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RÉsULTATs coMPARÉs DE cINQ MÉTHoDEs DE TRAITEMENT DANs LA FIÈvRE TYPHoïDE ÉPIDÉMIQUE ; par M. SECRÉTAIN. — Nous trouvons, dans le récent compte-rendu de la Société médicale de Gannat, un résumé intéressant de la pratique du docteur Secrétain dans une épidémie de fièvre typhoïde dont l'arrondissement de Gannat a été le théâtre. M. Secrétain a eu à traiter 125 malades; et le résultat général atteste d'abord la gravité de l'influence épidémique; il y eut 92 guérisons, 51 morts : un quart ! Parmi ces malades on comptait 49 hommes, 58 femmes, 16 enfants. Sous le rapport de la gravité de la maladie, ils pouvaient être partagés en trois séries. Les cas graves, les plus nombreux, atteignaient le chiffre dc 52; les moyens y figuraient pour 42; les légers pour 25. A part de rares exceptions, 4 ou 5 au plus, tous les sujets étaient débilités, 9 étaient nourrices. Trente fois il a été possible de suivre la coïncidence du développement de l'affection typhique avec la fréquentation de sujets atteints. Aussi nul doute ne reste-t-il dans l'esprit de M. Secrétain touchant la faculté de transmission. Nous devons dire cependant que, dans le compte-rendu que nous avons sous les yeux, la démonstration apportée n'est rien moins que convaincante.Ainsi l'auteur apporte en preuve de cette transmission que, dans une école bien aérée, bien ventilée, il a vu, le même jour, 12 enfants, placés d'ailleurs au centre du foyer, bien que n'ayant pas de communications directes avec les malades, tomber malades eux-mêmes, et sur ce nombre huit devenir typhiques... Il nous semble que ceci est plutôt de nature à accuser l'influence épidémique que la contagion. Une observation importante et qui sera rapprochée utilement des recherches récentes de M. Barth sur le même sujet, c'est que 8 des sujets pris de la fièvre typhoïde avaient été antérieurement affectés de variole. Abordons maintenant la comparaison des méthodes avec les résultats. L'expectation pure et simple a fait le fond du traitement ; avec elle M. Secrétain a perdu 2 malades sur 28 , dont 18 légers , 8 moyens, 2 graves. A envisager le chiffre brut, cela peut paraître un beau succès; à ses yeux c'est un déplorable malheur, car sur deux cas graves les deux malades sont IIl0rtS, ll a mis en usage ce que l'on est convenu d'appeler la médecine du symptôme : sur 61 cas ainsi traités, parmi lesquels 26 graves, 24 moyens, 10 légers, il a

subi 16 décès, plus de moitié des cas graves. La rémittence des symptômes l'a conduit à l'administration du sulfate de quinine ; sur 42 cas, dont 14 graves, 22 moyens, 6 légers, il a eu 6 décès. Encore, ou à très-peu près, la moitié des cas graves. La méthode évacuante n'a pas eu de plus encourageants résultats; sur 12 cas, dont 9 graves , elle compte 8 décès. Sept malades, dont 5 graves, 1 moyen et 1 léger, ont été traités exclusivement par l'eau froide, intùs et extrà; aucun n'a succombé. Enfin la méthode antiphlogistique a eu sa part aussi dans l'œuvre entreprise. Sur 7 cas, dont 6 graves et 1 léger, il y a eu 6 morts. M. Secrétain en conclut que si c'était abus de proscrire toujours une telle méthode en matière d'épidémie, il est rationnel au moins de s'inspirer un peu du génie qui la domine. Nous devons ajouter toutefois que, dans la même épidémie, M. Giraudet, partisan exclusif de cette méthode, n'a perdu que 4 malades sur 15. Cette différence ne proviendrait-elle pas de ce que M. Giraudet a eu surtout affaire à des cas peu graves; et que M. Secrétain a surtout appliqué le traitement antiphlogistique à des cas désespérés ? Au reste, le chiffre des sujets traités dans chaque catégorie est trop faible pour conduire à des conclusions positives ; cependant on remarquera que le sulfate de quinine, sans avoir l'efficacité absolue que quelques-uns lui prêtent, a donné, eu égard aux cas graves , les plus consolants résultats. (Revue médico-chirurgicale de Paris.)

