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Le 15, la malade était entièrement rétablie. Cette jeune femme était sujette au rhume depuis son enfance, on avait eu, pour sa poitrine, des craintes que l'issue de sa maladie a dissipées. On avait éprouvé les mêmes craintes de la malade dont je vais relater le t3S. OBsERvATIoN 2°. Le 25 avril, dans la matinée, un homme qui reste près, de chez moi, vint me chercher en toute hâte pour sa fille, âgée de 18 ans, et que je trouvai dans l'état suivant : Position assise sur le lit (la malade ne peut en occuper d'autre), tête fortement inclinée en avant, teint pâle, yeux saillants, lèvres violacées, respiration précipitée, sifflante, extrémités froides, pouls fréquent et petit, parole difficile, voix comme éteinte; atroces douleurs entre les épaules et dans tout le côté droit de la poitrine, où se produit une constriction tétanique. « Ce côté est comme serré dans un étau, » dit cette fille dont l'intelligence est intacte. A tout moment une toux sèche comme avortée, qu'on me passe cette expression, vient encore augmenter son état d'angoisse. Non-seulement la toux, la respiration et les moindres mouvements du thorax accroissent les douleurs, mais la plus légère pression sur cette partie est insupportable. La percussion et l'auscultation de la poitrine ne me font rien constater qui indique une affection organique, soit des organes de la respiration, soit du cœur, dont les battements sont isochrones aux pulsations artérielles. Bruit de diable dans les régions carotidiennes, comme chez les chlorotiques. Pendant que j'examine la malade, je recueille les renseignements qui suivent : Virginie F. a toujours été d'une santé délicate, sujette à s'enrhumer sous l'influence du moindre refroidissement, et affectée d'une légère dyspnée habituelle. Un médecin, consulté lors de son enfance, avait dit qu'elle ne vivrait pas au delà de l'âge de treize ou de quatorze ans. La menstruation a été fort tardive, ne s'est montrée pour la première fois qu'à l'âge de dix-sept ans et demi. Cette fonction n'a été ni abondante, ni régulière. Les autres fonctions ont toujours été languissantes. Le 21 avril dernier, convalescente d'une grippe bénigne, à forme bronchique, cette jeune fille eut l'imprudence, étant avec des amies, de rester dans une prairie sur les bords de l'eau, par un temps pluvieux. Toute mouillée en rentrant chez elle vers la nuit, elle ne tarda pas à éprouver un violent frisson, des douleurs rachidiennes, un accablement très-grand, une dyspnée plus prononcée que de coutume, et qui ne tarda pas à acquérir le haut degré dont je viens de parler. Depuis le début de ces accidents jusqu'au moment de ma première visite, il n'y avait eu que courtes rémittences, peu prononcées et peu régulières. Comme chez la malade précédente, je prescrivis le tartre stibié à doses éméto-cathartiques, et qui, également, produisit de nombreuses évacuations par haut et par bas. Le lendemain, un changement favorable bien manifeste eut lieu, mais il ne devait pas durer.

