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lui, ce qui faisait présumer que ce lien n'était peut-être que contourné autour du poignet ou qu'il n'était attaché qu'au moyen d'un nœud coulant. Bientôt aussi fut reçue la déposition d'une vieille femme habitant une commune voisine, qui déclara qu'elle avait pratiqué le 51 décembre une saignée à chacun des bras. En même temps fut saisie la chemise que cette fille portait le jour où elle avait été saignée. Toutes ces circonstances et une multitude d'autres révélées constituaient la plaignante dans un état flagrant de mensonge , et la fausseté du fait dont elle s'était plainte ressortit évidemment des preuves acquises. Aussi le 21 du même mois, après avoir d'abord persévéré dans son récit, quoiqu'on lui en eût signalé les invraisemblances et même les impossibilités, après des hésitations sans nombre, après des demi-aveux rétractés aussitôt, elle finit par celui formel répété et signé, qu'elle n'avait été l'objet d'aucune attaque, et que c'était elle-même qui, à l'approche de l'un de ses accès d'hystérie et sans se rendre compte de l'idée étrange qui s'était emparée d'elle, s'était volontairement et avec la pointe de ses ciseaux, autant qu'elle

pouvait se le rappeler, fait de légères in

cisions sur les parties de son corps qu'elle avait pu atteindre. En conséquence, aucune poursuite ultérieure ne fut faite, et le juge d'instruction déclara qu'il n'y avait pas lieu à suivre. Ce fait de médecine légale, aussi singulier que rare, est aussi remarquable sous le rapport de la multiplicité des incisions pratiquées sous l'influence d'une volonté fixe, obéissant à une impulsion maladive du centre des perceptions, que sous celui de l'arrangement artificieux des moyens propres à rendre vraisemblables le récit ou roman imaginé par la fille Marie V.... En effet , elle racontait avec calme et sans exagération toutes les circonstances de son aventure. Ellc enchainait les détails ct les péripéties avec la plus grande logique. Une seule précaution prise par elle, celle de m'indiquer de procéder à mon examen région par région, avait éveillé mes soupons, que la vue de ces incisions singulores faites si également, avec tant de délicatesse, vint achever de confirmer. Cette fille s'était d'abord refusée à ce "u'on inspectât ses parties génitales, mais "e céda facilement, lorsqu'on lui eut onné l'assurance que tout resterait seot Y eut-il chez elle seulement désir de "ire du bruit, de fixer l'attention publi"o°. ou réellement aberration mentale ? Il $ *autant de raisons, d'après la connais

sance des antécédents assez singuliers de cette jeune fille, de croire à l'une qu'à l'autre de ces causes, ou mieux à leur action simultanée . Cette observation est encore intéressante, en ce qu'elle offre un exemple d'incisions légères, mais multipliées , n'ayant entrainé aucune suite fâcheuse pour la santé, malgré l'étendue des surfaces sur lesquelles elles furent pratiquées. Cependant on m'affirma qu'il y avait eu de la fièvre, quoiqu'il n'en existât plus dès le second jour. Quant à l'inflammation locale, elle ne fut remarquée qu'aux incisions plus profondes du pli des bras , qui durent avoir été faites avec un instrument piquant et tranchant autre qu'une lancette, car celle-ci laisse ordinairement une section nette, linéaire, qui ne repose point sur un engorgement phlegmoneux, tandis que celles qui existaient dans ces parties ne présentaient aucunement ces conditions, puisque l'une d'elles était triangnlaire, et qu'en outre elles étaient tuméfiées. Les autres incisions formaient des lignes fines, nullement éraillées, ni enflammées, comme celles faites avec la pointe d'une épingle ou de ciseaux , lesquelles sont entourées le lendemain d'une rougeur vive qui va en diminuant progressivement. Ce qui porterait à croire qu'elles avaient plutôt été faites avec un instrument coupant, tel qu'une lame de canif, qu'avec les précédents, bien que Marie V... eût déclaré qu'elle s'était servie, pour les pratiquer, de la pointe de ses ciseaux. Enfin, ce fait est encore une preuve à ajouter à une foule d'autres venant démontrer qu'en médecine légale, il ne faut jamais se borner à un examen superficiel et trop circonscrit des lésions extérieures, mais qu'il est nécessaire d'en considérer la situation , la direction , la profondcur, d'en comparer les effets avec les résultats qu'à dû se proposer celui qui les a faites, et surtout de chercher d'abord à apprécier si elles ont été le fait d'une agression étrangère ou exécutées par le blessé lui-même. Ce dernier problème est souvent très-difficile à résoudre. ll faut alors que le rôle du médecin légiste s'agrandisse, qu'il substitue une sorte d'autopsie morale à celle de son scalpel, qu'il se montre profond observateur ou moraliste, et que d'induction en induction, il arrive, à l'aide d'une logique sévère, à la découverte de la vérité. (La fin au prochain N°.)

