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tompresse isolante ou le mince feuillet d'ouate dont nous avons parlé ; on remet la paupière en place, et l'opération est terminée. » Comme on le voit, plusieurs conditions sont nécessaires pour pratiquer la cautérisation avec le nitrate acide : 1° la paupière doit être retournée, de telle sorte que la partie sous-orbitaire soit entièrement mise à découvert; 2° le globe oculaire doit être fortement dirigé en bas, et suffisamment préservé de toute atteinte de l'agent caustique; 5° on ne doit imbiber le pinceau que de la quantité de caustique strictement nécessaire pour opérer la cautérisation; cette quantité doit, pour ainsi dire, être calculée; il vaut mieux retremper plusieurs fois le pinceau dans le liquide que d'en prendre primitivement une quantité trop considérable; 4° tous les liquides qui recouvrent la conjonctive doivent être absorbés avant l'opération ; il faut ensuite la recouvrir d'un petit morceau de linge, que l'on maintient en comprimant légèrement, et ne découvrir la surface granuleuse qu'au fur et à mesure qu'on la cautérise; 5° on commence lentement la cautérisation, à rebrousse-poils, puis on la termine plus rapidement dans le sens de l'inclinaison granuleuse; 6° la cautérisation achevée, on attend un instant, puis on recouvre la conjonctive cautérisée d'une couche d'huile dont on absorbe l'excédent; on place le tissu isolant, et enfin on remet la paupière dans sa position naturelle. » Après la cautérisation de la paupière supérieure, on renverse la paupière inférieure, et on procède comme nous l'avons indiqué. Ici les difficultés sont moins grandes à surmonter. » Si les granulations ont envahi les deux yeux, on peut, sans désemparer, les cautériser dans la même séance, quand l'opération première n'a pas été trop douloureuse; sinon, il n'y aurait pas de grands inconvénients à remettre la cautérisation du second œil, à quelques heures, jusqu'au moment où les premières douleurs seraient calmées. » Dans les cas ordinaires, quatre, cinq ou six applications de nitrate acide suffisent pour modifier l'état de la conjonctive; si, après cela, il restait encore quelques points granuleux isolés, on pourrait, pour achever la modification, recourir à la pierre infernale ou aux collyres, et aux pommades de nitrate d'argent. » $ 15. — De la cautérisation des granulations qui siégent au col utérin. — « Dans presque tous les cas de granulations utérines que nous avons à traiter, nous employons, pour les détruire, le nitrate acide de mercure. » La femme s'étantinjectée avec dessolutions détersives, l'intestin rectum étant vidé, nous la plaçons, en face du grand jour, sur une table assez élevée. Le spéculum introduit de manière à bien emboîter le col utérin et à le maintenir dans une fixité complète, nous absorbons avec un tampon d'ouate tous les liquides qui pourraient le lubrifier; nous prenons ensuite un pinceau fabriqué comme nous l'avons indiqué plus haut, nous le plongeons dans le nitrate acide, puis nous le portons directement sur le col utérin, et nous cautérisons seulement toute la surface granulée, en pénétrant même, s'il le faut, jusque dans l'intérieur du museau de tanche, où des paquets granuleux se logent quelquefois. Pendant que nous appliquons le caustique, nous avons soin de pousser fortement le spéculum contre le col de la matrice, afin qu'aucune goutte de nitrate ne puisse découler sur les parois vaginales. » La cautérisation opérée, nous recouvrons la surface d'une couche d'huile; nous plaçons un tampon d'ouate que nous serrons assez fortement contre le col utérin, de manière à l'isoler entièrement des parties environnantes, et surtout de la paroi inférieure du vagin, puis nous retirons le spéculum. » Après l'opération, la malade est mise au lit, dans un décubitus horizontal, et on lui pratique dans la journée plusieurs injections, soit avec des solutions détersives ou astringentes, soit avec des décoctions calmantes ou émollientes. On. lui fait en outre subir un traitement général en rapport avec sa constitution, son tempérament et les dispositions particulières dans lesquelles elle peut se trouver. » Ordinairement, après quelques cautérisations, la surface du col est modifiée et présente un bel aspect qui annonce une prompte cicatrisation. | » On favorise le travail réparateur par un isolement continu au moyen de tampons d'ouate, par des pansements avec les poudres de quinquina, de charbon végétal, de calomel, ou bien par des tampons d'ouate imbibés soit de vin aromatique, soit de laudanum, ou recouverts d'onguents calmants ou excitants. » S'il se produisait, après la cautérisation, un violent mouvement fluxionnaire vers l'utérus, il faudrait le combattre par les sangsues à la région hypogastrique, par les frictions à la même région avec des pommades calmantes ou résolutives, par des bains de siége ou des bains généraux prolongés. Cette complication est du reste fort rare. » Quand les granulations du col de la matrice sont anciennes, dures et trèsdéveloppées, le nitrate acide de mercure, malgré son activité, n'obtient plus les mêmes succès, ou du moins ne les obtiendrait qu'après un temps plus ou moins long. Dans ces circonstances toutes spéciales, nous employons la pâte caustique de Vienne que nous appliquons à l'aide de notre porte-caustique objectif.Avec cet instrument, la pâte de Vienne n'est nullement à redouter, on peut à volonté limiter l'étendue et l'épaisseur de l'escharre, et empêcher toute fusée caustique sur les parties saines, voisines du siége du mal. » La construction du porte-caustique objectif du col utérin est excessivement simple; il consiste en une mince tige de 8 à 10 pouces de longueur, surmontée d'un plateau circulaire d'un pouce de diamètre, quelquefois plus, quelquefois moins, suivant les dimensions du col utérin. Ce plateau circulaire, qui coïncide exactement avec l'ouverture utérine du spéculum, est entouré d'un rebord de 2 à 5 lignes de hauteur. Le tout est en étain ou en acier. » Voici comment on procède à cette application : » Le spéculum étant introduit de manière à embrasser et à mettre à découvert toute la partie malade, on le confie à un aide qui a toujours soin de le maintenir immobile contre le col utérin, au moyen d'un léger mouvement de propulsion dans le sens de la direction du col.

