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conjonctivales. Il en a donné une description très-exacte avec planches. $ 4. — Les artères de ces membranes muqueuses se ramifient d'abord dans le tissu cellulaire sous-muqueux, où elles forment un réseau à mailles assez larges. Les plus petites ramifications pénètrent enfin dans la couche dermatique et y forment un réseau capillaire. Les capillaires sanguins atteignent la surface du derme, y forment sous la membrane intermédiaire une couche vasculaire très-serrée, d'où partent des prolongements qui se distribuent dans les papilles. Les vaisseaux capillaires de ces membranes muqueuses sont remarquables par l'étroitesse des mailles de leur réseau et par leur grand calibre, qui est au moins de 0,005 et permet aux globules sanguins de les traverser aisément. C'est à cette disposition des vaisseaux capillaires que les membranes muqueuses doivent leur teinte uniformément rosée. Les veines sortent du réseau capillaire et accompagnent dans leur trajet ultérieur les artères. Les vaisseaux lymphatiques sont très-nombreux dans les membranes muqueuses. Ils forment à la surface de la couche dermatique, immédiatement sous la membrane intermédiaire, leur réseau d'origine qui recouvre celui des vaisseaux capillaires sanguins. Les nerfs de ces membranes appartiennent généralement au système ganglionnaire. Arrivés dans la couche dermatique, ils se divisent dans leurs divers ramuscules et forment les plexus terminaux qui sont situés immédiatement sous la membrane intermédiaire. Anatomie pathologique. $ 5. Les granulations isolées, vues à l'œil nu et à la loupe, sont de petites saillies coniques, acuminées. Leur base, qui s'implante dans la muqueuse, est un peu plus large que le sommet. Elles sont molles à l'état aigu; mais elles peuvent devenir très-dures dans l'état chronique, ou prendre un grand volume et subir la transformation fongueuse. Les granulations sont d'un rouge vif amarante. Par une légère pression sur la surface granulée, la rougeur pâlit pour redevenir plus vive lorsque la presSl0Il CeSSe. La granulation chronique peut présenter une teinte bronzée avec reflet œdémateux, au lieu de la teinte rouge vif (1). $ 6. Examen microscopique. — Mon ami et collègue, le docteur Crocq, et moi avons examiné au microscope des granulations dont on avait fait l'excision à la muqueuse du col utérin et à la conjonctive palpébrale. Il s'agissait de constater : 1° la vascularisation; 2° un tissu néoplastique ; 5° l'identité, sous le point de vue microscopique, de la granulation de la muqueuse utérine et de celle de la muqueuse palpébrale. Nos recherches ont confirmé celles du chirurgien de l'hôpital Saint-Pierre et celles de M. le professeur Gluge, qui dit (Atlas, livre 17, planche 5, texte, p. 5, fig. 25) : « Les granulations qui se développent par suite de l'ophthalmie contagieuse,

(1) Des Granulations, recherches nouvelles sur ces altérations; par le docteur Thiry.

sont composées de cellules. Je n'ai jamais vu, dit l'auteur, les glandes hypertrophiées dans ce cas. Ces cellules se déposent, sous forme de couches successives, sur la conjonctive. Elles sont semblables aux granulations des ulcères sur la peau et deviennent, comme elles, sécrétoires. Quelquefois des noyaux seulement. insolubles dans l'acide acétique, s'y forment. » Par une communication verbale, M. le professeur Gluge m'a affirmé que les granulations étaient très-vasculaires. La granulation du col utérin de la femme T., dont l'observation (n° V) a été recueillie à la suite de ce travail, cette granulation, vue à un grossissement de 250 diamètres, est formée (voyez la planche, fig. 1 et 2) : 1° D'une surface chagrinée, qui n'est autre chose que la couche intermédiaire du derme muqueux. 2° De faisceaux de fibres parallèles qui constituent le tissu de nouvelle formation. Ce tissu se développe par des cellules qui, en s'allongeant par les deux bouts, forment des fibres. 5° De globules de sang, de pus, de mucus. 4° De débris d'épithélium. 5° De vaisseaux. La granulation de la conjonctive palpébrale du nommé R., dont l'observation (n° VII) a été consignée dans ce travail (l'œil gauche était affecté au plus haut degré), a présenté, par le microscope au même grossissement, une structure parfaitement identique à celle de la granulation du col : Des faisceaux de fibres parallèles, reposant sur une surface chagrinée, des vaisseaux, des globules de sang, de mucus et de pus, mais point de cellules épithéliales. Les globules de pus, rares dans la première, étaient très-abondants dans la seconde. Ces différences s'expliquent facilement. L'épithélium est moins adhérent à la conjonctive qu'au col; et l'affection était de date moins récente à l'œil qu'au col utérin. Jamais nous n'avons aperçu de traces ni de follicules ni de papilles. $ 7.— Ainsi la granulation est constituée par un tissu de nouvelle formation. Ce tissu néoplastique est formé de fibres parallèles, qui se développent par des cellules qui s'allongent progressivement. Le tout est parcouru par des vaisseaux. Enfin, l'identité de la granulation du col avec celle de la conjonctive, comme le prouve l'examen microscopique, est incontestable. Les granulations sont donc d'abord des productions cellulo-vasculaires, qui deviennent plus tard vasculo-fibreuses. Il ne sera plus possible de confondre à l'avenir un tissu hétérologue tel que la granulation, avec des tissus homologues congestionnés ou hypertrophiés, ou, chose étrange, avec des organes qui sont nécessaires à l'accomplissement des fonctions de ces muqueuses.

