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réussir : c'est là une vérité qui nous est démontrée et que nous ferons connaître un jour dès que nous aurons un nombre de faits qui nous permettra de formuler les lois qui doivent établir la règle générale. HISTORIQUE.

En 1841, le chirurgien en chef de l'hôpital de Novarre, M. Pagani, injecta de la teinture d'iode dans un kyste séreux de l'abdomen qui était contenu dans les lames du péritoine (Annali universali di medicina, agosto 1841); pour nous c'est la première injection faite en contact avec la membrane séreuse de l'abdomen, car nous ne pouvons regarder le fait de M. Boinet comme étant le premier où la teinture d'iode a été mise en contact avec le péritoine, dans l'observation qu'il rapporte d'un abcès de la fosse iliaque.

Il est un autre point historique que nous chercherons à élucider. On se rappelle qu'en 1845, une discussion s'est élevée entre deux hommes pour qui nous avons une égale estime, bien que cependant il en est un avec qui nous sympathisions davantage à cause de nos rapports journaliers et de ses qualités toutes personnelles que nous apprécions hautement. M. le docteur Velpeau et M. le docteur Bonnet ont prétendu avoir des droits à la priorité des injections dans les cavités séreuses. Eh bien ! en recherchant dans les annales de la science, on trouve que trois médecins s'occupaient en même temps de la même question, et que par conséquent ils ont tous trois des droits à la priorité, ou pour mieux dire, qu'elle n'appartient à personne. Les maladies des cavités closes étaient un point de vue vers lequel les esprits étaient tendus; la route était ouverte, plusieurs voyageurs l'ont parcourue en même temps. Tel est en somme le résultat des faits historiques, car si d'un côté nous voyons M. Velpeau, en février 1859, tenter des essais avec l'injection iodée, nous voyons que M. Pagani, en mai 1841, tenta l'injection iodée dans un kyste du péritoine par suite, dit-il, de ses recherches cliniques au moyen de l'injection de la teinture alcoolique d'iode dans l'hydrocèle ; ce qui peut faire supposer qu'il s'occupait de la question avant 1841. Mais si, restreignant le champ de cet historique, nous nous bornons aux faits qui ont trait aux cavités closes, nous pensons qu'il faudra établir la priorité d'après les faits livrés à la publicité. Ainsi, on trouve, comme ayant le premier fait cette tentative, M. Pagani, puis M. Dieulafoy de Toulouse et M. Leriche en troisième lieu; mais chose bizarre, dans cette question se présente la même circonstance que pour l'histoire des injections dans les articulations, car j'avoue avec toute humilité que je ne connaissais aucun des faits dont je viens de parler, lorsque je fis ma première injection ; ce n'est que plus tard en voulant rédiger une note à ce sujet, que je trouvai les observations de MM. Pagani et Dieulafoy; et cependant, suivant un article que la Gazette médicale de Lyon vient de publier, il faut en rapporter tout le mérite à M. Boinet, car, dit-on, c'est à lui qu'appartient d'avoir généralisé l'emploi des injections iodées. Eh bien, pour notre compte, nous dirons que lorsque nous avons fait des injections d'iode, soit dans les abcès dits par congestion, soit dans les hydropisies ascites, non-seulement nous n'avions pas connaissance des travaux de M. Boinet, mais nous ignorions même complétement qu'il y eut un chirurgien de ce nom, non pas que nous ayons pour cela la prétention de rabaisser en quoi que ce soit le mérite et la valeur de l'homme, mais nous tenons à rétablir les faits dans leur ordre naturel au point de vue général ; car à Lyon, c'est n0us qui, le premier, avons fait des injections d'iode dans le péritoine, soit dans notre pratique civile, soit dans les hôpitaux; et c'est nous, après M. Dieulasoy, qui avons fait des injections iodées pour le traitement des hydropisies ascites, bien que cependant, comme nous l'avons déjà dit, nous ne connaissions pas alors le fait du chirurgien de Toulouse, et ce n'est pas sans surprise que nous avons vu l'Académie de médecine accorder un prix à M. Boinet pour les injections d'iode contre les hydropisies ascites, alors que nous avions adressé un mémoire à ce sujet à l'Académie. M. Bégin, alors président (1849) m'annonçait qu'une commission était formée pour examiner le travail et qu'un rapport serait fait à ce sujet. Nous n'avons pas la prétention de la faire revenir sur Sa décision. DES CAVITÉS SÉREUSES ET DE LEUR IDENTITÉ. Le traitement des hydropisies des grandes cavités closes par les injections iodées est-il rationnel? ou, en d'autres termes, puisqu'il a été emprunté à la thérapeutique des hydrocèles et de certains kystes, existe-t-il une certaine analogie entre la séreuse de la poitrine et la membrane séreuse de l'abdomen, et la tunique vaginale du testicule, soit au point de vue de la structure, soit au point de vue de la sécrétion? E. Huoskhe (Encyclopédie anatom., splanchnologie, pages 178 et suivantes, article Péritoine) dit : « Le péritoine est le sac séreux » qui tapisse la cavité abdominale et les viscères logés dans cette cavité, à l'égard desquels il se comporte comme les autres membranes séreuses, » c'est-à-dire qu'il les enveloppe en manière de gaîne; c'est la plus im» portante, la plus étendue et la plus compliquée de toutes les membra» nes séreuses ; la plus importante, parce c'est de lui que naissent la plupart » des autres, du moins la tunique vaginale du testicule, la plèvre et peut-être aussi le péricarde. » Diemerbroeck n'est pas moins explicite (tome 1", page 40) : « La membrane extérieure du péritoine forme dans les hommes deux productions, ou allongements en forme de fourreaux, ou canaux assez larges qui descendent vers le scrotum pour la défense des testicules et des vaisseaux spermati» ques. » M. Cruveilhier est plus explicite encore : « La tunique vaginale est formée par un prolongement du péritoine qui ne tarde pas à se séparer complétement du sac séreux dont il est une émanation pour constituer une membrane séreuse distincte. Dans plusieurs espèces d'animaux, la tunique vaginale communique avec le péritoine à tous les âges de la vie, et cette communication n'existe chez l'homme que dans des cas exceptionnels considérés comme des arrêts de développement. » • Le système séreux, dit Bichat, est formé par le péritoine, la plèvre, le péricarde, l'arachnoïde, la tunique vaginale, etc. » Non seulement la nature des séreuses est la même, mais encore leurs produits