EMPLoI DE L'ACÉTATE DE PLoMB coNTRE LA PNEUMoNiE ET LA HERNIE ÉTRANGLÉE; par le docteur FIEBIG. - L'auteur n'emploie l'acétate de plomb que dans les pneumonies dans lesquelles le traitement habituel est insuffisant. et dans lesquelles on peut craindre des fausses crises. L'acétate de plomb est indiqué également chez les vieil. lards décrépits, chez les individus chez lesquels la pneumonie est accompagnée de diarrhée abondante, chez les tuberculeux auxquels on ne peut plus donner le tartre stibié, et chez lesquels les saignées générales et locales ont déjà été employées. L'acétate de plomb se donne, avec plus d'avantage, combiné avec la digitale et la teinture d'opium. Voici la formule :

R. Acétate de plomb de 15 à 50 centig. Infusion de digitale 180 gram. Teinture d'opium 1,20 à 2 gram.

L'eau blanche, donnée en lavement, n'a qu'une valeur douteuse dans les hernies étranglées, puisqu'on l'a toujours employée combinée avec d'autres moyens , cependant l'auteur croit avoir évité, par ce moyen, dans deux cas, de recourir à l'opération de la hernie étranglée. (Organ. für die gesammte Heilkunde et L'Union médicale.)

DE L'EMPLoI DE LA DIGITALE DANs LA PNEUMoNIE ; par le docteur IIEUSINGER. — Les inconvénients qui résultent de l'emploi de divers moyens, dont on fait généralement usage dans la pneumonie, tels que le calomel, le tartre stibié à haute dose et le traitement antiphlogistique, et d'autre part, l'influence bien connue de la digitale sur la circulation générale, et par conséquent l'espérance que ce moyen pourrait retarder ou diminuer l'afflux du sang dans les parties malades, ont engagé l'auteur de ce travail à faire usage de la digitale pourprée dans la pneumonie. Heusinger donne la digitale dès le début de la maladie , cependant, s'il y a des douleurs pleurétiques à cette époque , il emploie les ventouses scarifiées, afin d'éviter la formation d'un épanchement pleurétique avant que la digitale ait pu agir. Lorsqu'il y a complication bilieuse, il donne d'abord de 112 à 1 grain de tartre stibié d'heure en heure, et plus tard seulement la digitale. S'il y a amélioration , et qu'il ne se manifeste pas de diarrhée intense, il s'en tient au tartre stibié. — Les premiers indices des effets de la digitale se manifestent au bout de vingt-quatre ou quarantehuit heures; ce sont des malaises, des nausées, des vomissements d'un liquide verdâtre et amer, un collapsus marqué, surtout à la face, de la mauvaise humeur, de l'humidité et de la fraîcheur à la peau, intermittences et ralentissement du pouls, qui peut tomber à 50 et 40 pulsations par minute.Aussitôt que ces phénomènes se manifestent, la marche de la pneumonie s'arrête, et l'on aperçoit, au bout de quelques heures, les symptômes du commencement de la résolution, les crachats sanguinolents disparaissent, la toux diminue, les urines déposent, et le sommeil devient calme. Dès que les symptômes de l'action de la digitale se sont montrés vers le pouls et dans les fonctions de l'estomac , on cesse l'emploi du médicament; on n'emploie plus qu'une décoction de guimauve, et si les nausées persistent, on donne la potion de Rivière ou la poudre aérophore. Lors même que les pneumonies sont in

tenses , la convalescence est terminée dans la quinzaine ; dans les cas moins graves, elle se fait plus tôt. La digitale est donnée en infusion, à la dose de 1.20 à 4 gram, pour 150 à 150 grammes de colature, une cuillerée à bouche d'abord toutes les heures, puis toutes les deux heures, lorsque les effets physiologiques se sont produits. (Deutsche Klinik et L'Union médicale.)