» Après avoir nettoyé la partie malade, on introduit dans le spéculum et on applique sur le col utérin le porte-caustique objectif, qui en embrasse toute l'étendue et qui est chargé d'une couche de pâte caustique proportionnée, en largeur et en épaisseur, à l'effet qu'on veut obtenir. On maintient le portetaustique appliqué pendant tout le temps nécessaire à la production de l'escharre. Dix à quinze minutes suffisent ordinairement; après quoi on retire la tige métallique, en évitant de déranger le spéculum. On fait ensuite de nombreuses injections pour enlever jusqu'aux moindres atomes du caustique, on interpose enfin un bourdonnet d'ouate ou de charpie, on retire le spéculum et l'opération est finie.

» Par ce procédé, il n'y a jamais que le col utérin qui puisse être atteint par l'action destructive du caustique, action que l'on peut porter aussi profondément et superficiellement que l'on veut.

» Si les débris de caustique se détachaient pendant l'opération, ils tomberaient forcément dans le spéculum qui garantit les parties environnantes. Avec ce procédé on n'est jamais embarrassé par l'hémorrhagie, et on peut le réappliquer plusieurs fois si les circonstances l'exigent.

» On pourra, après une première cautérisation par le procédé que nous venons de décrire, recourir au nitrate acide de mercure, qui alors aura beaucoup plus de chances de réussir.

» Nous avons eu recours à ce procédé dans un cas de granulations très-invétérées du col utérin, qui avaient résisté à divers traitements, et notre tentative a obtenu un succès rapide et complet. »

CHAPITRE VII.
C0NCLUSIONS.

Les blennorrhagies sont simples ou virulentes. Les blennorrhagies virulentes sont produites par le virus chancreux ou par le virus granuleux déposés sur une muqueuse. Les blennorrhagies virulentes sont donc : A, des blennorrhagies chancreuses; B, des blennorrhagies granuleuses. Les blennorrhagies granuleuses sont caractérisées par un élément anatomopathologique spécial, appelé granulation. t La granulation est constituée par un tissu néoplastique sans analogue sur les muqueuses, et fortement vascularisé. L'écoulement de la blennorrhagie granuleuse est constitué par un pus virulent, qui par la contamination donne lieu à une affection en tout semblable à celle qui le produit. Les granulations se présentent sous la forme aiguë et sous la forme chronique. Les phénomènes généraux de l'affection granuleuse sont inflammatoires. Ces phénomènes plus ou moins intenses accompagnent toujours l'affection granuleuse. La blennorrhagie granuleuse est donc une affection spécifique se manifestant sous la forme inflammatoire.

