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Chimie médicale et pharmac.

MÉMoIRE sUR LA vALEUR DEs GRAINs ALIMENTAIREs ; par M. JULEs REISET. Première partie. — Une des plus intéressantes questions qui se présentent dans l'étude de l'économie rurale , c'est sans contredit la détermination de la valeur des grains employés à l'alimentation des hommes et des animaux. Sur les marchés, l'acheteur recherche toujours un blé lourd , une avoine lourde ; il entend par là donner la préférence au grain qui, sous le même volume, présente le poids le plus considérable. Cette préférence est-elle justifiée ? Le grain qui pèse le plus a-t-il une valeur alimentaire plus grande ? Telle est la question que M. Reiset s'est proposé d'étudier. Cette première partie de son travail comprend seulement les expériences qui se rapportent au blé ; l'auteur fera connaître plus tard le résultat de ses recherches sur les autres grains alimentaires. Expériences sur le blé. Si l'on cherche à déterminer avec précision le poids d'un volume donné de blé, on rencontre de nombreuses difficultés; en effet le poids d'un volume de grain dépend nécessairement : 1° de la méthode suivie pour le mesurer; 2° de la densité réelle des grains; 5° de leur forme ; 4° enfin de leur état d'hydratation. L'auteur examine successivement ces différentes causes de variation dans le poids d'un volume donné de grain. La méthode la plus généralement adoptée pour arriver à des résultats comparables en pesant un hectolitre de grain, consiste à verser ce grain à la pelle dans une mesure d'un demi-hectolitre, en ayant soin de ne pas ébranler la mesure et d'y faire tomber le grain vers le centre en tenant la pelle à 10 centimètres environ au-dessus de cette mesure. On fait tomber l'excédant du grain en passant une seule fois le manche de la pelle sur la surface de la mesure. En procédant ainsi on obtient des résultats tout à fait comparables. Mais cette méthode n'était pas praticable pour une série nombreuse d'expériences, elle exigeait une quantité trop considérable de chaque échantillon de grain. M. Reiset a dû recourir à un appareil particulier que M. Busche lui a fait connaître , et qui lui a fourni des données tout à fait satisfaiSantes. Cet appareil se compose d'une trémie métallique en forme d'entonnoir, glissant le long d'une tige métallique garnie d'un Pied et pouvant être fixée à une hauteur