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EFFETs REMARQUABLEs DU CHLoRoFoRME A L'INTÉRIEUR DANs L'HYPocHoNDRIE. Les trois faits rapportés par M. Osborne montrent toute l'efficacité du chloroforme ingéré dans l'estomac pour diminuer et faire disparaître les sensations particulières qui se rattachent à l'hypochondrie. Le premier de ces faits est relatif à une femme mariée, âgée de trente-trois ans, à l'aspect geignant et souffrant, qui avait été déjà traitée par M. Osborne et par un autre médecin pour des douleurs très-variées, dont elle fixait le siége dans la région abdominale. Comme elle paraissait souffrir d'une névralgie spinale, une application de nitrate d'argent fut faite sur la colonne vertébrale, et on lui fit prendre quelques autres remèdes. Néanmoins, elle conservait une sensation indescriptible de faiblesse et de malaise intérieur, dont la cause paraissait très-difficile à pénétrer. Cependant l'appétit était bon, les fonctions digestives se faisaient régulièrement. Pendant deux jours, la malade prit dix gouttes de chloroforme trois fois par jour, et dès le troisième jour elle se trouvait mieux ; enfin, après quelques jours, la guérison était complète. Dans le second fait, c'était un homme de vingt-neuf ans, qui se plaignait d'un profond affaissement et d'un dégoût insurmontable pour toute espèce d'exercice. La face exprimait la tristesse et la morosité; toutes les fonctions étaient à l'état normal, sauf des battements tumultueux du cœur, à la moindre émotion, au moindre exercice. Le malade avait pris du valérianate de zinc et des pilules pour régulariser les fonctions digestives; mais bien que les battements du cœur fussent plus calmes, l'abattement et la sensation intérieure persistaient. Après avoir pris 20 gouttes de chloroforme, trois fois par jour, pendant deux jours , le malade commença à se trouver mieux ; le sommeil était encore peu satisfaisant et troublé par des rêves; on lui fit prendre 40 gouttes de chloroforme, le soir en se couchant.Après avoir pris cette dose deux nuits de suite, le sommeil redevint meilleur, et quelques jours après, le malade quittait l'hôpital dans un meilleur état. Dans un troisième cas, chez un fermier de 28 ans, c'était aussi un sentiment de désaillance et d'aflaissement intérieur . qui durait depuis plusieurs mois, et qui l'empêchait de se livrer au moindre exercice et au moindre travail. La face exprimait la tristesse la plus profonde. Constipation habituelle, bien que le malade eût fait souvent usage de purgatifs. Traitement : 10 gouttes de chloroforme, trois fois par jour, et deux pilules d'assa-fœtida, à deux jours d'intervalle. Après quatre jours de ce traitement, la face avait repris son calme ; le malade avouait qu'il se trouvait mieux, et quelques jours après, se trouvant assez fort pour reprendre ses travaux, il quittait l'hôpital. Tels sont les trois faits rapportés par M. Osborne; ils témoignent hautement du soulagement apporté par le chloroforme ; mais reste à savoir quelle aura été la durée de ce soulagement, et sur ce point il est bien permis de faire quelque réserve. Nous avons été d'ailleurs plusieurs fois à même de vérifier les bons résultats du chloroforme donné à l'intérieur, dans le service de M. Aran, qui en fait un grand usage contre l'hystérie et la dyspepsie ; mais M. Aran ne considère ce moyen que comme un adjuvant qu'il emploie dans ces névroses. En tcrminant, nous croyons devoir faire connaitre le mode d'administration suivi par M. Osborne dans ces différents cas. C'est dans une décoction de mousse d'Irlande ou de caragahen que ce médecin administre le chloroforme. Il a remarqué, en effet, que dix gouttes de chloroforme restent suspendues dans une once de cette décoction, pcndant un temps indéfini, sans séparation. Ce mélange a un goût très-doux qu'on peut voiler par l'addition de quelques gouttes d'une teinture amère ou aromatique. Un autre moyen d'enlever au chlorofome son goût piquant, est de le combiner avec des teintures parce qu'il est soluble dans l'alcool. Voici la formule de M. Osborne :

