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un ans. Un roman qu'il publia quelque règles, et qui fut comme le signal de la temps après, Han d'Islande , n'obtint guerre acharnée des classiques et des qu’un succès contesté. En 1823, il reçut romantiques. En 1828 parut le recueil une pension de Louis XVIII. Il n'avait des Orientales , et en 1829, le récit intirien fait pour appeler sur lui cette fa- tulé Les derniers jours d'un conveur; il avait chanté les Bourbons, mais damné. comme un poëte ému aux souvenirs du En 1830, le 26 février, M. Vic-' passé, touché de l'antiquité vénérable tor Hugo se produisit enfin sur la et glorieuse des fleurs de lis; comme scène dramatique qu'il avait déjà révoun artiste désintéressé, et non comme lutionnée par sa préface. Il fit repréun homme de parti. On raconte d'ail senter cet Hernani, objet de tant de leurs que ce ne fut pas seulement la contestations violentes et de si furieuses lecture des odes et ballades qui déter mêlées littéraires. On sait que l'Académina Louis XVIII à lui accorder cette mie, oubliant qu'on ne pouvait tyranpension. Un camarade de M. Victor niser la pensée, même au nom de la Hugo, Delon, condamné à mort après raison et du goût, eut le tort d'aller la conspiration de Saumur, se cachait demander à Charles X la répression des à Paris et courait risque à chaque ins témérités impies du jeune novateur, et tant d'être découvert. M. Victor Hugo que le monarque répondit spirituelleavait alors deux modestes logements ment : « En fait d'art, je n'ai d'autre sous son nom; il écrivit à la mère de « droit

que ma place au parterre. » Delon pour lui en offrir un; son fils Depuis, M. Victor Hugo n'a pas s'y cacherait, « et , ajoutait-il, je suis cessé de livrer de nouveaux combats trop royaliste pour qu'on s'avise de ve et quelques-uns ont été pour lui l'ocnir le chercher dans ma chambre. » casion de légitimes triomphes. Dans le Cette lettre, arrêtée par la police, fut genre lyrique, il a ajouté à ses premiers décachetée et mise sous les yeux du roi, essais, les Feuilles d'automne , les avant de parvenir à sa destination. Voix intérieures, les Chants du créLouis XVIII, après l'avoit lue, dit : puscule, les Rayons et les ombres; « Je connais ce jeune homme; il se

dans le roman,

il écrit Notre-Dame a conduit en ceci avec honneur. Je lui

de Paris;

dans le drame, il a composé « donne la prochaine pension qui va Marion Delorme, le Roi s'amuse, a quera.» La pension vint en effet à dont les représentations furent aussitôt M. Victor Hugo, qui fut deux ans sans suspendues par arrêté ministériel, Luen connaître l'origine. Pour Delon, il crèce Borgia, Marie Tudor, Angelo, n'avait pas, heureusement, répondu Ruy-Blas. En 1840, il brigua les sufà une offre qui lui aurait été fatale, et frages de l'Académie : mais beaucoup s'était refugié dans un lieu sûr.

des membres de ce corps, conservaCette même année, M. Victor teurs zélés des anciens dogmes litHugo se maria avec une belle jeune téraires, crurent combattre pro ariş fille , aimée depuis l'enfance, et pour et focis en fermant les portes du sanclaquelle sa passion avait toujours tuaire à celui dont toutes les innovagrandi, combattue par les calculs in- tions leur paraissaient autant de sacritéressés de sa famille. Des succès léges. M. Victor Hugo se vit préférer poétiques de plus en plus brillants M. Flourens, 'un des secrétaires pervinrent se joindre aux douceurs d'une pétuels de l'Académie des sciences. telle union, et lui faire une existence Une seconde tentative lui a mieux heureuse et enviée. En 1824, il publia réussi l'année dernière. un second volume d'odes et ballades; La solennité de sa réception avait aten 1826, le roman de Bug Jargal et un tiré une foule considérable : on s'attentroisième volume d'odes. En 1827, il dait à trouver dans son discours de ré. fit son début dans le genre dramatique ception une exposition et une discussion par le roman-drame de Cromwell, pré- nouvelle de ses principes; on se demancidé de cette fameuse preface qui éta dait avec une vive curiosité comment il blissait tout un nouveau système poé se tirerait de cette épreuve délicate, et tique sur les ruines des anciennes comment il brayerait l'Académie en la

