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est pour moi l'alpha et l'oméga de tous les problèmes relatifs à l'amélioration de la condition physique et morale de nos populations charbonnières.

Il y aura, certes, des difficultés à surmonter, des résistances à vaincre, des oppositions à briser, pour assurer la réglementation des heures de travail, mais, quand l'industrie sera convaincue qu'au point de vue de l'économie politique, au point de vue de la production, comme au point de vue chrétien et démocratique, il importe de ménager les forces de l'enfance, pour ne pas manquer de travailleurs plus tard, pour ne pas dépenser son capital avec son revenu, je suis convaincu que rien ne s'opposera plus à la réalisation d'une œuvreà la fois de réparation et de conservation.

J'ai un mot à dire sur la dernière des conclusions de M. Kuborn : a Dorénavant nul ne sera plus admis, s'il n'est muni d'une attestation d'un médecin désigné par le Gouver

. neur ou par- l'administration des mines, constatant que sa

constitution le rend apte à être employé dans ces travaux. » Cette conclusion je ne puis l'admettre d'aucune façon. Je vais en donner les raisons. ' '

Celui qui embrasse une profession, un état, l'embrasse à ses risques et périls, d'après ses aptitudes, ses goûts, ses capacités, ses ressources physiques, intellectuelles et pécuniaires. L'Ètat n'a rien à y voir : on ne peut, de par un règlement, fermer l'accès d'un métier à n'importe qui. Cette manie d'intervention nous conduirait fort loin, les gouvernants n'ayant naturellement que trop de tendance à intervenir partout. Mais n'y a-t-il donc que la profession de bouilleur qui offre des dangers au point de vue hygiénique? Pour être logique, il faudrait assujettir à la même règle, à un examen médical préalable, les individus qui aspirent à exercer un métier quelconque, car il n'en est point qui n'ait ses chances mauvaises au point de vue de la santé : toute personne qui voudra exercer, ou même seulement apprendre, n'importe quel métier, celles surtout qui voudront entrer dans une filature, une verrerie‘, une fabrique de produits chimiques, etc., toutes industries entachées d'insalubrité.

Mais qui ne voit que cet examen médical préalable serait une mesure aussi arbitraire que peu efficace! Ainsi, pour les filatures,un examen médical préalable empéchera-t-il un ouvrier de contracter, sans la moindre prédisposition héréditaire, la phthisie qui résulte de l'inspiration de poussières irrilantes?

On requiert l'examen médical préalable pour les aspirants ouvriers houilleurs, qui devront,en outre,justifier— ainsi le veulent les conclusions de M. Kuborn — qu'ils connaissent la lecture, l'écriture et les premiers éléments du calcul. Ces deux conditions sont inspirées toutes deux par des intentions

généreuses, mais toutes deux doivent être combaltues au nom '

de la liberté individuelle. Ce serait là, du reste, une loi d'exception contre une série de travailleurs.Je laisse de côté l'examen scientifique, et je me borne à dire que si l'on voulait soumettre à un examen médical préalable les enfants qui aspirent à exercer l'état de bouilleur, a fortiori cette mesure devrait-elle être prescrite pour les ouvriers des fabriques, les soutlleurs de verra, les ouvriers des nombreuses industries qui ont pour objet le plomb, le cuivre, l'étain, le mercure, le zinc, le phosphore, pour les lamineurs, et même pour les tailleurs, les Cordonniers, les couturières, les dentellières, etc. Ce serait là voguer en plein dans l'arbitraire.

Allons plus loin. En admettant cette intervention de l'autorité, au nom de l'hygiène, dans le choix d'un état, pourquoi s'arrêter en si beau chemin : la société a pour but le ma

riage : ne pourrait-on tout aussi bien soumettre cet acte à des formalités qui auraient pour but de s'assurer que les individus qui veulent s'unir ne portent point de germe de phthisie, qu'ils ne sont pas épileptiques, qu'ils n'ont pas d'affection constitutionnelle transmissible aux enfants qui peuvent naître d'eux ? Pourquoi donc l'État n'interviendrait-il pas pour interdire des unions d'où doivent fatalement sortir de pauvres créatures vouées dès l'acte de leur conception à une série de malheurs, des êtres qui seront minés par la scrofule, la syphilis héréditaire, d'autres qui deviendront peut-être épileptiques, idiots, aliénés? Pourquoi n'interdirait-on pas, de par la loi, le mariage à une femme dont le bassin est mal conformé et qui ne pourra mener une grossesse à bon port? Pourquoi ne délendrait-on pas les unions consanguines, les mariages dans lesquels il y a une trop grande disproportion d'âge entre les époux, etc. ?

