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on peut rencontrer partout des cas d’ostéomalacie, il faudrait pour résoudre cette question connaître la proportion exacte d'embryotomies, d'opérations césariennes, de femmes mortes sans être délivrées, pour vice d'ostéomalacie chez les hiercheuses et chez les femmes qui exercent d'autres états. Toutes proportions gardées quant au nombre d'accouchements, j’incline à croire qu'il doit y avoir plus de cas de dystocie par déformation ostéomalacique du bassin chez les dentellières de Bruxelles et chez les fileuses des Flandres, chez des malheureuses qui se nourrissent de pain, de café, de lait battu et de pommes de terre, que chez nos hiercheuses. Nombreuses sont les causes d'erreurs dans les recherches de ce genre : des études faites consciencieusement, savamment, avec persévérance, et sur une grande échelle, peuvent seules en mettre à l'abri. Ainsi, pour ce qui concerne ma pratique particulière, je dirai que le village charbonnier de Godarville,‘qui n’a que deux mille habitants, fournit tous les ans un nombre beaucoup plus élevé d'affections scrot‘uleuses des plus graves, caries des os, tumeurs blanches, dartres rebelles à tous les traitements, ophthalmies, etc., que la commune de Chapelle-lez-Herlaimont, siège principal du charbonnage de Bascoup, qui a à peu près le double de population. Si pourtant l’iudustrie honillère était la cause de cette grande fréquence de la scrol'ulose. je devrais en rencontrer beaucoup plus de cas dans ce dernier village. Or, il n’en est rien. Des conditions locales l'ont éclore cette afl'ection avec beaucoup plus de fréquence dans la commune de Godarville, située dans un fond marécageux, qu’à Chapelle-lez-Herlaimont, Morlanwelz, Carnières, Lahestre, Belleconrt, toutes localités éminemment Charbonnières. Si, cependant, ou procédait à une enquête en se limitant à Godarville seulement,

on arriverait à imputer, très à tort, à l'industrie charbonnière des affections dont elle n'est pas le principal facteur et qui dépendent surtout de causes d'insalubrité locale.

On a beaucoup parlé aussi d'avortements qu'il faudrait imputer aux travaux des mines; mais les pertes sont surtout fréquentes dans les grandes agglomérations de population,là où les désordres sont les plus nombreux, là aussi où se trouvent des accoucheifies, diplôméesou non. qui exercent l'industrie des avortements. Pour notre part. nous ne trouvons pas qu'ils soient plus fréquents dans les localités charbonnières que nous exploitons que parmi les populations agricoles au milieu desquelles nous avons pratiqué pendant six ans.

.Au point de vue médical, je ne crois point, Messieurs, qu'il y ait lieu d'exclure les filles des travaux des mines. Je craindrais, avec l'honorable M. Fossion, dont je ne partage pas, du reste, toutes les idées, de rejeter les filles dans ces métiers sur lesquels la phthisie pulmonaire prélève son principal contingent, les états de couturières, dentelliéres, ouvrières de fabriques, etc., toutes professions sédentaires, préjudiciables au développement de la cage thoracique. Les ouvrières des filatures de coton sont, en outre, sujettes, vous le savez tous, à une maladie particulière, la phthisie cotonreuse, due à l'inspiration de poussières irritantes, maladie qui a été décrite par feu M. le professeur Van Coetsem. D'aucuns ont cru trouver quelque chose d'analogue dans le poussier de charbon, qui a été accusé de produire l'emphysème pulmonaire et la fausse mélanose ou anthracose pulmonaire, mais de ces deux choses, I'emphysème chez le houilleur s'explique sans l'intervention de cette cause, et quant à l'expectoration de crachats noirâtres, ce n'est qu’un symptôme et non une afl'ection; encore est-il douteux que cette expecto

ration ne doive être uniquement attribuée à la suie qui résulte de la combustion des lampes.

Je citais tantôt le nom de notre distingué collègue M. Fossion ; je disais que, sur le point délicat qui nous occupe, je ne pouvais partager toutes ses opinions.M. Fossion, en efl‘et, a été trop loin : il nous a, lui aussi, présenté la profession de bouilleur sous un jour faux. Il s'est appuyé sur des statistiques de mortalité, base bien fragile puisqu'il n'aurait pas du prendre les communes charbonnières in globo pour les opposer à des communes agricoles; il aurait dû nous donner la mortalité par professions. En effet, quelque nombreuse que soit la population charbonnière d'une localité quelconque du pays, elle n'en forme qu'une fraction. Qu'on nous donne des statistiques de mortalité par profession, et surtout la moyenne de la longévité par profession, si c'est possible, et ces chitl‘res seuls auront une valeur décisive.