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NoUvEL AGENT ANEsTHÉsIQUE : ÉTHÉRocHLoRoFoRME ; par M. E. CELLARIER. — Préoccupé de l'utilité qu'il y aurait à doter la thérapeutique d'un agent qui possédât les avantages de l'éther et du chloroforme sans avoir leurs inconvénients , M. Cellarier a eu l'idée de mélanger ces deux liquides pour que leurs vapeurs, arrivant simultanément en contact avec notre organisme, se modifiassent l'une par l'autre. Il fallait d'abord savoir si l'éther et le chloroforme pouvaient se mélanger ensemble; les premiers essais qu'il fit dans ce but lui montrèrent que le chloroforme se précipitaitau-dessous de l'éther, mais il reconnut que cet effet était produit par la faible quantité d'eau restée à la suite du lavage dans le vase dont il se servait. L'éther et le chloroforme purs se mélangent parfaitement; plusieurs expériences tentées sur les animaux lui ont paru démontrer que l'éthéro-ehloroforme, ou mélange à parties égales de ces deux liquides, l'emporte sur l'éther sous le rapport de la rapidité et de l'efficacité, sur le chloroforme sous le rapport de l'innocuité, et sur tous les deux par la durée peut-être plus complète, mais surtout moins dangereuse de son action. Jusqu'ici les expériences manquent pour dire quels seront les effets de ce mélange chez l'homme. (Gazette méd. de Montpellier et Revue thérapeutique du Midi.)

EFFETs REMARQUABLEs DU sEIGLE ERGoTÉ SUR UNE PARALYSIE SECONDAIRE DE LA VESsIE, ETc. ; par M. SAUCEROTTE, médecin en ehef de l'hôpital de Lunéville. — Cuvillier, garde forestier, âgé d'environ cinquante ans, de constitution assez robuste, exposé, par ses fonctions, à marcher fréquemment dans l'eau ou dans la neige, étant en forêt au mois de décembre 1851 , tombe tout à coup à terre, sans perdre tout à fait connaissance. Il faut le ramener chez lui sur une charrette ; il ne peut marcher. Cuvillier ne s'était plaint jusquelà que d'une céphalalgie persistante, contre laquelle il n'avait rien fait. A dater de ce moment, les douleurs de tête semblent, dit-il. s'être déplacées, et se font sentir dans la région lombaire. Une saignée, des sangsues, des ventouses, un purgatif, tels sont, à ce qu'il paraît, les seuls moyens employés par le médecin consulté. Trois mois s'étaient écoulés depuis lors sans grand amendement dans la situation du malade, lorsqu'il se décida à entrer à l'hôpital de Lunéville. C'est seulement à dater de ce moment que je puis donner des ren7

seignements plus circonstanciés sur cette maladie. Cuvillier, à cette époque, ne pouvait marcher. Ses jambes, et particulièrement la jambe droite, fléchissaient sous lui dès qu'il essayait de faire quelques pas. Il ne pouvait non plus ni se plier, ni se redresser, et, assis sur une chaise, il se laissait aller involontairement du côté droit. Ses bras, et surtout le bras droit, sont faibles aussi, mais à un moindre degré. La sensibilité est conservée. Rien de remarquable du côté des organes sensoriaux. mais de l'hébétude et un assez grand embarras de la parole. Des pleurs sans motif. Cuvillier se plaint de céphalalgie et dc douleurs lombaires, qui n'augmentent pas sensiblement par la pression des apophyses vertébrales, Il dort peu. Les urines et les selles sont involontaires ; mais quoiqu'il renvoie les lavements au moment même qu'on les administre, il peut rester plusieurs jours sans aller. Rien de plus à noter d'ailleurs du côté de la langue, des organes digestifs, circulatoires ou respiratoires, si ce n'est, à certains intervalles et pendant la nuit principalement, un sentiment de constriction et de suffocation, qui paraissent dépendre de la paralysie des muscles respiratoires. Absence de fièvre. Tel est, à peu de chose près, l'état dans lequel ce malade resta pendant trois semaines. Je passerai donc outre sur les différents moyens que j'employai (arnica, extrait de noix vomique, frictions ammoniacales camphrées, etc.), et dont aucun n'eut un effet bien décisif, y compris la noix vomique, pour arriver au seigle ergoté, dont l'action rapide et merveilleusement efficace fait l'objet essentiel de cette observation. Lorsque je commençai l'emploi de cet agent, les mouvements étaient cependant plus faciles, l'inertie intestinale moins grande, l'intelligence moins obtuse; mais Cuvillier paraissait encore bien éloigné d'une guérison complète, si même on pouvait l'espérer. La paralysie de la vessie notamment persistait au même degré; chaque jour, il inondait son lit. Le seigle ergoté, commencé le 25 mai, fut continué jusqu'au 29, à la dose d'un gramme d'abord, puis de 1 gr. 50, pris en trois fois, à six heures d'intervalle chaque fois. Au bout de trois jours, Cuvillier n'urinait plus involontairement, et le 8 juin, lorsqu'il sortit de l'hôpital, il ne lui était plus arrivé une seule fois de perdre ses urines. Chose non moins remarquable : la motilité générale avait elle-même subi la plus heureuse modification, et le malade