La maladie prit le type rémittent périodique.Je dus avoir recours aux antipériodiques. Plusieurs jours de suite, j'administrai un mélange de quinine à doses assez fortes, dans du café noir. Cette médication, aidée de nouvelles doses d'émétique, de l'emploi de vésicatoires volants loco dolenti, de frictions irritantes eodem loco, d'infusions aromatiques, de nouvelles doses d'ipécacuanha, et de vin gênéreux pour boisson, a amené la guérison dans un laps de temps assez court. La période de déclin de cette maladie fut marquée par le retour des accidents de la grippe bénigne, et aussi par des douleurs brachiales et faciales que la malade (je l'ai appris depuis) avait éprouvées pendant la période prodromique. Il y eut plusieurs crises, mais la plus marquée fut une éruption générale de forme miliaire, ayant commencé, et surtout marquée au côté droit de la poitrine, où il est vrai, des frictions avec l'huile de croton tiglium venaient d'être pratiquées. Mise à un régime tonique, à l'usage des préparations ferrugineuses, cette jeune fille est actuellement mieux menstruée, plus forte, moins oppressée, moins sujette au rhume qu'avant sa maladie. Les deux cas qui précèdent montrent qu'il peut y avoir grand danger à commettre une imprudence pendant la convalescence de la grippe même bénigne. Les accidents qui se sont produits dans le cas suivant, quoique de nature différente, prouvent également ce danger. OBSERvATIoN 5°. — Un boulanger de cette ville, âgé de 25 ans, d'une forte constitution, d'un tempérament lymphatico-sanguin, d'une bonne santé habituelle, sujet seulement à des épistaxis modérées, eut pendant quelques jours de la céphalagie sus-orbitaire, un coryza, un léger mal de gorge et de la tOtlx. Le 5 avril dans la soirée, étant encore un peu souffrant, il alla pêcher aux grenouilles, et eut, pour ce faire, les bras assez longtemps dans l'eau. Le lendemain matin, il avait un érysipèle phlycténoïde envahissant toute la face et une partie du crâne. Au lieu de suivre d'abord sa marche ordinaire, cet érysipèle rétrocéda, en grande partie, d'une manière brusque. Le malade eut alors des épistaxis inquiétantes et du délire. Il aurait très-probablement succombé, si l'affection cutanée n'eût repris son développement et suivi enfin son cours ordinaire, se terminant par desquamation. Lors de la délitescence ou de la métastase, pendant que, à l'intérieur, je faisais employer les astringents, j'appelais la fluxion au dehors par des irritants cutanés, des vésicants appliqués principalement au siége de l'érysipèle. Les guérisons de grippes graves ont été nombreuses. Dans les formes pneumonique, pleurétique, sèche et même avec épanchement, l'emploi du tartre stibié constituait, avec les vésicatoires volants, à peu près toute la médication, lorsqu'il n'y avait rien d'intermittent. Tel était le cas de la femme H., de Vomécourt, âgée de 72 ans, atteinte de grippe pneumonique, caractérisée surtout par la dyspnée, la toux et les crachats rouillés. Tel était le cas d'un vieillard de 65 ans, habitant notre ville, et chez qui les signes d'engorgement pulmonaire étaient on ne peut plus prononcés. Tel était le cas d'un jeune homme du village de Saint-Benoit, chez qui l'épanchement pleurétique était plus prononcé que chez la jeune femme dont il a été parlé tout à l'heure. Ces malades ont guéri en peu de temps. J'ai vu, dans la grippe pleurétique, l'épanchement se produire d'une manière intermittente. C'était chez une jeune fille du village de Deinvillers, âgée de 16 ans, lymphatique, non encore menstruée.A plusieurs reprises, le tartre stibié dissipa un épanchement bien prononcé au côté gauche, et que remplaçaient des évacuations gastriques, intestinales et d'abondantes sueurs; à plusieurs reprises aussi, les perturbations nerveuses donnant lieu à l'épanchement se reproduisirent. Je dus, dans le traitement de cette affection, combiner l'emploi des préparations de quinquina avec l'emploi du tartre stibié. Le succès fut prompt. L'empyème, suite de grippe, s'est produit de la même manière chez une jeune fille de Vomécourt, dont j'ai parlé au chapitre des Tumeurs graisseuses. Cette fille, à laquelle, comme je l'ai dit, j'avais enlevé une