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irriteles parties avec lesquelles il se trouve en contact, ce qui aide considérablement à l'extension de l'inflammation aux parties contiguës ; aussi est-il rare de ne pas la voir s'étendre au col utérin et au canal de l'urèthre. On conçoit que des désordres semblables ne se produisent pas dans l'inflammation légère : dans ce cas, on ne rencontre plus qu'une rougeur plus ou moins concentrée de la muqueuse, un écoulement beaucoup moins considérable et moins irritant que dans le premier cas. Lorsque l'inflammation totale du vagin est légère, nous prescrivons tout d'abord un bain général et un léger purgatif salin. Puis, la femme placée dans une position convenable, nous appliquons le spéculum, nous nous rendons compte du degré et de l'étendue de la phlegmasie; à l'aide d'un pinceau d'ouate, nous nettoyons la surface de la muqueuse vaginale ; nous étendons sur la partie enflammée de la poudre fine de charbon ou de quinquina, et nous terminons le pansement par l'introduction d'un tampon d'ouate destiné à maintenir les poudres absorbantes sur les surfaces où elles ont été déposées. Ce pansement doit rester en place trois, quatre ou cinq heures, après quoi, la femme peut retirer l'ouate, et se faire, à plusieurs reprises, des injections émollientes ou légèrement astringentes, suivant l'intensité de l'inflammation et l'abondance de la sécrétion. Le lendemain, on répète la même opération, et ainsi plusieurs jours de suite, jusqu'à guérison complète. La statistique nous a démontré que, terme moyen, six jours suffisent pour guérir toutes les inflammations légères du vagin. Nous attribuons plusieurs propriétés incontestables aux poudres impalpables de quinquina et de charbon, propriétés qui en font, nous osons le dire, un remède héroïque contre les affections qui nous occupent. Elles ont d'abord pour but d'empêcher, en l'absorbant, la diffluence de la matière sécrétée qui contribue si souvent à l'entretien et à l'extension de l'inflammation vaginale ; par son mélange avec ces poudres, elle perd incontinent ses propriétés irritantes ; de plus ces poudres, combinées avec le tampon d'ouate dont nous avons parlé, servent à isoler les parois vaginales enflammées, dont la juxtaposition est trèsfavorable à l'entretien de la maladie; enfin, par leur présence, elles forcent les femmes à se faire des injections fréquentes, et ainsi à activer la guérison que l'on attend. Notons encore, que lorsqu'il y a complication de légères érosions, elles constituent un topique excellent qui favorise la réparation et la reproduction de l'épithélium. En général, nous employons indifféremment la poudre de quinquina ou de charbon; cependant nous serions tenté de donner la préférence à cette dernière dans les cas où l'inflammation est très-forte, et surtout accompagnée d'unécoulement abondant; nous réservons le quinquina pour les femmes d'une constitution plus faible, et chez lesquelles on trouve peu de résistance et de la flaccidité dans les tissus. Ce traitement local suffit ordinairement. Si, cependant, des diathèses préalables ou des complications existent, rien n'empêcherait de les traiter d'après leurs exigences, sans rien changer à la méthode que nous venons d'indiquer. Si l'inflammation vaginale présente une intensité très-grande, nous nous conduisons à peu près de la même manière; seulement, dans cette circonstance, après l'administration du bain et du purgatif, nous faisons une légère cautérisation substitutive en procédant de la manière suivante : le spéculum est appliqué, le vagin soigneusement nettoyé; nous nous armons du crayon de nitrate d'argent et nous cautérisons rapidement toutes les surfaces phlogosées, en commençant par celles qui sont le plus rapprochées du col utérin et ainsi successivement jusqu'à l'orifice vaginal ; au fur et à mesure que nous cautérisons, nous isolons les parties cautérisées avec des tampons d'ouate, de telle manière que l'isolement soit complet. Cette opération ne produit que des douleurs très-légères; elle est des plus simples et, quand elle est bien faite, elle est beaucoup plus efficace que les injections avec du nitrate d'argent, que l'on a vantées dernièrement. Cette cautérisation, présentée naguère à l'Académie de médecine de Paris comme une pratique nouvelle dans les inflammations vaginales, est employée par nous, depuis plusieurs années, à l'hôpital Saint-Pierre; non-seulement nous cautérisons avec le crayon la surface vaginale dans la vaginite, mais aussi la muqueuse uréthrale dans le cas d'uréthrite. Cinq à six heures après la cau. térisation, la femme peut extraire le tampon isolant et se faire des injections légèrement astringentes avec une dissolution de sulfate d'alumine, d'acétate de plomb ou une décoction de feuilles de noyer. Le lendemain, la cautérisation a ordinairement produit l'effet que l'on doit en attendre : la turgescence a diminué ainsi que tous les autres symptômes qui attestaient l'intensité inflammatoire. Il ne reste plus alors qu'à recourir à l'isolement et aux poudres absorbantes, selon la méthode que nous avons indiquée plus haut. Si une première cautérisation était insuffisante, on en ferait une seconde ; nous avons remarqué que, dans les inflammations, quelque graves qu'elles fussent, cette seconde cautérisation était rarement nécessaire. La statistique nous a encore démontré que, par ce mode de traitement, en moyenne, huit jours suffisaient pour guérir les vaginites simples les plus intenSeS. Inutile de rappeler ici que, dans les phlegmasies vaginales, la médication antiblennorrhagique interne ne produit aucun effet. L'inflammation vaginale, qu'elle soit légère ou intense, peut s'étendre sur toute la muqueuse du vagin, envahir même celle du col utérin, comme elle peut se limiter à une portion très-restreinte, par exemple, au repli utéro-vaginal postérieur, sans que l'on doive rien changer au traitement que nous venons d'indiquer. L'intensité de la phlegmasie n'a jamais été pour nous un obstacle à l'application directe de nos moyens sur la partie enflammée; seulement il faut, dans ces circonstances, agir avec plus de lenteur et introduire doucement le spéculum, afin de déplisser, par des mouvements de latéralité, les replis du vagin; une fois le spéculum appliqué, toutes les difficultés sont levées.