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de sécrétion sont semblables. Ainsi, tout le monde connaît ce passage de Bichat : « La nature des fluides du système séreux est bien manifestement albumineuse, » les expériences de Howson, de Rouelle et Fourcroy, les analyses toutes ré» centes confirment ce fait, et les résultats auxquels la chimie organique est » arrivée, ne permettent pas de doute à cet égard. » M. Velpeau, dans son Traité des cavités closes, à l'article Séreuses, dit : « Le mode d'origine et les fonctions se confondent d'une manière presque géné» rale dans les cavités closes ; dans les cavités splanchniques, les organes entre » lesquels existent des cavités closes, sont doués de mouvements presque con» tinuels de déplacements inhérents à leur fonction spéciale ; il n'est pas jus» qu'à la glande séminale qui ne soit soumise dans le scrotum à des glissements » presque perpétuels. » Examen des opinions qui sont en faveur des injections iodées dans les grandes cavités closes.

L'analogie qui existe entre toutes les séreuses étant établie, nous ne voyons pas pourquoi l'ascite et l'hydrothorax ne pourraient pas se guérir aussi bien que les autres épanchements des autres séreuses identiques dans leur composition anatomique. Pourquoi donc une injection iodée dans la poitrine ou dans l'abdomen serait-elle plus à redouter que celle qui est faite dans la tunique vagi. nale ou dans les membranes synoviales ? Serait-ce parce que le péritoine doué de peu de sensibilité à l'état normal, pourvu de vaisseaux sanguins peu nombreux, semble devoir être peu disposé aux inflammations aiguës par causes traumatiques ? Est-ce l'organisation intime de ces séreuses qui n'offrent à leur intérieur ni villosités, ni follicules, ni glandes, qui ne peuvent produire aucun phénomène de nutrition ou d'excrétion, et sont par cela même étrangères aux organes qu'elles enveloppent ?Est-ce que leur fonction n'est pas toute passive.Au milieu d'une masse de faits que nous avons été à même d'observer, de plaies du péritoine n'ayant entrainé aucun accident dangereux, citons un exemple de manière à servir de corollaire au précepte que nous venons d'indiquer.