tumeur de ce genre, siégeant à la poitrine et rapidement accrue sous l'influence d'une névralgie thoracique fébrile, était assez bien portante depuis quelque temps, lorsque, vers la fin de janvier, elle fut prise, d'abord de légers accidents de grippe, puis d'une forte dyspnée qui, pendant plusieurs jours, se reproduisit d'une manière périodique, pour devenir ensuite continue. Quand je fus appelé près de la malade, la plus grande partie de sa poitrine rendait un son mat, la plupart des espaces intestinaux avaient disparu; elle crachait le pus abondamment; la prostration était extrême, la face hippocratique. Rien, pas même la ponction de la poitrine, ne pouvait la sauver alors. Il eût fallu être appelé plus tôt et, comme dans le cas précité, employer concurremment le tartre stibié et les préparations de quinquina. Si l'on me reprochait de désigner sous les noms de grippe pneumonique, de grippe pleurétique, des affections que généralement on nomme pneumonie et pleurésie, je répondrais qu'il faut bien distinguer ces premières affections des pneumonies, des pleurésies franchement inflammatoires. Il est vrai que, pour cela, il suffirait de dire : pneumonie, pleurésie de la grippe. Peut-être même ces dénominations seraient-elles préférables aux précédentes; peut-être indiqueraient-elles mieux que les lésions matérielles qui s'y montrent sont le résultat de l'affection catarrhale, de la névrose appelée grippe. Au milieu de cette épidémie de grippe, j'ai observé assez souvent la grippe cholériforme. Il y en eut même un cas chez moi : Ma femme, âgée de 58 ans, d'un tempérament lymphatique nerveux, d'une santé délicate, qui avait déjà été atteinte à deux reprises d'une fièvre grave, fut prise de la grippe vers la fin de mars. Pendant quelques jours clle n'eut autre chose que le coryza, l'angine pharyngienne, la toux bronchique à un degré modéré, et accompagnés de céphalalgie, de rachialgie, de dyspnée, de mouvements fébriles médiocres. Puis se produisirent un froid algide, des crampes, de violentes douleurs, tantôt dans la région dorso-pectorale, tantôt dans la région dorso-épigastrique, avec dyspnée intense, syncopes, vomissements, accidents dont la plupart se reproduisirent d'une manière intermittente et qui cédèrent à l'emploi du sulfate de quinine. Pour boisson, il fallut faire usage, comme dans les précédentes pyrexies, de vin généreux non coupé d'eau. (La suite au prochain N°.)

TRAITÉ PRATIQUE DES HYDRoPISIEs DEs GRANDEs CAvITÉS CLosEs ; par M. LERICHE, docteur en médecine, ex-chirurgien militaire, ex-médecin des dispensaires de la ville de Lyon, ex-médecin de la Charité maternelle de la même ville, médecin doyen du bureau de bienfaisance du arrondissement, membre de la Société de médecine et de chirurgie pratiques de Montpellier, membre de la Société de médecine de Gand, etc.

L'expérience est le seul guide certain.

En 1850, j'ai publié des observations qui tendaient à prouver que les injections d'iode dans le péritoine n'avaient aucune gravité pour le malade et que certaines hydropisies ascites pouvaient guérir par ce moyen. En m'appuyant sur des faits constatés par d'autres médecins, malgré toutes les précautions dont j'ai cru devoir m'entourer, ce n'est pas sans peine que j'ai vu MM. Vidal et Robert s'élever contre cette pratique et nous ramener au temps où Sydenham condamnait même la paracentèse, tant il est vrai qu'il est difficile à la vérité de se faire jour. Quand on veut trouver quelque chose de mauvais, les esprits les plus judicieux même se laissent toujours aller à des idées préconçues. Et en effet, n'est-il pas étrange de voir qu'on mette en doute l'utilité des injections iodées dans les hydropisies ascites idiopathiques. Il n'y a rien d'étonnant, a-t-on dit, de voir des hydropisies cesser après une ponction ou au moins la sécrétion urinaire se faire plus abondamment; mais nous le demandons à notre tour: de quel droit veut-on nous opposer une semblable doctrine? Est-ce que dans les observations que nous avons publiées, nous n'avons pas toujours employé ce moyen seulement après que tous les autres avaient échoué? N'avons-nous pas mis en pratique ce précepte d'Hippocrate : Ad extremos morbos extrema