rhumatisme, il agit comme une cause occasionnelle chez des sujets prédisposés, comme, en vertu de prédispositions spéciales, il, engendre, chez l'un le catarrhe, chez. l'autre. l'angine, ici la diarrhée, là, la pleurite, etc., etc.

M. Sovet croit pouvoir attribuer ici à la métastase la disparition des vertiges : bien que la filiation des diverses affections paraisse assez bien établie, il faut convenir qu'elle n'est pas suffisamment démontrée. Dans des cas de l'espèce, ce n'est pas assez de dire, post hoc ergo propter hoc : une foule, de causes pouvant produire le vertige, il est difficile d'affirmer que le principe. rhumatismal en soit dans l'occurrence le véritable et seul facteur. Nous pouvons insister sur cette remarque avec d'autant plus de raison, que le malade fut soumis à un traitement antiphlogistique contre le gré de M. Sovet et. qu'il se. pourrait qu'un état d'appauvrissement du sang ne fut pas étranger aux vertiges dont il fut atteint. Si nous nous trompons dans notre appréciation, c'est à l'auteur qu'il faut faire remonter la cause de notre erreur, car il lui eut été facile de prévenir l'objection, en nous disant quelques mots de l'état du sang à l'époque où il entreprit le traitement et de l'influence que les saignées répétées ainsi que les impressions morales dépressives avaient eue sur sa composition.

Troisième observation. Un curé, âgé de quarante-six ans, robuste, parfaitemeut constitué, enclin à la névropathie, sujet, depuis plusieurs années, à des douleurs, vagues, que M. Sovet considère comme étant de caractère rhumatique, ressent, en 1852, des phénomènes analogues à ceux présentés par le sujet de l'observation précédente : toutefois, il offre cette particularité, que le cuir chevelu presque entièrement dénudé est le siége d'un phénomène singulier : une sueur abondante ruisselle presque constamment de la partie gauche de la tête, surtout après le moindre exercice, tandis que la partie droite reste toujours sèche ; phénomène que le malade rattache à un état congestif. Traitée par les antiphlogistiques et les purgatifs, la maladie s'aggrave considérablement sous leur influence comme chez le docteur A. M.

Après ces tentatives infructueuses, M. Sovet consulté trouve, indépendamment des caractères précités, le pouls large, mais dépressible, le moral fortement entrepris, les fonctions digestives languissantes ; il conseille l'usage des toniques, fait prendre des précautions hygiéniques contre l'influence du froid humide et prescrit, en outre, soixante à quatre-vingts gouttes de vin de colchique, en trois fois dans les vingt-quatre heures.

Ces moyens continués pendant un mois, amènent la guérison des vertiges, sans débarrasser, toutefois, le malade de son hémicranie sudorifique.

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