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ombiliquée. Longtemps la malade conserva sur le visage de nombreuses marques, qui finirent par se dissiper entièrement. , " L'intérêt de ce cas se trouve dans l'existence des douleurs dermalgiques préludant à l'éruption, accompagnant cette éruption, diminuant à mesure que cette éruption se développe. Je n'avais encore rien observé de semblable ici dans la varioloïde, et je ne l'ai point vu dans la variole.

VARIOLE. Je n'ai vu depuis bien longtemps, qu'un cas de variole à Rambervillers, et ce cas eut lieu après la cessation du règne épidémique des fièvres éruptives, alors que ces maladies ne se rencontraient plus que d'une manière sporadique. OBsERvATIoN. — Le 7 août, je fus prié d'entrer chez la femme R..., âgée de 25 ans, d'une constitution forte, mais vivant dans les plus mauvaises conditions hygiéniques, et non vaccinée. La variole dont elle se trouvait atteinte était on ne peut plus confluente. Rien de plus repoussant que cette femme couverte de croûtes, et qu'environnait une odeur insupportable. La dyspnée était extrême, l'intelligence perturbée, la motilité presque abolie, la déglutition impossible. Cette malheureuse mourut le lendemain. A la même époque, dans le misérable quartier habité par cette femme , il y eut, m'a-t-on dit, deux ou trois cas de variole bénigne. De même que dans cette ville, les cas de variole ont été fort rares, depuis quelques années dans les environs. Depuis plus de sept ans, dit-on, on n'avait pas vu au village de Padoux, par exemple, un cas de variole; dans le courant de décembre dernier, cette maladie y fut importée par les vêtements d'un jeune homme de ce village, mort peu de temps auparavant, des suites de la variole, dans une petite ville d'Angleterre. La sœur de ce jeune homme, en proie au plus violent chagrin, ayant embrassé ces vêtements à plusieurs reprises, fut, quoique vaccinée dans son enfance, bientôt atteinte d'une variole confluente et accompagnée de délire, qui mit ses jours en danger. Deux autres personnes de la maison ne tardèrent pas à avoir comme un reflet de cette affection, dont d'autres cas se montrèrent ensuite dans le village. Comme je l'ai dit dans une note sur ce sujet, adressée à l'Académie de médecine, il y a là une nouvelle preuve de l'utilité de la revaccination et de mesures prohibitives touchant le transport des vêtements contaminés par le virus vario

leux. MILIAIRE.

C'est la fièvre éruptive qui s'est produite le plus souvent dans cette épidémie, où, comme dans les épidémies antérieures, l'éruption miliaire s'est montrée, avec un développement très-variable, tantôt seule, tantôt associée à d'autres éruptions avec ou sans sueurs abondantes.

Dans la plupart des cas, la maladie a été bénigne ; mais, dans d'autres, encore assez nombreux, la dermatose n'a pas suivi une marche régulière et a présenté des accidents plus ou moins graves, ainsi qu'on en voit des exemples dans les cas suivants.

