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les os des jambes ne se déformeraient pas chez les hiercheuses parce qu'ils seraient solidifiés tandis que ceux du bassin conserveraient assez de souplesse pour être évasés, élargis, allongés sous l'influence des travaux du fond !

M. Fossion a ajouté que les bolteresses accouchaient facilement. Je lui ferai remarquer que les botteresses ne sont pas des hiercheuses. Et puis, si elles accouchent bien, ce que je ne nie pas, j'ajouterai que, comme les lessiveuses, les cuisinières, les repasseuses et la plupart des femmes qui éprouvent de grandes fatigues dans la position verticale, elles avortent encore plus facilement qu'elles n'accouchent. Ce qui ne prouve rien ni pour ni coutre la thèse que nous discutons.

En vertu des considéralions précédentes, je me crois autorisé de déclarer, au nom de la science, qu'il est peu de professions qui exercent une influence semblable sur la santé, l'organisation, la constitution, le tempérament et la durée de l'existence des ouvriers; et qu'il n'en est pas une seule qui modifie aussi gravement l'organisation de la femme sous le rapport des fonctions spéciales qu'elle est appelée à remplir.

Abordons maintenant le point de vue moral. Si cette con• sidération existait seule, je l'ai dit dans mon premier discours, je ne demanderais peut-être pas l'exclusion des femmes du travail souterrain des mines. Comme on vient encore de le rappeler, l'immoralilé existe à peu près partout au même degré. Mais je suis convaincu que la profession de hiercheuse n'est pas nécessaire aux femmes ni utile à la sociélé; et dès lors je crois qu'on peut, au nom de la morale, renvoyer les femmes de l'intérieur des fosses pour les employer à des professions où leur morali salion soit plus facile. Cette queslion du renvoi des femmes à des professions nécessaires pour les familles, utiles pour la société, et dans lesquelles on pour

rait introduire les notions et les règles de la morale avec plus de chances de succès que chez les hiercheuses, serait digne d'un long examen ; mais elle m'entraînerait trop loin si je devais l'approfondir aujourd'hui. Je me bornerai donc à dire que le travail des femmes dans la houillère ne m'a jamais paru nécessaire à l'entretien des ménages, parce que, suivant moi, les ressources que la femme recueille de ce travail, peuvent être obtenues avec autant d'avantages dans d'autres professions.

J'ajouterai que le travail des femmes dans les houillères n'est pas utile à la société, parce que je suis convaincu que les charbonnages peuvent se passer du concours des hiercheuses si pas immédialement, au moins dans un temps peu éloigné et qu'il y aurait mille avantages pour eux à employer plutôt des jeunes garçons et des hommes.

Telles sont les raisons sur lesquelles je me fonde pour dire qu'il faut, au nom de la morale comme au nom de la science, arriver à éloigner la femme du fond des mines et à la rainener à des travaux plus dignes de son sexe, plus en rapport avec sa nature et plus accessibles aux réformes de la morale et de la civilisation.

Une dernière considération, et j'ai fini.

Il faut supprimer le travail des mines pour les femmes non-seulement au nom de la science et de la morale, mais aussi au nom de l'humanité. A cet égard, je n'invoquerai qu'une seule raison. Dans mon discours du 16 janvier, je vous ai dit, Messieurs, que l'on n'employait pas les femmes en qualité de matelots, ni d'ardoisiers, ni de charpentiers, ni de militaires, ni comme puisatiers, forgerons, etc. Pourquoi ? Parce que ces travaux offrent des dangers exceptionnels et exigent des forces, une agilité, du sang-froid, une énergie

physique et morale, enfin, qui ne sont ni dans la nalure, ni dans la conformation de la femme. De même, au nom de l'humanité, el pour les mêmes motifs, nous soutenons que la place des femmes n'est pas dans les fosses.

El je suis persuadé que tous ceux qui les verront descendre dans les houillères, qui connaitront le travail auquel elles s'y livrent, qui comprendront tous les dangers qu'elles courent, qui compteront les blessures, les mutilations et les accidents dont elles sont fréquemment victimes, diront comme moi et avec moi : non, ce n'est pas là la place de la femme.

Pour maintenir le travail des femmes dans les fosses, il faudrait qu'il y eut nécessité absolue, intérêt majeur pour les familles ou pour la société, il faudrait que leur travail fût indispensable à la conservation de l'ordre social. Mais cela n'est pas; je prétends que leurs travaux dans les mines ne sont, pour personne, ni nécessaires, ni même utiles; il faut donc repousser la femme des fosses à charbon.