Les phlegmasies de la muqueuse vaginale présentent encore des variétés importantes à connaître sous le rapport des éléments du tissu muqueux qu'elles affectent ; jusqu'à présent nous ne nous sommes occupé que de l'inflammation de la totalité des éléments de la muqueuse, nous allons aborder l'étude de ses inflammations partielles.

Très-souvent la phlogose se limite aux follicules et là encore elle peut affecter différents degrés d'intensité.

La folliculite vaginale s'observe le plus ordinairement à la partie supérieure et dans le repli utéro-vaginal; lorsque la folliculite inflammatoire est bien caractérisée, elle se révèle par des éminences rouges, marquetant la muqueuse, imitant assez bien une éruption papuleuse; ces éminences sont constituées par le développement congestif des follicules normaux ; elles sont arrondies et évasées à leur base, tandis que leur sommet s'élève sous une forme conique; elles siégent sur la partie saillante des sillons vaginaux ; elles sécrètent abondamment un liquide séro-muqueux, plus ou moins épais, jaune verdâtre, qui remplit les sillons du vagin et s'écoule à l'extérieur en irritant et corrodant les parties qu'il

lubrifie. La folliculite vaginale a presque toujours été confondue avec les blen

norrhagies granuleuses, ce qui est une grave erreur de diagnostic. Nous combattons la folliculite de la manière suivante :: Le spéculum étant introduit et le vagin bien nettoyé, nous touchons légèrement, avec un crayon de nitrate d'argent, toutes les parties que le spéculum laisse successivement à découvert. La cautérisation terminée, nous isolons les parois vaginales par des tampons d'ouate assez volumineux; outre l'isolement, ces tampons ont encore pour effet d'exercer une légère compression excentrique sur les parties malades. Le pansement reste en place pendant 5 ou 6 heures, après quoi il est ôté et la malade se fait des injections émollientes, détersives ou astringentes. La guérison est achevée par l'application des poudres absorbantes dont nous avons déjà parlé. Cette guérison est presque toujours obtenue avant le huitième jour. La folliculite vaginale n'est pas toujours inflammatoire: très-souvent, chez des femmes à constitution lymphatique, chez lesquelles la circulation abdominale estgênée, on voit, en dehors de tout caractère inflammatoire, les follicules vaginaux se développer et prendre un volume qui peut aller depuis un grain de milletjusqu'à un petit pois. Ces follicules se présentent sous l'aspect d'éminences toniques semi-transparentes, réflétant la lumière et sécrétant un liquide muqueux abondant. La plupart des leucorrhées vaginales doivent être attribuées à tette cause. Pour la combattre, après avoir administré contre l'état général un traitement o un régime convenables, nous introduisons le spéculum, nous saupoudrons la surface où se trouvent les follicules engorgés, avec la poudre de quinquina et "n tampon d'ouate isolant est introduit. Dans la journée, on pratique des lotions astringentes, et au bout de quelques jours, la guérison est en général complète.