On ne peut confondre l'affection granuleuse ni les granulations avec les altérations produites par l'inflammation simple. Les caractères qui différencient les granulations des hypertrophies papillaires et folliculeuses sont trop tranchés pour que jamais on puisse les confondre. Les blennorrhagies granuleuses présentent des symptômes caractéristiques qui ne peuvent jamais être confondus avec ceux : A, de la blennorrhagie simple, et B, de la blennorrhagie chancreuse. Les bubons ou tuméfactions ganglionnaires que l'on rencontre dans l'affection granuleuse sont sympathiques de la phlegmasie. Ils n'affirment donc rien au point de vue de la nature de l'affection. Ces bubons ne constituent qu'une simple complication. La blennorrhagie granuleuse est due à une cause déterminante spécifique contagieuse, le virus granuleux, qui, déposé sur les muqueuses oculaire, uréthrale, et vagino-utérine, y détermine toujours la même altération en reproduisant à l'infini et le virus et la granulation. Les granulations, sous le point de vue étiologique et symptomatique sont primitives ou consécutives. Le traitement de la blennorrhagie granuleuse est prophylactique et curatif. Le traitement curatif doit être la cautérisation. La cautérisation doit être profonde, égale, et fréquemment répétée. Les limites de la cautérisation sont indiquées par la destruction complète du mal. Le caustique que l'expérience a démontré être le plus efficace est le nitrate acide de mercure. Dans certains cas il faut avoir recours au nitrate d'argent fondu. Le chlorure mercurique produit de bons effets lorsqu'il y a surabondance de pus, et qu'on est à la période suraiguë. L'acétate plombique, l'acide tannique, le tannate plombique et la teinture d'iode sont utiles pour provoquer le travail réparateur, après la destruction complète des granulations. Les granulations anciennes, invétérées, doivent être détruites par la cautérisation.Avant de procéder à la cautérisation, on doit quelquefois avoir recours à l'excision et aux scarifications. Lorsque l'affection granuleuse se présente à l'état suraigu, il faut avant la cautérisation conjurer les accidents inflammatoires. Dans tous les cas, pendant le cours de la médication modificatrice un traitement antiphlogistique et dérivatif énergique doit être mis en usage.

CHAPITRE VIII. 1" OBsERvATIoN. Blennorrhagie granuleuse de l'œil; observation recueillie dans le service de M. Thiry par M. L. Hyernaux, élève interne. Le nommé Henri Verh..., âgé de 25 ans, d'une bonne constitution, tempérament sanguin, se présente à la clinique le 18 avril 1852. Il y avait alors neuf semaines, qu'ayant eu des rapports avec une femme dontl'état de santé lui était inconnu, il fut atteint d'un écoulement blennorrhagique au troisième jour du rapprochement; soit insouciance, soit crainte de révéler son mal, il souffrit d'abord en silence et dans le secret les tourments de son affection. Cependant, le 10 avril, le malade, en se levant, s'aperçoit qu'il a l'œil gauche endolori, rouge, enflammé; la paupière supérieure était légèrement tuméfiée et il existait une photophobie que l'éclat de la lumière exaspère encore. Croyant que c'était une simple ophthalmie catarrhale, qui ne tarderait guère à se dissiper, il n'y prêta aucune attention. Ce n'est que huit jours plus tard, alors que le mal, loin de diminuer, revêtit des caractères qui commencèrent à l'inquiéter, qu'il se rendit à l'hôpital SaintPierre. Voici les symptômes qu'il présente à son entrée : La matière qui s'écoule du canal de l'urèthre est épaisse, jaunâtre, homogène et présente tous les caractères physiques du pus le mieux formé. L'œil gauche est fermé, la paupière supérieure, fortement tuméfiée, recouvre tout le globe oculaire ; elle est d'une couleur rouge violacé très-prononcé , l'inférieure l'est beaucoup moins. Un chémosis considérable forme un bourrelet tres-saillant au pourtour de la cornée restée saine. Une matière purulenté s'écoule en abondance par le grand angle de l'œil. En renversant la paupière supérieure, on la voit d'une rougeur vive; on y découvre, à l'œil nu, de petits points d'un rouge amarante, saillants, imbriqués dans le sens du cours du liquide qu'ils sécrètent constamment, c'est-à-dire vers les points lacrymaux. Ces éminences deviennent plus nombreuses, à mesure qu'on les examine plus près du pli oculo-palpébral. De petits sillons entrecroisés dans tous les sens, sans affecter dans leur distribution la moindre symétrie, séparent ces petites saillies; on en voit sourdre instantanément , à mesure qu'on l'absterge, le pus qui s'étend ensuite en nappe sur toute la conjonctive : il en comble ainsi les sillons et y occasionne une apparente uniformité. La muqueuse, dépourvue d'épithélium, saigne au moindre contact. Afin de ne pas laisser de doute dans l'esprit des nombreux élèves et des praticiens étrangers qui se trouvaient présents , on introduisit, au moyen d'une curette, une gouttelette de la matière sécrétée par ces granulations, dans le canal sain d'un individu qui voulut bien se prêter à cette expérience. Une blennorrhagie granuleuse fut prédite chez ce jeune homme, et l'observation du lendemain nous fit constater ce fait. En effet, 24 heures après la contamination, l'écoulement se manifestait. La moindre pression à l'orifice uréthral en faisait sourdre des stries de sang mêlées à du pus qui se renouvelait sans cesse. Un traitement énergique fut immédiatement prescrit : la cautérisation avec une solution concentrée de nitrate d'argent d'abord, avec le crayon ensuite, parvint à grand'peine à triompher de cette uréthrite granuleuse qui, si elle avait été simple, purement catarrhale, ne se serait certes pas montrée aussi réfractaire. Ce n'est qu'après six semaines d'un traitement assidu et toujours

modificateur, que l'écoulement s'arrête.

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