déterminée au moyen d'une vis de pression. L'orifice inférieur de l'entonnoir a 2 centimètres de diamètre; il est fermé par un petit couvercle à charnière s'engageant sur un ressort à bouton. La trémie chargée de grain, il suffit de presser légèrement le ressort à bouton : le couvercle s'ouvre brusquement en dehors et le grain tombe dans la mesure disposée pour le recevoir, et qui consiste en un cylindre en cuivre d'un demi-litre. En opérant ainsi on obtient aussi exactement que possible le poids d'un volume déterminé de blé; mais pour connaître la pesanteur spécifique réelle, il faut tenir compte du vide laissé entre chaque grain de blé , de son volume et de sa forme, sans les modifier. Le poids que l'on considère indépendamment de ces circonstances n'est donc que le poids apparent. La densité a été prise au moyen du voluménomètre décrit par M. Regnault dans les Annales de chimie et de physique , t. XIV , p. 207. L'état d'hydratation du blé a été apprécié en chauffant le grain grossièrement pulvérisé dans un bain d'eau bouillante, en même temps qu'il était soumis à un courant d'air sec. M. Reiset a ensuite reconnu la richesse relative des blés en gluten et en albumine en déterminant la quantité d'azote qu'ils fournissaient à l'analyse , et calculant d'après cette donnée les proportions correspondantes de matières azotées qu'ils devaient contenir. Les expériences ont été faites sur un très-grand nombre de blés d'origine trèsdiverses ; elles ont conduit l'auteur à des conclusions générales très-importantes que nous croyons devoir reproduire ici textuellement. « Le poids d'un volume déterminé de blé dépend de la méthode suivie pour le mesurer, de la densité réelle des grains , de leur forme et enfin de leur état d'hydratation. » La densité réelle des grains n'est pas généralement en harmonie avec leur poids apparent : on peut trouver que la densité la plus élevée correspond à un des plus faibles nombres pour le poids apparent du litre. D'un autre côté, un poids apparent très-élevé peut correspondre à une densité au-dessous de la moyenne. Les plus grandes variations que subit le poids apparent des blés doivent être attribuées , presque exclusivement, à la forme même du grain; ainsi le blé le plus lourd présentera une forme ovoïde ou globulairc homogène, ce qui permet aux grains de se placer plus également et en plus grande quantité dans les mesures. La proportion d'eau dans les blés examinés varie entre 12 et 19 pour 100 comme limites extrêmes : chaque espèee de blé paraît s'assimiler une quantité d'eau normale, qu'il retient avec une certaine affinité dans les circonstances atmosphériques ordinaires. Par une dessiccation fractionnée, le grain éprouve une contraction sensible; la densité augmente, mais le poids apparent du litre diminue. En absorbant de l'eau, le grain se gonfle, la densité et le poids apparent du litre vont en diminuant. Le grain, gonflé par une absorption d'eau accidentelle, ne reprend pas son volume primitif par la dessiccation, son poids apparent et sa densité deviennent et restent très-faibles. La proportion de gluten a varié de 10,68 à 17.95. Il n'existe aucune relation entre le poids apparent des diverses espèces de blés examinés et leur richesse en matière azotée. La proportion de gluten paraît généralement augmenter avec la densité des blés. Les blés durs et glacés présentent les plus fortes densités et contiennent aussi plus de gluten que les blés tendres. Les blés examinés ont donné 1,77 à 2,25 de cendres ; on trouve généralement réunies, dans le même blé, avec la plus grande proportion de cendres, la plus grande richesse en gluten et la plus forte densité. En prenant pour base du prix des blés leur richesse en gluten , on devrait payer 25 francs ou 15 francs 57 c. les 100 kilogrammes d'un blé, suivant qu'il contiendrait 15,51 de gluten , comme le blé hérisson , ou 9,54 comme certain blé anglais. En choisissant , pour faire son pain, un blé plus ou moins riche en gluten, l'ouvrier qui consomme environ deux livres et demie de pain par jour, peut augmenter sa ration quotidienne d'une quantité de matière azotée correspondant à une demi-livre de viande de bœuf. Dans les conditions qui servent aujourd'hui de bases aux transactions commerciales, le producteur n'a aucun intérêt à livrer au consommateur des blés riches en matières azotées; ces variétés de blés, ordinairement durs et glacés, appauvrissent notablement le sol , et sont presque toujours dépréciées sur les marchés, parce qu'elles fournissent une farine un peu moins blanche que les blés blancs à écorce tendre. 1.'analyse des blés récoltés , à différents états de maturité, montre que la quantité

d'eau diminue dans le grain à mesure que la maturité augmente. Il existe aussi une certaine variation dans les proportions de gluten contenues dans les blés. Ces variations sont cependant peu importantes et ne paraissent pas suivre une marche déterminée. Dans une même variété de blé, les gros grains parfaitement développés contiennent plus d'eau et moins de gluten que les grains maigres. Le poids de l'hectolitre de blé ne donnant que de très-faibles indications sur la qualité du grain, la vente au volume ne présente que des inconvénients. Le gouvernement, en établissant la vente au poids sur une base uniforme, rendrait un véritable service à l'agriculture en faisant cesser la confusion qui existe aujourd'hui sur les marchés, par l'emploi d'un système mixte. (Journal de pharmacie et de chimie. )

IIistoire naturelle médicale.

SUR LA RACINE DE L'ARBoUsIER (Arbutus unedo), coMME sUcCÉDANÉE DE LA RACINE DE RATANHIA. Rapport sur une note de M. GUYoT DANNECY, pharmacien à Bordeaux; par M. E. SOUBEIRAN.

La Société de pharmacie a renvoyé à mon examen une note de M. Guyot Dannecy sur la racine de l'arbousier, comme succédanée du ratanhia. — La note n'est pas longue, je la rapporterai textuellcment. « L'arbousier, de la famille des Ericinées, paraît être originaire du midi de l'Europe et de la partie septentrionale de l'Afrique, où il paraît préférer les terrains arides et sablonneux. Son port très-élégant, ses feuilles persistantes toujours vertes, dont la couleur tranchc agréablement avec le rouge vif de ses fruits, en font un des arbustes les plus recherchés des jardins d'agrément. » Les usages de cette plante dans les pays où elle croit spontanément et où elle se trouve en grande abondance sont très-limités. Dans plusieurs cantons seulement, les feuilles ont été employées pour remplacer l'écorce de chêne dans le tannage des peaux; les fruits l'ont été quelquefois dans la médecine domestique comme astringents. Là se bornent ses usages comme agent thérapeutiquc et son emploi comme élément industriel. » L'abondance du principe astringent renfermé dans toute la plante , m'avait » fait soupçonner que la racine sortement colorée en rouge dans la plus grande