OEsERvATIoN l'°. — Vers la fin de janvier, un petit garçon de notre ville, âgé de 7 ans, d'une assez forte constitution, d'une bonne santé habituelle, était atteint depuis quelqucs jours d'une miliaire générale avec fièvre bénigne, lorsque, sans cause connue, cette éruption se dissipa brusquement. Alors le mouvement fébrile devint intense, l'enfant fut pris d'une violente dyspnée avec vives douleurs rachidiennes sans rémission marquée. Il était dans cet état depuis une nuit, lorsque je le vis pour la première fois. Outre ce que je viens d'indiquer, je constatai des signes d'embarras gastrique, qui m'engagèrent à faire prendre l'ipéca à doses vomitives. Je fis, en même temps, pratiquer des frictions irritantes sur tout le corps. Peu après les vomissements, qui furent abondants et s'accompagnèrent de quelques selles, l'éruption commença à reparaître et la dyspnée à diminuer. Celle-ci ne fut plus bientôt que légère. La nouvelle éruption fut en quelque sorte éphémère, mais remplacée par des sueurs abondantes, qui, après avoir été telles pendant deux jours, se sont dissipées graduellement. Alors le petit malade put être considéré comme guéri. OosERvATIoN 2"°. — Une petite fille de deux ans et demi, de cette ville, d'une constitution délicate, n'ayant pas encore eu la rougeole, vaccinée, fut, pendant quelques jours, dans un état ressemblant à la période prodromique d'une fièvre éruptive ; puis, dans la nuit du 20 au 21 avril, il se produisit tout à coup une épistaxis tellement abondante que si elle se fût prolongée ou reproduite, il y aurait eu grand danger. Heureusement, il n'en fut pas ainsi : cette hémorrhagie fut de courte durée et ne se reproduisit pas. Le lendemain de cet accident, favorisée par des applications irritantes sur diverses parties du corps, une éruption miliaire commençait à se montrer, éruption qui ne tarda pas à devenir générale, très-abondante et se termina au bout de quelques jours par furfuration. OEsERvATIoN 5"°. — Au mois de février, au village de Magnières, j'ai donné des soins à une petite fille de 6 à 7 ans, chez laquelle la suspension de la marche de l'éruption miliaire donna lieu à une épistaxis périodique, qui fut combattue avec succès par l'emploi des préparations de quinquina. OBsERvATIoN 4"°. — Un petit garçon de 2 ans, de ce village, que je traitai à peu près en même temps, était pris d'une fièvre convulsive sans périodicité, produite sous l'influence de la disparition brusque, par l'exposition du corps au froid, d'une miliaire déjà développée. Le calomel à l'intérieur, des frictions irritantes mircnt fin aux convulsions et favorisèrent le retour de l'éruption, qui se dissipa ensuite graduellement et sans qu'il se produisit aucun accident ultérieur. Bien d'autres accidents graves eurent lieu par l'effet du retard dans l'apparition ou de la marche anormale de la miliaire. La scarlatine aussi m'a offert de nombreux et intéressants sujets d'observations, entre autres des cas d'angine gangréneuse, comme chez une femme de la commune de Jeauménil, qui fut promptement enlevée par cette maladie ; des cas d'angine à forme croupale, comme chez une enfant de Magnières, qui succomba au troisième accès; des cas d'anasarque, comme chez un petit garçon de Housserat, dont l'histoire est racontée dans ma 4° lettre sur les névroses febriles (Gazette médicale de Strasbourg, livraison de novembre 1855). Pendant ce règne d'affections éruptives, j'ai vu deux cas de purpura hemorrhagica : l'un chez une femme déjà âgée, de Vomécourt, qui a succombé au milieu des hémoptysies; l'autre chez une femme à peu près du même âge et habitant notre ville. Celle-ci guérit d'une névrose thoracique grave par l'effet d'une hématurie abondante, genre de crise que je n'avais point encore observé. Depuis que, vers le commencement de juin, à peu près en même temps que la grippe, les fièvres éruptives ont cessé de régner d'une manière épidémique, on a vu des cas sporadiques de ces maladies, mais plus rares que les cas sporadiques de la grippe. En général, ces affections sporadiques ont été bénignes. Nous avons eu peu de maladies graves cet été. Les deux cas les plus intéressants furent : 1° Une fièvre rémittente cholériforme chez un homme de Domptail, qui a guéri sous l'influence de l'emploi des préparations de quinquina, du calomel et des stimulants alcooliques ; 2° Un cas dans lequel, chez un homme de Rehaincourt, les accidents cholériques (vomissements, coliques sans flux, etc.), coïncidaient avec une adénite inguinale prise bientôt d'une gangrène, qui envahit rapidement une grande partie de la cuisse et qui se serait emparé du reste du membre si la vie du malade s'était quelque peu prolongée. Ce cas, au début, était très-insidieux et aurait pu faire croire à l'existence d'un étranglement herniaire. Plusieurs autres cas de forme cholérique plus ou moins graves se sont produits cet automne dans ma clientèle (1), et j'en observe encore actuellement (fin de décembre). Jusqu'alors (Dieu veuille qu'il n'en soit pas autrement plus tard) ces formes cholériques graves n'ont pas été assez nombreuses chez nous pour constituer un état épidémique; mais, comme en d'autres temps, à côté de ces formes, il est commun d'en rencontrer les rudiments, les éléments épars. ETIOLOGIE.

Quelles causes ont donc pu opérer un tel changement dans notre constitution médicale, donner à nos maladies en général le caractère asthénique, un cachet nerveux si manifeste , des types intermittents ou rémittents si souvent périodiques?

Je commencerai par dire que la cause première de ce règne endémo-épidémique m'est absolument inconnue. Toutefois, je pense que cette cause pourrait bien être la même que celle qui a donné lieu à la maladie des plantes, à un changement de la constitution médicale chez les animaux et à la perturbation des saisons. Un mot sur chacune de ces choses :

MALADIES DES PLANTES.

Dès la fin de l'année 1845, c'est-à-dire à une époque où les changements de

notre constitution médicale étaient déjà sensibles, on commençait à observer la

(1) Ces cas sc trouvent relatés, ainsi que les deux précédents, dans un travail spécial. : 1