Voilà pourquoi, voilà pour quelles raisons de fait et de principe, je voudrais vous voir admettre l'amendement que nous avons eu l'honneur de déposer tout à l'heure et par lequel nous demandons, au nom de l'humanité, de la morale et de la science, que le travail souterrain dans les mines soit interdit aux femmes.

Reste à savoir comment on arrivera à ce résultat. Plusieurs moyens ont élé proposés. La seconde partie de notre amendement laisse entrevoir qu'il serait possible d'atteindre le but en engageant les exploitants des mines à amener eux-mêmes la suppression graduelle du travail des femmes dans les fosses, Je suis convaincu, pour ma part, que le Gouvernement arriverait facilement à faire réaliser cette réforme s'il voulait inviter les directeurs de charbonnages à prendre les

mesures qu'ils jugeront les plus convenables, pour éliminer les filles du fond des fosses le plus tôt possible. Il pourrait les encourager par des récompenses, par des décorations; il pourrait avoir recours encore à d'autres moyens : ainsi, en publiant chaque année au Moniteur les noms des fosses et le nombre des femmes qui y sont encore employees, on exciterait l'amour-propre des uns et on stimulerait le zèle des autres.

Plus tard, dans quelques années, lorsque le Gouvernement aurait assez longtemps agi par voie de conseil, par voie officieuse, comme cela se pratique quelquefois en Angleterre, pour des choses moins importantes, s'il trouvait des directeurs ou des charbonnages récalcitrants, il pourrait agir par voie d'autorité : ce serait non seulement son droit, mais aussi son devoir, ainsi que je l'ai nellement déclaré le 16 janvier en abordant cette grande discussion.

M, Fossion : J'ai demandé la parole pour une motion d'ordre. Je pense qu'on ne doit pas s'occuper des amendements avant que la discussion générale ne soit terminée. Antrement tout membre pourra venir se substituer à celui qui est inscrit, el parler sur la question. Je crois donc qu'il faut épuiser d'abord la liste des orateurs inscrits dans la discussion générale.

Moi aussi, j'aurai peut-être une proposition à vous faire, et je vous l'indiquerai immédiatement. Voulez-vous supprimer le travail des femmes dans les mines ? L'administration des mines n'a qu'à ordonner aux exploitants de faire partout des galeries larges et élevées qui rendent l'emploi des chevaux possible, et l'emploi des femmes inutile. - M. Boëns : Cela n'est pas possible,

M. Fonsion : Cela est possible puisque nous l'avons

Je n'aimerais pas les interdictions, je ne voudrais pas mentir à l'un des grands principes de 1789; mais, je le répète : j'ordonnerais de faire dans toutes les houillères des galeries larges et élevées où l'on respirerait un air pur et où l'emploi de la femme deviendrait inutile.

Pour le moment, je demande que la discussion générale continue et que l'on ne s'occupe des amendements que lorsque la discussion générale sera close.

M. Vlemincks : On ne discute pas les amendements; mais puisque vous avez décidé qu'ils seraient renvoyés à la Commission, et que celle-ci vous ferait des propositions qui seraient en quelque sorte la conclusion du nouvel examen auquel elle se serait livrée, il convient que ceux qui présentent des amendements, les développent, afin que la Commission connaisse bien le but de ces amendements et les motifs que l'on donne à l'appui.

La discussion générale étant close, la Commission examinera les amendements; elle aura devant elle les motifs donnés à l'appui de chacun d'eux, et ces motifs pourront servir à déterminer sa conviction. Il n'y a pas d'inconvénient à suivre cette marche; la discussion n'en sera pas beaucoup allongée, et nous arriverons à un résultat plus certain.

M. Fossion : C'est comme vous le voulez; mais je crois que cela allongera la discussion,

- M. Barella : Messieurs, notre honorable collègue, M. Gallez, vient de vous faire un tableau effrayant de la moralité de la population charbonnière de Charleroi. Ce que dit notre collègue peut être plus ou moins vrai pour le bassin de Charleroi, quoiqu'il me semble qu'il y ait là beaucoup d'exagération, de déclamation, mais est certainement complétement faux si on voulait l'appliquer au Centre. Je repousse énergi

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