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le résultat de coups de soleil, justifient complétement son opinion au sujet des accidents d'Hambraine. Pour nous, les deux cas observés par M. de Woelmont ne pouvant être considérés que comme des faits isolés, puisque des milliers de personnes recueillant des feuilles de betterave n'en ont jamais été incommodées, nous ne saurions accorder à ces faits l'importance que leur attribue la Commission médicale, et nous nous garderons bien d'en tirer la moindre conclusion, surtout dans l'ignorance où nous sommes des circonstances qui ont pu favoriser leur production. Il se pourrait bien qu'il n'y eut là qu'une coïncidence fortuite entre le développement d'une affection cutanée et la cueillette de feuilles de betteraves couvertes de rosée. Ce serait donc le cas de dire : post hoc, sed non propter hoc.

Quoi qu'il en soit de notre manière de voir, nous n'avons cédé, en rédigeant notre rapport, à aucune considération étrangère à celle de la science, nous n'avons dit que ce que nous avons cru être la vérité, sans parti pris et sans préoccupation aucune. Nous nous sommes surtout bien gardé, quoi qu'en dise la Commission médicale de Namur, de puiser exclusivement les bases de notre rapport dans un document écrit six semaines après l'enquête. Nous devons même avouer que notre rapport était déjà rédigé avant que nous eussions lu les rapports de messieurs les médecins vétérinaires Dohet et Duvieusart, et c'est cette circonstance qui a été cause que nous n'avons parlé du travail de ces messieurs qu'à la fin de notre rapport; mais nous avons éprouvé une véritable satisfaction lorsque nous avons vu que l'opinion de ces praticiens s'accordait avec la nôtre. Celle-ci du reste, n'offre rien de neuf et ne tend à introduire aucun principe nouveau dans la science. Elle se base uniquement sur les propriétés connues et attribuées depuis longtemps à l'heracleum sphondylium et sur les remarques judicieuses faites au sujet de cette plante par le plus savant botaniste de notre siècle, De Candolle. Libre à la Commission médicale de Namur de soutenir que nous DOUS sommes trompés, ce dont nous ne contestons pas la possibilité ; et si l'Académie a cru pouvoir adopter notre rapport, elle n'a pas pour cela condamné ou taxé d'erreur l'opinion émise par la Commission susdite, comme celle-ci l'affirme. Jamais un vote académique ne saurait avoir une telle portée; il ne s'adresse qu'aux seules conclusions ou, si l'on veut, à la forme du rapport, laissant au rapporteur lui-même ou à la Commission dont il est l'organe la responsabilité de son opinion et de ses assertions.

En résumé, nous pensons que de toutes les explications qui ont été émises sur les accidents arrivés aux sarcleuses d'Hambraine, la moins admissible est celle qu'a cru pouvoir en donner, en premier lieu, la Commission médicale de Namur. M. le baron de Woelmont, qui avait ouvert avec la Commission médicale la première enquête, fut tellement frappé de l'impossibilité d'admettre les explications de la Commission, qu'il sollicita l'avis d'autres hommes de l'art et pria M. le Gouverneur de la province de faire appel à d'autres lumières, en faisant remarquer que la cause des accidents ne pouvait être cherchée dans l'insolation, puisque de nombreuses personnes, qui avaient été exposées le même jour après neuf heures du matin à un soleil plus ardent dans la même commune, n'avaient rien éprouvé de semblable. M. le docteur Houbeau, consulté par M. de Woelmont, après une discussion raisonnée des faits et après avoir constaté que l'érysipèle phlycténoïde n'avait atteint que les parties du corps qui avaient été mouillées par la rosée, qu'elle avait respecté la tête et la nuque, deux parties le plus fréquemment atteintes par les coups de soleil, que les bras les plus brûlés ou phlegmasiés étaient ceux des femmes qui les avaient chargés d'herbes, crut pouvoir en conclure que la cause de la maladie devait être attribuée à l'influence d'une rosée pourvue de principes délétères. MM. Devroye, Dohet et Duvieusart, consultés également, ont reconnu que c'était dans l’héraclée récoltée, qu'il fallait chercher la cause des accidents. M. Dugniolle, professeur à l'Université de Gand, après un examen consciencieux des faits, est arrivé à la même conclusion, puisqu'il affirme que les accidents n'ont pu être que le résultat de l'action irritante de l'heracleum sphondylium. Il attribue, à la vérité, cette action aux nombreux poils rigides dont la plante est couverte; mais ce n'est là, aux yeux de M. Dugniolle lui-même, qu'une question secondaire, puisqu'il avoue qu'on éprouve une difficulté réelle pour décider avec certitude si l'action irritante et plus ou moins caustique de l'heracleum dépend des poils roides qui couvrent la surface ou si elle est le résultat de toute autre particularité.