La phthisie, dit-on, est relativement moins commune chez les houilleurs que dans les autres classes de la société; mais, parmi eux, que d'hommes complètement usés à 50 ans, que d'emphysèmes pulmonaires, que de bronchites chroniques, que de pneumonies chroniques, que de maladies du centre circulatoire! On dira peut-être que les enfants qui meurent au berceau ou dans les premières années de la vie, de méningite tuberculeuse, doivent nécessairement diminuer le nombre des individus qui sont destinés à succomber vers 20, 30, 35 ans, de la phthisie pulmonaire. Cet argument aurait de la valeur si les enfants des houilleurs mouraient en plus grand nombre que les autres de la méningite tuberculeuse, ce qui n'est pas mon opinion .

La profession de houilleur,a-t-0n dit,est une gymnastique pour les muscles du thorax et des avant-bras: soit, mais par le fait même de cette grande activité de la respiration, par suite même de cette hyperstimulation continuelle du centre circulatoire, on s'explique parfaitement cette fréquence de l'emphysème et de la bronchite chronique.

M. Fossion oublie que qui veut prouver trop ne prouve rien. Restons, Messieurs, dans les limites de ce qui est, examinons les choses froidement, philosophiquement, sans idées préconçues, sine ira et studio, et nous serons plus près de la vérité dont seule nous devons nous inspirer : oui, la profession de bouilleur est plus salubre qu'aucune profession sédentaire, mais n'exagérons ni ses inconvénients ni ses avantages. Si, en efl'et, beaucoup de cas pathologiques sont le reliquat des imperfections qui existaient jadis dans l'exploitation des mines, surtout dans la ventilation, si c'est là un legs que nous devons à ce que M. Schoenfeld a appelé trèsjustement la période d'insalubrité du travail dans les mines, les travaux incessants de notre corps d'ingénieurs des mines, corps d'élite dont le pays a le droit d'être fier, les progrès que chaque jour amène, doivent nécessairement diminuer la proportion des accidents morbides et améliorer les conditions hygiéniques de milliers d'ouvriers vaillants et intrépides. Nous ne pouvons pas faire qu'une mine ne soit une mine, une houillère ne sera jamais, au point de vue hygiénique, une carrière dans laquelle l'ouvrier a le bonheur de travailler en pleine lumière; mais si l'air, malgré tout, est toujours plus ou moins vicié dans les exploitations souterraines, du moins nos travailleurs, en rentrant chez eux, ne se trouvent-ils pas dans les conditions défavorables des ouvriers des grandes villes, qui ne quittent souvent des ateliers plus insalubres que nos mines que pour s’entasser dans des demeures moins saines encore que ces ateliers, dans d’ignobles masures

situées dans des impasses infectes, des ruelles dont l'aspect fait reculer : là grouille, au milieu des immondices, des miasmes putrides, des émanations de toute espèce, une population ouvrière pâle, have, étiolée, sans air, sans soleil, mais déguenillée, rongée de vermine,'décimée par la faim, la 'scrofnle, la phthisie et le vice.

La pathogénie des houilleurs offre quelques points saillants qu'on peut résumer comme suit :

4° Rareté de la phthisie pulmonaire; fréquence qui tend à diminuer, de la bronchite chronique, de l'emphysème pulmonaire, des maladies du centre circulatoire.

2° Rareté des maladies aiguës. Cette rareté, sur laquelle l'attention n'a pas été assez appelée, m'a frappé à mon arrivée dans le pays houiller; dernièrement, je la signalais à M. Fossion,et, depuis, je l'ai trouvée constatée dans les termes suivants, par un excellent observateur et habite praticien, notre collègue M. Schoenfeld, dans son brillant mémoire: Recherches sur l'état sanitaire des houilleurs, Bruxelles, 1859, page 64 :

a En général, la maladie afl'ecte la forme chronique; elle est lente dans sa manifestation comme dans sa marche, et la période de l'ineubation est plus ou moins longue, à cause de la lenteur d'action des agents morbigènes. Toutes les fonctions paraissent frappées de lenteur, d'engourdissement. Ce ne sont pas des inflammations vraies, complètes, mais des inflammations fausses, catarrhales ou rhumatismales. Toutes les maladies présentent ce cachet particulier qu'il n'y a pas d'état congestif franc des organes; il n'y a souvent que simple irritation ou stase sanguine, ou même perversion dans la nutrition des organes. »

3° Prédominance de l'asthénie, de l'adynaiuie, dans les

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