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partie de sa masse et présentant un aspect résineux , pourrait bien receler un principe extractif susceptible d'être utilisé. Quelques essais tentés dans ce but » viennent de réaliser mes prévisions. » Cette racine convenablement divisée et traitée dans l'appareil de déplacement par l'eau-de-vie et l'eau, a fourni un extrait ( représentant le cinquième de la substance employée ) d'une magnifique couleur grenat , parfaitement soluble dans l'eau froide , d'une saveur astringente sans amertume, et présentant tous les caractères de l'extrait de ratanhia préparé dans nos officines. » Cet extrait avec lequel nous avons préparé un sirop, une teinture, des pilules, a été expérimenté par quelques praticiens et leur a paru à tous et dans tous les cas remplacer l'extrait de ratanhia. » Il est permis d'espérer de ces diffé» rents essais, que la racine d'arbousier, » se prêtant aux différentes formes phar» maceutiques, pourra remplacer la racine » de ratanhia dont elle partage les pré» cieuses propriétés et viendra prendre , ) > #

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place à côté des astringents les plus employés. Heureux, si ces recherches peuvent acquérir à notre matière médicale une substance nouvelle et utile et don» ner de la valeur à un produit si abon» *dant dans nos contrées (les Landes) , • d'ailleurs si déshéritées en productions » agricoles. » GUYoT DANNECY, pharm. à Bordeaux. »

J'ai fait des expériences pour répondre au désir de la Société de pharmacie, mais j'ai cru ne pas devoir me borner à la comparaison de l'extrait de racine d'arbousier avec l'extrait de ratanhia. Il m'a semblé qu'il y aurait avantage à marquer sa place parmi les astringents à base de tannin de l'usage le plus ordinaire. Cette comparaison devait me conduire d'ailleurs à une appréciation comparative de cet ordre de médicaments, qui ne paraît jamais avoir été faite convenablement. Les astringents sur lesquels j'ai opéré ont été : Cachou en masse du Pégu. Cachou en galettes de l'Inde. Kino de la Jamaïque. Kino d'Amboine. Extrait d'écorce de chêne. de monésia. de racine de bistorte. d'arbousier. de ratanhia. de tormentille.

J'ai fait une première série d'expérien

ces, en prenant pour terme de comparaison l'impression d'astriction plus ou moins prononcée que produisait sur la bouche la dissolution de ces divers extraits. Chaque dissolution avait été préparée avec un gramme de chacun des extraits et 50 grammes d'eau froide à 20°. J'ai pris 10 centimètres cubes de chaque dissolution que j'ai étendus avec 50 centimètres d'eau, et j'ai goûté comparativement les liqueurs. Après un premier classement approximatif, les dissolutions ont été reprises deux à deux en opérant successivement sur les deux plus voisines et en laissant un grand intervalle de temps entre chaque dégustation, pour conserver à l'organe du goût toute sa sensibilité et sa sûreté de jugement. Voici l'ordre dans lequel les divers extraits astringents se sont placés, en commençant par les plus sapides.

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J'ai pris alors 10 centimètres cubes de chaque liqueur, je les ai étendus dans 500 centimètres cubes d'eau et j'ai ajouté un peu de chlorure ferrique qui a coloré diversement chaque dissolution. (Cachou de Pégu en vert, cachou de l'Inde, extrait de monésia et les deux kino en brun, extrait de ratanhia en gris sale, les autres en bleu).

J'ai alors étendu chacune de ces liqueurs colorées avec de l'eau jusqu'à ce que la coloration cessât d'être sensible. C'était un moyen d'estimer la proportion de tannin, et par suite la propriété astringente de chaque liqueur, moyen approximatif seulement , parce que le tannin est accompagné par des matières extractives colorées, qui elles aussi ont leur action colorante sur le sel de fer et parce qu'il n'est pas possible de reconnaître avec précision le moment où la couleur due au tannate de fer a disparu. L'expérience pouvait cependant être utile en ne lui demandant que ce qu'elle pouvait donner, c'est-à-dire seulement une classification générale. 1 million de parties d'eau ont cessé d'être colorées quand la dissolution ne contient plus que

8 parties de cachou dc Pégu.
10 — de kino de la Jamaïque.

12 parties de kino d'Amboine.

14 de cachou de l'Inde.

15 d'extrait de monésia.

15 d'extrait de ratanhia.

55 d'extrait de tormentille.

50 d'extrait de bistorte.

55 — d'extrait d'écorce de chêne. 160 d'extr. de rac. d'arbousier.