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Académie de Médecine de Paris.

Séance du 2 novembre.

PRoPRIÉTÉs PRoPHYLACTIQUEs ET ANTIcoNTAGIEUsEs DU QUINQUINA. M. Delfrayssé adresse des observations et réflexions sur les propriétés prophylactiques et anticontagieuses du quinquina dans les épidémies paludéennes et principalement dans la fièvre. (Commissaire : M. Gauthier de Claubry.) NoUvELLE soNDE. — M. Secretan soumet au jugement de l'Académie une nouvelle sonde pouvant en une seule introduction servir au triple usage d'évacuer l'urine, d'explorer et de cautériser un point donné de l'urèthre ou la vessie. CHoLÉRA.—M. Gros (de Moscou) adresse une lettre sur le choléra de Moscou. Il ressort des détails contenus dans cette lettre : 1° Que la mortalité reste la même, malgré la diversité des traitements ; 2° Que le choléra n'est pas contagieux ; 5° Que les connexions du choléra avec les agents météorologiques et hygiéniques sont plus obscures que jamais ; 4" Que le choléra d'emblée est très-rare, s'il est possible ; 5° Que, les perturbations organiques s'annonçant toujours quelque temps avant l'invasion mortelle, la cure prophylactique est la seule rationnelle et possible.

Séance du 8 novembre.

CHoLÉRA AU HAvRE. — M. Lecadre, médecin des épidémies au Havre , donne quelques détails sur les cas de eholéra qui se sont manifestés récemment dans cette ville. Dans les derniers jours de septembre, quelques cas isolés avaient paru, dont deux avaient eu une terminaison funeste. Depuis , l'épidémie , sans prendre une grande extension, a continué à manifester sa présence. Jusqu'ici on compte, sur une population de 60,000 âmes, 14 décès de cholériques, et le nombre des personnes atteintes d'une manière grave peut s'élever

(-) Il convient de dire cependant que Monteg† avait émis l'idée † des astringents dans la poche anévrismale à l'aide l'une ponction avec le trocart ; et dans le cas où la ligature a la methode de Brasdor est seule praticabie, il avait aussi songé à injecter dans le sac un liquide coagulant en introduisant la canule par

de 50 à 55. On ne comprend pas dans ce chiffre les sujets atteints de diarrhée ou de vomissements qui sont en très-grand nombre. (Commission du choléra.) QuEsTIoN DE MÉDEcINE LÉGALE. - M. Dezautières, de Decize (Nièvre), soumet à l'Académie une question de médecine légale sur laquelle il a eu à se prononcer sur la réquisition de la justice. Il s'agissait, à l'inspection d'un placenta, de déterminer, s'il est possible, si ce placenta appartenait à une grossesse à terme ou non à terme. La question que M. Dezautières soumet à l'Académie est donc celleci : Un placenta seulement étant donné, peut-on déterminer à quelle époque de la gestation il appartient ? (Commissaire : M. Cazeaux.) , INJEcTIoNs DE PERcHLoRURE DE FER. M. MALGAIGNE lit sur ce sujet le mémoire suivant : Je viens entretenir l'Académie d'une méthode nouvelle pour le traitement des anévrismes, sortie tout entière des méditations et des expériences de notre regrettable confrère feu le docteur Pravaz (1), et qui, dans les premiers moments, semblait devoir réaliser pour les anévrismes un progrès aussi important que la lithotritie pour la pierre. L'expérience n'a pas répondu à ces heureuses espérances ; et après quelques rares guérisons, qui déjà avaient failli compromettre la vie des malades. sont venus des échecs plus graves, terminés plus d'une fois par la mort. Il est donc temps de réunir les faits déjà connus, de les soumettre à une appréciation sérieuse, et d'apprendre aux chirurgiens ce qu'ils doivent en penser. C'est le 10 janvier de cette année que la nouvelle méthode fut rendue publique par une lettre de M. Lallemand, lue à l'Académie des sciences. Dans une expérience sur la carotide d'un mouton, en quatre minutes, l'injection de quatre gouttes d'une solution de perchlorure de fer avait transformé en un caillot solide tout le sang renfermé dans une étendue de 4 à 5 centimètres de cctte artère; la quantité du sang ainsi coagulé était évaluée à une cuillerée.