PLAIE PAR INSTRUMENT TRANCHANT PÉNÉTRANT DANS L'ABDoMEN.

Dans la nuit du 13 au 14 janvier 1840, le nommé Sautelez, fusilier au 7° régiment d'infanterie légère, reçut dans la région iliaque droite de l'abdomen, vers la partie supérieure, un coup de couteau qui traversa toutes les parois de l'abdomen. M., aidemajor au 50° de ligne, fut appelé; il fit rentrer une anse intestinale qui était sortie et m'avait point été lésée, et pratiqua deux points de suture ; ensuite il fit porter ce blessé à l'hôpital. Lors de son arrivée. le chirurgien de garde visita cet homme, et lui pratiqua une saignée de 500 grammes.

14 janvier. 1" jour. A la visite du matin, le malade accuse toujours beaucoup de douleurs vers sa blessure. Le pouls est élevé, la face est colorée, le malade parait inquiet , il n'y a aucun gonflement. Des bandelettes agglutinatives sont placées , et par-dessus un plumasseau de charpie et une compresse; les douleurs qu'accuse le malade ne permettent pas qu'on lui applique d'autre bandage.

Prescription. — Diète absolue, saignée de 450 grammes, eau gommeuse, un pot.

2° jour. la nuit a été assez bonne ; le malade a dormi. Même prescription, saignée de 500 grammes.

5° jour. Le malade est dans un état satisfaisant, aucun symptôme fâcheux ne semble vouloir se déclarer.

4° jour. Le pouls est un pcu élevé : il y a un peu de soif. Le malade n'est point allé à la selle depuis l'accident; on prescrit une saignée de 500 grammes, un lavement émollient. La plaie n'offre rien de remarquable ; elle est pansée comme de coutume. 3 jour. Le malade est très-bien , une évacuation alvine a eu lieu par le lavement administré hier. Prescription : bouillon, eau gommeuse. 6°jour. Tout va bien ; soupe au lait. 11° jour. Depuis le sixième jour, rien de nouveau; le malade continue à bien aller. Une des anses du fil est enlevée; de nouvelles bandelettes sont mises. Les douleurs qu'éprouvait le malade ont disparu. 12 jour. La seconde anse de la suture est enlevée; il y a un peu de suppuration. Du reste, le malade est très-bien, il mange le quart de portion, des légumes. Diète de vin. 3l janvier, 18° jour. La plaie est presque entièrement cicatrisée ; le malade s'est levé deux heures ; il est très-bien. Tout fait espérer que d'ici à trois ou quatre jours il n'y aura plus de trace de l'accident.

Si n0us ne craignions d'abuser de la patience du lecteur, nous pourrions multiplier des faits semblables à l'infini. Est-ce que, tous les jours, la chirurgie militaire n'a pas des plaies pénétrantes de la poitrine qui guérissent sans aucun attident ? Les exemples sont-ils donc bien rares où on a pu perforer quarante à tinquante fois les parois du ventre chez le même sujet, sans qu'il en résultât le ll0indre accident? Mais le danger viendrait-il de ce qu'on injecte de l'eau iodée dans les membranes séreuses, soit qu'elles recouvrent les intestins ou les poum0ns?Est-ce que la membrane séreuse qui recouvre, soit le testicule, soit les articulations, ne contiennent pas des organes au moins aussi sensibles que les inleslins ou les poumons? Est-ce que, en général, ce genre d'opérations, dans les cas que nous venons de citer, n'est pas suivi des plus heureux résultats ?

En présence de semblables faits, il est vraiment étrange de voir avec quelle sooritéou de quelles idées préconçues on fait usagepour combattre ces injections dans la poitrine. Jean-Pierre Frank, dans son Traité de médecine pratique, lit: • Quelques médecins voulant prévenir le retour si prompt de l'ascite, ont ' lenlé, à la suite de la paracentèse, des injections astringentes dans l'abdo' men. Mais, outre que les intestins, prenant la place de la sérosité, empêchaient la matière injectée de pénétrer, cette pratique, fondée sur une fausse théorie, a toujours été nuisible plutôt qu'utile; nous n'attendons pas grand'chose des injections d'eau tiède pour délayer les humeurs épaisses qui restent dans la cavité abdominale après l'évacuation de la sérosité. » M. Grisolle, dans son Traité de pathologie interne, s'indigne des tentatives oiles pour arriver à ce but :