maladie des végétaux, qui, alors, il est vrai, ne se montrait encore et avec peu d'intensité que sur la pomme de terre et quelques céréales. Plus tard, cette maladie, que je considère comme une sorte de typhus ou comme de nature analogue à la dégénérescence ergotique, commune dans ces dernières années, s'est étendue à la plupart des espèces végétales, qu'elle n'a pas, il est vrai, affectées d'une manière aussi intense que la pomme de terre. Ce tubercule, plusieurs années de suite, et le pain, parfois, ont été de bien mauvaise nature. Pourquoi faut-il que la cupidité des spéculateurs ait contribué pour une large part à rendre insalubre un aliment aussi essentiel que le pain ! MALADIES DES ANIMAUX. Depuis plusieurs années, la plupart des maladies des animaux domestiques. offrent, chez nous, une frappante analogie avec certaines maladies actuelles de l'homme. En 1849, lorsque le choléra régnait d'une manière épidémique dans cette contrée comme ailleurs, j'ai reconnu cette affection dans l'espèce chevaline, et, à ce sujet, j'ai rédigé une note qui a été publiée, le 27 octobre de cette année, dans l'Union médicale. En 1850, j'ai adressé à l'Académie des Sciences de Paris une note intitulée : La grippe du cheval, dénomination vraie, car la maladie de cet animal était en tout ressemblant à l'affection dite grippe chez l'homme. La grippe chevaline s'est montrée épizootiquement presque chaque fois que s'est produite l'épidémie de grippe humaine. Cette épidémie et cette épizootie avaient encore lieu simultanément au printemps dernier ; par exemple, au village de Domptail, dans un laps de temps assez court, plus de cent chevaux, jeunes et vieux, furent, m'a-t-on dit, enrhumés, jetèrent par les narines une matière muqueuse puriforme, qui troublait l'eau des auges de la fontaine à laquelle un certain nombre de ces animaux allaient s'abreuver. Une maladie semblable s'est montrée dans d'autres espèces animales; par exemple dans l'espèce porcine, qui a offert quelque chose de plus remarquable enCOI'0, A la fin de 1851 , au village sus-indiqué, un grand nombre de jeunes porcs furent atteints d'un mal de gorge qui les enlevait au milieu des phénomènes de l'asphyxie, dans un temps très-court, mal de gorge et phénomènes asphyxiques qui, peu de temps après, c'est-à-dire dans les mois de janvier et de février 1852, se produisirent d'une manière épidémique chez les enfants, et que, dans mon rapport officiel adressé à l'Académie de médecine, j'ai désigné sous le nom de typhus à forme croupale. Ce n'était pas le croup, car il n'y avait pas production de fausses membranes, et tout, dans cette affection, la rattachait à nos pyrexies. La ressemblance entre la maladie de ces enfants et la maladie des jeunes porcs était si manifeste, que les habitants du village donnaient à ces maladies le même nom. Peu de temps avant l'épidémie de diarrhée et de dyssenterie du village de Bru, en 1852, il y avait des diarrhées dans la race porcine.

Je ne sache pas que, chez les animaux des espèces bovine et ovine, les maladies aient été aussi meurtrières que dans l'espèce porcine; mais je sais que beaucoup de ces animaux sont devenus maigres, chétifs et comme cachectiques.

, On s'accorde à dire que le laitage en général est sensiblement moins riche en

matière nutritive, plus aqueux depuis quelques années.

Chez les gallinacés, on a vu une affection cholériforme ; mais je dois dire qu'ici cette maladie a été plutôt sporadique qu'épizootique, que nous n'avons rien vu de comparable à ce qui s'est passé dans une contrée voisine, dans une partie du département de la Meurthe. L'été dernier, aux environs de Lunéville et de Nancy, le typhus cholériforme a cruellement décimé l'espèce poule. Il n'était pas rare, pendant cette épizootie, de voir, en très-peu temps, disparaître toute la volaille d'une basse-cour.

Dans un mémoire intitulé : Quelques mots sur certaines maladies du cheval, du chien, du chat, du porc et des poules, comparées à certaines maladies de l'homme (Annales médicales de la Flandre occidentale; livraison d'octobre 1851), j'ai rapporté d'autres faits de médecine comparée, qui me paraissent offrir aussi quelque intérêt, mais qu'il serait trop long de reproduire ici.

Changement dans la constitution atmosphérique.

J'ai regret de ne pas avoir, pour notre contrée, pour notre ville du moins, de relevés météorologiques. M. le docteur Simonin père, directeur honoraire de l'École préparatoire de médecine de Nancy, publie chaque année, dans les Mémoires de l'Académie des Sciences, lettres et arts de cette ville, des observations météorologiques. Du relevé général et comparatif de ces observations faites avec tout le soin, tout le talent dont est capable ce savant médecin, il résulte (je le tiens de sa bouche) que, dans ces dernières années, la température moyenne s'est sensiblement abaissée à Nancy. Cet abaissement de température a été certainement plus prononcé encore chez nous que dans la ville sus-indiquée, déjà éloignée des montagnes (15 à 16 lieues), et dont, pour le dire en passant, les différentes conditions valent mieux que les nôtres. Depuis quelques années, nous n'avons pour ainsi dire que des saisons déteintes : des étés pas assez chauds; des hivers pas assez froids pour le repos de la terre et la destruction de certains mollusques et d'autres ennemis des plantes, qui, ainsi, ont pu se multiplier tout à l'aise ; parfois de la chaleur et des orages dans la saison froide, parfois du froid en été ; des transitions brusques dans toutes les saisons; dans toutes, des pluies plus ou moins abondantes, de fréquents brouillards, d'où élévation considérable du degré hygrométrique.

Appréciation de ces diverses circonstances au point de vue étiologique.

Des conditions météorologiques du genre de celles que je viens d'indiquer, devaient nuire aux plantes, leur créer une sorte de chlorose, de lymphatisme, diminuer leur force de résistance et devenir ainsi en aide à la dégénérescence

ergotique, au typhus végétal.

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