une ouverture faite à l'artère, et en liant ensuite l'artère sur la canule même. Longtemps après Monteggia, M. Leroy-d'Etiolles avait aussi pensé aux injections coagulantes : mais je n'estime pas que ces idées purement théoriques diminuent en rien le mérite de l'invention de Pravaz.

Une portion de la carotide d'un cheval de 8 centimètres de longueur, estimée contenir cinq cuillerées à café de sang, reçut huit à dix gouttes de perchlorure avec le même résultat; finalement, Pravaz estimait que deux gouttes suffisaient pour la coagulation d'une cuillerée à café de sang; et, à part le manuel opératoire, la seule condition était d'exercer la compression au-dessous de l'anévrisme pendant quatre ou cinq minutes environ. Presque aussitôt ces expériences furent répétées à Alfort par MM. Giraldès et Debout. M. Giraldès ayant intercepté entre deux conmpressions 11 centimètres environ de la carotide d'un âne, y injecta six gouttes de perchlorure; et la coagulation ne se faisant point, il fit une autre injection de onze gouttes. Cette fois, la coagulation s'opéra; mais l'artère parut racornie. Une injection de quinze gouttes dans la carotide d'un cheval amena à la fois et la coagulation du sang et le racornissement du vaisseau. M. Debout a vu de même ce racornissement inquiétant; bien plus, dans un cas, l'artère s'amincit et se laissa distendre de manière à offrir, quarante-huit heures après l'injection, une dilatation variqueuse. D'ailleurs, l'expérience n'était pas même sans danger pour la santé générale; M. Leblanc, qui conserva quelque temps deux des chevaux soumis à ces injections, leur trouva de la fièvre; et sur un animal sacrifié, au vingt-neuvième jour, la présence de pus dans l'artère fut constatée. Pravaz s'émut de ces résultats qui mettaient en péril l'avenir de sa découverte; il rapporta l'autopsie du mouton sur lequel il avait expérimenté et qu'on avait sacrifié deux mois et demi après; la carotide était oblitérée sur une longueur de 8 centimètres et demi, sans autre lésion, et le caillot, presque entièrement résorbé, égalait à peine en volume un grain de millet allongé. D'où venaient donc les accidents observés à Alfort ? Sans s'expliquer clairement à cet égard, Pravaz insistait 1 sur la nécessité de n'employer que la quantité de perchlorure nécessaire pour la coagulation du sang, en l'évaluant d'après le volume de la tumeur. » Un nouveau cas d'application de sa méthode qui devait être prochainement publié devait montrer,

ajoutait-il, « que l'on ne peut dépasser no

tablement les limites approximatives qu'il avait fixées, d'accord avec M. Lallemand, sans déterminer des symptômes d'intoxication et sans que le caillot formé se redisolve. • Il admettait qu'une injection exubérante pouvait développer une inflammation trop vive du sac, puis l'ulcération