On pourrait, si la folliculite hyperdiacrisique résistait à la médication simple que nous venons d'indiquer, on pourrait la rendre plus active en ajoutant à la poudre de quinquina des poudres d'alun ou d'acétate de plomb. Il est encore une variété de folliculite vaginale que nous ne pouvons passer sous silence : c'est celle que l'on observe chez les femmes enceintes. Dans cette circonstance, l'engorgement folliculeux atteint parfois des dimensions considérables, d'autant plus fortes que la grossesse est plus avancée; nous avons vu les follicules acquérir la grosseur d'un petit pois. La membrane muqueuse est violacée, les follicules présentent une teinte plus grisâtre, ils sécrètent en grande abondance un liquide blanc et comme laiteux ; par l'accumulation de ce liquide, il peut se développer des érosions, des aphthes dans les parties environnantes. La maladie, en elle-mème, n'a rien d'inflammatoire, elle est entièrement le résultat de l'obstacle qu'oppose à la libre circulation , l'utérus rempli du produit de la conception; aussi la guérison radicale suit-elle toujours l'accouchement. Les auteurs se sont donc trompés lorsqu'ils ont regardé cette manifestation comme une production granuleuse; dans cet état il n'y a rien de spécial ni de contagieux. La folliculite des femmes enceintes ne réclamerait immédiatement aucune espèce de traitement, s'il n'arrivait que, par son séjour trop prolongé dans le vagin et son accumulation, la matière sécrétée ne s'altérât et ne contractât ainsi des propriétés irritantes. C'est contre ces conséquences que le médecin doit être en garde; il les préviendra toujours ou les combattra avec succès par le traitement que nous avons déjà indiqué, c'est-à-dire par l'interposition d'un tampon d'ouate isolant ou de poudre impalpable de charbon ou de quinquina. Cette médication si simple peut toujours être appliquée sans préjudice pour la grossesse. La médication que nous venons de décrire pour les vaginites simples ne dépasse pas les prétentions d'un moyen purement local; à ce propos, nous rappellerons ici, que s'il existait quelque diathèse ou prédisposition organique, qui contribuent à la production ou à l'entretien de ces vaginites, notre médication locale resterait sans doute indiquée, mais devrait, dans ce cas, se combiner à une médication générale appropriée. Nous ferons encore une mention spéciale pour une forme de folliculite; il arrive des cas où elle se produit et s'entretient sous l'influence du vice scrofuleux : si elle résistait alors à la médication locale, précédemment indiquée, nous nous sommes bien trouvé de l'application de la teinture d'iode sur les follicules engorgés. Cette application se fait de la manière suivante : le spéculum introduit, on met à découvert la partie où se trouvent les follicules engorgés ou hypertrophiés, puis avec un pinceau imbibé de teinture d'iode on en imprègne toute la surface malade; on place un tampon isolant, on retire le spéculum et l'opération est finie. On renouvelle cette application autant qu'il est nécessaire. Telles sont les considérations pratiques que nous avions à émettre sur le traiiement des vaginites simples; nous n'avons pas épuisé toute la série des moyens préconisés, nous nous sommes soigneusement tenu en dehors de toute espèce de doctrine, nous avons écarté toutes les affections vaginales qui reconnaissaient une cause spéciale ou contagieuse; nous avons voulu seulement appeler l'attention des praticiens sur des moyens thérapeutiques très-simples, d'une application facile et dont l'usage est constamment, entre nos mains, suivi de succès. Nous avons pensé que la connaissance de cette médication pouvait être de quelque utilité dans la pratique ordinaire, nous serons satisfait si nous ne nous sommes pas complétement trompé. Pour appuyer ces considérations, nous allons relater quelques observations. OBsERvATIoN l". — V... Marie, 21 ans, tempérament lymphatique, entre à l'hôpital Saint-Pierre le 9 novembre 1855. A notre visite, nous trouvons quelques pustules impétigineuses aux lèvres, accompagnées d'un écoulement muco-inflammatoire assez abondant provenant de l'intérieur du vagin; la vulve est saine ; le spéculum introduit, nous trouvons à la partie supérieure du vagin une inflammation assez vive de la muqueuse, sans développement anormal des follicules; cette inflammation est caractérisée par une injection d'un rouge vif et par un écoulement catarrhal assez abondant, le pourtour du museau de tanche est légèrement injecté, consécutivement à l'inflammation vaginale. Un bain et un purgatif salin sont d'abord administrés. Le lendemain, nous recouvrons la partie enflammée de la poudre absorbante de quinquina, nous plaçons un tampon isolant, nous retirons le spéculum et des injections émollientes et détersives sont ordonnées. Le même pansement et les mêmes soins sont répétés pendant les quatre ou cinq jours suivants. Le 20 novembre, la malade sort complétement guérie. OEsERvATIoN 2°. — M..... Rosalie, 22 ans, lymphatique, et d'une constitution faible, entre à l'hôpital pour la gale; le 50 novembre elle nous est envoyée pour une vaginite occupant le tiers supérieur du vagin, et surtout le repli utéro-vaginal. Cette vaginite est caractérisée par une vive injection avec érosion de la muqueuse et un écoulement muqueux abondant. Nous recourons à l'emploi de la poudre de quinquina sur la partie malade, au tampon isolant, et aux lotions émollientes consécutives, que nous continuons pendant trois jours. Le 5 décembre, guérison complète, et sortie de l'hôpital. OBsERvATIoN 5°. H..... Victoire, 20 ans, née en Angleterre, lymphatique, entre à l'hôpital Saint-Pierre, le 2 novembre 1855. Elle est atteinte d'une vulvo-vaginite suraiguë, avec développement inflammatoire des follicules de la portion supérieure du vagin, et boursoufflement et tension de la muqueuse. L'inflammation est intense, compliquée d'érosions, l'écoulement est mucopurulent, d'une abondance extrême, corrodant les parties où il s'épanche, la sensibilité est très-développée, le spéculum s'introduit péniblement et suscite d'abord de vives douleurs. En procédant avec lenteur, on parvient cependant à compléter son application; les parties enflammées, soigneusement nettoyées, sont cautérisées par le crayon de nitrate d'argent; cette cautérisation ne suscite

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