se trouvait si bien sous ce rapport, comme sous tous les autres, qu'il quittait l'hôpital vers le milieu de juin, pour reprendre ses pénibles fonctions. Je l'ai rencontré à deux mois de là : la guérison ne s'est pas démentie. (Bulletin général de thérapeutique.)

MYDRIAsE ET CÉCITÉ PREsQUE coMPLÈTE D'UN MoIs DE DURÉE, GUÉRIEs PAR L'EXPULsIoN DE vERs HNTEsTINAUx ; par M. le docteur FALOT. — La dilatation extrême, l'immobilité des pupilles, et par suite la cécité complète ou incomplète, ne sont pas toujours sous la dépendance de l'état amaurotique, comme le prouve l'observation suivante : B..., âgé de 7 ans, n'a jamais été sérieusement malade depuis sa première dentition, qui fut, dit-on, très-orageuse : il est lymphatique, pâle, chétif , son appétit est irrégulier; il est sujet au dévoieInent. A la suite d'une forte indigestion, il fut pris, dans la nuit du 12 septembre 1852, de soubresauts des tendons, avec raideur des extrémités, tremblements alternatifs d'une ou de plusieurs parties du corps, grincements des dents, délire léger. (8 sangues aux apophyses mastoîdes, lavement avec assa-fœtida, potion antispasmodique, cataplasmes aux extrémités inférieures.) Le lendemain, je fus appelé de bonne heure par les parents, qui m'annoncèrent que leur fils était devenu aveugle. La face, pâle hier, est en ce moment bleuâtre, surtout aux lèvres ; céphalalgie frontale, pouls petit et très-fréquent, peau couverte de sueur, langue blanchâtre et humide, ventre ballonné; immobilité et dilatation énorme et irrégulière des deux pupilles, qui sont aussi étendues que la cornée, de sorte qu'on peut apercevoir les procès ciliaires de l'œil gauche : l'enfant a recouvré sa connaissance et se plaint de ne plus voir bien les objets. Persuadé qu'une diminution si forte de la vue est sous l'influence de l'attaque d'éclampsie précédente,je prescris une nouvelle application de sangsues, deux demi-lavements laxatifs, et des cataplasmes sinapisés. Dans la soirée, épistaxis peu abondante : les symptômes cérébraux ont disparu. Faiblesse, fièvre légère; visage pâle et plombé; quelques vomituritions muqueuses; cécité presque complète. (Vésicatoire au bras gauche, sinapismes, lavements.) 14. Insomnie ; les pupilles sont toujours très-dilatées; l'enfant, d'ailleurs intelligent, est très-inquiet sur l'état de sa

