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L'opération terminée, le genou fut plié autant qu'il l'était auparavant, et placé dans l'appareil à redressement que nous avons décrit plus haut. M"° X...., en se réveillant, déclara n'avoir éprouvé aucune souffrance, et remercia, dans les termes les plus affectueux, celui qui venait de la délivrer, par cette opération, d'une difformité qui lui occasionnait tant de chagrin. On ne fit aucune application locale sur le genou. Pendant les quelques jours qui suivirent, il y eut de la tuméfaction et de la chaleur dans l'article; mais ces symptômes se dissipèrent peu à peu. Le 16 avril, c'est-à-dire le septième jour de l'opération , on commença l'extension graduelle de la jambe au moyen de la vis de rappel mordant sur la roue de l'appareil; mais on fut obligé bientôt de ne faire cette extension que d'une manière très-peu sensible, et même on dut y renoncer pendant quelques jours, tant la douleur qu'elle provoquait était vive. Cette partie du traitement fut reprise le 25 avril, époque à laquelle les douleurs devinrent moins vives et plus supportables. Mais alors M"° X..., dont la constitution éminemment pléthorique, la prédisposait aux congestions cérébrales, fut atteinte de maux de tête violents, de fluxions vers les organes thoraciques qui nécessitèrent à plusieurs reprises l'emploi de révulsifs sur le tube intestinal et de sinapismes sur la jambe non malade. En même temps que ces accidents se manifestaient, des douleurs vives se déclarèrent à l'épigastre; elles furent le prélude d'une affection gastro-intestinale qui se déclara, et à laquelle M" X... était sujette depuis bon nombre d'années. La production d'une grande quantité de gaz dans les intestins en fut la conséquence. Cette maladie ne cessa qu'après l'emploi du charbon végétal de Belloc administré suivant les indications de ce médecin. Ces symptômes intercurrents rendirent cette dame très-malade, la firent considérablement souffrir, et empêchèrent d'accomplir avec toute la sévérité voulue l'extension graduelle de la jambe. Cependant, malgré toutes les péripéties qu'il fallut traverser, malgré les douleurs sympathiques que cette affection du tube intestinal occasionnait sur le genou affecté, l'extension de la jambe fut complète vers le 20 mai, époque à laquelle on remplaça l'appareil à redressement par le tuteur articulaire disposé à la flexion et au redressement du genou dont j'ai parlé précédemment. La gouttière destinée au redressement de la jambe fut inutile dans cette circonstance, parce que l'appareil articulé dans lequel la jambe avait été placée après l'opération, avait été suffisant pour opérer le redressement du membre. M" X... resta sans marcher pendant encore une huitaine de jours, sa jambe se trouvant immobilisée par le tuteur qui l'emboîtait. Mais alors (29 mai) M. Bonnet ayant recommandé à Mme X... de faire exécuter à sa jambe des mouvements d'extension et de flexion au moins trois fois par jour, pendant un quart d'heure, en s'aidant d'une corde et d'une poulie, la douleur du genou disparut en grande partie, et cette dame put bientôt exécuter quelques pas dans sa chambre avec son tuteur. Au commencement de juin, elle put entreprendre des courses en s'aidant d'une seule béquille, et faire dans ses appartements quelques pas sans autre soutien que son tuteur. Depuis cette époque, l'amélioration est allée toujours en augmentant. Des frictions avec un mélange térébenthiné ont donné au genou plus de force qu'il n'avait primitivement, et lorsque cette dame a quitté Lyon pour retourner dans son pays natal (le 28 juin), sa jambe était aussi droite que l'autre. La marche était facile avec le tuteur, et la douleur du genou était si faible qu'elle n'empêchait pas cette dame de faire avec son appareil de support des courses d'une heure et demie environ, sans être incommodée. Voilà sans contredit l'un des plus beaux résultats que l'on puisse obtenir de la rupture de l'ankylose combinée avec les sections sous-cutanées. En effet, la difformité a pu être complétement vaincue, la jambe a pu être totalement redressée, le genou a repris à peu près sa forme, et la marche avec une canne a succédé à celle avec des béquilles. Cette observation montre donc les grands avantages que l'on peut retirer de cette précieuse méthode de traitement, qui, en grandissant le cercle des moyens proposés jusqu'ici contre de pareilles lésions, procure des résultats si avantageux pour les malades et si consolants pour ceux qui ont le bonheur de les réaliser.

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A Monsieur le docteur THIRY, chirurgien du service des vénériens, à l'hôpita Saint-Pierre de Bruxelles.

HONORÉ ET SAVANT CONFRÈRE ,

Il vous en souvient peut-être, quant à moi je ne saurais oublier l'accueil si flatteur que j'ai reçu de mes collègues, Messieurs les membres de la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles; il vous en souvient peut-être encore, dis-je, j'ai assisté à cette séance, dans laquelle les orateurs, tout en voulant traiter la question de la contagiosité des accidents secondaires, provoquée par moi, oublièrent trop les arguments scientifiques.

C'est dans cette séance que l'on discuta l'opinion d'un auteur, dont on ne connaissait ni le nom, ni l'ouvrage, et que moi, obscur praticien, pas même attaché à un hôpital, je pouvais souffler.