On le voit, nous ne sommes pas les seuls à repousser la doctrine de la Commission médicale de Namur, et si dans notre rapport nous n'avons pas cru devoir reproduire ses observations, ce n'est pas par dédain pour celles-ci, mais pour nous éviter le désagrément de les combattre, ce qui aurait pu blesser l'amour-propre de la Commission. D'ailleurs nous avons agi de même au sujet des autres travaux qui nous ont été communiqués de la part de M. le Ministre de l'Intérieur, ne pensant pas que nous dussions faire une analyse détaillée de toutes ces notices. Nous nous sommes contentés d'en prendre connaissance et d'émettre ensuite un avis consciencieux sur la cause présumée des accidents arrivés à Hambraine.

Nous bornerons là nos réflexions, et, comme nous ne

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demandons pas mieux que de rendre pleine et entière justice au travail de la Commission médicale de Namur et aux peines qu'elle s'est données pour découvrir la cause de l'affection insolite qui a atteint les sarcleuses d'Hambraine, nous voulons bien déférer au vou qu'elle exprime, en vous proposant, Messieurs, d'insérer sa réclamation dans le Bulletin de la Compagnie, quoique ce travail soit fort long et ne nous paraisse offrir que peu d'intérêt au point de vue scientifique. Peut-être y auraitil lieu (et c'est la marche qui nous paraît la plus rationnelle à suivre) d'engager le Gouvernement à publier toutes les notices qui lui sont parvenues sur cette question, et de vouloir y joindre la réclamation on le nouveau mémoire de la Commission médicale de Namur.

En tout cas, nous pensons que si l'Académie fait imprimer ellemême la réclamation dont il s'agit, elle ne pourra se dispenser de publier également les pièces relatives à l'enquête à laquelle les accidents d'Hambraine ont donné lieu., et notamment la lettre de M. le Bourgmestre de la commune à M. le Gouverneur de la province avec le tableau indiquant les heures d'entrée et de sortie des sarcleuses des prairies, et la lettre, en date du 15 septembre 1856, de M. le vétérinaire Dohet. L'Académie pourra juger alors si nous avons tronqué les faits comme on nous le reproche, et si nous n'avons pas eu raison de dire dans notre précédent rapport que l'on avait attribué les accidents d'Hambraine à des coups de soleil , quoique le soleil ne se fît montré qu'au moment les sarcleuses ont quitté leur travail (t).

- A la suite de la lecture de ce rapport, M. le Président propose de discuter ses conclusions dans une prochaine

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(1) L'imprimeur a par mégarde remplacé le mot quoique du manuscrit par celui de lorsque (voir l'errata du Bulletin suivant, tome XVI, p. 717).

séance. Après avoir successivement entendu MM. Martens, François, Sauveur, Lebeau, Thiernesse et Fallot, l'Assemblée adopte la motion et ordonne l'impression au bulletin de la séance des observations de la Commission médicale de la province de Namur, ainsi que du tableau rédigé par M. le Bourgmestre de Cortil-Wodon.

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6. TRAITEIENT des anécrysmes chirurgicaux par la

compretsion digitale; par M. MICHAUX, membre lilulaire.

Tout ce qui est relatif à l'histoire des anévrysmes est considéré à juste titre comme très-important, parce que ces derniers sont souvent assez graves pour entrainer la mort.

On pouvait croire, il y a une vingtaine d'années, qu'il n'était guère possible de trouver un moyen plus sûr et moins dangereux pour guérir les anévrysmes que la ligature des artères, d'après la méthode d'Anel;, mais on a bientôt reconnu que cette méthode échouait quelquefois et amenait souvent des accidents à sa suite. Il n'est donc pas étonnant que les chirur. giens de nos jours aient cherché à inventer d'autres moyens. De là l'origine de l'acupuncture par M. le professeur Velpeau, de la suture entortillée par M. Malgaigne, des mâchures par Maunoir et' Amussat, de la galvano-puncture par M. Guérard, de la manipulation par Fergusson, des injections de perchlorure de fer par Pravaz, de Lyon (méthode dont M. Brocca vient de faire une heureuse application à un cas d'anévrysme crisoïde de l'artère temporale) (1), de la méthode endermique de M. Thierry, etc.

(1) Gazette des Hopitaux, a" 2, 7 janvier 1858.

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