* Nous ne citerons, dit-il, que pour les blâmer, certaines tentatives plus ' qu'imprudentes qui ont été faites pour produire la guérison radicale de la ma* ladie, telles que les injections astringentes et irritantes, ou l'introduction de ' opeurs vineuses dans l'intérieur du péritoine. Après les accidents funestes

ont de pareilles tentatives ont été suivies, ce serait un crime de les répéter * 6hC0re. »

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" Il y a plus, dit M. Velpeau, qu'un ordre de cavités séreuses à explorer ous le point de vue des injections iodées; mais celles-là sont, si l'on peut s'exprimer ainsi, les plus inabordables de toutes; ce sont les cavités viscé"les, la cavité rachidienne, les cavités pleurales et les cavités du péritoine. » on le comprendra sans peine, après avoir rappelé les opinions d'hommes

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aussi éminents et dont les préceptes pour nous ont toujours été d'un si grand poids dans nos décisions, il fallait avoir des convictions bien profondes pour s'y déterminer. Quant à nous, nous n'avons eu qu'un but : le salut de nos malades, et nous nous sommes rappelé cette sentence de Publius Cyrus : Conscientiœ potius quam famœ attenderis, convaincu que nous étions des principes dont nous venons d'établir les bases. Ce qui nous a déterminé à tenter ces essais, c'est cette espèce d'invitation et d'espérance formulées par M. Velpeau, dans son Traité des cavités closes, après avoir reconnu le danger qu'il y avait à tenter de semblables moyens : « On comprend bien, dit-il, que ce n'est pas le manuel opératoire qui em» barrasse ici, que c'est le danger de l'injection elle-même, et pourtant que de » motifs d'attaquer le spina-bifida ou l'hydrorachis, l'hydrocéphalie, l'hydro» péricarde, l'hydrothorax et l'ascite, à l'aide d'un remède, d'une opération » qui réussit dans une si grande quantité de cas, qui entraîne si peu d'incon» vénients quand on l'applique à d'autres cavités de même nature. Quand on » sait que la mort est la terminaison presque inévitable de toutes ces maladies, » traitées n'importe de quelle manière, n'est-il pas permis de songer à quelque » remède nouveau? D'un autre côté, ajoute l'auteur, comment mettre la main » à l'œuvre? Qui osera, le premier, porter la teinture d'iode dans le péritoine, » quand on réfléchit aux dangers de la péritonite aiguë?... » (La suite au prochain N°.)

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FRACTURE CONSIDÉRABLE DU CRANE ; ENFoNCEMENT D'UN FRAGMENT D'UN DEMI-POUCE sANs ACCIDENT ; GUÉRIsoN; observation communiquée par M. le docteur PIERARD, membre correspondant, à Charleroi.

Un homme d'une soixantaine d'années, de forte constitution, fut renversé par le choc d'une porte en fer de fonte, lancée par l'explosion d'une chaudière destinée à recueillir le gaz ammoniac provenant du coke, et fut atteint violemment à la tempe droite. Ce choc lui fractura l'os coronal dans une étendue de plusieurs pouces, avec enfoncement d'un fragment osseux d'un demi-pouce; l'individu fut relevé quasi mort. Le médecin appelé chercha à relever le fragment enfoncé et, ne pouvant y parvenir, le malade fut apporté à l'hôpital dans un état désespéré, au point que les journaux de la localité avaient annoncé qu'il y avait succombé peu de temps après son arrivée. Voici l'état dans lequel je le trouvai le lendemain de son entrée : douleurs de tête, liberté des facultés intellectuelles, plaie contuse de plusieurs pouces d'étendue, perpendiculaire, située à la tempe droite; enfoncement d'un fragment d'un demi-pouce. Traitement. — Pansement simple, diète pendant les huit premiers jours, a près lesquels une alimentation légère d'abord, puis successivement augmentée, fut accordée au blessé, dont l'appétit se faisait sensiblement sentir; les douleurs

de tête se dissipèrent peu à peu, sans qu'il fût nécessaire de rien faire de

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