consécutive et l'expulsion en bloc du caillot. Le point essentiel de l'opération était de ménager toutes choses, de façon qu'il y eût résorption lente du corps étranger introduit dans la tumeur. Pour son compte, il déclarait que pour un anévrisme du volume d'un œuf de pigeon, par exemple, il n'injecterait d'abord que quatre ou cinq gouttes de perchlorure, sauf à répéter l'injection si, au bout d'un certain temps, les battements de la tumeur n'avaient pas complétement cessé. Et tant il avait à cœur cette condition de sécurité, il y revenait une dernière fois en disant : « Nous avons évalué, M. Lallemand et moi, à trois gouttes environ la quantité de perchlorure de fer qu'il suffit d'employer pour chaque centilitre de sang à coaguler; je serais disposé à descendre encore audessous de cette limite. » Enfin, il prenait soin d'indiquer la manière d'obtenir la solution et le degré qu'elle devait narquer à l'aréomètre, 45°. De fait, sans prétendre diminuer le mérite des hommes distingués qui avaient répété à Alfort les expériences de Pravaz, il faut bien reconnaître qu'ils s'étaient écartés, sans aucune raison, des règles posées par l'inventeur lui-même ; leurs expériences prouvent bien l'inefficacité du perchlorure à petites doses, et son danger à dose exubérante; l'injection rationnelle était la seule qu'ils eussent négligée. Nous verrons que les chirurgiens qui ont essayé le perchlorure de fer sur l'homme n'ont pas tous échappé non plus à ce reproche. Ajoutons cependant qu'un premier essai, tenté sans aucune règle, et avec un procédé opératoire très-imparfait , n'en avait pas moins donné une guérison admirable, et semblait indiquer que les précautions recommandées par Pravaz étaient peu nécessaires. Dès le 4 février, M. Raoult Deslongchamps avait traité par le perchlorure un anévrisme de l'artère sus-orbitaire du volume d'un œuf de pigeon. A la vérité, cet anévrisme offrait des phénomènes singuliers. Il n'est pas commun d'abord de rencontrer des anévrismes gros comme un œuf de pigeon sur une artère presque capillaire. L'oreille n'y entendait aucun bruit anormal ; la pression directe sur la tumeur l'affaissait et la faisait disparaître complétement ; les battements seuls l'avaient fait juger anévrismale. M. Raoult y fit une ponction oblique de 5 centimètres avec un bistouri très-aigu ; quelques gouttes de sang rutilant coulèrent le long de la lame sans jet saccadé. On introduisit une seringue en verre dans la plaie, on fit une injection sans calculer les gouttes; la seringue retirée, il sortit derechef quelques gouttes de sang ; cependant la tumeur battait encore dans presque toute son étendue. Le surlendemain, nouvelle injection, de dix à douze gouttes, dit l'auteur; mais il n'avait aucun moyen de les mesurer. Et ce qu'il faut noter, c'est qu'il introduisit sa seringue par la même plaie ; qu'un stylet fut introduit pour détruire les adhérences; et même, ajoute-t-il, je ne pus le faire manœuvrer dans toute l'étendue du sac. Un anévrisme qui se vide en entier par la compression, qui, en conséquence, ne contient que du sang liquide, et qui se laisse ponctionner au bistouri et parcourir par un stylet sans donner un seul petit jet de sang, n'est pas, il faut le confesser, un anévrisme ordinaire. On s'y trompa, toutefois; et M. Robert, notre collègue, fut seul d'abord à élever des doutes sur la nature de la tumeur. Mais le jour même où Pravaz, dans sa communication à la Société de chirurgie, se prévalait du succès obtenu dans ce cas, M. Raoult annonçait qu'une nouvelle tumeur avait apparu dans la même région, avec des battements comme l'autre, et qu'il n'hésitait pas à y reconnaître une tumeur érectile cutanée. Il n'en persistait pas moins à penser que l'ancienne tumeur, avec les mêmes caractères, était un véritable anévrisme. Le deuxième diagnostic me parait , pour mon compte, beaucoup plus assuré que le premier. Mais Pravaz avait annoncé la prochaine publication d'un nouveau cas qui devait montrer, je répète ses propres paroles, « que l'on ne peut dépasser les limites approximatives fixées pour l'injection , sans déterminer des symptômes d'intoxication, et sans que le caillot formé se redissolve. » Quel était donc ce nouveau cas ? M. Niepce en avait adressé un à l'Académie des sciences le 25 avril ; je le reproduis d'après l'analyse publiée par M. Lallemand dans les comptes-rendus de cette Compagnie : « La tumeur occupait l'artère poplitée au creux du jarret. Cinq minutes après l'injection du perchlorure de fer, la tumeur paraissant très-dure, on cessa de comprimer l'artère crurale, et l'on put constater que les battements avaient disparu dans l'intérieur du sac; quand on retira la canule à injection, il ne s'écoula pas une seule goutte de sang. » Le lendemain et les jours suivants, une vive inflammation se manifesta dans les parties opérées. Le onzième jour, de la fluctuation s'étant manifestée au côté interne de la tumeur, une légère ponction