remerciant. Mais la surprise a été duisants, si rapides, si sonores, se ca. grande quand on l'a entendu lire de lon chent un très-grand nombre d'idées va. gues considérations historiques en style gues, bizarres ou forcées, d'expressions poétique sur la •révolution, sur Napo- affectées ou obscures, d'antithèses puéléon, sur les besoins de la société ac riles , de naïvetés travaillées, de mots tuellé. Voulait-il éviter par là de se pla- harmonieux vides de sens. D'abord l'o. cer sur le terrain brûlant pour lui des reille est flattée, on se laisse aller au questions littéraires, ou bien le poëte courant mélodieux de la strophe; mais aspire-t-il, comme on l'a dit, à se mé pour peu que l'esprit du lecteur se tamorphoser en homme politique, et tienne attentif et bien éveillé, que d'ima-t-il voulu dans cette occasion nous perfections, que de défectuosités queldonner un échantillon de son éloquence quefois choquantes il découvre dans le politique et un programme de ses idées? détail de la pensée et de la forme! Si ce dernier motif est celui qui a ins Et, quand nous parlons ici du contrôle piré cet étrange discours, il faut con que le goût fait subir aux ouvrages lyrivenir que M. Victor Hugo a bien mal ques de M. Victor Hugo, nous ne prenons choisi son temps, et que cette intro- pas le goût dans un sens aussi sévère et duction forcée de la politique dans une aussi rigoureux que les anciens maîtres, assemblée qui a toujours été et qui doit que les critiques fondateurs ou inter. toujours rester exclusivement littéraire, prètes des regles classiques. Nous samarque une absence complète de tact vons fort bien que les règles, que ceret de ce sentiment des convenances taines règles du moins , sont sujettes a si nécessaire aux hommes politiques et modification avec le temps ; nous ne aux littérateurs.

sommes pas éloignés de penser que no. Nous n'avons fait jusqu'ici qu'un ré tre langue a été un peu timide en poésumé historique de la vie et des publi- sie; nous croyons que les langues se cations de M. Victor Hugo. Il nous reste rajeunissent par d'heureuses hardiesses. à exposer quelques idées sur ses ouvrages. et qu'en fait de style, un poëte lyrique

La vocation de M. Victor Hugo était peut et doit beaucoup oser. Prenons surtout lyrique. Son imagination bril des exemples ; il nous est impossible de lante et mobile, sa rêverie ardente et ne pas trouver un grand charme dans capricieuse, sa facilité extraordinaire à la strophe suivante tirée de cette vaincre les difficultés du rhythme, son pièce fameuse intitulée les Fantômes: vif et naturel sentiment de l'harmonie,

Il faut que l'eau s'épaise à courir les vallées ; ces différentes qualités le portaient sur

Il faut que l'éclair brille et brille peu d'instants, tout au genre de l'ode. On ne peut nier Il faut qu'Avril jaloux brule de ses gelees qu'il n'y ait souvent réussi. Plusieurs Le beau pommier trop fier de ses fleurs étoilées,

Neige odorante du printemps. de ses recueils ont plu et plairont toujours par la vérité gracieuse ou fière des Mais croit-on que Boileau ou la Harpe sentiments, par la fraîcheur des images, eussent laissé 'passer le dernier trait? par l'originalité pittoresque des ta- L'image et l'expression qui terminent la bleaux, par l'ampleur mélodieuse du strophe leur eussent-elles parù suflirhythme, par la richesse étonnante et samment simples et naturelles ? Nous musicale des rimes. Des ouvrages poé en doutons ; et pourtant, d'après l'idée tiques où l'on trouve de tels mérites plus large et plus libre que nous nous sont garantis contre l'oubli; cependant faisons du style poétique, il n'est pas permis de ranger les com mons rien ici ; nous adoptons, au conpositions lyriques de M. Victor Hugo traire, toute la strophe comme graparmi les oeuvres portées jusqu'à ce degré cieuse, ingénieuse et touchante d'un de perfection qui crée les titres à la plus bout à l'autre. Ainsi , nous ne mettons haute gloire poétique. Parmi les traits à la lecture de M. Victor Hugo aucune brillants dont ses odes sont semées, il en sévérité étroite et systématique. Mais est beaucoup que l'imagination même la lorsque., dans l'ode où le poëte célèbre plus complaisante ne peut accepter , et la victoire de Navarin , nous trouvons que la raison et le goût repoussent comme un trait comme celui qui termine cette exagérés ou faux. Dans ces vers si sé, strophe ,

nous ne bla

Josqu'ici, quand brûlaient, au sein des flots fumants, vie et sur la mort, tout ce fond si ri-
Les capitans packas avec leurs armenents,
Leur flotte dans l'ombre engourdie,

che de poésie austère ou passionnée, On te reconnaissait à ce terrible jeu ;

n'est nulle part dans les Orientales. Le Ton brulot expliquail tous ces vaisseaux en feu ;

vers du poëte est presque partout un Ta torche éclairait l'incendie !

