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une certitude complète..... Or, depuis la publication du traité de M. Bouchut, plusieurs médecins ont eu l'occasion d'observer et ils ont signalé des 'cas de cessation assez prolongée des battements du caur simulant la mort apparente chez des sujets qui ont été rappelés à la vie. Ils sont et deviennent tous les jours de plus en plus nombreux; mais presque tous ont été notés sur des nouveau-nés.

Les faits de mort apparente chez les adultes sont, au contraire, très-rares, s'il faut s'en rapporter à M. Brachet, qui en cite d'ailleurs un exemple. Quoique plus fréquents 'peut-étre que ne l'établit le savant médecin de Lyon, nous croyons cependant que les faits de ce genre, bien et dûment constatés, méritent d'être livrés à la publicité, et c'est ce qui me décide à communiquer le suivant à l'Académie.

Au plus fort de l'épidémie de fièvres intermittentes de toutes natures qui régnait dans la ville de Mons en 1822, je 'fus appelé près d'une dame Lemoine, âgée de quarante ans, atteinte d'un premier accès de fièvre, mais pet prononcé, et sairs caractère particulier, qui se dissipa promptement. Deux jours après, on vint me chercher en toute häte, en me disant que ma malade était mourante, peut-être morte. Elle avait été prise d'un nouvel accès, deux heures plus tôt que celui de l'avantveille, avait eu quelques frissons, quelques bâillements, et avait perdu connaissance presque sur le champ. A mon arrivée, qui ne se fit pas attendre, Mme Lemoine était sans pouls, quelle que fut l'artère que j'explorasse; les yeux étaient fermés, les pupilles immobiles lorsqu'on écartait les paupières et qu'on approchait de la lumière ; la figure, les lèvres et toute la surface du corps étaient pâles; la peau était froide, sèche; la respiration était suspendue, du moins une glace approchée de la bouche ne fut pas ternie, la flamme d'une bougie ne fut pas agitée ; l'oreille appliquée sur la région du cour, ne put me faire saisir le moindre mouvement, le moindre bruit. L'alcali volatil placé sous le nez ou employé en frictions, les sinapismes les plus énergiques, l'ail pilé, rien ne put faire soupçonner qu'il restait un souffle de vie dans ce corps glacé. Voulant pousser les épreuves. jusqu'à leurs dernières limites, j'appliquai une de ces larges plaques de fer, vulgairement nommée pelle à feu, chauffée jusqu'au rouge cerise sur la partie interne des deux jambes, mais avec aussi peu de succès. C'était réellement à quitter la place, et déjà mème plusieurs des assistants, et entre autres un ecclésiastique parlaient d'ensevelir le cadavre, Cependant, malgré que cet état durait depuis à peu près une heure, je m'y opposai formellement, la nature de l'épidémie régnante et certains cas des plus graves comme des plus extraordinaires, dont je venais d'être témoin, m'induisant à penser que peut-être j'avais affaire à une de ces fièvres pernicieuses où la vie est suspendue et non irrévocablement anéantie, et que par conséquent il ne fallait pas tout à. fait désespérer. Je fis donc frictionner le corps avec du vin chaud mêlé de teinture alcoolique de quinquina et de valériane et injecter dans le rectum aussi des mêmes teintures, mais étendues d'eau acidulée tenant du sulfate de quinine en solution. J'interrogeais à tous moments les mouvements de la respiration et les bruits du ceur, afin de m'assurer s'ils ne s'éveillaient pas... Mais non, toujours même silence.... Je m'obstinai, je ne sais par quel secret instinct; enfin, le dirai-je, au bout de quatre lieures environ, je découvris sur le front de la patiente quelques gouttelettes de rosée... Je fis alors appliquer de nouveaux sinapismes sur les membres et envelopper le corps dans des couvertures de laine très-chaudes. Bientôt j'eus la satisfaction d'entendre quelques légers

bruits du caur, de légers mouvements soulevèrent la poitrine, le pouls se fit sentir, les yeux s'ouvrirent, et à mesure que la connaissance ou mieux la vie revenait, on voyait s'établir une douce transpiration qui se prolongea plusieurs heures, mais dont j'attendis à peine la fin pour administrer le quinquina par toutes les voies. Il y eut encore un accès effrayant le surlendemain, mais ce fut le dernier, et dès lors la guérison fut assurée... La dame, sujet de cette observation, est morte il y a à peine deux ans. Chose assez curieuse, son mari fut atteint quinze jours après d'une fièvre pernicieuse de la même nature, mais moins grave.