donna issue à 10 grammes environ de sérosité purulente, et dès lors tous les symptômes inflammatoires disparurent. » Le vingtième jour, on ne sentait plus à la place de la tumeur anévrismale qu'un noyau dur de la grosseur d'une noisette. La guérison fut donc obtenue en aussi peu de temps que les ligatures en mettent à couper les artères sur lesquelles on les applique pour guérir ces mêmes anévrisIIleS. ) L'analyse de cette observation laisse à désirer. J'y cherche en vain les symptômes d'intoxication qu'elle devait montrer, au dire du consciencieux Pravaz; ni le volume de la tumeur, ni la quantité de l'injection , ni le procédé opératoire ne sont indiqués. Du reste, dans la séance du 9 mai, M. Lallemand communiqua une autre observation due à M. Serres (d'Alais), et suivie aussi de guérison ; malheureusement encore, nous n'en avons qu'un résumé beaucoup trop concis. Il s'agissait cette fois d'un anévrisme variqueux au pli du coudc. « Le caillot s'est promptement durci sous l'influence de l'injection; les battements ont cessé dans la tumeur, quand la compression de l'artère brachiale a été levée ; les pulsations ont disparu plus tard dans les artères radiale et cubitale. » Une inflammation assez vive s'est emparée des parois du sac, et une ponction pratiquée sur un point fluctuant a donné issue à une petite quantité de matière séro-purulente. Enfin , une eschare s'est détachée des parois du sac sans qu'il soit parvenu la moindre hémorrhagie. Depuis lors, la cicatrisation a fait des progrès rapides. » Ainsi, dans les deux cas, et cette fois pour de véritables anévrismes, l'injection semblait avoir procuré une guérison radicale. Toutefois, à considérer de près les choses, dans l'observation de M. Niepce, l'inflammation et la suppuration du sac ; dans celle de M. Serres, la suppuration du sac et la gangrène de ses parois, montraient déjà que ces sortes de guérisons ne s'obtiendraient pas sans danger. Aussi, loin de se flatter de pareils succès, la méthode les considérait quasi comme des échecs, qu'elle rejetait sur l'imprudence des opérateurs. M. Lallemand alléguait que, dans les opérations de M. Niepce et de M. Serres, il avait été injecté au moins trois fois plus de perchlorure qu'il n'en fallait ponr obtenir la formation du caillot. On conçoit, ajoutait-il, que cet excès de matière injcctée doit être plus nuisible qu'utile, si l'on considère surtout que les liquides qui coagulent le sang tendent tous à dissoudre le caillot déjà formé, et d'autant plus qu'on dépasse davantage les doses voulues. Nous manquons de documents pour apprécier par nous-même l'excès de la dose employée ; mais, d'un autre côté, l'expérience semble peu favorable à l'opinion exprimée par M. Lallemand, et qui était déjà cclle de Pravaz, qu'un excès d'injection tend à dissoudre le caillot. Voyez le cas de M. Raoult; deux injections pour une tumeur grosse comme un œuf de pigeon , le caillot tient. Dans les deux autres, est-ce que le caillot a été dissous ? M. Niepce en retrouvait encore au vingtième jour un noyau du volume d'une noisette, malgré l'issue donnée à la suppuration. M. Serres a vu le caillot durcir promptement; et il faut même qu'il ait gagné plus tard, puisqu'il a fini par supprimer les pulsations d'abord persistantes dans les artères radiale et cubitale. Mais ce qu'il importe d'ajouter, et ce qui explique le jugement sévère de M. Lallemand, c'est que, dans le deuxième cas au moins, la guérison avait été achetée plus chèrement que ne l'avait fait soupçonner le compte-rendu de l'Académie des sciences. Dans un article récent d'un journal de Montpellier, je lis que M. Serres a raconté son observation dans les salles de l'Hôtel-Dieu Saint-Eloi ; ce n'était pas seulement une inflammation assez vive qui avait inquiété le chirurgien, mais des désordres inflammatoires extrêmement grates, et tels que la vie du membre et du malade fut prochainement compromise. (Annales cliniques de Montpellier, 10 oct. 1855.) Au reste , un cas bien plus désastreux, puisque le malade mourut dans mon service des suites de l'opération, fut pour les chirurgiens un tout autre sujet d'alarme. Un maçon, âgé de vingt-cinq ans, portait au pli du coude une tumeur pulsatile du volume d'une aveline, suite probablement de la piqûre de l'artère dans une saignée malheureuse. Un de mes anciens élèves y pratiqua l'injection du perchlorure, cette lois avec la seringue graduée de Pravaz, ohargée d'une solution à parties égales d'eau et de perchlorure de fer. Le trocart arriva sans difficulté dans la tumeur; un Jet de sang en fut la preuve. Immédiate"ent la seringue fut ajustée, et l'opérateur lit exécuter à la vis du piston cinq demiours, projetant chacun une goutte. La lumeur battant toujours, on exécuta cinq "ouveaux demi-tours poussant cinq nouVelles gouttes.A l'instant même, douleur oroce dans tout le bras ; la tumeur ne "ait plus; dix secondes après, les pul