$ 8. — Vues par groupes, les granulations se présentent sous la forme de petites éminences acuminées, inclinées, imbriquées, et dont les bases s'enchevêtrent de la manière la plus inextricable. Par le repos, ces éminences s'affaissent et rétablissent le poli de la muqueuse, qui prend alors un aspect velouté, qui disparaît aussitôt que l'on passe le doigt ou un linge sur les granulations, en sens inverse de leur inclinaison. Les éminences sont séparées par des sillons, qui se croisent dans tous les sens. Dans chaque sillon, la loupe fait voir une strie purulente jaune-grisâtre, sur laquelle tranche le sommet écarlate de la granulation. Si on presse sur la surface granulée, on voit bientôt une strie de sang remplacer la strie de pus du sillon. Abandonnées à elles-mêmes, et parvenues à une extrême chronicité, les granulations augmentent de volume, s'arrondissent à leur sommet, et les sillons qui les séparent s'élargissent et semblent s'effacer. L'augmentation de volume des granulations se fait surtout par la base qui s'élargit, et pénètre la profondeur du tissu muqueux qui est entièrement modifié dans sa structure. La muqueuse finit par constituer une masse dure, dont la surface est entrecoupée par des sillons superficiels des plus irréguliers. L'épithélium qu'on rencontre sur une muqueuse granulée se présente sous forme de cellules isolées, et non en masse. $9. — Le tissu dermatique devient plus volumineux; ce qui est dû à la vascularisation plus grande, à la congestion sanguine, et à la présence des granulations, dont la base se confond avec le tissu dermatique lui-même. Le tissu cellulaire sous-muqueux se tuméfie et présente des nodosités, que l'on constate si facilement dans les uréthrites granuleuses. Le lacis vasculaire, qui forme la charpente de la granulation, prend sa source dans les dernières ramifications capillaires de la muqueuse. Les vaisseaux de cette muqueuse sont gorgés de sang, s'anastomosent dans tous les sens, et donnent lieu, dans certains cas, à un vrai boursoufflement vasculaire. $ 10. — L'écoulement de la blennorrhagie granuleuse est constitué par du pus sécrété par les muqueuses uréthrale, vaginale, utérine ou palpébrale, atteintes de granulations. Les analyses chimique et microscopique sont impuissantes pour faire découvrir la nature du virus granuleux, qui ne se révèle que par des effets pathologiques spéciaux. L'examen le plus minutieux de l'écoulement virulent n'a jamais fait voir que les éléments qui entrent dans la composition du pus, du mucus, plus des nucléoles et des débris de cellules.

CHAPITRE III.

SYMPTôMES, MARCHE, DURÉE, TERMINAISONS, PRONOSTIC,

$ 1".—Pour apprécier, d'une manière convenable, les phénomènes morbides de la blennorrhagie granuleuse, il faut l'observer dans sa marche aiguë et dans sa marche chronique.