C'est ce jour que j'ai entendu un membre, naguère timoré contagioniste, lancer les foudres d'une belle éloquence contre ses anciens amis, mais avec autant d'effet que le coup d'épée dans l'eau, et un autre, non moins savant, dérouler une liste immense de noms de syphiliographes, dont la tête remontait ab ovo ou partait de l'apparition de la vérole, bien que, quelques jours auparavant, nous rappelant ainsi cette fameuse phrase : Enfoncés Corneille, Racine et autres perruques! il eût fait table rase de tous ces radoteurs.

Le lendemain, vous vous le rappelez peut-être aussi, me rendant avec joie à votre gracieuse invitation, j'ai eu la bonne fortune de vous entendre parler science à l'hôpital Saint-Pierre.

La conversation roula naturellement sur la discussion de la veille ou sur la syphilis congénitale. C'est alors que, me lançant un gros coup d'œil (ce qui me porta à vous supposer une arrière-pensée, tant soit peu maligne), vous m'avez adressé cette phrase : « Un praticien, qui n'a point de service spécial dans un hôpital, ne saurait point traiter de la syphilis héréditaire, parce que les faits lui manquent. »

Et moi de dire, in petto : je répondrai à ces paroles ; c'est ce que je viens faire. Hé bien ! honoré collègue, moi qui ne suis point attaché à l'hôpital de ma bonne ville (je vous l'ai dit : en homme qui désire le juste et méprise l'intrigue et les courbettes, seul j'ai demandé le concours, celui-ci fut refusé et moi seul point élu), je veux vous démontrer que votre assertion est trop absolue. Depuis deux mois, quatre cas de syphilis infantile sont soumis à mon observation, ce qui porte à neuf le nombre de ceux que j'ai vus depuis une année. Vous le voyez, quoique je n'aie pas de service dans un hôpital, cependant, sous le point de vue de la vérole, je ne suis pas trop mal partagé....., dans ma clientèle, entendons-nous ! Le premier de ces quatre n'offre rien de particulier. Un nouveau-né, atteint de coryza, d'un commencement de décrépitude, de diarrhée, de tubercules plats, dont quelques-uns ulcérés, aux fesses, sur le scrotum et le prépuce. Affection héréditaire, méconnue d'un docteur et que j'ai guérie par un traitement mercuriel général, direct et externe. La nourrice était malpropre, mais saine. La mère était grasse, fraiche, très-jolie et indemne. Le père, soigné pour un chancre et un bubon, avant son mariage, il y a deux années environ, portait des pustules croûteuses sur le cuir chevelu et le visage, des glandes cervicales engorgées, des plaques eczémateuses sur le corps et spécialement aux avant-bras, et une large ulcération, aussi à cachet spécifique, sur la partie interne du mollet droit. Le second cas, par les piquantes historiettes qui s'y rattachent (l'ami de la maison, la mère et son enfant, puis la domestique ont la vérole; le mari est indemne), est digne de votre plume spirituelle ou de celle de votre maître, l'auteur des Lettres sur la syphilis, Je n'ose donc me permettre d'essayer de vous le raconter, d'autant plus qu'il me faudrait donner sur les doigts à deux confrères, et qu'ayant quelquefois besoin d'indulgence, tout aussi bien que les praticiens attachés aux hôpitaux, je dois, par réciprocité de bons procédés, en avoir pour autrui. Vous connaissez ces adages : Errare humanum est; par pari refertur. Le troisième va vous être servi tout frais, car je le recueille aujourd'hui même (22 novembre), grâce à l'obligeance d'un de mes bons collègues. Le père, marié depuis quatre ans, a eu la vérole étant garçon. La mère, qui a 22 ans et n'accuse aucun symptôme syphilitique, a eu quatre enfants. Le premier est mort âgé de huit jours; le second a succombé à sept emaines, dans un état de marasme; le troisième vit encore et a été traité par un mien confrère, comme héréditairement syphilitique; enfin , le quatrième, celui que j'ai sous les yeux, a trois semaines. Depuis trois jours il est malade. Voici quelle est sa position : corps maigri, figure ridée, commencement de décrépitude et de coryza; mains violacées; la vulve, les fesses, la partie postérieure des cuisses, les talons, la plante des pieds et plusieurs orteils, sont comme échaudés. La peau dans ces endroits est lisse, chaude, brillante, rougeâtre, violacée, parsemée aux pieds de petites élévations qui semblent vouloir se transformer en pustules. Sur les fesses, dans la région ano-génitale, et dans les aines, je reconnais quelques tubercules muqueux, très-petits. Quant à mon quatrième fait , il doit vous être donné avec détails, parce qu'il offre de l'intérêt, scientifiquement parlant, bien entendu. J'hésite à vous prier de le communiquer à votre Société, car, cette fois, malgré le flegme pacifique du Flamand, la discussion entraînerait une mêlée, dans

laquelle l'arme de John Bull, l'usage de tout autre étant prohibé en Belgique, distribuerait nombre de horions.

Passez au déluge, allez-vous me dire !