C'est le même ordre qui avait été trouvé par l'épreuve organoleptique. Sur ces indications , on pouvait présumer que cet ordre représente aussi la puissance médicinale comparée de ces divers astringents et en effet ils s'accordent assez bien avec les effets observés dans la pratique des médecins. Je trouve, en effet, que M. Trousseau a mis sur le même rang le cachou, le kino et l'extrait de ratanhia. Les légères différences qu'il a observées s'expliquent assez bien par la difficulté de déterminer à quelle espèce commerciale il a eu affaire, et aussi parce que les sucs commerciaux de même origine ne sont pas toujours identiques dans leur composition. Les kinos et les cachous du commcrce sont loin d'être toujours les mêmes ; mais il me paraît que le cachou de Pégu marche incontestablement le premier. Quant à l'extrait de ratanhia, malgré le rang secondaire qu'il occupe dans les séries, j'estime bien acquise la réputation dont il jouit dans l'esprit des médecins, parce qu'il est très-actif, quand il a été bien préparé, parce qu'il est plus constant dans sa composition que les divers sucs astringents du commerce et que l'on peut compter davantage sur la régularité de ses effets. M. Trousseau place aussi l'extrait de monésia sur le même rang que l'extrait de ratanhia. Les expériences que j'ai rapportées sont tout à fait d'accord avec l'opinion de ce savant thérapeutiste. M. Trousseau reconnait que l'extrait de tormentille est un astringent très-énergique. C'est comme tel qu'il est classé depuis longtemps dans la matière médicale. Il doit venir cependant après l'extrait de ratanhia , mais il se recommande parce qu'il est le produit d'une plante extrêmement commune dans tous les bois et dont les médecins de campagne ne savent pas assez le parti qu'ils pourraient tirer. Mes expériences, comme celles de M. Trousseau, placent l'extrait de bistorte bien en arrière, sur le même rang à peu près que l'écorce de chêne. L'extrait de racine d'arbousier est bien plus loin : j'en puis donc conclure que M. Guyot Dannccy s'est fait illusion sur sa valeur. Il peut sans doute être utilisé comme astringent; mais il est loin de pouvoir supporter

la comparaison avec l'extrait de ratanhia ; il arrive encore loin après l'extrait de tormentille et même après l'écorce de chênc et de bistorte. Il est bon de remarquer que l'astriction comparée de ces divers astringents n'est pas la seule considération dont le médecin doive s'enquérir. Il trouve bientôt que, pour avoir un principe commun, ces médicaments , même en tenant compte de leur différence d'astriction, ne sont pas tellement identiques dans leur action que dans certaines circonstances on ne doive préférer les uns aux autres. D'abord le tannin, que l'on rencontre dans les divers végétaux, n'est pas un principe absolument semblable à lui-même. Il se présente avec de légères variations dans ses propriétés qui sont assez tranchées pour ne pas le confondre au point de vue médical. Les substances qui contiennent du tannin, considérées sous ce rapport, ne diffèrent plus entre elles seulement par les proportions différentes de ce principe, mais parce qu'il est lui-même différent. Ainsi, tandis ue le tannin de la noix à galle et la noix † galle elle-même ont une saveur astringente des plus désagréables et un caractère de stypticité qui a quelque chose de révoltant pour les tissus, le tannin du cachou, de la racine de ratanhia, de l'écorce de monésia et de la rose rouge sont plus doux et sont mieux supportés. La noix de galle, à cause de sa saveur styptique et presque mordicante, est plus spécialement réservée pour l'usage externe et l'on peut compter toujours sur son activité. L'extrait de ratanhia, le kino, l'extrait de monésia sont plus appropriés à l'usage interne. Ce sont des médicaments d'une action sûre, mais contre lesquels nos tissus se révoltent moins. L'extrait de monésia est surtout très-remarquable sous ce rapport par la présence d'une matière sucrée dont la saveur domine d'abord celle du tannin. L'écorce de chêne n'est employée d'habitude qu'à l'extérieur; elle a un caractère tout particulier : à cause de l'abondance des matières extractives qui accompagnent le tannin, elle doit pénétrer les tissus plus facilement et leur laisser plus de souplesse. C'est cette même singularité d'effet qui lui donne un avantage marqué, pour le tannage des peaux, sur des matières tannantes plus pures. Le cachou, par sa saveur agréable , est plus spécialement approprié aux cas dans lesquels on recherche plutôt la propriété tonique du tannin que ses effets astringents. La rose rouge, que son odeur rend agréable, est employée de préférence pour faire une conserve et un mellite, qui sont devenus des remèdes populaires, dont les médecins eux-mêmes se décident souvent à tirer parti. Malgré la propriété que le tannin possède de se combiner aux tissus et d'en resserrer la trame, les médicaments qui le contiennent, introduits dans le tube digestif, sont cependant absorbés, et ne tardent pas à produire leur effet sur l'économie générale. L'absorption est évidente et se trahit par les effets qui se produisent et l'influence sur des flux hémorrhagiques éloignés. Il m'a semblé intéressant cependant d'observer directement le passage de la matière tannante à travers le tube intestinal. L'expérience a été faite avec un intestin grêle d'un porc qui venait d'être tué il y avait une heure à peine. J'en ai enlevé la membrane péritonéale, et j'ai lavé l'intérieur de l'intestin en y faisant passer un courant d'eau, sans exercer de pression ni de frottement de peur d'altérer les villosités intestinales. Pour faire l'expérience, je prenais un bout d'intestin dont je plongeais la partie moyenne dans un cylindre de verre court et large, tandis que je laissais pendre les deux extrémités en dehors. Dans l'intestin, je mettais une dissolution de la matière tannante qui occupait 5 centimètres de hauteur, et dans l'intérieur du vase je mettais une liqueur albumineuse faite avec deux parties de blanc d'œuf et une partie d'eau. Les dissolutions des matières astringentes ont toutes été préparées dans les proportions où on les fait entrer souvent dans les potions, savoir 4 grammes d'extrait pour 100 grammes d'eau. Dans toutes les expériences, le tannin a traversé l'intestin; il a augmenté sa consistance, et a dessiné nettement les villosités. Il a pénétré dans la liqueur albumineuse, où sa présence a été accusée par l'épaississement et la coagulation qui se sont produits, et a pu être décelée encore par la coloration que les sels de fer faisaient prendre à la liqueur. A la vérité, on pourrait ne voir là qu'un phénomène d'endosmose et d'imbibition ; l'expérience démontre toutefois que le resserrementdes tissus n'est pas un obstacle au passage de la matière tannante. Dans l'état de vie, ce passage du tannin est suffisamment prouvé par les effets du médicament qui vont se produire au loin. Il suffit d'une faible quantité de tannin pour donner au sang de la consistance, augmenter sa plasticité et diminuer sa propriété de pénétration a travers les membranes, en même temps que la présence du tannin peut lui per