Dans l'état aigu, au début, la muqueuse est boursoufflée, inégale, bosselée, d'une couleur rouge-amarante sombre, avec brillant caractéristique. On ne distingue dans la muqueuse aucun vaisseau capillaire. La muqueuse, privée de son épithélium, saigne au moindre contact. De là l'écoulement sanguinolent qui se fait dans le principe. Les granulations, ordinairement invisibles au début, se montrent bientôt sous la forme de petites éminences acuminées, imbriquées, d'un rouge caractéristique, et qui présentent, en un mot, tous les caractères que déjà nous leur avons assignés. Les granulations réfléchissent fortement la lumière. De là ce brillant, cet éclat miroitant qui disparaît à mesure qu'elles deviennent plus chroniques. $ 2. — L'écoulement est constitué d'abord par une sérosité sanguinolente corrosive, qui bientôt se convertit en muco-pus, puis en pus, dont la sécrétion est très-abondante; à peine enlevé, le pus se reproduit. Le liquide purulent s'échappe de l'organe malade, sous forme de gouttelettes arrondies, d'un blanc jaunâtre mat caractéristique, qui, se répandant sur les tissus voisins, les irrite et les corrode. Sa couleur est presque toujours troublée par des stries de sang. Le pus virulent pénètre le linge comme le ferait la matière produite par un vésicatoire récent; il l'empèse et les taches qu'il laisse sont grandes, irrégulières, jaunâtres. Ces taches ne se détachent pas par le frottement comme celles qui résultent de l'écoulement d'une blennorrhagie simple. Le lavage ne les enlève que difficilement. La dessiccation ne fait pas perdre à cette matière sa propriété contagieuse; c'est ainsi que des lavandières ont contracté des conjonctivites granuleuses en lavant le linge de personnes atteintes de blennorrhagies granuleuses. $ 5. — Le tissu cellulaire sous-muqueux est tuméfié, souvent douloureux et présente parfois des nodosités. Le gonflement peut s'étendre au tissu fibreux et même à la peau. De là la teinte veineuse de ces parties, qui est caractéristique, surtout aux paupières. De là aussi l'œdème, l'inflammation des paupières, des grandes lèvres, du prépuce, des abcès et même la gangrène. Si la blennorrhagie granuleuse n'affectait qu'un seul œil, il faudrait prendre les plus grandes précautions pour que l'autre œil n'en fût pas atteint, car il ne faut qu'un atome de pus pour y développer l'affection. $ 4. - Les phénomènes généraux sont ceux produits par une inflammation locale intense. Le tempérament du malade influe sur leur intensité plus ou moins grande. Il y a céphalalgie, insomnie, agitation, sentiment vif de picotement dans la partie affectée, puis une douleur vive, brûlante, qui s'irradie au loin. Il y a de la soif, de l'inappétence, de la constipation et un mouvement fébrile plus ou moins marqué. $ 5. - Lorsque l'affection granuleuse se présente sous forme chronique, les symptômes phlegmasiques n'existent qu'à un faible degré. Le pus est produit en petite quantité ; de là la dénomination de granulation sèche et non sécrétante, dénomination impropre ; car aussi longtemps qu'il y a granulation, il y a sécrètion purulente, et cette sécrétion persiste jusqu'à disparition complète des granulations, ou jusqu'à ce qu'elles aient subi une transformation quelconque. Les granulations chroniques peuvent, ainsi que l'a parfaitement énoncé Cunier, prendre le caractère suraigu et vice versâ. Il faut encore remarquer que, dans l'état granuleux chronique, les congestions sanguines de la muqueuse apparaissent et disparaissent avec la plus grande facilité. $6. — Les blennorrhagies granuleuses ne suivent pas une marche régulière comme les blennorrhagies simples; dans la majorité des cas, lorsque le virus est très-actif, ou bien lorsque les tissus se trouvent dans des conditions favorables à son action, elles atteignent pour ainsi dire instantanément leur summum d'intensité; c'est ce qui a fait dire à M. Velpeau que, lorsque ces affections, dont il méconnaissait, du reste, la véritable nature, siégeaient aux conjonctives, elles étaient excessivement redoutables, parce qu'elles compromettaient les fonctions visuelles dans un temps très-court. Les granulations peuvent aussi se développer lentement, sourdement, ne s'annoncer que par un écoulement purulent peu. abondant et ne provoquer que très-tard les symptômes inflammatoires redoutables dont nous avons parlé. Les symptômes des blennorrhagies granuleuses sont en général de deux sortes : ceux qui sont dus au virus granuleux, ce sont les granulations et le pus granuleux; et ceux produits par la phlegmasie des muqueuses et des parties voisines, qui sont de véritables complications. $ 7. Les granulations peuvent se montrer d'emblée, sans manifestation préalable des symptômes de la phlegmasie aiguë. Elles peuvent se manifester consécutivement à cette phlegmasie. Enfin elles peuvent prendre diverses formes intermédiaires entre l'état d'acuité extrême et l'état de chronicité le plus complet. Disons encore que les granulations peuvent successivement passer de l'état d'acuité le plus intense à divers degrés intermédiaires, et arriver ainsi à l'état chronique, puis repasser de cet état chronique à l'état suraigu, sans qu'une nouvelle contagion soit nécessaire. Cette marche, comme on le voit, est très-irrégulière. Lorsqu'une blennorrhagie granuleuse débute par l'état suraigu, l'intensité de l'affection persiste pendant un temps plus ou moins long, qui varie suivant un grand nombre de circonstances. Quelquefois les phénomènes morbides ne diminuent que lorsque les désordres les plus graves ont été produits; mais un traitement énergique et rationnel peut en général conjurer les phénomènes inflammatoires intenses et les désordres organiques qui s'ensuivent. Il arrive cependant que, par la simple influence de la nature, les phénomènes inflammatoires décroissent petit à petit et disparaissent. Les granulations seules persistent alors, et constituent ce qu'on appelle les plaques granuleuses chroniques. lci les granulations chroniques sont consécutives à l'affection suraiguë; mais

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