M'y voici presque, cher confrère, car le sujet de l'observation que je veux Vous rapporter, a été pris par moi, au moment où il sortait de l'arche, dans laquelle, tout un chacun de nous reste emprisonné, neuf mois durant, au milieu des eaux.

Syphilis congénitale, caractérisée par des végétations énormes, le coryza et des tubercules muqueux.

Le 27 septembre 1855, est né un garçon, portant des tumeurs à l'anus.

Le 29, j'étais absent, on le fit visiter par un mien confrère, lequel conseilla de m'attendre.

Le 9 octobre, ce nouveau-né présentait, en avant, à gauche et en arrière de l'anus, trois tumeurs, ayant tout à fait l'aspect des végétations syphilitiques, et dont deux avaient chacune le volume d'une aveline.

A ce symptôme, je reconnus une syphilis héréditaire.

Cet enfant, gras, frais, rosé, à chairs fermes, ne présentant point d'autres accidents vénériens, et sachant que mon savant confrère avait hésité sur le diagnostic de son affection, je ne voulus point commencer immédiatement le traitement approprié, afin de permettre à d'autres symptômes syphilitiques de S6 mOntreI'.

Le père est un égoïste, sot et méchant, duquel on ne saurait obtenir aucun renseignement.

La mère, esclave et courageuse ouvrière, croit son mari propre, et m'affirme n'avoir failli à l'honneur avant comme après son mariage, qui remonte à huit ans, pendant lesquels elle a eu deux enfants. Cependant je lui trouve les piliers antérieurs et le voile du palais rouges, violacés et érythémateux. Elle convient avoir de la raideur et de la sécheresse de la gorge, chaque soir.

Le 20, l'enfant est amaigri et ridé ; il a un coryza, porte des tubercules plats aux fesses et sur le scrotum.

Le 25, mon confrère aidant, j'enlève, avec le bistouri, les excroissances anales,

offrant déjà plusieurs ulcérations chancreuses. L'hémorrhagie, qui a lieu en
nappe et par deux artérioles, est arrêtée promptement à l'aide d'un tampon de
charpie imbibée d'une solution de perchlorure de fer.
Le 25, les plaies sont rétrécies, mais ont la forme chancreuse; deux tubercu-
les plats sont ulcérés superficiellement : l'un, sur la pointe de la fesse droite;
le second, sur le scrotum.
Traitement : pour la mère, le matin à jeun, et le soir deux heures après le
dernier repas, dans une tisane de bardane et de houblon, une cuillerée ordi-
naire de sirop de Larrey avec addition de deuto-chlorure; pour l'enfant : pan-
sement des plaies avec du cérat mercuriel; chaque jour, alternativement, sur un
des côtés de la poitrine, une friction douce, avec soixante et quinze centigram-
mes d'onguent napolitain bien frais. Tous les quatre jours, un grand bain amy-
lacé.
Le 5 novembre, le petit garçon a déjà repris de l'embonpoint, ses plaies chan-
creuses sont guéries; encore quelques tubercules plats; légers coryza et bron-
chite. L'angine de la mère est disparue.
Traitement : pour la mère, ut supra ; pour l'enfant, une embrocation hui-
leuse sur le thorax et le front, de l'eau chaude aux pieds ; suspension des
grands bains, continuation des frictions.
Le 7, le coryza persiste, mais n'est pas aggravé ; encore deux tubercules sur
le prépuce; quelques vésicules eczémateuses sur les deux côtés du thorax.
Suspension des frictions ; mais continuation du traitement indirect.
Le 20, l'enfant gras, frais, à chairs fermes, bien portant, ne porte plus au-
cune trace de sa maladie héréditaire.
Continuation du traitement de la mère.
Vous le reconnaissez maintenant, très-honoré confrère, cette observation mérite
de voir le jour. En effet, elle parle d'un symptôme de la syphilis héréditaire
du nouveau-né, très-rarement rencontré, même dans les hôpitaux, s'il faut en
croire les auteurs que j'ai consultés, au nombre de trente-deux, depuis et y
compris J. Catanée et N. Massa, jusqu'à MM. Maisonneuve, Montanier et Vidal
(de Cassis) inclusivement.
Rosen de Rosenstein et Bertin parlent de ce symptôme.
Cullerier (oncle) dit avoir vu un enfant naître avec des choux-fleurs.
Les porreaux, les verrues, les choux-fleurs, les crêtes de coq, dit M. Lagneau,
s'observent très-rarement chez les enfants. Ils siégent constamment sur les fa-
ces muqueuses, et annoncent toujours une syphilis ancienne. On le remarque
pourtant quelquefois au pourtour de l'anus, sur la face externe des grandes lè-
vres, entre les parties génitales et la partie supérieure des cuisses.
On trouve dans le Traité des maladies des enfants de Billard (5° édition), l'ob-
servation due à Ollivier, d'un enfant couvert de verrues, conséquence d'une
syphilis constitutionnelle.
Tels sont les seuls petits renseignements que j'ai rencontrés dans les auteurs,
ayant quelque rapport avec mon fait.
Celui-ci, à mes yeux du moins, offre encore un autre intérêt.

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