En commençant l'exposition de ces fièvres intermittentes pernicieuses si effrayantes, Torti croit devoir prévenir le lecteur que loin d'en parler hyperboliquement (hyperbolice), son intention est d'en donner une description fidèle, en dissimulant la gravité plutôt qu'il ne l'exagère. Je sens le besoin de faire la même déclaration à propos de l'observation qui précède : elle renferme le tableau exact de ce qui s'est passé sous mes yeux; aucun trait n'y est forcé, quelque extraordinaire et inexplicable qu'il puisse paraître et qu'il soit en effet. C'est le seul cas de fièvre intermittente pernicieuse simulant la mort à s'y méprendre, dont j'aie connaissance... Il en est bien qui s'en rapprochent, ceux, par exemple, que Torti désigne sous le nom de léthargiques, mais aucun n'est identiquement semblable. S'il me paraît déjà digne de votre attention à titre de fait exceptionnel, j'estime qu'il ne la mérite pas moins sous le point de vue de la médecine legale, en ce qu'il constitue un cas de mort apparente avec cessation complète des mouvements et des bruits, qui s'est prolongée plusieurs heures et qui n'en a pas moins été suivie du retour à la vie. C'est un fait de plus à ajouter à ceux observés par MM. Girbal, de Montpellier, Brachet, Josat, De Paul, et aujourd'hui même par M. Coullongue (1). Ils démontrent que! danger il y aurait à s'en rapporter à la seule absence des bruits du coeur pour permettre l'inhumation, ainsi que l'établit M. Bouchut.

Ne me proposant pas de tirer, pour le moment, d'autre conclusion de l'observation que je viens de vous communiquer, je m'abstiendrai de toute réflexion sur la nature et le caractère de la fièvre intermittente qui en fait le sujet.

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1. RAPPORT de la Commission chargée de l'examen du Mémoire de M. SOVET, relatif au verlige rhumatismal.

M. LEQUIME, rapportxur.

Messieurs,

Un mémoire manuscrit portant pour titre : Du vertige rhumatismal, vous a été adressé par M. le docteur Sovet, de Beauraing. Renvoyé par le Bureau de l'Académie à une Commission composée de MM. Fallot, Francois et Lequime, il a fait l'objet d'un sérieux examen et a donné lieu à une discussion approfondie à laquelle chacun des membres a apporté son tribut de connaissance et d'expérience. C'est le résumé des opinions de l'auteur et des objections qu'elles ont soulevées

(1) Application du dynamoscope à la constatation des décès, mémoire lu à l'Académie des sciences de Paris, et reproduit en partie dans les numéros 9 et 12 de la Gazette médicale de Paris, présente année.

au sein de la Commission que celle-ci vient, par mon organe, soumettre à votre appréciation.

Disons préalablement que le but du travail de M. Sovet est de signaler et de remplir une lacune qu'il a cru reconnaître dans le cadre nosologique. Depuis longtemps déjà, son attention avait été appelée sur un état vertigineux, dont les rhumatisants sont souvent atteints et, après en avoir observé un certain nombre de cas, il a été conduit à conclure qu'en raison de sa nature particulière, de ses caractères propres et de sa thérapeutique spéciale, le vertige méritait d'occuper une place distincte dans la classification des affections de même espèce et de prendre le nom de vertige rhumatismal.

Le mémoire de M. Sovet est divisé en quatre paragraphes : dans ses prolegomenes, il soulève, tout d'abord, une question de la plus haute importance, celle relative à l'influence des diathèses goutteuse et rhumatismale. Sans oser la résoudre d'une manière absolue, l'auteur se fondant sur la filiation des caractères propres å ces affections, estime que la goutte, le rhumatisme articulaire, le rhumatisme musculaire chronique et la névralgie ont, sous ces différents noms, des liens communs qui les unissent si étroitement qu'on peut les rattacher à une origine commune. Ce sont, dit-il, des affections qui peuvent offrir des métamorphoses, des métastases qui en rendent la marche insolite, les compliquent, les aggravent ou les résolvent à l'improviste, mais, au fond, on ne peut admettre une différence dans leur nature intime.

Dans le second paragraphe, l'auteur rappelle les travaux de ses devanciers sur le rhumatisme viscéral soit aigu, soit chronique, et signale les difficultés du diagnostic différentiel et du traitement de ces affections.

Le troisième paragraphe est consacré à l'exposition des

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