retentissement magnifique, mais vide. nous ne pouvons nous empêcher de voir Il faut dire en retour que M. Victor dans ce rapprochement métaphorique, Hugo a été beaucoup plus penseur dans une subtilité bizarre et forcée. Cette les Feuilles d'automne. Là, il a trouvé. torche de Canaris qui éclaire l'incendie, pour chanter la grandeur de Dieu et les est du plus mauvais goût. A quelque petitesses de l'homme, pour s'apitoyer école que l'on appartienne, quelque sur les misères humaines, pour donner système que l'on professe, si l'on est de au siècle de nobles et pieuses leçons de bonne foi, on avouera que cela choque charité et d'amour, des accents inspirés et répugne. Eh bien, il y a malheureu- et entraînants. Cependant nous regretsement beaucoup de traits semblables tons d'être obligés d'ajouter que la chez M. Victor Hugo. Ses æuvres lyri. forme des Feuilles d'automne est en ques n'en attestent pas moins un ta- général moins précise et moins scrupulent éclatant et même rare; mais il est leusement achevée que celle des Orienimpossible, à cause de taches aussi gra tales. A côté des plus belles inspirations ves, aussi nombreuses, de les placer au se trouvent des parties vagues, indigespremier rang.

tes; la trame des vers est peu serrée, On a fait un autre reproche à M. Vic et se charge souvent d'ornements indétor Hugo poëte lyrique. On a dit qu'il cis ou parasites. y avait dans ses odes peu de pensées ;

Dans les derniers recueils de M. Vicque les idées morales, que les divers tor Hugo : les Voix intérieures, les sentiments intimes qui émeuvent l'âme Chants du crépuscule , les Rayons et humaine n'y jouaient qu'un très-faible les Ombres, un affaiblissement fåcheux rôle; que sa muse s'attachait surtout à se fait sentir. M. Victor Hugo serait-il peindre les spectacles de la nature phy- déjà arrivé à cet âge où la veine poétisique, le côté matériel de l'univers, les que se tarit ? Nous croyons plutôt que accidents pittoresques de la création ; ce qui a déterminé cette décadence raque son talent lyrique était surtout des- pide de son talent, c'est la funeste hacriptif, non pas sans doute à la manière bitude qu'il a prise de ne jamais revoir, des poëtes de l'empire, et avec bien de ne jamais retoucher ses inspirations. plus d'éclat, de franchise et de liberté Par système et par infatuation de luiqu'on n'en trouve dans Delille ou dans même, il respecte ce que son esprit a Fontanes, mais pourtant descriptif,c'est- créé dans le premier jet, au point de à-dire, préoccupé sans cesse du relief et n'y plus mettre la main. Il croit que, de la couleur des objets, beaucoup plus comme un arbre vigoureux et fécond , que de la nature intime des sentiments, il n'a qu'à secouer ses branches pour des passions, des idées. Il y a beaucoup en faire tomber des fruits exquis, que de vérité dans ces reproches. Le recueil le public ramasse. Cette methode réqui les mérite surtout est celui des vèle un immense orgueil. M. Victor Orientales. Là, le poéte fait reluire à Hugo, enivré par ses succès , étourdi nos yeux les rayons du soleil d'Asie, par les fumées de l'encens qu'une cole miroir des lacs solitaires, les san horte empressée d'admirateurs fanatiglants éclairs des batailles, les armes ques brûle sans cesse sous son visage, d'or des guerriers orientaux, la peau en est venu à croire fermement à son moirée des coursiers, l'ail limpide et infaillibilité poétique. Quoi qu'il pense, bleu des jeunes filles ; mais ces pen- quoi qu'il dise, il ne doute point que sées dont s'alimente ordinairement le son génie ne se révèle en traits subli. monologue rêveur du poëte lyrique, le mes. Absorbé dans son moi, comme une sentiment de la fuite du temps, l'idée divinité indienne, il ne songe pas mêine de la puissance de Dieu et de la fragilité s'il existe une critique; ou, s'il se rapdes hommes, les espérances et les re pelle qu'il y en a une, il prend d'avance grets de l'amour, les méditations sur la en pitié ses censures et ses arrêts. Un

tel délire, car n'est-ce pas là du délire? tielle, des temps antiques ; que dans cet est funeste à un poëte; il l'expose à de âge l'élément épique est l'élément vital tristes chutes, et lui prépare pour l'ave de toute poésie ? Mais M. Victor Hugi nir un douloureux réveil.