vue ; pas de selles depuis son indigestion ; ventre tendu ; coliques sourdes ; tremblements musculaires assez fréquents. (Vésicatoire à la nuque, demi-lavements huileux, pédiluves sinapisés; décoction d'helminthocorton 45 grammes, et lait 100 grammes.) 15. Nuit assez calme ; trois selles jaunâtres et fétides : l'appareil de la vision est dans le même état; le malade et les parents sont désolés. 16, 17 et 18, même état. (Révulsifs ; frictions irritantes; vapeurs ammoniacales ; cautérisation au nitrate d'argent sur plusieurs points de la circonférence des deux cornées, alternativement.) 20. Ne sachant si j'avais affaire à une amaurose commençante ou à une mydriase symptomatique d'un état gastrique ou vermineux , je perçai une carte avec une épingle. et ayant mis la petite ouverture devant les yeux du malade, celui-ci parut distinguer moins confusément les objets d'une grande dimension. (Continuation.) 25.J'insistai pendant quelques jours sur la cautérisation péricornéale, les révulsifs, les lotions vinaigrées, les laxatifs vermifuges contre un état de constipation qui n'était pas ordinaire à l'enfant, naturellement très-relâché. 28. Il vomit le potage pris dans la soirée, et expulse, en une seule fois, deux lombrics par la bouche. 29. Dix heures après avoir pris quatre doses de 0,50 de calomel, il rendit, en trois fois, vingt-huit autres vers par l'anus. Au bout de six jours, il expulse encore par l'anus quatre de ces entozoaires, toujours sous l'influence du calomel. La dilatation pupillaire diminue insensiblement, et la vue est revenue à l'état normal, un mois après les accidents qui ont suivi l'indigestion. (Revue thérapeutique du Midi.)

BLEssURE DE LA coRNÉE PAR L'AcIDE sULFURIQUE ; INcRUsTATIoNs sATURNINEs; par M. CH. DEVAL, D.-M. P. — Le 15 octobre 1855, un pharmacien de province se livrait, dans son laboratoire, à des manipulations chimiques, quand il reçut soudainement dans l'œil gauche une forte quantité d'acide sulfurique étendu d'eau. Un médecin, immédiatement appelé, s'emPara d'un flacon d'extrait de Saturne, et en versa en grande abondance dans un verre, y ajoutant une très-petite quantité d'eau : puis le malade baigna longtemps dans ce mélange l'œil lésé. La cornée, fortement érodée, permettait encore, avant

l'emploi de ce remède, de distinguer les objets d'un grand volume ; cette faculté fut anéantie , et le miroir devint le siége d'une opacité étendue. Le traitement auquel le malade se soumit n'ayant amené que l'atténuation des accidents phlegmasiques, il se décida à effectuer le voyage de Paris, et il me fut adressé, le 24 novembre de cette année, par un de nos savants confrères des hôpitaux de Paris. Je constatai, sur la cornée gauche, la présence d'une vaste nappe blanche, inégalement répartie, d'un aspect marbré. Occupant les trois quarts au moins du miroir de l'œil, dans sa région centrale, elle couvrait largement la pupille, qui n'était visible que de profil par la marge diaphane régnant autour de la partie opaque, vers le limbe kératique. La pupille était d'un beau noir. exempte de synéchie antérieure ou postérieure; rien n'indiquait la présence de désordres dans les tissus profonds du bulbe. Le malade distingnait les ombres des corps, notamment quand ceux-ci étaient présentés à l'organe du côté du nez ou du côté de la tempe gauche. L'œil était légèrement injecté, le malade le tenait bandé. Le lecteur aura deviné déjà que l'opacité kératique à laquelle nous avions affaire était en très-grande partie le résultat du sous-carbonate de plomb, des molécules insolubles, en un mot, qui rendent blanche la solution d'extrait de Saturne dans l'eau non distillée (eau de Goulard, eau végéto-minérale); il faut y ajouter la présence d'une certaine quantité de sulfate de plomb, le tout fixé en place par le tissu de cicatrice. Deux voies thérapeutiques se présentaient : 1° l'extraction du dépôt avec l'instrument; 2° l'emploi des moyens pharmaceutiques. Enlever l'incrustation avec une aiguille à cataracte, avec une rugine, celle, par exemple, qu'a proposée Florent Cunier pour remplir cette indication, n'était pas une entreprise facile, par suite de l'étendue de l'obstacle et du délabrement que son déchatonnement aurait amené dans le tissu de la cornée. Le malade, d'ailleurs, ne pouvait pas séjourner longtemps à Paris; chose fort encourageante en outre, il affirma que la cornée s'était un peu éclaircie dans les derniers temps. Je prescrivis d'introduire, tous les soirs, entre les paupières, une petite quantité d'une pommade composée de 10 centigrammes d'oxyde rouge de mercure et de 4 grammes d'axonge, avec addition de 10 gouttes de laudanum de Sydenham Je recommandai qu'on portât la dose du précipité rouge à 15 centigrammes, au bout de huit

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