sations cessaient à la radiale , la main devenait froide , violacée; le lendemain , gangrène limitée au pouce. On transporte le malade dans mon service. Le lendemain, quarante-huit heures après l'opération, tout l'avant-bras est mortifié. Que dirai-je de plus ? L'observation a été publiée, mais j'espérais encore alors sauver le malade. L'amputation, qu'il avait d'abord repoussée, fut acceptée le onzième jour. l'avantbras étant déjà en partie détaché par la gangrène, et, après une amélioration passagère , le malade a succombé. Comment un tel résultat ne nous a-t-il pas tous arrêtés ? Il y a d'excellentes raisons à en donner. D'une part, on a vu la gangrène et la mort succéder aussi à la ligature : puis on pouvait dire que la dose de l'injection avait été exagérée ; et, enfin, avait-on pris suffisamment le soin de com primer l'artère au-dessus et au-dessous? D'autres ajoutaient même que la solution de perchlorure n'était pas indifférente; et, quoique le malheureux opérateur se fût assuré que la sienne coagulait bien, il n'en avait pas indiqué le degré; M. Brun-Dubuisson, habile pharmacien de Lyon, avait seul le secret de Pravaz , il fallait une solution préparée par M. Dubuisson. Les premières objections étaient raisonnables ; la dernière péchait par son exagération même, et le champ de l'opération allait se trouver bien rétréci si l'on ne pouvait la pratiquer qu'avec le liquide Dubuisson. Or, ce dernier retranchement même allait être forcé, et la solution Dubuisson allait être aussi féconde en désastres que les autres. M. Velpeau l'essaya le premier à Paris sur un étudiant qui portait un anévrisme au pli du coude par suite d'une saignée malheureuse. On connaît toute la prudence et l'habileté de M. Velpeau ; je dirai pourtant qu'avant l'opération, pour plus de sécurité, il me fit l'honneur de me demander des détails sur les causes présumées de la gangrène dans le cas que je viens de rappeler. J'étais présent à l'opération avec un grand nombre de confrères ; il y eut même plus de précautions prises que Pravaz n'en avait demandé; l'artère fut comprimée au-dessus et au-dessous de l'anévrisme, et, pour une tumeur de 8 centimètres de diamètre en un sens sur 10 dans l'autre, on injecta huit gouttes de perchlorure apporté de Lyon par M. Dubuisson. Du reste , le résultat témoignait de la haute circonspection du chirurgien; il n'y eut pas de coagulation bien manifeste, et dès que la compression fut enlevée, les battements reparurent dans le sac et dans les artères de l'avant-bras. D'ailleurs au

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