ne sait-il donc pas que Stésichore, AlExaminons maintenant la valeur des cée, Sapho, ont paru plusieurs siècle créations dramatiques de M. Victor après Homère, que Simonide et PioHugo. Et d'abo voyons quelle est sa dare étaient contemporains des guerres théorie dramatique, exposée tout au médiques ? Toute cette génération de long dans la préface de Cromwell. poëtes lyriques qui fleurirent en Gree M. Victor Hugo reprend les choses de du huitième au cinquième siècle, il li haut. Selon lui, chaque âge de l'huma- compte donc pour rien ? Deux moti nité a son genre de poésie, où se reflè- seulement sur Pindare sont l'uniqu: tent son caractère , sa religion, ses précaution qu'il prend contre une obmaurs. Il y a trois grands ages dans jection aussi forte, « Pindare, dit-il

, est l'humanité, d'abord les temps primitifs, plus sacerdotal que patriarcal, plus épique qui sont ceux du premier développe- que lyrique. » Plus sacerdotal que pa ment de l'espèce humaine, et dont le triarcal! notre intelligence n'est pas terme peut se fixer au siècle d'Homère; à la hauteur de ce trait profond. Mais ensuite les temps antiques , qui com en outre, l'épopée était-elle donc le mencent avec Homère et se prolongent genre dominant à l'époque d'Eschule, jusqu'à la venue du Christ ; enfin l'âge de Sophocle , d'Euripide, d'Agathon

, moderne, qui s'étend depuis l'établisse. d'Aristophane, de Ménandre, qui tous meni du christianisme et l'invasion des vécurent dans ce que M. Victor Hugo barbares jusqu'à nous. La poésie, dans appelle les temps antiques ? Il re: le premier âge, est lyrique ; dans le se

marque que la tragédie est sortie de cond elle est épique ; dans le troisième, l'épopée, ce qui est incontestable. elle est dramatique ; l'ode, l'épopée, le Il ajoute que la tragédie grecque drame, voilà la forme que tour à tour gardé le caractère, les proportions de la poésie revêt presque exclusivement l'épopée. Ceci est vrai de quelques pie dans chacune de ces époques.

ces d'Eschyle, le père du theatre; mais M. Victor Hugo arrive en quelques dans Sophocle, dans Euripide , chez pages, fort peu nourries de preuves et leurs nombreux imitateurs, la poesie de faits, à ce résultat qu'il proclame dramatique est indépendante, marquet avec une entière confiance. Le lecteur d'un caractère propre ; elle se distingue qui réfléchit a de la peine à y souscrire. profondément, par son esprit et par ses D'abord est-il bien vrai que l'ode ait été procédés, de l'épopée, à laquelle elle ne la seule poésie des peuples primitifs ? fait plus qu'emprunter des sujets qu'elle Partout où les premiers hommes ra modifie à sa guise. contaient avec le chant les aventures M. Victor Hugo décide aussi légèrede leurs pères, en mêlant à ces récits ment que le drame est la poésie essenleurs superstitions, l'épopée apparais- tiellement propre au monde chretien. sait, la poésie épique était trouvee. Or, L'assertion pourrait être vraie si elle de tels récits durent nécessairement était restreinte , si l'on disait que le trouver place dans la vie primitive de drame a pris, depuis le seizième siècle

, l'humanité. M. Victor Hugo, pour prou

une importance supérieure à celle des ver que l'ode était la poésie de cet âge, autres genres. Mais quel était l'état du cite la Genèse. L'exemple est, il faut drame au moyen âge ? Assurément, l'avouer , singulièrement choisi; car la alors, la poésie véritable était bien plus Genèse est au moins autant une épopée dans les épopées chevaleresques que qu’une ode. M. Victor Hugo nous four dans les mystères. Et ces grands poetes nit lui-même une preuve suffisante pour qui ont ressuscité dans le monde chréétablir, contrairement à sa théorie, tien le génie de l'épopée, M. Victor qu'il y a eu un poëte épique avant Ho. Hugo les oublie-t-il ? Et le Dante, et mère : ce poëte, c'est Noise.