mettre d'agir localement sur les tissus qui sont le siége d'un flux trop abondant et de les tonifier. Le passage du tannin de l'intestin dans le système circulatoire recevrait une nouvelle preuve si l'on pouvait y constater sa présence. M. Hennig assure qu'on le retrouve dans l'urine à l'état d'acide gallique. Je ne conteste pas le fait, mais je n'ai pu retrouver ici le tannin ni l'acide gallique dans l'urine d'un malade qui prenait tous les jours 1 gramme de tannin, ni dans celle de différents malades à qui leur médecin faisait prendre de l'extrait de ratanhia. J'opérais à la fois sur l'urine de toute la journée; mais je ne l'ai jamais vue se colorer par les sels de fer, et la liqueur alcaline cuivreuse de M. Poggiale n'y a pas produit, même à chaud, la moindre précipitation de cuivre métallique. (Journal de pharmacie et de chimie.)

Falsifications.

RÉACTIFs PoUR REcoNNAITRE LA PURETÉ DEs HUILEs voLATILEs ; par M. G.-H. QELLER.

Huiles d'amandes amères.

Outre le poids spécifique et l'odeur particulière qui peuvent faire reconnaître cette huile, on peut constater : 1° sa grande solubilité dans l'acide sulfurique : la solution est claire, colorée en brunrougeâtre et sans décomposition visible ; 2° l'action lente de l'acide nitrique sur cette huile; 5° la solubilité partielle de l'iode dans la même huile ; 4°l'indifférence du chromate de potasse sur cette essence ; 5° l'élimination des cristaux résultant de sa solution dans un solutum alcoolique de potasse caustique ; 6° son épaississement particulier par l'ammoniaque caustique et l'acide chlorhydrique, et l'élimination des cristaux provenant des solutions alcooliques de ces nouveaux composés; sa réaction sensiblement acide.

Huile de girofle.

Cette huile est facilement reconnaissable aux caractères suivants :

1° Mêlée avec la solution alcoolique de potasse, elle se prend entièrement en masse cristalline, en perdant en même temps complétement son odeur de girofle.

2° Mêlée avec l'ammoniaque liquide, il se forme un coagulum butyreux qui cristallise après la fusion.

5° L'acide nitrique la décompose en formant une masse solide d'un brun rougeâtre.

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