Mais qui ne voit que cette intervention continuelle de l‘Ètat nous conduirait directement à l'absorption de l'individu par l'État, à l'arbitraire, au despotisme? Pour ma part, je le déclare hautement, je préfère la liberté avec ses abus, ses erreurs, ses maux même, à cet État-Providence qui serait chargé de penser pour chacun de nous, et, nous enlevant la plus large part de notre libre arbitre, nous empêcherait de faire des fautes, notre volonté étant enchaînée. Le meilleur gouvernement est, je crois, celui qu'on voit le moins, qui se faitle moins sentir, qui se mêle le mieux du moins de choses.

Une autre considération qui a bien aussi quelque valeur, c'est que le médecin n'est pas infaillible. Il dépendra donc, Messieurs, du plus ou moins de science, ou, ce qui revient au même, du plus ou moins d'ignorance, d'un médecin d'empêcher un individu d'exercer un état vers lequel ses goûts et ses aptitudes l’entraînent : l'un, par décision de médecin, végélera dans la misère, l'autre, par la même décision, pourra embrasser un état lucratif, gagner un salaire élevé. Exposer un pareil système, c'est le réfuter.

Avant de finir, Messieurs, je vais indiquer rapidement les mesures qui me semblent les plus propres à améliorer la position des ouvriers houilleurs. Cette amélioration, en effet, me paraît le moyen le plus efficace d'arriver à la suppression du travail des femmes dans les mines.

Ces mesures sont surtout les suivantes :

4° Moraliser le peuple par l'instruction et par le bon exemple : rien n'est contagieux comme l'exemple : que ceux donc qui ont autorité sur l'ouvrier, que ceux que leur position, leur fortune, leur rang social, recommandent à son attention, commencent par lui donner l'exemple d'une vie régulière, de la pureté des mœurs. de la fidélité à la foi conjugale, de l'esprit de famille, de l'ordre. Cet enseignement en action est le plus puissant de tous.

2° Arracher l'ouvrier aux exploitations dont il est l'objet: à l'exploitation des portons, en interdisant a ceux-ci, comme on l'a fait dans les charbounages de Marimont et Bascoup,de tenir cabaret et de faire le commerce. Là où cette interdiction n'existe pas, il est rare de rencontrer un porion qui ne soit cabaretier ou détaillant, et qui, comme tel, abusant de l'influence que lui donne sa position, ne prélève un tribut plus ou moins élevé sur le salaire de l'ouvrier. Arracher l'ouvrier à l'exploitation des boutiquiers, de deux manières : en favorisant la formation de sociétés coopératives d'alimentation, en logeant l'ouvrier. A Marimont, à Bascoup, au Bois-du-Luc, à La Louvière, ailleurs encore, des administrations paternelles ont fait construire, en grand nombre, des habitations ouvrières commodes, salubres, bien aérées, bien distribuées, au point qu'il est beaucoup de petits bourgeois dans les villes qui pourraient envier ces demeures. Ces constructions ont, pour l'ouvrier, le grand avantage de le rendre indépendant vis-à-vis du commerce de détail. Trop souvent. dans les localités industrielles, les demeures d'ouvriers sont accaparées par les commerçants : l'ouvrier loue au mois, loue cher et est forcé de s'approvisionner des objets de ménage chez son propriétaire dont il doit subir toutes les conditions. Un abus très-grave, c'est celui que l'on rencontre dans quelques localités industrielles, où de hauts employés de charbonnages tiennent par eux-mêmes ou par leurs femmes ou leurs filles des magasins dans lesquels, au moyen de la pression morale la plus odieuse, la plus tyrannique, la plus criante, la plus vexatoire, les ouvriers sont contraints de s'approvisionner. Signaler cet abus à l'humanité des chefs d'industrie est un moyen de le faire cesser.

3° Dans les grands établissements, nous voudrions voir tous les ans consacrer une faible somme à des prix de propreté. Ces prix, consistant en objets mobiliers, seraient décernés aux ouvriers qui auraient le plus fait preuve d'ordre, de conduite, de propreté. Dans les villes où des institutions semblables existent, elles ont produit le plus grand bien.

4° « Au point de vue hygiénique, écrivait M. le Ministre des Travaux publics, dans une circulaire récente, le mineur se trouve dans des conditions très-défavorables : il travaille, pendant huit à dia: heures et quelquefois davantage, dans une atmosphère chargée de poussière et d'une température élevée, et lorsque, fatigué, rompu, mouillé par les eaua: de filtration qui tombent dans le puits, il remonte à la surface, il lui faut souvent franchir de longues distances, en butte aux intempéries de l'air, avant d'atteindre sa demeure. »

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