remedia? Notre honorable ami, M. Abeille, a rendu un service insigne à la médecine en publiant son histoire des hydropisies. Je la regarde comme une œuvre achevée, parce qu'elle est fondée sur des appréciations exactes et qu'on y retrouve toute la sincérité du caractère que j'ai toujours connu à l'auteur. Ce n'est pas l'intérêt ou le désir d'une vaine réputation qui l'a fait écrire, mais le noble motif d'être utile. Dans cet ouvrage dont les qualités surpassent beaucoup les défauts, il est une observation que j'ai faite à propos des injections iodées. Il semble que l'auteur s'est plutôt attaché à en retracer un historique fidèle qu'à en faire ressortir les avantages. Il semble partager cette espèce d'anathème prononcé contre elles par M. Grisolle, appréciation du reste bien pardonnable chez M. Abeille, car il n'en parle que d'après les documents que lui a fournis la science qui, d'après la manière dont elle présente les faits, semble infirmer ce qui a été fait, tout en ne donnant que des observations favorables ! Il est un point qui domine dans cette question : c'est l'appréciation des résultats définitifs; dernièrement encore, l'auteur d'une observation de ce genre est tombé dans la même faute. C'est ainsi qu'on dit que sur 27 opérations de paracentèse avec injection, il y a 21 guérisons. C'est ainsi que M. Boinet, en confondant les cas d'abcès qui étaient ou qui n'étaient pas en contact avec le péritoine, est arrivé à des merveilles encore beaucoup plus grandes. Si nous cherchions bien, nous arriverions à des chiffres fabuleux ; mais nous ne sommes pas de ces hommes qui ont le don de présenter les faits de telle manière que la vérité se trouve obscurcie. Dans une observation publiée par M. Rossignol, il semble que M. Boinet est l'auteur des injections iodées dans le péritoine. Cependant, il n'est pas indifférent de confondre les médications dans un cas donné et nous ne saurions trop nous élever contre cette manière de faire qui nuit plutôt à la science qu'elle ne la sert; c'est là une bien grande faute, car par ce manque de fidélité dans les faits, on arrive à rejeter les meilleures médications et cela parce qu'on n'aura tenu aucun compte de la manière dont les choses se seront passées.Aussi les reprenant avec plus de rigueur, nous dirons qu'on a fait 27 ponctions avec injections diverses dans le péritoine, et qu'on a obtenu 21 guérisons; est-ce à dire pour cela qu'il est indifférent d'employer tel ou tel médicament pour faire l'injection? Non, certes, car si vous examinez les moyens mis en usage, vous verrez que le nombre en est très-restreint; le protoxyde d'azote, par exemple, qui nous donne trois succès sur quatre tentatives. Comment se fait-il qu'un moyen aussi héroïque soit cependant abandonné et que la science n'offre que quatre observations dans un espace de temps assez long et qu'elle ne se trouve pas fixée sur un semblable moyen? Parce que tout simplement, et c'est ce qu'on ne dit pas, il y a eu des revers qui y ont fait renoncer. Aussi, en nous plaçant au même point de vue pour les injections iodées, nous arriverons à une appréciation bien différente; car à elles seules, elles présentent un nombre égal à celui de tous les autres moyens réunis; nous trouvons ainsi sur 15 injections, 11 succès. Aujourd'hui que le temps et l'expérience sont venus à notre aide, il nous est permis d'examiner les faits de plus près en ayant le soin de rejeter toutes les tentatives faites pour grandir en quelque sorte les résultats de l'injection iodée. Elles n'ont pas besoin de moyens auxiliaires pour démontrer leur efficacité; car pour nous désormais elles sont un fait acquis à la science et rien ne viendra les détruire, leur usage étant d'une innocuité absolue même dans les cas où leur emploi ne peut avoir aucune influence sur l'ascite ; nous ne voyons pas pourquoi on ne tenterait pas de les faire dans les maladies où les moyens employés jusqu'à ce jour ont échoué; par exemple dans certaines affections des organes abdominaux ? Notre expérience nous a appris à présent à reconnaître, par l'inspection du liquide qu'on évacue par la ponction, si l'injection doit

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