Milton, et Camoëns, et le Tasse ? At Est-il plus vrai de soutenir que l'épo- tendez. Pour le Dante, M. Victor Hugo pée a été la poésie dominante, essen nous dit que son poëme n'est pas une

épopée, par la raison qu'il a écrit sur n'avait pas dit : Mettons le laid en rele titre, avec sa plume de fer : Divina gard du beau; faisons figurer à côté du Commedia. Quant à Milton, son Para. pathétique, le grotesque. On n'avait dis perdu ne prouve rien ici; en effet , pas eu l'idée que le laid pût être un le Paradis perdu fut d'abord conçu par moyen de charmer les hommes. Sur le Milton sous la forme d'un drame, ergo, grotesque, on était de l'opinion de ce n'est pas une épopée. Nous n’exa Boileau. On avait imaginé de rassemigérons rien ; voilà comme raisonne bler dans un même ouvrage dramatiM. Victor Hugo. Cette logique, si elle que des impressions tragiques et des n'est pas forte, est commode. Il est impressions douces et riantes; mais on commode aussi de supprimer des noms. n'avait pas songé à mettre en cuvre le M. Victor Hugo juge à propos de ne rien repoussant et l'horrible. Ce progrès dire du Tasse et de Camoens.

était réservé à notre temps; la gloire M. Victor Hugo ayant posé ses pré de le produire était réservée à M. Vicliminaires, et ayant établi que le drame

tor Hugo. est la vraie poésie des modernes, passe Tout en exposant ces principes , à la définition du drame. « Le drame, M. Victor Hugo a grand soin de se coua dit-il, vit du réel, l'ode vit de l'idéal, vrir de l'autorité de Shakspeare, qui, à « l'épopée du grandiose. Les personnages ses yeux, réalise parfaitement l'idée du « du drame sont des hommes , ceux de drame. Nous prétendons être grand a l'ode sont des colosses, ceux de l'épo admirateur de Shakspeare; mais quand ipée des géants. » Nous reconnaissons admirons-nous Shakspeare ? Est-ce une idée assez juste sous cette défini quand il nous montre Hamlet et Laërte tion, que revêt une forme étrange. Mais se battant dans une fosse, ou quand il jusqu'à quel point le drame est-il l'imi place dans la bouche d'Hamlet son sutation du réel ? Jusqu'à quel degré de blime monologue? Est-ce quand il nous fidélité et d'exactitude le drame doit-il fait entendre les quolibets grossiers peindre ses personnages , qui sont des qu’échange sur le forum, un peuple rohommes ? Là est la question ; c'est là main tracé à l'image de la populace de dessus, que M. Victor Hugo développe Londres, ou quand il met sur la scène des idées fort nouvelles.

Antoine demandant, avec une éloquence La vie humaine se compose de deux magique, vengeance pour César? Est-ce éléments, le beau et le laid, le sublime quand il étale sous nos yeux, avec ses et le difforme, le gracieux et le grotes- plus affreux détails, le supplice de Gloque, Si le drame veut être une imitation cester, l'ami du roi Léar, ou lorsqu'il lidèle et expressive de la vie humaine, place aux côtés du roi Léar, ce vieillard Il faut qu'il la représente sous ses deux insensé qu’on abandonne, sa douce et faces ; il faut que la vaine et fausse dis. généreuse fille Cordélia ? tinction de la comédie et de la tragédie Nous ne mettons point de fanatisme disparaisse, et que ces deux genres se dans nos admirations, et nous blâmons fondent ensemble dans un genre nou

dans Shakspeare l'horrible et le grotesveau qui représente l'humanité tout en que, quand nous les y trouvons. Mais tière, avec tous ses éléments et sous ils y sont plus rares qu'on ne croit.

Il faut remarquer que souvent, entre Avant M. Victor Hugo, on avait déjà les mains de Shakspeare, l'horrible s'éproposé une conciliation entre la tragé. pure, et, jusqu'à un certain point, s'adie et la comédie. On avait dit : Mêlons doucit en revêtant les proportions idéa

comique au touchant, excitons tour les d'une poésie grandiose , inspirée, à tour le rire et la tristesse (*); mais on gigantesque. Lady Macbeth effraye sans

dégoûter, parce que c'est une création $) Voir les ou vrages critiques de Diderot

tout idéale. Souvent aussi Shakspeare et de Beaumarcha is. Le principe essentiel du

embellit et relève le grotesque à sa madrame avait été formulé nettement par ces au

nière, en le recouvrant, comme d'un teurs. M. Victor Hugo n'a pas inventé le

vêtement gracieux, de sa légère et poé drame : il n'a fait que le fausser en l'exagés tique fantaisie. Falstaff bouffonne avec rant. Voyez l'article DRAME.

une originalité singulière et charmante.

tous ses aspects.

le

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